N° 177
Novembre

http://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Novembre 2017
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
http://www.seybouse.info/
Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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EDITO
LE TEMPS PASSE… VITE
         Chers Amis,

         Eh oui, le temps passe vite car aujourd'hui nous rentrons dans la 17ème année de la Seybouse et pourtant c'est comme si c'était hier le début de cette " Aventure."
         On peut parler d'aventure car de la lecture d'une page d'histoire, de ce journal " La Seybouse ", racontée par Louis ARNAUD à l'idée de la faire couler de nouveau avec quelques pages le 1er novembre 2001 à aujourd'hui où notre " Gazette " a souvent dépassé les 100 pages imprimées, il y a eu du chemin parcouru, de l'eau qui a coulé et des heures sur le clavier. Jamais je n'aurai pensé à une telle poussée et un aussi beau succès.

         La Seybouse au fil des années, c'est avant tout une affaire de mémoire avant de devenir une affaire de cœur que je constate au travers des milliers de messages des anciens mais aussi des jeunes lecteurs de France, et du monde. C'est aussi la meilleure façon de faire perdurer la mémoire de notre communauté et la survie de celle-ci.
         En 16 ans de passé, un vrai lien d'amitié s'est créé entre nous tous, votre fidélité en témoigne.
         Certains d'entre-vous naviguent sur la Seybouse depuis le début, d'autres ont retrouvé des amis d'enfance, et une grande majorité s'instruisent de notre histoire.

         Au-delà de l'information mensuelle qui est publiée, c'est aussi des moments d'Histoire, d'Anecdotes, de Souvenirs et de Mémoire sur les 132 ans de notre présence en Algérie, de la création à l'exil forcé.
         Cette " Aventure gazetière " est avant tout humaine pour mon engagement et par celui de tous les " AMIS et Collaborateurs " qui me font parvenir les articles, les photos et les documents.
         C'est aussi le moment de leur dire un Grand Merci car chacun fait en fonction de ses possibilités. Certains sont partis vers le Jardin des Etoiles, dont le plus célèbre parmi les rédacteurs, Rachid Habbachi et ses Kaoulades, un véritable frère.
         D'autres sont atteints par l'âge ou la maladie dont notre souhait est qu'ils passent des jours heureux en lisant la Seybouse. Et puis, il y a ceux se rajoutent, même temporairement, en cours de route, dont 3 nouveaux depuis la rentrée des vacances et parmi eux un jeune. Bienvenue à eux. Bien sur je ne peux citer nominalement tout ce joli monde, car il faudrait plusieurs pages, et pour ne pas oublier certains d'entre-eux, mais chacun se reconnaîtra. MERCI à TOUS.

         En travaillant, chaque mois, sur un nouveau numéro, en respectant le fil de la mémoire, mon but est que vous preniez autant de plaisir à le lire que moi à le faire, même si certains articles sont longs.
         Il faut aussi penser, que je prends de l'âge et que le temps, pour diffuser un maximum de notre mémoire, m'est compté, donc j'en fais le plus possible pour la postérité qui fera survivre la communauté Pieds-noire en puisant dans la Seybouse, car l'avenir ne se construit pas au détriment du passé.

         A l'occasion de ce N° 177, qui marque le bout de la 16ème année, il est donc normal de le fêter ensemble et de vous remercier encore, vous les Lecteurs.

         Cette date du 1er Novembre 2001, pour le 1er numéro de la Seybouse, n'a pas été choisie au hasard mais pour montrer qu'un 1er novembre ce n'est pas toujours celui de la mort et qu'il peut-être celui du renouveau.
         Cette date du 1er novembre c'est aussi une date cruelle pour notre communauté qui marque le début relatif d'une guerre civile de plus de sept ans avec des milliers de morts de tous bords et qui a abouti à un tragique exil que certains d'entre-nous n'ont pas supporté.
Une pensée fraternelle
pour tous nos morts restés là-bas.
Bonne lecture, JPB                   
         Diobône,
         A tchao.
       


COMMEMORATIONS
Pour la journée du 1er novembre

EN SOUVENIR
de tous nos morts en Algérie
Par M. Alain Algudo

Photo envoyée par M. Alain Algudo


EN SOUVENIR
de tous nos morts à Sétif
Par M. Villard Maurice
Photo envoyée par M. M. Villard

CIMETIERE DE BÔNE
Nettoyage des Allées
Par M. Mounir Hanneche
Photo envoyée par M. M. Hanneche

Photo envoyée par M. M. Hanneche


 Aux fils et filles de Pieds-Noirs :
Par Marius Pourpre
Envoy par J. Laga
Pour en finir avec la repentance
et la culpabilité

            Un article de l'hebdomadaire L'Obs (anciennement Nouvel Observateur), signé Diane Malosse et daté du 29 août 2017, brosse le portrait de Florence Portelli, jeune maire Les Républicains de Taverny (Val-d'Oise) et porte-parole de François Fillon lors de la campagne présidentielle 2017. Jusque-là, rien de grave. Seulement, Florence Portelli est la fille d'un Pied-Noir, et semble ne pas complètement l'assumer. Voici ce que dit l'article :

             " Née dans le Val-d'Oise. Une maman originaire de Toscane - c'est d'ailleurs pour cela qu'elle se prénomme Florence - et un papa pied-noir. "Contre l'Algérie française, un gaulliste", tient-elle à préciser. "

             Tient-elle à préciser…

             Le but n'est pas ici de s'en prendre à Florence Portelli, qui a l'air très sympathique, intelligente, et à qui je souhaite bonne chance pour la suite de sa carrière politique. Mais ses propos sont symptomatiques de la gêne de nombreux fils et filles de Pieds-Noirs à assumer leur héritage. Que sa famille ait été en faveur de l'indépendance de l'Algérie ou bien gaulliste, c'est son droit le plus strict, là n'est pas la question. (D'ailleurs, un grand nombre de Pieds-Noirs étaient gaullistes, en 1958…) Mais pourquoi cet empressement à le préciser comme pour se dédouaner, comme si annoncer que sa famille est Pied-Noire revenait à avouer une culpabilité quelconque ?

             On pourrait en effet décliner cette phrase à l'infini, comme par exemple :
            " Un papa russe. "Contre Staline", tient-elle à préciser. "
            " Une maman originaire de Toscane. Antifasciste. Elle n'aime pas Mussolini", tient-elle à préciser. "
            " Un papa espagnol. Contre la corrida. Un défenseur de la cause animale", tient-elle à préciser. "
            " Un papa alsacien. Mais il n'aime pas la charcuterie. Il est végétarien", tient-elle à préciser.
            Etc.

             Pour quelle raison Florence Portelli assimile-t-elle le fait d'être Pied-Noir à la seule question de savoir quelle fut l'attitude de sa famille pendant la guerre d'Algérie ? Les Pieds-Noirs, que je sache, pas plus que n'importe quelle autre population ne peuvent être divisés entre une minorité d'anticolonialistes pro-FLN (assimilés à des " visionnaires ") et les autres (assimilés en bloc à des colonialistes arriérés, eux seuls ont le mauvais rôle, mais, le vent tourne). Les Pieds-Noirs ont une existence autonome, une culture qui leur est propre, bien au-delà de la guerre d'Algérie ou des rapports entre communautés. Est-il sain en effet qu'un Pied-Noir doive en permanence se défendre, avant toutes choses, de ne pas être " raciste " ? En revanche, évoquer le fait qu'il ait pu lui-même être victime de racisme et du fanatisme le plus abject de la part du FLN ne vient à l'idée de personne.
             Pourquoi d'ailleurs les Pieds-Noirs devraient-ils être les seuls à se justifier de quoi que ce soit, alors que s'ils sont coupables d'une chose, c'est peut-être d'avoir été trop naïfs, et d'avoir cru en la possibilité d'une coexistence pacifique durable entre les deux civilisations antagonistes que sont la civilisation chrétienne et latine, et la civilisation arabo-islamique. Antagonisme dont on redécouvre ces derniers temps, pour notre plus grand malheur, la force, à coups d'attentats et de massacres de masse.

             Et pour quelle raison les Américains ne se justifient pas en permanence, eux aussi, de la façon dont leurs ancêtres se seraient comportés vis-à-vis des autochtones Amérindiens ? Ils pourraient même, pourquoi pas, s'ils se jugent coupables de quelque chose, choisir, pour faire pénitence, de s'exiler en masse de leur pays afin de le rendre à ses premiers occupants, anticolonialisme oblige (car c'est bien cela qui a été demandé aux Pieds-Noirs). On pourrait en dire autant des Australiens, des Québécois, des Argentins, des conquérants Turcs et Arabes, et même de tous les peuples de la Terre… Mais seuls, les Pieds-Noirs devraient rendre des comptes. Seuls, ils devaient être sacrifiés.
             Les Américains, les Australiens ne se sont pas embarrassés, eux, de scrupules. Ils ont choisi délibérément de construire une société à part de la société indigène, sans se mélanger, et… vivent toujours sur leur terre. Quant aux Arabes, ils ont tout simplement mis fin à toute présence chrétienne après leur conquête de l'Afrique du Nord (la terre de Saint-Augustin !), au Moyen Age. Car oui, l'Algérie, avant sa violente conquête par les armées arabo-musulmanes, était latine et chrétienne, au même titre que la France, l'Italie et l'Espagne. C'est pourquoi cela ne mène à rien de chercher - comme s'acharnent à le faire de nombreux historiens et journalistes depuis des décennies - dans la " violence " de la colonisation ou dans le comportement des Pieds-Noirs en Algérie la moindre explication à l'Exode final. L'exemple des Afrikaaners, les Blancs d'Afrique du Sud, le montre assez. Alors même qu'ils mirent en place l'apartheid, système de séparation quasi totale vis-à-vis des Noirs, ils n'ont pas été chassés ! A l'inverse les Grecs d'Asie Mineure, dont la présence trois fois millénaire sur cette terre était bien antérieure aux envahisseurs Turcs musulmans (n'étant donc en rien des colons), ont été chassés jusqu'au dernier de la Turquie actuelle. L'histoire des Français d'Algérie ressemble en effet en bien des points à celle de ces Grecs d'Asie Mineure, minorité chrétienne en pays musulman, que beaucoup appellent à juste titre les " Pieds-Noirs Grecs ". Elle ressemble aussi, il faut le dire, à celle des musulmans et juifs chassés d'Espagne par les Rois catholiques en 1492 puis 1609. " Tragique solaire ", disait Camus. D'autres diront " mektoub ". C'est comme ça. C'est la Méditerranée… Les fils et filles de Pieds-Noirs n'ont donc aucune honte à avoir, et feraient bien de ne pas prêter attention aux calomnies visant leurs parents. Héritiers de ce petit peuple de pionniers, laborieux et méridional, à mille lieux des légendes qui lui ont été accolé pour mieux l'assassiner, ils n'ont pas à rougir de l'œuvre de leurs aïeux qu'ils aient été de quelque bord politique ou de quelque classe sociale que ce soit. Il n'y a pas de bons et de mauvais Pieds-Noirs, Mme Portelli.

             Parmi ces légendes, celle du Pied-Noir fasciste et d'extrême droite. Mais qui sait que les Pieds-Noirs votaient en Algérie en général au centre, centre-gauche et centre-droit, et qu'Alger était traditionnellement une ville de gauche ? L'historien Jacques Binoche explique même, que la quasi-totalité des parlementaires d'Algérie élus entre 1871 et 1914, siégeaient à gauche. Ce qui ne veut pas dire que voter à gauche ou au centre est un bien en soi, mais on est tout de même loin du fascisme ! C'est la montée du nationalisme arabe, puis la guerre d'Algérie et l'Exode forcé qui ont droitisé les Pieds-Noirs, comme le terrorisme islamiste contribue aujourd'hui à droitiser les Français.

             Il est vrai que ce n'est pas forcément " cool " de dire que l'on est fils de Pieds-Noirs (ce serait même presque une marque d'infamie), et Florence Portelli, se conformant à l'air du temps - elle qui brigue la présidence du parti Les Républicains… -, l'a bien compris. Certains, plutôt racistes voire incultes, vont nous assimiler à un " demi-Arabe ", quand d'autres, plutôt de gauche, nous soupçonneront d'être, par nature, un méchant raciste, voire, depuis peu, un descendant de " criminels contre l'Humanité "… Beaucoup de jeunes, le temps faisant son œuvre, ne savent de toute façon même pas qu'est-ce qu'un Pied-Noir. Florence Portelli n'a donc pas tort, dans le fond. Mieux vaut ne pas être associé à cette bande de crapules, vulgaire, esclavagiste et fasciste, qui, selon la formule célèbre, " n'avait rien à faire " en Algérie.

             Car " nombreux sont malheureusement les enfants de Pieds-Noirs qui se sont laissés convaincre par ces discours culpabilisants ", comme l'écrit si bien Lionel Vivès-Diaz (voir La Seybouse, n°176, octobre 2017). En effet certains, pour éviter l'infamie ont fait le choix de la contrition et de la repentance, thème porteur. Il existe actuellement une mode, où l'on voit des descendants de Pieds-Noirs faire mine de prendre, non sans une certaine arrogance, une attitude de supériorité morale vis-à-vis de leurs grands-parents. Ceux-ci cherchent, disent-ils, à " prendre de la hauteur ", loin des " haines recuites " de leurs anciens, afin de comprendre qu'est-ce que leurs grands-parents auraient bien pu faire de mal pour être si violemment chassé de leur terre, allant jusqu'à débusquer chez eux la moindre petite trace de racisme. Ces derniers auraient été, au pire, d'affreux racistes, au mieux de pauvres gens manipulés par la France ou " l'idéologie coloniale ".
            En ce qui me concerne, j'affirme n'avoir aucune leçon de morale (dans la limite du respect de la dignité humaine) à donner aux générations précédentes qui ont agi, pensé, à tort ou à raison, suivant leur instinct de survie, leurs conceptions du monde, dans le contexte qui était le leur. Car, système colonial ou pas, l'instinct de survie reste bien souvent le premier réflexe de toute minorité non-musulmane en terre d'Islam. Cela a toujours été comme ça. Espérons que ça change un jour.

             Voici ce qu'écrivait un militant socialiste Pied-Noir dans les années 1920, à propos de l'Algérie :
            " Sans remonter aux causes, discutables, certes, de l'établissement dans ce pays d'une population européenne déjà importante, en réservant les moyens, critiquables également par lesquels elle s'y maintient, elle y a, à nos yeux, le droit de cité autant que les Indigènes. Le nationalisme arabe met ce droit en question et contre lui nous sommes en état de légitime défense. " (cité par Gilbert Meynier dans sa thèse L'Algérie révélée).
            Voilà une parole d'Homme, déterminé à ne pas se laisser écraser par ses ennemis, et à ne pas sacrifier sa mère au nom d'une prétendue " justice ". Gloire à lui !

             A l'heure où de plus en plus de Français craignent le terrorisme assassin et les flux migratoires, il serait par conséquent plus utile, plutôt que de chercher à montrer patte blanche en se repentant à n'en plus finir, de rappeler que bon nombre de nos ancêtres (je pense notamment à mes propres ancêtres, dont le catalan Francesco Cura, s'installant à Boufarik en 1841 à l'heure où ce n'était encore qu'un marécage, ou bien Louis Poillot, un des premiers instituteurs de Jules Ferry, quittant à 20 ans sa Bourgogne natale pour partir enseigner au fin fond d'une Kabylie à peine pacifiée), bon nombre de nos ancêtres, disais-je, immigrèrent en Algérie à une époque, le XIXème siècle, où sévissaient encore la guerre, les razzias, les coupeurs de tête, le paludisme et autres calamités.
            Voilà un bel exemple de courage pour les générations futures ! Tout cela à une époque où la France et l'Europe n'étaient pas sur la défensive, comme c'est le cas aujourd'hui. Nos ancêtres partaient en Algérie et y construisaient leur petite église, aujourd'hui ce sont des mosquées que l'on construit chaque jour plus nombreuses en France. N'est-ce pas le signe d'un déclin ? Car sans forcément adopter une idéologie agressive de " choc des civilisations ", on peut légitimement regretter et s'inquiéter de ce retournement de tendances. On a cru en effet que la guerre d'Algérie était essentiellement la lutte d'une partie d'un peuple attachée à son indépendance (ça l'est en partie), mais ce fut surtout la lutte du monde arabe contre le monde occidental, et plus encore celle de l'Islam contre l'Europe chrétienne et laïque.

             Quant à ceux qui par cette repentance pensent ainsi être mieux acceptés par le petit monde des bobos bien-pensants (voir les excellentes critiques qu'a recueilli la bande dessinée Les Pieds-Noirs à la mer : http://exode1962.fr/exode1962/etap/bd.html ), cet extrait d'un roman d'Alexis Jenni, L'art français de la guerre, prix Goncourt 2011, suffira à leur montrer ce que ce petit monde pense réellement d'eux. Voici ce qu'il fait dire à l'un de ses personnages : " Les pieds-noirs, c'est notre mauvaise conscience, ils sont notre échec encore vivant. Nous voudrions bien qu'ils disparaissent, mais ils restent. On entend encore leurs brailleries et leurs outrances verbales. Leur accent en voie de disparition, on l'entend toujours, comme le ricanement de fantômes. "
             Nous voudrions bien qu'ils disparaissent, mais ils restent ! Est-ce cette phrase tout en finesse qui lui a valu le prix Goncourt ? Les Pieds-Noirs ne seraient donc, à en croire cet écrivain, qu'une épine dans la chaussure " France ", dont il faudrait se débarrasser au plus vite avant que le pied ne s'infecte. Mais M. Jenni, les Pieds-Noirs ne sont pas près de disparaître. Car dans 1.000 ans, le monde entier célèbrera encore le Pied-Noir Albert Camus, génie universel. Oui Camus restera, comme un ultime bras d'honneur adressé par ce peuple à ceux qui ont voulu sa perte.

             Pour conclure, nous verrons que le peuple des Français d'Algérie n'a pas toujours été pestiféré. Voici ce qu'en disait à la fin du XIXème siècle Marius Bernard, en voyage en Algérie :
            " De temps à autre, passent, libres d'allure et fièrement campées sur les hanches, de jeunes femmes brunes, à la physionomie très méridionale, au type panaché de Provençal, de Maltais et d'Espagnol. Le soleil de l'Afrique semble faire couler sa chaleur dans leurs veines et mettre sa flamme dans leurs yeux. Comme ces fleurs qui, en poussant à côté d'autres fleurs, prennent quelque chose de leur coloris et de leurs arômes, elles paraissent avoir emprunté à la femme arabe un peu de sa fierté, un peu de sa beauté sauvage. Ce sont des Algériennes [au sens de Européennes d'Algérie]. Lentement, en effet, il se forme ici une France nouvelle, une famille particulière issue du mélange du sang étranger avec le nôtre, une race à laquelle la terre qui la voit naître imprime un sceau caractéristique. […] Au moral ainsi qu'au physique ils forment une nouvelle variété de l'espèce humaine, variété hardie, entreprenante, dédaigneuse des conventions et des préjugés, accueillante et cordiale, joviale et communicative, au total essentiellement sympathique "
            (Autour de la Méditerranée, Les côtes barbaresques, d'Alger à Tanger, Imprimerie Ed. Crété, Corbeil, 1894-1902)

             Quant au poète Gabriel Audisio, il était encore plus admiratif :
            " Ce peuple d'Alger, oui, je le vois jeune et fort, une adolescence musclée. Les antiques bordiers des Liguries et des Narbonnaises, des huertas valenciennes et des jardins andalous, des vergers à treille du Vésuve, et tous les insulaires qui se tendent la main sur l'eau, de tartane à balancelle, les Mahonnais et les Corses, les Sardes, les Siciliens et les Maltais, et jusqu'aux Hellènes, tous les frères de l'olive et de la figue, tous les enfants du pampre, à ce peuple ils ont transmis leur talisman de renaissance. " (Jeunesse de la Méditerranée, Gallimard, 1935)

             De la part d'un descendant de Pieds-Noirs (descendant, car nous sommes un peuple en voie de disparition grâce à " son cher " de Gaulle), sans aucune honte, sans " chauvinisme " non plus, mais pour qui ce titre est un Honneur.
Marius Pourpre                        


Le cimetière des Princesses...
Par Mme Jocelyne Mas
Extraits de « Chez nous en Algérie, la méditerranée était au nord » livre superbement préfacé par Maître Jacques PEYRAT Sénateur-Maire de Nice.
           « Pour un Auvergnat ou un Breton, ce n’est pas un problème s’il veut retourner dans son village natal, se recueillir sur la tombe de ses parents. Pour le Pied-Noir, hélas, c’est un déchirement, plus personne n’ira fleurir la tombe du grand-père gazé à Verdun et mort pour la France en 1914. Que vont devenir nos cimetières ? Je me souviens du petit cimetière de Baraki. Quand ma grand-mère nous voyait inoccupées, Leïla et moi, elle nous chargeait d’aller fleurir les tombes. On se promenait en ces lieux comme dans un jardin, on cueillait coquelicots et marguerites qu’on déposait sur chaque tombe, ce n’était pas un endroit qui faisait peur, c’était beau tout simplement.
           De l’autre côté de l’allée centrale de petits marabouts tout blancs en forme de dôme, de simples pierres blanches accueillaient aussi nos bouquets champêtres. »
           « Le cimetière des Princesses, à l’intérieur de la Casbah, est le plus petit d’Alger, ses tombes blanches blotties à l’ombre des trois figuiers sacrés, aux troncs clairs, tordus et tourmentés. La légende dit que deux jeunes filles se laissèrent mourir pour avoir aimé le même homme. « 
          « En France :1964, mon père travaille trop, il est fatigué et a de plus en plus souvent mal au côté droit. Le docteur que ma mère finit par appeler (n’ayant ni sécurité sociale, ni mutuelle, nous n’avions recours au médecin que lorsque tous les remèdes de familles étaient épuisés) ne diagnostique qu’une crise de foie, mais son état empire, on le transporte dans une clinique. À Nice, c’est le samedi 15 août. Le chirurgien ne sera là que lundi.
           Le lundi, quand on l’opère, c’est trop tard, la crise d’appendicite s’est transformée en péritonite aiguë, et mon père meurt dans la semaine, de septicémie dans des douleurs atroces. Il a juste cinquante ans. Ma mère est effondrée de chagrin, de colère devant une telle injustice.
           La douleur causée par cette mort si brutale nous anéantit. Mon père qui a combattu à Bir-Hakeim, à Al-Alamein, à Tobourk, en Syrie, qui a échappé à la mort pendant toutes ces années de guerre et de guérilla dans le djebel meurt d'une simple appendicite parce qu'un médecin n'a pas voulu interrompre ses vacances.
          Pourtant il faut réagir, les factures arrivent, celle de l’ambulance, celle de l’hôpital. Ma mère n’ayant plus rien emprunte à des amis pour les frais d’obsèques.
           Mon père avait beaucoup d’amis. Il était très jovial, très convivial, il jouait aux cartes, allait à la pêche, racontait des histoires. Il adorait recevoir, c’est lui alors qui mitonnait de bons petits plats : des fromadjages, des pâtés à la soubressade, le coq au vin, les tartes pur beurre. À ses obsèques c’est vrai, ils étaient nombreux. Mais peu à peu tous ces amis vers lesquels se tournait ma mère, se trouvaient d’un coup débordés, ne pouvaient rien et ne faisaient rien.
           Mes grands-parents qui avaient toujours trouvé soutien et amour de la part de mon père, sont bouleversés, mon grand-père pleure comme un enfant dans son grand mouchoir à carreaux. Mon petit frère essaie de se montrer courageux et pleure quand il est tout seul dans les toilettes. Ma mère qui n’a jamais travaillé à l’extérieur se retrouve avec l’agence immobilière, le crédit à rembourser, le loyer et deux enfants.
           Il faut entre autres, refaire tout le dossier du prêt, remboursable en neuf ans, puisque mon petit frère, seul héritier est mineur. Il faut faire appel à un conseil de famille, désigner des tuteurs légaux. Deux ans de paperasses, de lettres, de frais pour enfin obtenir ce prêt. Des amis font alors une proposition à ma mère : que la somme prêtée soit considérée comme une part de l’agence et qu’ils deviennent associés.
          Ma mère naïve leur en est si reconnaissante qu’elle rédige une lettre disant que les quarante mille Francs prêtés représente la moitié de la valeur de l’agence ! Cet ami s’installe dans le bureau de mon père, et ma mère se retrouve à l’accueil à s’occuper du secrétariat. À la vente de l’agence, vingt ans plus tard, ma mère tiendra sa promesse et partagera à part égale le modeste montant de la vente avec lui. »
Jocelyne MAS
Membre de la Société
des Poètes Français
http://www.jocelynemas.com
Médaille de Bronze des Arts et Lettres de France, Mention d'excellence.
       

PHOTOS DE BÔNE : Avant - Après
Envois par M. Bussola






RUE BUGEAUD
Le Temple Protestant



La Mosquée à la place du Temple



Fables Bônoises
De M. Edmond Brua
Envoyé Par M. Carpy Dominique

LES BARONS

         Je devrois au passé raconter cette histoire.
         " Il étoit une fois... Il étoit une foire... "
         Mais le temps règle-t-il un cœur comme le mien ?
         Si le temps des fêtes revient,
         Me réjouira-t-il autant que ma mémoire ?

         En langage de forain,
         Les barons sont des compères.
         Ils allument les affaires,
         Ils mettent les jeux en train :
         Z'oies-canards, tir à l'œuf, loteries à vaisselle,
         Roulette et dérivés d'icelle.
         Ce sont les appelans de la chasse au pigeon.

         De vrais amis font seuls ces petits sacrifices.
         Point de mise de fonds, mais point de bénéfices.
         L'argent prêté par le patron
         Gagneroit-il une fortune,
         Il la redemande au baron
         Qui la rend sans rancune aucune.
         C'est l'honneur d'un baron de ne contester point.
         Il advint un jour qu'un Forain,
         Au beau début d'une fête foraine,
         Prit pour barons, faute d'amis,
         Deux Messieurs fort proprement mis,
         Mais qu'à vrai dire il connoissoit à peine.
         Ils lui semblèrent bons. Sans doute, c'étoit peu.
         Et de quelle façon les mit-il dans son jeu ?
         D'un mot ? D'un geste ? D'une œillade ?
         En public ? A la cantonade ?
         On ne sait comment il s'y prit.
         Le fait est qu'il se crut compris.

         Voilà tout aussitôt mes pontes à l'ouvrage,
         Modestement d'abord et par coups espacés,
         Puis, quand les badauds amassés
         Ont achevé le démarrage,
         Avec frénésie, avec rage.
         Ils faisoient un malheur ! Bonne publicité.
         Maître Forain nageoit dans la félicité.
         Bravo ! crioit ce saltimbanque
         Quand il voyoit sauter la banque.
         Maintes fois les Barons en eurent le profit.
         Tous les autres perdoient et tous étoient ravis,

         Tant il est vrai que l'Insolence
         Sur le visage de la Chance
         Ne recueille que des souris.
         La fête terminée, ils vous suivent la foule.
         Le Forain se récrie : - O les amis ! Alors ?
         Vous rendez pas le flouss, dans les morts de vos morts ?
         Ça, des barons ? Eh ! va fangoule !

         L'un des Messieurs plisse le front,
         Happe au vol un monocle et, parlant avec pompe,
         Réplique : - Par ma foi, c'est bien ce qui vous trompe.
         Çà, voyez nos bristols. Ces petits machins ronds,
         Ovales, si l'on veut, l'on les nomme couronnes.
         Ce sont couronnes de barons
         Et nos Dames seraient baronnes
         Si nous n'étions restés garçons.
         - Palsambleu ! ce faquin nous court sur la patate.
         Renchérit l'autre aristocrate.
         Nous, barons, qu'on nous manque à ce point de respect !
         (Barrons-nous, souffla-t-il, m'est avis qu'y a du pet.)
         Quand vous saurez, manant, à qui vous insultâtes,
         Vous fermerez votre clapet.
         Mon collègue est témoin. Je suis, moi qui vous parle,
         Le baron Adhémar-Gontran-Sosthène-Hubert Du Marle
         Et je porte " d'argent à la fasce de vair " !

         Le Forain sanglotoit : - Fasces de vairs vous aut'es !
         L'argent que vous portez elle est à la cagnote !
         Sarracqueurs ! Falsos ! Cœur' en fer !
         Rendez-la !

         Les Barons n'en voulurent démordre.
         Entendu le Conseil de l'Ordre,
         On les renvoya satisfaits.
         Mais l'arrêt avoit pour effet
         Que l'accès des fêtes foraines
         Dans le ressort d'Alger leur étoit interdit.
         Ils n'en eurent que peu de peine :
         Avant la fin de la semaine
         Ils fréquentoient chez Aletti.
Edmond Brua





LE MUTILE N° 43, du 6 janvier 1918 (Gallica)

Ce qu'il faut éviter
        
        Notre confrère "Le Petit Souk-Ahras" reproduit une pétition qui lui est adressée par un groupe de conscrits israélites de la classe 1919 motivée par l'attitude du président et du comité de celte classe qui ont déclaré en présence de ces jeunes gens et en s'adressant directement a eux ne vouloir aucun israélite parmi leur société.
        Cette attitude incompréhensible à l'époque où l'union est un devoir sacré à naturellement ému les évincés qui ont protesté contre ce dédain et cette exclusion.

         Malgré notre vif désir de n'e nous immiscer dans aucune question de religion nous croyons devoir rappeler aux jeunes conscrits qui ont pris cette décision que lorsque la France en péril, aux sombres jours de 1914, a fait appel à ses enfants, elle n'a fait aucune distinction entre eux el que tous, unis dans une même pensée de dévouement les ont précipités à son secours.

         Les années de combat côte à côte contre un ennemi barbare ont effacé jusqu'aux souvenir des luîtes fratricides déjà anciennes et scellé une réconciliation éternelle entre ses frères hier égarés, aujourd'hui unis par de communs dangers.

         Ils ont appris à mieux se connaître, à s'apprécier et à s'aimer dans les batailles qu'ils ont livrées el durant lesquelles ils se sont prêtés une mutuelle assistance. Pourquoi faudrait-il ressusciter des haines do religion regrettables pour semer la division dans notre sublime nation qui étonne le monde par la fermeté de son moral ?

         Non, il ne le faut pas. Il faut éviter à tout prix de donner à l'ennemi le triste spectacle d'une guerre intérieure. Il faut être uni pour être plus forts tt se souvenir qu'il n'y a plus de sémites ou d'antisémites chez nous, mais des Français décidés à vaincre ou à mourir pour sauver la France et le monde de l'hégémonie allemande.

         L'Allemagne fait tous ses efforts pour nous désunir afin de mieux nous vaincre, montrons-lui que nous avons éventé son piège et que nous n'y tomberons pas. Souvenons-nous surtout de la sagesse du proverbe hindou qui affirme que le meilleur et le plus sûr moyen de manger une orange est de l'avaler tranche à tranche et encore une fois, ne nous laissons pas diviser, si nous ne voulons pas être mangés.
Paul LECROIX         
Mutilé, Réformé         
        


Nos Ancêtres
ECHO D'ORANIE - N°265

En souvenir de nos aïeux, les pionniers d'Algérie

        Ma cousine, en sa cave, a trouvé, I'autre jour,
         Deux gros anciens albums de photos de famille.
         Notre aïeule apparaît, gracieuse jeune fille,
         Et le notaire altier, culotté de velours.

       Au crayon, griffonnés, des noms qui n'ont plus cours:
         Léopoldine, Agathe, Amédée ou Camille...
         Gibus à huit reflets, amples robes à quille,
         Sous ces larges chapeaux qui devaient peser lourd...

       Et ces hommes sans peur, ces femmes de courage,
         C'est eux qui ont osé le périlleux voyage
         Vers la terre inconnue où tant d'espoir a luit...

       Ils posent sans sourire, en leurs habits de fête,
         Attendrissants et beaux, des rêves plein la tête...
         Mais en terre étrangère ils dorment aujourd'hui.

       Ils dorment aujourd'hui d'un sommeil agité,
         Car il n'est pas de place, et même au cimetière
         Où vous garde du vent ni le marbre ou la pierre
         Lors que passe l'hiver et que flambe l'été.

       Sous la dalle rompue où chaque nom s'efface
         Et sur la terre aride où leurs os sont jetés,
         Ils guettent la Toussaint, quand les fils de leur race
         Les bras chargés de fleurs, en priant s'arrêtaient.

       Mais l'herbe pousse drue et la seule visite
         Est celle des moutons qui la viennent brouter.
         Est-il vrai que trente ans ont passé sur ce site?
         Mais trente ans ne sont rien face à l'éternité.

       Les pionniers morts sont las de tant de sacrilèges.
         Mille âmes ne font plus qu'une apre volonté,
         Et voici que les os épars soudain s'agrègent,
         Drapés dans un lambeau de drap déchiqueté.

       Les morts abandonnés, en terrible cortège
         S'en vont par les chemins d'ancienne loyauté.
         Leurs yeux creux ne croient pas l'étrange sortilège
         Qui semble avoir frappé de sa calamité.

       Ils visitent les douars, les villes, les villages:
         Partout règne la mort et la stérilité.
         Il semble que l'instinct cruel des premiers ages
         Ait réduit cette terre à la bestialité.

       Mais alors, étendant une main squelettique,
         Chacun d'eux reconnu son bourreau hébété,
         Et se voyant vengé, un grand rire hystérique
         De talweg en djebel ne peut plus s'arrêter.

       De Cherchell, Tipasa, les stèles mutilées
         Répercutent l'écho de cette hilarité.
         Parmi le rocher rouge et les mortes vallées,
         Sur les champs calcinés, il roule sans gaieté.

       Soudain, fous de douleur, se sont tus les fantômes.
         Quittant ce sol souillé par trop d'atrocité
         Où leur fut disputé jusqu'à leurs derniers sommes,
         Le lent cortège va se noyer au Léthé.
Geneviève de Ternant Juin 1999                    




 Bulletin - Oeuvre de saint Augustin et de sainte Monique, patronne des mères chrétiennes  
N° 18 - Avril 1876 - Brochure trouvée à la BNF

LES TROIS PREMIERS MARTYRS
DE LA MISSION DE TOMBOUCTOU

I. Lettre du R. P. Charmetant, missionnaire d'Afrique

                Nous avons attendu, pour faire paraître le Bulletin d'Avril, d'avoir reçu la nouvelle certaine du martyre de nos trois missionnaires qui, au mois de décembre dernier, se mirent en route pour le Soudan. Ce sont les RR. PP. Marie-Alfred PAULMIER du diocèse de Paris, Philippe MÉNORET du diocèse de Nantes, et Pierre BOUCHAND du diocèse de Lyon.

               Ce n'est pas sans un sentiment d'émotion que nos charitables bienfaiteurs apprendront le récent massacre de ces trois apôtres de la mission de Tombouctou.
               Dans le Bulletin de janvier, Mgr l'archevêque annonçait lui-même, dans sa magnifique lettre, le départ de nos frères en ces simples paroles "Trois de nos missionnaires sont en ce moment chez les Touaregs, en route pour Tombouctou, avec la résolution de s'établir définitivement dans la capitale du Soudan, ou d'y "LAISSER LEUR VIE pour l'amour de la vérité. "
               Ce programme héroïque, ils l'ont rempli simplement, avec leur foi d'apôtre.

               Et cependant ils savaient les dangers qui les attendaient et toutes les difficultés d'une telle entreprise. L'eussent-ils ignoré, les indigènes des tribus, au milieu desquelles ils avaient déjà vécu et dont ils étaient sincèrement aimés, le leur auraient appris. A Metlili, en particulier, la population tout entière voulut s'opposer à leur départ ils n'écoutèrent rien!

               Voyant leur résolution inébranlable, le chef des Chambas leur dit d'un air solennel " Je ne veux pas que votre sang retombe sur moi, ni qu'on puisse jamais me reprocher d'être la cause de votre mort. Je demande donc que vous me remettiez en partant une déclaration écrite attestant que vous vous êtes mis en route malgré moi." Ils la lui signèrent.
               C'est alors qu'un de ces mêmes Chambas, nommé El Hadj, déclara à ses compagnons qu'il allait se faire le guide des trois Pères, afin de protéger ces Marabouts chrétiens qui leur, avaient déjà fait tant de bien : "Je les conduirai dans leur périlleux voyage et les ramènerai parmi nous, dit-il à ses compatriotes, ou je mourrai en route avec eux! " Alors, le chef de sa famille, un vieillard vénérable, le conjura de ne pas affronter de tels dangers " Attends au moins que je sois mort, ajouta-t-il, et n'abandonne pas ainsi ton père dans sa vieillesse. " Son noble dévouement lui a en effet coûté la vie.

               Le R. P. Deguerry, supérieur des missionnaires, avait voulu se rendre jusque sur les confins de l'Algérie, pour assister à ce départ de nos Pères pour le Soudan. Il revint profondément ému du spectacle qui lui avait été donné. Leur joie de marcher ainsi les premiers à la conquête de ce vaste empire du démon était indescriptible. Après s'être séparé d'eux et leur avoir donné le baiser d'adieu qui devait être le dernier, il les vit remonter joyeux sur leurs chameaux et entonner le Te Deum avec tout l'enthousiasme de leur cœur généreux. Il écouta le chant de triomphe de ces vaillants soldats du Christ tant que l'écho de leurs voix put arriver jusqu'à lui. Son regard les suivit encore aussi longtemps qu'il put distinguer la caravane, jusqu'à ce qu'enfin elle eut disparu à ses yeux dans les profondeurs du désert.

               Depuis ce jour, le silence le plus complet a régné sur la suite de leur voyage. Bien qu'ils aient pu faire sans encombre la première partie de leur route, rien ne nous est venu d'eux, ni lettres, ni nouvelles, ni renseignements, même indirects. Depuis quelques semaines seulement, le bruit de leur mort commença à circuler parmi les nomades qui habitent le nord du Sahara, mais ce n'étaient encore que de vagues rumeurs.
               Aujourd'hui, le doute n'est plus possible. Des chasseurs d'autruches, appartenant aux tribus qui avoisinent In-Salah, ont retrouvé leurs corps à plus de trente journées du littoral, sur les confins Sud du Sahara et en dehors de la route des caravanes. Tout porte à croire que ce sont les Touaregs noirs ou Isghers, les plus barbares de tous, qui les ont massacrés.

               Nous ne connaissons pas encore tous les détails qui ont accompagné leur mort, mais nous savons qu'ils ont tous trois été décapités. Leur guide a été tué avec eux; mais d'une manière différente. Il était criblé de blessures, sans doute parce qu'il a voulu vendre chèrement sa vie mais sa tête n'était pas séparée du tronc. Quant à nos bienheureux frères, leurs corps ont été trouvés à demi-couchés les uns sur les autres, comme s'ils s'étaient rapprochés pour s'absoudre mutuellement au moment suprême du sacrifice, ou agenouillés pour recevoir les coups de leurs bourreaux.
               Le traitement différent infligé au guide et à nos trois missionnaires, indique que ceux-ci ont été massacrés à cause de leur qualité de chrétien, car dans les habitudes musulmanes, la tête n'est pas d'ordinaire tranchée à un mahométan ce supplice est réservé au chrétien quand il est mis à mort en haine de sa foi.

               L'Eglise prononcera un jour sur ce point; mais en attendant, rien ne nous empêche, à nous qui les avons vus, au premier signal du vénérable archevêque, le délégué du Saint-Siége, courir au devant de tant de périls et d'une telle mort, dans le but unique de porter leur foi à ces peuples nombreux plongés dans de si épaisses ténèbres, rien ne nous empêche, dis-je, de leur donner, dans le sens permis par l'Église, le nom sacré de martyrs !
               La mission d'Afrique, après moins de huit années d'existence, a le bonheur de voir le sang de ses enfants arroser déjà les champs de son apostolat. C'est plus qu'une prise de possession c'est la fertilité qui désormais, va succéder, grâce à eux, à l'aridité du désert. Dans le sillon où ils sont tombés, cette semence généreuse donnera avant peu, nous en avons la confiance, une abondante moisson.

               Aussi la nouvelle de ce triple martyre a-t-elle été accueillie par tous nos missionnaires avec une explosion d'indicible bonheur.
               L'avouerai-je ? elle m'a rendu triste, car il y a moins de quatre années, j'avais l'insigne faveur de conduire la première caravane de missionnaires qui s'avançait vers le désert. Deux de ces chers martyrs sont mes compagnons de route d'alors. Je n'étais pas digne de rester à leurs côtés jusqu'au bout. Nous étions partis ensemble, et le long de cette route que j'avais ouverte avec eux, ils ont déjà cueilli les palmes du triomphe, et moi, je chemine encore, derrière eux et loin d'eux
               Que la volonté de Dieu soit faite, jusqu'à ce que l'on m'accorde enfin la faveur, si disputée aujourd'hui par tous les membres de notre société, d'aller prendre leur place au fond du désert, pour pénétrer au Soudan, ou mourir comme eux sur la route qui y conduit !
               Nous laissons maintenant la parole à notre vénérable Père qui n'a voulu confier à personne le soin de consoler les familles de nos trois martyrs.

CHARMETANT,
Missionnaire d'Afrique.


II. LETTRE
DE MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE D'ALGER.

                Aux pères et aux mères des trois missionnaires Philippe Mémoret, Marie-Alfred Paulmier, Pierre Bouchand, mis à mort au mois de janvier 1816 sur la route de Tombouctou, où ils allaient porter la foi.

               Vous avez enfin obtenu la certitude heureuse et cruelle que vous désiriez et que vous redoutiez également. Les lettres que vous écrit le supérieur de nos missionnaires ne peuvent plus vous laisser de doute vos fils ont souffert la mort pour la cause de Dieu.
               Vos cœurs, éclairés par la foi, ont tressailli, je le sais, d'une joie sainte, et vos yeux cependant ont versé des larmes. Ce n'est pas moi qui accuserai ces larmes de faiblesse Marie a pleuré Jésus sur le Calvaire, et Jésus a pleuré Lazare parce qu'il l'aimait. Comment pourrais-je défendre à un père, à une mère de pleurer leur fils? Le voudrais-je, d'ailleurs, je ne le pourrais pas sans me condamner moi-même. Ce premier déchirement de la nature, je l'ai ressenti comme vous, car ils étaient mes fils en même temps qu'ils étaient les vôtres. Vous les aviez engendrés à la vie, je les avais engendrés au sacerdoce. Dieu s'était servi de vous pour les donner à la terre, il a daigné se servir de moi, pasteur sans amour, pour les donner au martyre et au ciel.

               Oh! qu'ils ont reçu avec plénitude la grâce dont Dieu m'a fait pour eux le dispensateur! Je me rappelle les paroles que je leur adressais, ainsi qu'à leurs frères, il y a deux ans à peine, au jour de la consécration de leur église, de cette église où leurs restes sacrés reposeront un jour. Vous les avez lues peut-être alors, car les journaux les répétèrent, et vous aurez tremblé pour vos fils. Eux seuls ne tremblèrent pas ils entendaient au fond de leur cœur une voix puissante dont la mienne n'était que le faible écho, et cette voix faisait taire en eux toutes les terreurs

               "Ce qui vous a séduits dans cette mission, leur disais-je, ce sont les périls même qu'elle présente plus qu'aucune autre mission de la terre. L'Afrique, dans ses profondeurs encore mal connues, est, on le sait néanmoins, le dernier asile des barbaries sans nom, de l'abrutissement en apparence incurable, de l'anthropophagie, du plus infâme esclavage.

               Et cependant vous êtes venus, et vous vous êtes engagés à vivre de cette vie et à mourir de cette mort; et vous attendez tous avec impatience le moment d'aborder le champ de bataille, ce champ de bataille de la charité, où vos armes seront vos bienfaits de chaque jour, votre défense la patience et la douceur, votre prédication la force de vos exemples, votre triomphe enfin l'héroïque sacrifice de votre vie.

               Je vous regarde, mes chers enfants je vois sur vos fronts tout l'éclat de la force et de la jeunesse. Je songe à tout ce que vous avez abandonné, famille, patrie, espérances d'ici bas, et je bénis Dieu, qui garde encore à la terre tant de cœurs qu'un dévouement héroïque et pur peut enflammer."

               Vos fils m'écoutaient; et à ces paroles terribles pour la nature, l'éclat divin du sacrifice illuminait seul leurs regards.

               Je me les rappelle encore au jour de leur sacerdoce, alors qu'agenouillés au pied de l'autel ils écoutaient la demande que l'évêque adresse partout au nouveau prêtre, mais qui, dans une mission comme la leur, revêt un sens si plein de menaces et d'espérances! " Me promettez-vous, et à mes successeurs, le respect et l'obéissance ? " Ils répondaient d'une voix ferme et modeste " Je le promets! " et ils mettaient, selon le rit sacré, leurs mains entre les miennes, comme pour m'abandonner leur vie en même temps que leur volonté. Ils ont tenu leur sainte promesse. Leur obéissance a été celle du Maître divin dont ils prenaient le joug, l'obéissance jusqu'à la mort !

               Quels souvenirs et de quel glaive ne percent-ils pas mon âme en songeant qu'ils nous ont quittés et que je leur survis, serviteur inutile " Absalon, mon fils mon fils Absalon, disait David dans une pareille douleur, qui me donnera de mourir pour te rendre à la vie? " Voilà ce que je sens sur leur tombe; et vous qui avez veillé sur leur berceau, puis-je m'étonner que vous les pleuriez avec moi? Pleurez donc, pleurez comme Jacob pleurait Joseph, comme Rachel pleurait ses fils mais que vos larmes soient adoucies par les espérances de la foi.

               Et où ces espérances furent-elles plus grandes et plus présentes? où la vie se montra-t-elle jamais plus certaine qu'au sein d'une telle mort?

               Ils vivent, vos trois fils martyrs! Ils vivent en Dieu, pour l'amour duquel ils ont donné leur sang. Ils vivent à jamais dans le souvenir reconnaissant de l'Église, que leur sacrifice a tant honorée.

               Et quels traits pleins de charmes ces apôtres, enlevés dès leurs premiers pas dans la carrière, ne garderont-ils pas dans son histoire?

               Fleurs sacrées où la blancheur du lis s'allie à la pourpre du martyre, et qui les premières sont venues fleurir et embaumer ces déserts! Le matin, elles s'élevaient brillantes de tout l'éclat de leur beauté; le soir, elles furent tranchées avant l'heure. Nées ensemble, unies entre elles par les liens sacrés de l'amour, elles ne furent pas séparées dans la mort!

               C'est ainsi que nous les avons vus c'est ainsi que nous garderons leur aimable et douce mémoire, comme David gardait celle de Jonathas !

               Oui, nous les avons vus partir pleins d'amour pour Dieu, pleins d'amour pour ces barbares qui allaient leur donner la mort, entonnant, au moment où ils quittaient un sol qui est encore celui de la France, le chant de triomphe de l'Église, dans l'espérance désormais assurée de se sacrifier à leur foi. Les premier sils répandirent sur ces terres infidèles, dans le divin sacrifice, le sang mystique de l'Agneau, et ils se pressèrent d'y mêler leur sang innocent, semant ainsi dans la mort la résurrection et la vie!

               Et pour s'associer ainsi à l'œuvre de la rédemption divine, que n'avaient-ils pas déjà souffert! Ils avaient quitté le toit paternel, ils avaient vu couler les larmes maternelles, ils s'étaient arrachés à vos embrassements, ils avaient renoncé aux espérances de l'avenir, à la France, à tout ce qu'ils aimaient sur la terre. Ils étaient venus se préparer ici à pénétrer dans l'intérieur de cette Afrique où règnent tous les fléaux, et dont le mahométisme défend les abords, et déjà, en retour de leur dévouement, ils y avaient trouvé les contradictions et les outrages.

               Des chrétiens, puis-je le dire sans rougir? les avaient accusés de vouloir amasser des richesses, alors qu'ils mendiaient avec peine leur pain de chaque jour et celui des pauvres qu'ils nourrissaient. Lorsqu'ils sauvaient de la mort des enfants abandonnés de tous et qu'ils pansaient de leurs mains les plaies hideuses des indigènes, sans leur parler de leur Dieu autrement que par leur charité, on les représentait au monde entier, dans d'infâmes libelles, comme violentant les consciences et préparant les révoltes Ils ont entendu parmi nous les cris que poussaient déjà, au temps de S. Jérôme, contre les serviteurs de Dieu, les chrétiens indignes de Jérusalem " Hors, hors de nos murs cette exécrable race d'hommes! " Pour eux, ils se taisaient, sachant bien qu'ils répondraient un jour à ces calomnies et à ces cris de la haine par un miracle d'amour

               Ils n'ont pas vu sur la terre, il est vrai, le succès de leurs Vœux mais ils l'ont préparé et assuré par leur mort.

               L'Église ne triomphe pas comme les puissances humaines. Celles-ci ne savent que tuer pour vaincre. L'Église a un secret qui triomphe de toutes les résistances et des fautes mêmes de ses enfants c'est celui de savoir mourir. Vous l'auriez compris pour vos fils si vous aviez pu voir, comme moi, l'effet produit sur tous leurs frères, les missionnaires africains d'Alger, par la première annonce de leur fin bienheureuse, si vous aviez entendu ces voix vibrantes d'enthousiasme et de foi chanter en chœur l'hymne d'Augustin et d'Ambroise, ce même hymne que vos fils chantaient en allant au devant du martyre !

               Et le Te Deum chanté, tous juraient de se sacrifier pour une terre qui avait bu le sang de leurs frères, tous demandaient à les suivre dans le combat. Si la porte leur en était fermée d'une part, ils la chercheraient de l'autre, et ils ne s'arrêteraient plus jusqu'à ce qu'ils eussent pénétré au cœur de cet empire de la mort. Ce n'était plus seulement la parole du docteur de Carthage " Sang des martyrs, semence de chrétiens ! " Le sang de vos fils était visiblement la source désormais intarissable de l'apostolat africain !

               Que ces grandes pensées vous consolent donc et vous fortifient; que la foi, vous prenant sur ses ailes, vous élève au-dessus des sentiments et des défaillances de la nature.

               Ils ont souffert sans doute et ils sont morts, mais ils ont lavé dans leur sangles fautes légères qui pouvaient encore ternir leurs âmes; et aujourd'hui ils obtiennent par leurs prières miséricorde pour nous. Et que vaut la vie qu'ils ont perdue? Serait-elle la paix et le bonheur sans mélange, elle doit finir cela suffit pour en montrer la vaine apparence. Qui pourrait assurer un seul jour de plus à vos fils, s'ils eussent perdu l'honneur du martyre? Et, eussent-ils vécu, que valent les temps où ils auraient dû vivre?

               Les haines furieuses et stupides contre la vérité et contre Dieu même, les conspirations ardentes des méchants, les aveuglements, les universelles défaillances des bons, la boue qui monte et va tout étouffer, les abîmes qui s'annoncent, tout cela est-il pour faire estimer et regretter ce monde, et ne touchons-nous pas aux temps annoncés par le Maître, où les vivants devront envier les morts ?

               Mais c'est sur vous-mêmes que vous pleurez surtout, parce que vous ne les verrez plus, ces fils qui devaient vous consoler et soutenir votre vieillesse Il est vrai, vous ne les verrez plus ici-bas; vous ne reverrez plus leurs yeux, doux et fermes, leur calme sourire, vous n'entendrez plus leurs voix généreuses, vous ne sentirez plus battre ces cœurs forts et purs. Mais un jour, qui est proche, vous les retrouverez triomphants, brillant d'une éternelle lumière, portant dans leurs mains les palmes de la victoire.

               Déjà, lorsqu'ils tombaient sous les coups de leurs bourreaux, avec la joie divine de leur pardonner et de mourir pour eux, la troupe glorieuse des martyrs, leurs devanciers et leurs modèles, préparait la couronne que maintenant ils ont reçue. Associés aux troupes angéliques, ils chantent aujourd'hui leur bonheur auprès du roi suprême pour lequel ils ont tout donné, près d'Étienne, le premier de tous les martyrs, comme ils sont eux-mêmes les premiers martyrs de cette mission nouvelle près de Paul, l'apôtre des infidèles, de ce grand Paul qui leur répète ce qu'ils ont si bien réalisé pour eux-mêmes " un court moment de souffrance est récompensé par une gloire et un bonheur sans fin."

               C'est ainsi que nous les voyons, dès maintenant, des yeux du cœur et de la pensée, et rien ne peut plus désormais nous les ravir.

               Et vous, ô mères, dont le glaive a percé plus cruellement le cœur, parce que votre amour est plus profond et plus tendre, rappelez-vous la mère des Macchabées exhortant ses fils au martyre, et leur promettant le triomphe. Dieu n'a pas voulu que vous exhortiez vos fils au combat il l'a fait invisiblement pour vous. Mais votre foi saura vous adresser à vous-mêmes ces accents touchants et sublimes que nos saints livres nous ont conservés. Elle vous fera comprendre et goûter le bonheur de vos fils et le vôtre, mères sacrées de ces martyrs
               Il faut finir, et cependant je voudrais vous parler encore, car je sens que ces lignes qui vous viendront de la terre où ils sont morts pour Dieu et d'un cœur qui les a aimés, seront douces à votre tendresse. Mais Dieu suppléera à mon impuissance et vous donnera dans sa bonté les seules consolations qui ne finissent point.

Alger, 4 mai 1876.
CHARLES,
Archevêque d'Alger, délégué apostolique
pour les missions du Sahara.

A SUIVRE



ANNALES ALGERIENNES
Tome 1
LIVRE II
         Incidents de la traversée.-Débarquement à Sidi-Féruch et combat du 14 juin. - Dispositions défensives des Turcs. - Bataille de Staouéli. - Combat de Sidi-Kalef. - Combat de Sidi-Abderrahman-Bou-Nega. - Investissement d'Alger. - Siège du fort l'Empereur - Prise du fort l'Empereur. - Reddition d'Alger.

          Lorsque la flotte fut au large, elle se forma en trois corps, éloignés de quatre milles l'un de l'autre. Celui du centre se composait de l'escadre de bataille et de celle de débarquement, formant chacune une colonne. Le corps de droite était formé par l'escadre de réserve marchant sur deux colonnes. Le convoi formait le corps de gauche il n'était point tout réuni une partie considérable ne quitta Toulon que le 26 et le 27.

          Le 26, l'armée rencontra une frégate turque revenant d'Alger, escortée par une frégate française du blocus. Elle portait un agent diplomatique d'un rang élevé que la Porte Ottomane envoyait à Hussein pacha, pour l'engager à faire des soumissions à la France les règles du blocus n'ayant pas permis à cet agent de pénétrer à Alger, il se rendait en France. Il eut une entrevue assez longue avec nos généraux et il poursuivit ensuite sa route sur Toulon. Le 28, à quatre heures du soir, on aperçut l'île Minorque; dans la nuit, le vent devint très faible, et le lendemain on fut, jusqu'au soir, en vue de l'île Majorque et de la ville de Palma, capitale des îles Baléares.

          Le 30, dans la soirée, l'armée n'était plus qu'à 15 lieues des côtes de Barbarie; les ordres furent donnés pour le débarquement, que l'on présumait pouvoir opérer le lendemain mais, dans la nuit, la brise fraîchit assez fortement pour que M. Duperré crût que la prudence lui faisait un devoir de virer de bord, et de se tenir au large.

          Le 1er juin, le vent étant très-fort et la mer assez grosse, l'ordre fut donné de mettre le cap sur Palma. Dans la soirée du même jour, une partie de la flotte alla mouiller dans la rade de cette ville; les deux premières escadres continuèrent à tenir la mer, mais toujours en vue de Palma.

         La partie du convoi qui n'avait pris la mer que le 27 mai avait été dispersée par un coup de vent. Les navires qui la composaient se rendirent isolément à Palma, et, s'y étant ralliés, ils en sortirent le jour même où l'armée y arriva. La flottille des bateaux de débarquement que l'on désignait sous la dénomination vulgaire des bateaux-bœufs, s'était aussi réunie à Palma et en était sortie pour rejoindre l'armée ; elle en passa à peu de distance dans la nuit du 31 mai au 1er juin, mais elle ne l'aperçut pas. Ainsi, tandis que l'armée se dirigeait sur Palma, la flottille en sortait pour se porter sur les côtes d'Afrique, trouvant sans doute que le temps n'était pas assez mauvais pour l'en empêcher ; en effet le vent n'était point contraire, mais il était assez fort pour que l'on pût craindre qu'il ne gênât le débarquement.

          La flotte resta mouillée à Palma jusqu'au 10 juin, les deux premières escadres croisant toujours devant la rade. Pendant ce temps, les navires du convoi rallièrent l'armée. La frégate la Pallas, envoyée à la recherche des bateaux-boeufs, en rencontra la plus grande partie à peu de distance de Sidi-Féruch~ qui avait été désigne comme point de débarquement ; plusieurs de ces bateaux s'étaient même approchés fort près des côtes, ce qui fit penser que ces parages n'étaient point aussi dangereux qu'on le croyait généralement parmi nos marins.

          La flotte quitta Palma le 10 juin au matin, et se mit en marche dans le même ordre qu'au départ de Toulon. Le 12, à quatre heures du matin, elle fut en vue des côtes d'Afrique mais bientôt la force du vent obligea de mettre le cap au nord. M. Duperré, sur qui pesait une immense responsabilité, ne voulait rien donner au hasard ; le même vent, qui était favorable pour arriver en vue des côtes, était dangereux pour le débarquement, pour peu qu'il soufflât avec violence. On venait d'apprendre que deux bricks du blocus avaient échoué dans les environs d'Alger, dans la journée du 4 mai ; les équipages de ces bâtiments avaient été massacrés en partie par les Arabes ; le reste était dans les bagnes d'Alger. Ce funeste événement semblait justifier l'hésitation de la marine à aborder franchement les côtes d'Afrique néanmoins l'armée de terre, fatiguée d'une longue navigation, l'accusait de lenteur.

          Le 12, dans la matinée, le vent s'apaisant par intervalles, on mit, à une heure et demie, le cap au sud à quatre heures, on revint vers le nord enfin, à neuf heures du soir, on mit définitivement le cap sur Alger. Le 15, on aperçut la terre à quatre heures du matin le vent soufflait avec violence, mais on sentait qu'il diminuait à mesure qu'on approchait des côtes. Le temps, du reste était fort beau on ne tarda pas à distinguer les maisons blanches d'Alger, et les collines verdoyantes qui entourent cette ville. L'armée semblait vouloir fondre sur elle comme un oiseau de proie ; mais, tournant brusquement à droite, elle doubla le cap Caxine, et se dirigea vers Sidi-Féruch.

         Sidi-Féruch est un promontoire situé à cinq lieues à l'ouest d'Alger à la pointe duquel se trouvent une petite tour, une zaouia ou chapelle, et quelques autres constructions c'est cette petite tour qui fait souvent désigner ce point sous la dénomination espagnole de Torre-Chica le nom de Sidi-Féruch lui vient d'un marabout qui y est enterré, et dont la mémoire est en vénération dans le pays. Tout le monde sait que le mot Sid, en arabe, équivaut à notre qualification de seigneur ou sieur ; en y ajoutant le pronom possessif affixe de la première personne, on a Sidi, c'est à-dire monsieur ou monseigneur Féruch est le nom propre du marabout. On rencontre dans tout le nord de l'Afrique un grand nombre de points désignés par les noms des marabouts qui y sont ensevelis. C'est ainsi qu'en Europe beaucoup de villages et même de villes portent des noms de saints et de saintes.

         Le promontoire de Sidi-Féruch et les sinuosités de la côte forment à l'est et à l'ouest deux rades peu profondes et peu abrités ; celle de l'ouest fut choisie pour y effectuer le débarquement. La plage en est unie et fort propre à une opération de ce genre. Le pays, jusqu'à deux lieues plus loin, n'offre que des ondulations de terrain qui méritent à peine le nom de collines; il est couvert d'épaisses bruyères, et traversé par quelques cours d'eau dont les bords sont ombragés par des lentisques et des lauriers roses.

         La flotte commença à arriver au mouillage vers le milieu de la journée. Avant le départ de Toulon, des instructions fort détaillées avaient indiqué la place que devait occuper chaque navire, et l'ordre dans lequel le débarquement devait s'opérer. On comptait alors sur une fort grande résistance de la part de l'ennemi mais on ne vit sur le rivage que quelques centaines d'Arabes qui paraissaient observer nos mouvements avec inquiétude. Une batterie en pierre, construite au bord de la mer, à peu de distance de Torre-Chica, était entièrement désarmée. L'existence d'une autre batterie, située un peu plus loin, et masquée par les broussailles, nous fut signalée par quatre bombes qu'on nous lança ; un de ces projectiles, en éclatante blessa un matelot à bord du Breslaw. Ce fut tout le mal que nous fit l'ennemi, dans cette journée qui tirait vers sa fin, et qui fut consacrée à l'embossage des navires. Cette opération se fit avec quelque désordre, les instructions données à Toulon ayant été révoquées sur la droite, les bâtiments de guerre furent masqués par les transports, et n'auraient pu combattre, s'ils avaient été appelés à faire usage de leur feu. Heureusement, tout annonçait que le débarquement renvoyé au lendemain, s'effectuerait presque sans obstacle. Il n'y eut de notre côté, dans cette journée, que quelques coups de canon tirés par le bateau à vapeur le Nageur.

          La nuit se passa fort tranquillement. Le 14, au point du jour, le débarquement commença par les troupes de la première division. L'ennemi, qui s'était retiré à une certaine distance, les laissa arriver à terre sans les inquiéter ; il s'était posté à une demi-lieue au sud de Torre-Chica, sur le sommet d'une de ces ondulations dont nous avons parlé. Le sol entre ce point et celui du débarquement était très-uni ; on voyait çà et là quelques tracer de culture qui disparaissaient à mesure qu'on s'éloignait de Sidi-Féruch.

          La première division, aussitôt qu'elle fut à terre, forma ses colonnes et marcha à l'ennemi ; la première brigade à droite, la seconde à gauche et ensuite au centre, lorsque la troisième, qui était débarquée la dernière, fut venue prendre son rang. L'ennemi avait couvert sa position par trois batteries, d'où il commença à tirer dès qu'il vit nos colonnes s'ébranler pour marcher à lui. Deux bateaux à vapeur, qui s'approchèrent des côtes, firent bientôt taire la batterie de gauche, que les Barbares abandonnèrent un instant ; mais, ces bateaux s'étant retirés, ils y rentrèrent et recommencèrent leur feu. Dans ce moment, M. de Bourmont s'étant porté en avant pour diriger le mouvement manqua être tué deux boulets vinrent tomber à ses pieds et le couvrirent de sable. L'ennemie voyant que son feu n'arrêtait pas la marche de nos colonnes, abandonna ses batteries qu'il n'espérait pas pouvoir défendre contre nos baïonnettes ; il se retira en tiraillant à quelque distance de sa première position, que la première division vint alors occuper un ravin peu profond nous sépara des Barbares qui perdirent toute leur artillerie.

          Pendant que la première division se portait en avant, la seconde opérait son débarquement et chaque brigade allait successivement se placer en seconde ligne pour soutenir la division engagée. Le feu des tirailleurs dura toute la journée, devant le front de la première division ; avant la nuit, les troupes de cette division et celles de la seconde furent définitivement en position sur deux lignes, s'établirent leurs bivouacs. Nos ennemis durent contempler, avec admiration, ces longues lignes semblables à des murs hérissés de pointes de fer. De leur côté, rien de pareil chacun y paraissait abandonné à son impulsion individuelle. Pendant que tout ceci se passait, la troisième division débarquait avec la plus grande tranquillité, et comme si elle était arrivée sur une terre amie ; elle établit ses bivouacs sur le promontoire même, et fut destinée à construire un camp retranchée dont les travaux furent commencés sur-le-champ, et continués pendant huit jours avec une admirable activité. Une coupure bastionnée, qui séparait le promontoire du continent formait le camp, dont l'enceinte offrait une vaste place d'armes, où nos magasins et nos hôpitaux devaient être parfaitement à couvert. La première brigade de la troisième division s'établit en dehors des retranchements que l'on construisait, et les deux autres restèrent en dedans. Dès que les troupes furent à terre, on s'occupa du débarquement du matériel. Chaque soldat avait emporté avec lui pour cinq jours de vivres; mais ce n'était là que de faibles ressources; il fallait se hâter d'en mettre de plus considérables à la disposition de l'armée, de crainte que quelque coup de vent n'obligeât subitement la flotte de prendre le large. Aussi ne perdit-on pas de temps la marine déploya, dans cette circonstance, une activité et un zèle au-dessus de tout éloge ; malheureusement tous les transports n'étaient point encore arrivés. Ceux qui portaient l'artillerie de siège se firent longtemps attendre, et nous verrons plus loin que ce retard eut des suites assez fâcheuses.

          La journée du 14 juin nous coûta peu de monde. L'ardeur que nos jeunes soldats y déployèrent fut une garantie de ce qu'ils sauraient faire dans des combats plus meurtriers dès cet instant le succès de l'entreprise parut assuré.
         Dans la nuit du 14 au 15, il y eut quelques fausses alertes dans les deux premières divisions. Nos soldats tirèrent les uns sur les autres, et t'en eut quelques accidents fâcheux à déplorer. Ces sortes de méprises se renouvelèrent plusieurs fois dans le cours de la campagne ; elles ne doivent point étonner de la part de jeunes soldats qui se trouvaient pour la première fois en présence de l'ennemi.

          Mais il est temps de dire quels étaient les moyens de défense qu'avait réunis le Dey contre une attaque qui menaçait son existence politique. Il avait alors pour agha son gendre Ibrahim, homme tout à fait incapable. Depuis deux mois il pouvait être instruit par les journaux qui arrivaient jusqu'à lui, que Sidi-Féruch avait été choisi, pour point de débarquement mais, ne comprenant pas bien que le droit de tout dire put aller en France jusqu'à découvrir aux ennemis les projets du Gouvernement, il était peut-être moins inquiet pour ce point que pour tout autre il ne voyait qu'une ruse de guerre dans cette publicité. Aussi ce fut à l'est d'Alger, à Bordj-el-Arach (la Maison-Carrée), que l'agha établit son quartier général ; aucune disposition ne fut prise pour la défense de Sidi-Féruch. Il paraît au reste, que le projet du Dey était, en quelque endroit que dût s'opérer le débarquement de ne pas s'y opposer. Il pensait qu'il aurait meilleur marché de l'armée française dans l'intérieur des terres que sous le feu de notre marine.
         Le 15 juin, y l'agha n'avait; encore réuni que peu de monde ; le contingent de la province de Constantine, que nous croyions devoir être très considérable, n'était que de 500 cavaliers et de 400 fantassins. Le bey de Titteri, guerrier intrépide, mais chef sans habileté, ne conduisit que 1000 cavaliers, au lieu de 20.000 qu'il avait promis.

          Celui d'Oran n'envoya aussi que fort peu de monde, sous la conduite de son lieutenant ; le gros de l'armée de l'agha ne fut donc formé que des Arabes de la Métidja, et de quelques hordes de Kbailes de la province d'Alger. Ibrahim n'ayant préparé ni vivres ni fourrages pour ses troupes, les tribus se voyaient dans la nécessite de retourner chez elles lorsqu'elles avaient consommé les leurs. Lorsque les uns arrivaient les autres partaient; de sorte que cette cohue se renouvelait sans cesse, sans devenir plus nombreuse.
         L'espoir de faire du butin et la crainte qu'inspiraient les Turcs firent seuls prendre les armes aux Arabes ; car du reste ils s'embarrassaient fort peu de l'issue de la lutte à laquelle ils étaient appelés à prendre part. Ils étaient armés d'un long fusil sans baïonnette et d'un yatagan ou coutelas ; ils étaient presque tous à cheval ; mais on ne peut dire cependant qu'ils formassent un véritable corps de cavalerie, car ils ne tentèrent jamais une charge, et ils ne se servaient de l'arme blanche que pour égorger les prisonniers qui tombaient entre leurs mains. C'étaient des tirailleurs faisant, à cheval, la guerre que notre infanterie légère fait a pied. Il parait que M. de Bourmont n'avait que de bien faux renseignements sur la manière de combattre de ces peuples car il s'attendait à avoir sur les bras une cavalerie semblable à celle des Mameluks. Il en prévint l'armée par un ordre du jour, en quittant la rade de Palma; il lui annonça aussi que l'ennemi, comptant nous intimider par l'aspect d'un grand nombre de dromadaires, couvrirait son front par des milliers de ces animaux. Je ne sais qui avait pu faire connaître à M. de Bourmont ces prétendus préparatifs d'Hussein Pacha ; mais le fait est que nous ne vîmes d'autres dromadaires que ceux qui servaient à porter les bagages, et que la cavalerie arabe ne nous approcha jamais à plus de cinquante pas. Chaque cavalier s'avançait au galop devant les tirailleurs qui couvraient nos lignes, lâchait son coup de fusil faisait un demi-tour, et rejoignait précipitamment les siens aussitôt que nous nous ébranlions pour nous porter en avant, tout disparaissait.

          Les deux premières divisions conservèrent jusqu'au 19, les positions qu'elles avaient prises le 14. La première était en avant ayant la brigade de gauche formée en carré. La seconde division avait ses deux premières brigades à droite, et un peu en arrière de la première division, bordant un ruisseau qui se jette dans la mer à une demi-lieue de Sidi-Féruch la troisième brigade était en seconde ligne derrière la gauche de la division Berthezène. Un bataillon du 29° de ligne était sur la plage à l'extrême gauche. Pendant les quatre jours que les deux premières divisions occupèrent ces positions, elles eurent à soutenir des combats continuels de tirailleurs. Les ennemis, dont les armes avaient plus de portée que les nôtres, avaient, par cela même, de l'avantage sur nous dans ce genre de combat, mais ils craignaient beaucoup le feu de notre artillerie, nos obus surtout ; on se servit aussi, avec succès, des fusils de rempart, qui, dans des mains exercées, leur firent beaucoup de mal. Les fusées à la Congreve ne produisirent aucun effet.
         Les combats de tirailleurs avaient principalement lieu sur les bords des ruisseaux, dont les deux partis avaient un égal intérêt à rester maîtres. De notre côté, tout homme qui allait isolément à l'eau, trouvait une mort certaine entouré d'une foule d'Arabes, il avait la tête tranchée avant qu'on eût le temps de venir à son secours. Le dey d'Alger avait établi, dans le faubourg Bab-Azoun, un bureau où les têtes des Français étaient payées comptant.
         Cependant le débarquement du matériel se continuait avec activité. Il fut interrompu, le 16, par un orage qui, pendant quelques instants, inspira les plus vives craintes; la mer était affreuse; plusieurs navires furent en danger d'être jetés à la côte ; quelques embarcations périrent. Si le mauvais temps eût continué le succès de l'expédition pouvait être gravement compromis heureusement il ne fut point de longue durée au bout de quelques heures, le ciel reprit sa sérénité, et les inquiétudes s'évanouirent.

          Le camp de Sidi-Féruch prenait l'aspect d'une ville. Chaque corps, chaque service administratif avait son quartier distinct. Des tentes et des cabanes de feuillages étaient les édifices de cette cité improvisée, coupée en tous sens par de larges rues, où l'on voyait circuler l'artillerie et les nombreuses voitures de l'administration. Des magasins immenses s'élevaient de tous côtés pour les besoins de l'armée et les marchands qui l'avaient suivie lui offraient même le superflu. Des fours furent promptement établis ; l'armée commença à recevoir du pain frais, trois jours après le débarquement. On avait craint de manquer d'eau, mais on fut bientôt rassuré à cet égard outre la ressource des ruisseaux et des puits qui étaient en assez grand nombre, il suffisait, presque partout, de s'enfoncer de quelques pieds pour trouver une eau abondante et salubre. L'état sanitaire de l'armée était satisfaisant, et la chaleur supportable. Les nuits étaient même trop froides on y éprouvait le besoin de se chauffer. Le bois ne manquait pas pour les feux de bivouac, la terre jusqu'à plusieurs lieues de Sidi-Féruch étant couverte de broussailles et de taillis.

          L'intention du général en chef était de ne se porter en avant que lorsque le camp retranché et le débarquement du matériel seraient terminés. Il fallait aussi construire une route ; elle avait déjà été poussée jusqu'à la position occupée par les généraux Berthezène et Loverdo, et l'on devait la continuer à mesure que l'armée s'avancerait vers Alger.

         L'ennemi, ne pouvant, s'expliquer les motifs de notre inaction apparente, l'attribua à la crainte qu'il croyait nous inspirer. Il avait reçu quelques renforts, surtout en infanterie, et l'on s'aperçut qu'il construisait des batteries au centre de sa position une partie de la milice turque était arrivée d'Alger conduite par l'agha, généralissime de l'armée musulmane, dont il était assez difficile d'évaluer la force, même approximativement, à cause du désordre qui régnait dans cette masse. Cependant, s'il absolument fixer un chiffre, je n'évaluerais pas à plus de 20.000 hommes le nombre des ennemis que nous eûmes à combattre dans la bataille que je vais décrire.
         L'agha était d'une ignorance si puérile, qu'après avoir fait distribuer dix cartouches à chaque soldat il dit à quelqu'un qui lui faisait observer que c'était bien peu, qu'il y en avait assez pour anéantir l'armée française, en comptant un homme tué ou blessé par coup de fusil.

          Le 18 dans la soirée quelques Arabes se rendirent secrètement auprès du général Berthezène, et l'avertirent qu'il serait attaqué le lendemain; l'un d'eux était Ahmed-ben-Chanaan, de la tribu des Beni-Djéad. Il dit que sa tribu était fort bien disposée pour les Français; il ajouta qu'il allait aviser au moyen de mettre ses femmes et ses enfants en sûreté, et qu'il passerait ensuite de notre côté avec tout son monde. Cette promesse fut sans effet ; mais l'avis de l'attaque fut justifié par l'événement.

          Le 19, au point du jour, toute notre ligne fut attaquée. Les efforts de l'ennemi se dirigèrent principalement sur la gauche, au point occupa par le 57° de ligne. Ce fut là que combattirent les Turcs s'avançant avec audace et impétuosité, ils pénétrèrent jusque dans les petits retranchements que les troupes avaient élevés à la hâte pour se mettre un peu à l'abri du feu de l'ennemi mais ils en furent chassés presque aussitôt, et ils perdirent beaucoup de monde. Un d'eux que son intrépidité avait fait remarquer de nos soldats, se trouvai blessé et hors d'état de suivre ses compagnons dans leur mouvement rétrograde, se poignarda pour ne pas tomber vivant entre nos mains.

         Le combat fut également très vif à la position que défendait la brigade Clouet. Le 28° de ligne fut un instant compromis ; le colonel Meunier, qui le commandait fut blessé. La brigade Colomb d'Arcine vint au secours de la brigade Clouet, et les deux brigades réunies repoussèrent les Africains un peu au-delà de leurs anciennes positions, qu'elles occupèrent deux bricks ; qui vinrent s'embosser à peu de distance de la côte, firent beaucoup de mal à l'ennemi.

          Au centre, l'attaque fut moins impétueuse il en fut de même à l'aile droite la brigade Munck d'Uzer et la brigade Damrémont repoussèrent facilement l'ennemi dans le ruisseau qui coulait devant leur front, et qu'il avait franchi pour venir à elles. Cette dernière s'établit même sur la rive gauche du ruisseau.
         L'ennemie repoussé sur tous les points, se porta un peu en arrière de sa première position, et un feu de tirailleurs, soutenu par celui de quelques pièces de campagne, commença sur toute la ligne ; il dura sans interruption pendant plusieurs heures. Nos généraux n'avaient point d'ordre pour se porter en avant. M. de Bourmont, ainsi que nous l'avons dit, aurait désiré ne point faire de mouvement avant d'être en mesure de se présenter à Alger avec tout son matériel de siége, qui n'était point entièrement débarqué, les chevaux du train n'étaient pas même encore arrivés. On était sans nouvelle du convoi qui les portait lequel n'avait dû quitter Palma qu'après l'armée ; il était donc inutile de faire en avant une pointe qui ne devait avoir d'autre résultat que de nous éloigner de nos magasins, l'investissement de la place ne pouvant être tenté dans les circonstances où nous nous trouvions. Mais tous ces calculs de la prudence durent céder à un besoin plus pressant le feu de l'ennemi bien dirigée incommodait beaucoup nos troupes ; les Africains, voyant qu'après avoir repoussé leur attaque, nous étions rentrés dans notre inertie apparente, avaient repris courage et ne cessaient de nous harceler, en faisant relever par des troupes fraîches celles qui étaient fatiguées du combat nos soldats commençaient à murmurer de l'inaction à laquelle on condamnait leur valeur ; comme les positions sur lesquelles on les tenait enchaînés devenaient à chaque instant plus meurtrières, il était à craindre que le découragement ne vînt enfin succéder à ce sentiment l'indignation du courage retenu par la discipline. C'est ce que comprirent nos généraux en conséquence, ils envoyèrent prier le général en chef de se rendre sur-le-champ de bataille, afin de juger par lui-même du véritable état des choses.

          M. de Bourmont était à Torre-Chica, où il avait établi son quartier général et d'où il pouvait suivre des yeux tous les mouvements de l'armée. Le feu qu'il entendait depuis le matin, quoique beaucoup plus nourri qu'a l'ordinaire, ne l'étonna point ; il l'attribua à ces combats de tirailleurs que l'on livrait journellement aux avant-postes. Dès qu'il eut reçu l'avis que lui faisaient passer les généraux des deux premières divisions, il monta à cheval et se rendit auprès d'eux il vit alors que la chose était bien plus sérieuse qu'il ne l'avait supposée et, après un moment d'hésitation, il donna l'ordre de marcher à l'ennemi en échelons formés chacun d'un régiment en colonne serrée. Le mouvement devait commencer par la droite mais M. de Loverdo ayant mis du retard dans l'exécution des ordres qui lui furent donnés, ce fut la brigade Poret de Morvan qui s'ébranla la première elle occupait la droite de la première division. Ainsi les brigades Damrémont et Munck d'Uzer, de la division Loverdo, qui, comme nous l'avons dit, étaient à sa droite, restèrent un peu en arrière du rang qu'elles auraient dû occuper dans ce mouvement offensif il en résulta que les échelons, au lieu d'être formés par la droite, le furent par le centre.

          L'ennemi ne soutint pas un instant notre attaque il fut enfoncé dans un clin d'œil; ainsi que dans la journée du 14, il abandonna ses batteries où nous entrâmes sans éprouver de résistance. Comme on avait attaqué par le centre, contrairement aux intentions de M. de Bourmont, les Africains se dispersèrent dans tous les sens. Si M. de Loverdo eût exécuté avec plus de promptitude le mouvement qui lui avait été ordonné, la gauche de l'ennemi aurait été refoulée sur le centre qui, attaqué lui-même par les échelons suivants, aurait été rejeté sur la droite ; cette manœuvre aurait pu acculer l'armée musulmane à la mer, et, dans cette position, nous en aurions fait un très grand carnage.
         Nous poursuivîmes les fuyards jusqu'à Staouéli, où ils avaient établi leur camp que nous trouvâmes abandonné. Les tentes des chefs étaient d'une magnificence remarquable, surtout celle de l'agha elle avait plus de soixante pieds de long, et elle était divisée en plusieurs appartements dont l'intérieur était orné de belles tentures et de superbes tapis. L'ennemi n'avait eu le temps de rien enlever, on trouva même une somme d'argent assez considérable dans la tente de l'officier chargé de payer la solde à la milice turque.

         Les résultats de la bataille de Staouéli furent trois à quatre mille Africains tués ou blessés ; cinq pièces de canon et quatre mortiers enlevés, plus beaucoup de bétail et soixante-dix ou quatre-vingts dromadaires qui furent partagés entre les régiments pour porter les bagages. On fit très peu de prisonniers, presque tous blessés. De notre côté, on n'eut que six cents hommes mis hors de combat, tant tués que blessés.

          Les deux divisions victorieuses s'établirent à Staouéli, dans le camp même d'où elles venaient de chasser l'ennemi, à une lieue de leur ancienne position; les débris de l'armée de l'agha rentrèrent dans Alger, qu'ils remplirent de consternation. Des transfuges, qui nous arrivèrent le lendemain, nous assurèrent que si nous nous étions mis aux trousses des fuyards, l'effroi était tel, que nous serions entrés dans la ville sans éprouver de résistance. Il est possible que les choses se fassent passées ainsi mais, dans le doute, il était plus raisonnable de ne point s'écarter de la marche que l'on avait adoptée dès le principe, et de ne pas livrer aux chances d'un heureux hasard un succès qui paraissait assuré.
         Ibrahim Agha, après la défaite de son armée, perdit entièrement la tête, et ne fit rien pour lutter contre la mauvaise fortune. N'osant pas se présenter devant son beau-père, il courut se cacher dans une de ses maisons de campagne, comme un enfant timide qui craint une réprimande méritée ; pendant plusieurs jours on ne sut pas ce qu'il était devenu. Le Dey, que personne n'osait instruire de l'état des choses, fit appeler Hamdan-ben-Othman-Khodja, en qui il avait toute confiance. Celui-ci lui fit connaître la vérité, et ne lui dissimula pas la conduite honteuse de son gendre. Hussein, qui dans son intérieur était doux et bienveillant ne voulut pas accabler ce malheureux. Il chargea Hamdan d'aller l'encourager à reprendre le commandement de l'armée ; mais ce fut avec beaucoup de peine que ce Maure parvint à l'arracher à l'état de stupeur dans lequel il était plongée et à lui faire réunir quelques soldats aussi démoralisés que lui. Le premier soin de M. de Bourmont, après la victoire de Staouéli, fut de faire continuer jusqu'au nouveau camp la route déjà commencée. Ce travail fut promptement terminé. Les retranchements du grand camp de Sidi-Féruch le furent le 24 juin. Nous avons dit qu'ils consistaient en une ligne bastionnée qui allait d'une rade à l'autre, séparant le promontoire du continent. Vingt quatre pièces de canon montées sur des affûts marins composèrent l'armement de cette place d'armes, assez formidable pour braver au besoin toutes les forces de la Régence. Des redoutes armées avec les pièces enlevées à l'ennemi furent construites sur la route, de distance à distance, pour assurer les communications.

          La troisième division ne prit aucune part à l'affaire de Staouéli seulement la première brigade de cette division, qui campait en dehors des retranchements, se porta en réserve derrière les ailes des divisions engagées, le 2° régiment de marche à droite, et le 55° de ligne à gauche. Ces deux régiments occupèrent, après le combat, les positions que nos troupes venaient d'abandonner, par suite de leur mouvement offensif. Le 2° régiment de marche fut principalement chargé d'observer le débouché de la vallée du Mazafran; on craignait de voir arriver par-là des troupes que l'on supposait être envoyées par le bey d'Oran, et que les vigies de la marine croyaient avoir aperçues au loin.

          Les deux premières divisions restèrent à Staouéli jusqu'au 24 juin. Ce point n'était ni une ville ni un village c'était seulement un emplacement qui servait de campement aux Arabes. Il y avait de l'ombrage et quelques fontaines qui donnaient une eau assez médiocre le terrain dans les environs était uni et cultivé.
         Les Arabes, étourdis des événements de la journée du 19, semblèrent pendant quelques jours avoir abandonné la partie. Le sieur Ayas, un de nos interprètes, parvint même à entrer en pourparler avec eux. Il se rendit dans un de leurs douars, et en revint non seulement sans avoir reçu de mal, mais encore avec des promesses de soumission qui furent loin, il est vrai, de se réaliser. Un commis du munitionnaire général accompagna le sieur Ayas dans ce voyage, qui n'était point sans danger. Ces deux agents achetèrent quelques bœufs aux Arabes, à qui ils s'adressèrent ; il fut convenu qu'on prendrait des mesures pour des fournitures plus considérables. Les arabes assuraient qu'ils étaient las de la guerre et très disposés à venir approvisionner nos marchés, pourvu qu'on leur promit justice et protection. On doit bien penser que le sieur Ayas et son compagnon ne négligèrent rien pour leur faire comprendre qu'ils trouveraient l'une et l'autre chez les Français.

          M. de Bourmont, satisfait de la tournure qu'avait prise cette petite négociation, se hâta d'annoncer à l'armée, par la voie de l'ordre du jour, que nous n'avions plus, sur le sol de la Régence, d'autres ennemis que les Turcs. Il prescrivit aux soldats d'user des plus grands égards, et surtout de la plus scrupuleuse probité, dans leurs relations avec les indigènes qui allaient accourir auprès de nous, comme auprès de leurs libérateurs. Une attaque générale vint donner, le 24 au matin, un démenti formel à l'ordre du jour de M. de Bourmont.
         Nos deux premières divisions étaient, comme nous l'avons dit, campées à Staouéli Quelques troupes furent échelonnées sur la route nouvellement construite, entre ce point et notre première position occupée par une brigade de la troisième division. Les deux autres brigades de la division d'Escars étaient restées à Sidi-Féruch.
         L'agha Ibrahim, après avoir repris le commandement de l'armée musulmane, était parvenu, plus par ses alentours que par lui-même, à réunir encore quelques Arabes, et, le 24 au matin, il attaqua nos lignes. Le général en chef de l'armée française, qui avait toujours son quartier général à Sidi-Féruch, se rendit de bonne heure à Staouéli et fit aussitôt prendre l'offensive. La première division et la brigade Damrémont, de la deuxième, s'ébranlèrent, ainsi que deux escadrons des chasseurs d'Afrique. L'ennemi ne tint pas un instant; il traversa en fuyant la partie de la plaine qui se trouve en avant de Staouéli, et ne s'arrêta que sur des hauteurs qui s'élèvent à une lieue de là, et qui se lient au mont Bouzaréa et aux collines d'Alger. Encore débusqué de cette position, que couronne un assez vaste plateau ; il alla s'établir sur les pentes du Bouzaréa, à une lieue d'Alger. On cessa alors de le poursuivre. Nos troupes victorieuses s'arrêtèrent à l'extrémité du plateau un vallon peu large ; au fond duquel coulait un faible ruisseau, séparait cette position de celle de l'ennemi, qui la dominait entièrement. Au moment où nos troupes se portèrent en avant ; un gros d'Arabes qui était pesté au loin, sur quelques mamelons, à l'extrême gauche de la ligne ennemie, descendant dans la plaine se dirigea sur notre camp qu'il croyait abandonné. Il s'arrêta à la vue des brigades de la deuxième division qui y étaient restées; et, rebroussant chemin; il se jeta sur les derrières de la première division ; où il massacra quelques hommes isolés.

          Le combat du 24 prit le nom de Sidi-KaIef, qui est celui d'un hameau situé sur le plateau dont nous venons de parler. Nous y perdîmes peu de monde ; l'ennemi n'avait point d'artillerie, et nous n'eûmes nous-mêmes que quatre pièces en ligne. Un des fils de M. de Bourmont fut blessé dans cette affaire. Ce jeune homme se faisait remarquer par sa valeur et par ses excellentes qualités. Toute l'armée applaudit à la manière noble et touchante dont M. de Bourmont, dans le rapport officiel, rendit compte de cet événement et de la mort de son fils, qui succomba aux suites de sa blessure quelques jours après.
         La position dans laquelle s'arrêtèrent les troupes qui avaient combattu à Sidi-KaIef, était fort désavantageuse ; elle était dominée par celle qu'avait prise l'ennemi. Les mêmes raisons qui nous avaient arrêtés après nos succès du 19 existant toujours, il fallut cependant se résoudre à l'occuper encore quelques jours, car, en nous avançant plus loin, nous nous serions trouvés sans grosse artillerie sous le canon d'Alger ou du moins, sous celui des ouvrages que les Turcs pouvaient avoir élevés en avant de cette ville. Heureusement que, le jour même du combat de Sidi-KaIef, on aperçut de Sidi-Féruch le convoi que l'on attendait depuis longtemps. Le lendemain 25, il mouilla dans la rade, et le débarquement commença sur-le-champ.

          La route que construisait le génie fut prolongée de Staouéli à la nouvelle position, que nous appelâmes Fontaine-Chapelle, à cause de la fontaine et du marabout de Sidi-Abderrahman-bou-Néga. La troisième division, qui n'avait point encore combattu, reçut ordre de se porter en première ligne. Il était juste de donner au duc d'Escars, qui la commandait et qui n'avait jamais fait la guerre, l'occasion de gagner ses éperons.
         C'était, du reste, un homme honorable, studieux et éclairé, qui cherchait à justifier, par des qualités personnelles ce que la naissance et la faveur avaient fait pour lui.

          Le 25 avant le jour, la brigade Berthier de Sauvigny se mit en mouvement et se trouva en position sur les huit heures du matin ; la brigade Hurel n'y arriva qu'à onze heures du soir ; la brigade Montlivault s'échelonna sur la route entre Staouéli et la nouvelle position elle fut remplacée à Sidi-Féruch par la brigade Munck d'Uzer, de la deuxième division. La brigade Damrémont retourna à Staouéli ; elle fut attaquée, dans ce mouvement, par un parti de cavalerie arabe qu'elle repoussa facilement. On construisit de nouvelles redoutes sur notre ligne de communication il y en eut huit en tout, depuis Sidi-Féruch jusqu'à Alger. Un blockhaus fut établi entre la première et la seconde, un peu trop éloignées l'une de l'autre. Celle que l'on construisit à Staouéli se liait à un camp retranché auquel elle servait de citadelle.

         Les mouvements que nous venons de mentionner se firent avec quelque désordre deux régiments qui se rencontrèrent dans l'obscurité tirèrent l'un sur l'autre et se tuèrent du monde.

          Par suite de tous ces mouvements, la troisième division se trouva à la gauche de la première, au sommet de la berge droite du vallon de Sidi-Abderrahman-bou-Néga. Les dispositions que l'on prit pour conserver cette position jusqu'à l'arrivée du matériel de siége, furent très vicieuses, surtout à gauche. Pour tenir les Barbares à distance, on envoya des tirailleurs qui traversèrent le vallon et s'établirent sur le versant opposé, et par conséquent au-dessous d'eux. Il aurait été plus convenable d'établir ces tirailleurs sur le sommet du versant que nous occupions, et de placer le gros des troupes vers le milieu du plateau, hors de portée du canon de l'ennemi ; de cette manière, celui-ci aurait été obligé de découvrir ses tirailleurs, et les nôtres se seraient trouvés dans une position plus convenable.
         Après le mauvais succès du combat de Sidi-Kalef, le Dey, convaincu enfin de la nullité de son gendre, le destitua, et mit à sa place Mustapha-bou-Mezrag, bey de Titteri. Ce nouveau général était plus résolu qu'Ibrahim agha, mais il n'était guère plus habile. Le Dey chercha aussi à réveiller le fanatisme de son peuple il fit venir le cheikh-el-Islam lui remit un sabre et le chargea d'appeler tous les Croyants à la défense de la religion mais ce vénérable muphti, très embarrassé de l'arme qu'on lui avait mise entre les mains, se contenta, pour la forme, d'inviter quelques notables à se rendre chez lui pour aviser aux moyens de défense, et presque personne ne répondit à sa voix.

          La première et la troisième divisions restèrent dans la position de Sidi-Abderrahman-bou-Néga, les 25, 26, 27 et 28 juin. Ces quatre journées ne furent qu'un combat continuel de tirailleurs, qui commençait au lever du soleil et qui ne finissait qu'à son coucher; les compagnies que l'on dispersait en tirailleurs, étaient relevées toutes les trois ou quatre heures. Comme elles appartenaient aux divers régiments de la division, et dans le même régiment à divers bataillons, il n'y eut point toujours dans leurs mouvements l'unité d'action convenable, les officiers supérieurs se reposant trop les uns sur les autres d'un soin qui n'appartenait à aucun d'eux en particulier. Ce ne fut que le dernier jour, que l'on mit un peu d'ordre dans le service de ces officiers.
         Le bivouac de la brigade Berthier de Sauvigny était labouré par les boulets ennemis. Les Africains s'étant embusqués dans le petit bois de Sidi-Abderrahman-bou-Néga, situé devant son front, commençaient même à l'inquiéter par le feu de leur mousqueterie, lorsque le lieutenant-colonel Baraguay d'Hilliers, du 2° de marche, les chassa de ce poste et fit couvrir le bois par un redan que nos troupes occupèrent.
         Les Africains, dans tous les combats de tirailleurs étaient favorisés par une position dominante et par un terrain bien fourré ; cependant on leur tua beaucoup de monde. Les Turcs avaient pour coutume de planter un drapeau devant le front de la ligne que leurs tirailleurs devaient occuper. Ce drapeau fut la cause de la mort de plusieurs braves qui tentèrent de l'enlever; de celle, entre autres, d'un jeune officier du 9°' léger, nommé Léonide de Morogues, qui s'était déjà fait remarquer par son intrépidité.

          Le 27, M. Borne, chef d'escadrons, aide de camp du duc d'Escars, eut l'épaule emportée par un boulet et mourut peu d'heures après. Le 28 deux compagnies d'élite du 53° de ligne, emportées par leur ardeur, gravirent presque jusqu'au sommet, des hauteurs occupées par l'ennemi, en tuant ou en dispersant tout ce qui se présentait devant elles mais elles perdirent beaucoup de monde en revenant, et ne purent enlever leurs blessés, qui furent aussitôt décollés par les Africains. Le même jour, une colonne ennemie tomba à l'improviste sur le bataillon du 4° léger ; faisant partie du 1er de marche, et lui sabra 150 hommes. Ce bataillon, par la coupable imprudence de son chef, était occupé en entier à nettoyer ses armes, de sorte qu'ayant tous ses fusils démontés, il ne put opposer aucune résistance ; les troupes qui étaient dans le voisinage vinrent à son secours et repoussèrent facilement l'ennemi.

          M. de Bourmont établit, le 24 juin, son quartier général à Staouéli Le 20, il alla visiter la première ligne et rencontra, chemin faisant, plusieurs cadavres sans tête qui attestaient et l'imprudence de nos soldats et la férocité de leurs ennemis. M. de Bourmont donna des ordres pour hâter la construction des redoutes, et régla le service des compagnies qui devaient en former la garnison, de manière à ce qu'elles fussent relevées tous les six jours. Il prit aussi des mesures pour assurer l'arrivage des convois de vivres et de munitions qui chaque jour, devaient partir de Sidi-Féruch pour Staouéli et, de ce dernier pointa pour la position que défendaient la 1ère et la 5ème divisions. Il écrivit, le 26 au général commandant la 8éme division militaire à Marseille, de faire embarquer le plus tût possible 950 hommes appartenant aux divers régiments de l'Armée d'Afrique et qui se trouvaient réunis au dépôt général à Toulon. Il fut aussi question de faire embarquer la première brigade de la division de réserve qui s'était réunie dans le Midi mais cette disposition n'eut pas de suite. Le général en chef se concerta avec l'amiral Duperré pour le débarquement de 1400 marins qui, conjointement avec un bataillon du 48° de ligne, furent destinés à occuper Sidi-Féruch, dont le commandement fut confié à M. le colonel Léridan. Cette mesure rendit disponibles trois bataillons de la brigade Munck d'Uzer. Enfin le débarquement du matériel étant terminé, et rien ne s'opposant plus a l'investissement de la place, dont nous n'étions plus qu'à cinq quarts de lieue, l'attaque des positions ennemies fut fixée, le 28 juin, au lendemain 29.

          Ces positions se rattachaient au mont Bouzaréa, situé au nord-ouest d'Alger, et dont l'élévation au-dessus de la mer est de 400 mètres. Les pentes du Bouzaréa sont raides, surtout au nord des ravins très profonds et très escarpés le séparent de la ville ; à l'origine de ces ravins, il se lie aux collines d'Alger qui s'étendent à l'est jusqu'à l'Arach, petite rivière qui se jette dans la mer, à deux lieues de la ville. Ces collines sont séparées de la mer par une plaine de 600 mètres de largeur moyenne, elles sont coupées par de grands ravins. Sur le plateau qui les couronne et au partage des eaux, serpentait une ancienne voie romaine très praticable dans les environs d'Alger, et qui se perdait dans la plaine de Staouéli Ce chemin passait auprès du fort de l'Empereur, bâti au sud de la ville, sur les crêtes des hauteurs ce fort domine Alger et a vue sur toute la baie mais il est lui-même dominé par le prolongement des pentes du mont Bouzaréa. Tout le terrain que nous venons de décrire est couvert de jardins, de vergers et d'une prodigieuse quantité de maisons de campagne, dont quelques-unes sont de fort beaux édifices; il est coupé par des haies épaisses, ce qui, joint aux difficultés naturelles du sol, en rend l'accès très difficile il est, du reste d'une admirable beauté et d'une fertilité remarquable.

          Le 28 au soir, toute l'armée française fut réunie à la position de Sidi-Adherrahman-bou-Néga, à l'exception des brigades Montlivault et Munck d'Uzer chargées de la garde des camps et de celle des postes intermédiaires on laissa aussi à Sidi-Féruch et à Staouéli trois compagnies du génie ; on avait transporté dans ce dernier camp une partie des parcs d'artillerie et de celui du génie.

          Le 29, à la pointe du jour, l'armée s'ébranla en colonnes serrées. Chaque colonne était formée d'un régiment ; les divisions étaient à leur rang de bataille, c'est-à-dire la 2° au centre, la 1ère à droite, et la 3ème à gauche ; l'artillerie marchait dans les intervalles ; une compagnie du génie fut attachée à chaque division, pour ouvrir le chemin là où il serait nécessaire.
         L'armée traversa en silence le vallon qui nous séparait de l'ennemi, gravit les hauteurs opposées et tomba sur les Barbares qui, surpris par cette brusque attaque, sans avoir le temps de se reconnaître, lâchèrent pied tout aussitôt. Cependant, revenus de leur terreur, ils s'arrêtèrent un peu plus loin où ils commencèrent sur les masses de la 3ème division une fusillade assez vive, que cependant le feu de notre artillerie fit bientôt taire. Les Turcs perdirent la leur, selon l'usage, et se retirèrent sous le canon de la place. La 3ème division occupa alors les pentes du mont Bouzaréa qui font face à la ville, après avoir traversé plusieurs ravins que les plus mauvaises troupes européennes auraient défendus avec avantage contre les meilleures. A droite, la division Berthezène n'eut à lutter que contre les difficultés naturelles du sol mais elles furent telles, que cette division appuyant toujours à gauche, passa par derrière la 2ème et arriva sur les pentes du Bouzaréa, à la suite de la 3ème M. de Bourmont s'était transporté de sa personne sur le sommet de cette montagne, au poste de la Vigie ; il fit occuper ce point par le 14ème de ligne de la division Berthezène, qui se trouva, par suite du mouvement qu'elle venait de faire, derrière la division d'Escars.

          La division Loverdo avait à parcourir le terrain le plus facile. Elle suivait la voie romaine, qui se trouve, comme nous l'avons dit, au partage des eaux de cette multitude de ravins dans lesquels les autres divisions étaient engagées ; cependant, elle avança lentement. Les Turcs qu'elle avait en face débordèrent, par suite de cette lenteur, l'aile droite de la 3ème division, qui était à la gauche de la 2ème. M. d'Escars fut obligé d'envoyer contre eux des tirailleurs de sa propre division, et de couvrir ainsi celle de son collègue. Peu de temps après, ces tirailleurs furent rappelés, parce que la brigade Berthier, à laquelle ils appartenaient, fit un mouvement sur la gauche pour se rapprocher de la brigade Hurel, dont les accidents de terrain l'avaient séparée. Le général Loverdo fit alors un mouvement de retraite que personne ne put s'expliquer dans le moment, mais que l'on a dit depuis avoir été le résultat d'une méprise qui lui fit croire qu'il n'était pas dans la bonne direction. Le général en chef, ne concevant rien à ce mouvement rétrograde, envoya à M. de Loverdo l'ordre de reprendre l'offensive mais on eut beaucoup de peine à le retrouver dans les ravins où il avait enseveli en quelque sorte sa division, après avoir quitté la voie romaine.
         Cependant, le général en chef, jugeant qu'il était inutile d'avoir deux divisions sur le même point, ordonna à la 1ère de rester sur les pentes du Bouzaréa, et à la 3ème d'aller s'établir à la droite de la voie romaine. La 3ème division reprit donc le chemin que venait de suivre la brigade Berthier, et même, pour couper court, elle s'enfonça dans les ravins les plus profonds et les plus inextricables, et parvint, après de grandes fatigues, à la position qui lui avait été assignée ; elle s'établit aux Consulats de Hollande et d'Espagne. Cette division fut complètement désorganisée pendant quelques instants les compagnies, les bataillons, les régiments, étaient confondus; il fallut plusieurs heures pour débrouiller ce chaos.

          La 2ème division, dans laquelle le désordre avait aussi pénétré, avait enfin été retrouvée, elle vint s'établir à gauche de la voie romaine, entre la 1ère et la 3ème. Les Turcs, après avoir tiraillé une partie de la journée, rentrèrent dans la place ou sous son canon ; les Arabes descendirent dans la plaine du bord de la mer. L'investissement d'Alger était loin d'être complet nous occupions les hauteurs, mais les bords de la mer restaient libres, et les Turcs communiquaient facilement avec la plaine de Métidja.

          La confusion qui régna dans tous les mouvements de l'armée française, dans la journée du 29, aurait pu avoir des conséquences funestes, si nous nous étions trouvés en face d'un ennemi habile et entreprenant. M. de Bourmont fut hésitant et indécis dans ses opérations on dit même qu'il montra beaucoup de faiblesse envers un de ses lieutenants généraux, coupable de désobéissance formelle à ses ordres.
         La brigade Poret de Morvan était restée à l'ancienne position pour garder le parc et l'ambulance ; elle fut attaquée par les Arabes, mais sans succès de leur part. Dans cet engagements un soldat du 3ème de ligne, nommé Sovadot, arracha aux Arabes, après des prodiges de valeur, son capitaine, M. Gallois, grièvement blessé. Je n'ai pu savoir si ce brave avait obtenu la récompense de sa noble conduite. De toutes les actions de guerre, celle qui a pour résultat de sauver un des siens est certainement la plus méritoire, et c'est à juste titre que les Romains mettaient la couronne civique au-dessus de toutes les autres.

         Nous ne perdîmes que fort peu de monde dans la journée du 29. Cinq pièces de canon tombèrent en notre pouvoir, ainsi que quelques prisonniers. Les maisons de campagne que nous trouvâmes abandonnées, furent en général pillées et dévastées ; celles de quelques consuls européens, dont les soldats ne connurent pas les pavillons, souffrirent comme les autres. Quelques habitants, trouvés cachés dans les maisons et dans les haies, furent massacrés ; deux ou trois femmes furent même tuées par accident, d'autres furent violées ; mais ce sont là les tristes accompagnements de toute guerre, même de la plus juste.

          Le jour même de notre arrivée devant Alger, le général en chef et le général Valazé reconnurent les approches du château de l'Empereur, qu'il fallait enlever avant de songer à attaquer le corps de la place. Ce château, dont nous avons fait connaître la position, doit son nom à l'empereur Charles-Quinte qui, lors de son expédition contre Alger, avait établi son quartier général sur le lieu où il a été bâti. Ce fut même le choix que fit Charles-Quint de cette position qui fit ouvrir les yeux aux Turcs sur son importance. Ce point était alors connu sous le nom de Sidi-Yacoub les Turcs rappellent maintenant Soltan-Calassi.
         Le fort de l'Empereur était éloigné de 800 mètres de la ville ; c'était un carré un peu allongé, en maçonnerie, comme toutes les fortifications d'Alger. Les murs en étaient banques de petites saillies en forme de bastions. La face du sud avait une double enceinte ; du reste, point de dehors ; dans l'intérieur, une grosse tour ronde servant de réduit voilà quel était le fort de l'Empereur.

          Alger, bâtie en amphithéâtre sur le penchant d'une colline assez élevée, forme un triangle dont un des côtés est appuyé à la mer. La ville était entourée d'un mur à l'antique, avec tours et créneaux, d'une construction assez irrégulière, haut de 25 pieds, terme moyen, et large de 7 à 8. Ce mur était précédé d'un fossé. Au sommet du triangle s'élevait la citadelle, ou casbah, qui formait aussi un triangle, dont deux côtés étaient les prolongements du mur d'enceinte ; le troisième séparait la casbah de la ville. Alger avait trois portes conduisant dans la campagne au sud, la porte Neuve, dans le haut de la ville, et la porte Bab-Azoun, dans le bas au nord, la porte Bab-el-Oued également dans le bas. De la porte Neuve à la porte Bab-Azoun, le rempart était précédé d'un petit mur ou fausse braie ; il en était de même aux environs de la porte Bab-el-Oued. Le coté de l'enceinte appuyé à la mer était percé de deux portes, dites de la Marine et de la Pêcherie.

          Au bord de la mer, à 900 mètres de la porte Bab-Azoun, s'élevait le fort du même nom. Le fort Neuf couvrait la porte Bab-el-Oued. A 2 et 300 mètres de celui-ci, était le fort des Vingt-quatre-heures, et, à 1500 mètres plus loin, le fort des Anglais. Tous ces forts étaient hérissés de canons ; les Barbares croient une position inexpugnable, lorsqu'ils y ont entassé des bouches à feu sans choix et sans discernement. (Depuis qu'Alger est entre nos mains, il a été fortifié à la moderne et l'enceinte s'en est beaucoup accrue. Il ne s'agit ici que du vieil Alger.)
         Le côté le plus fort d'Alger était celui de la mer. Les principaux ouvrages qui défendaient l'entrée et les approches du port étaient construits sur ce rocher dont nous avons parlé dans le livre premier et que Khair-Eddine réunit au continent par une jetée qui est un fort bel ouvrage. Les fortifications de la marine se sont toujours perfectionnées depuis cette époque elles sont en pierre, d'une très grande solidité, et assez compliquées dans leurs détails ; en certains endroits il y a jusqu'à quatre rangs de batteries les unes au-dessus des autres. Mais reprenons le fil de notre narration.
         Une batterie de siège de six canons de 16 avait. suivi l'armée dans son attaque du 29, pour combattre les batteries de position que l'ennemi pouvait avoir construites sur les bords des ravins ; mais nous avons vu que sa prévoyance ne s'était pas étendue jusque-là. Le reste de notre artillerie de siége arriva successivement; remplacement du parc fut désigné en arrière du Consulat de Hollande.

          Le résultat de la reconnaissance faite, dès le 29, par le général Valazé, fut que l'on pouvait commencer immédiatement les travaux de tranchée devant le fort de l'Empereur ce qui eut lieu le lendemain 30, à trois heures du matin. Le feu très vif de la place et l'extrême fatigue des troupes obligèrent bientôt de les interrompre ; on ne put les reprendre que la nuit suivante. M. Chambaut, chef de bataillon du génie, fut blessé à mort dans ces premières opérations.
         Il avait été décidé qu'on ne construirait qu'une seule parallèle pour lier les batteries dont le général Lahitte avait déterminé l'emplacement, de telle sorte qu'elles fussent en même temps batteries d'enfilade et batteries de brèche le fort de l'Empereur ne méritait pas une attaque plus savante, et nous le dominions de tous cotés.
         On résolut d'attaquer à la fois la face du sud et celle de l'ouest, et surtout cette dernière qui paraissait d'un abord plus facile ; en conséquence, une seule batterie fut établie contre la face du sud ; elle était de six canons, et fut construite sur le prolongement de la face ouest. Celle-ci fut battue par deux batteries de canons et une d'obusiers ; la première, de quatre pièces de 24, fut établie à gauche de la voie romaine ; la seconde, de six pièces de même calibre, à droite. La batterie d'obusiers, contenant deux pièces, fut construite entre cette dernière et la voie romaine. Une batterie de quatre mortiers de 10 pouces fut construite sur la capitale de l'angle sud-ouest du fort, entre les deux premières batteries dont nous venons de parler. Toutes ces batteries eurent les noms suivants la 1ère fut appelée batterie de Saint-Louis la 2ème batterie du Dauphin; la 3ème du Roi, la 4ème du Duc de Bordeaux ; la 5ème enfin, batterie Duquesne. Elles étaient masquées par des baies qui en cachaient la construction à l'ennemi.

          Le 1er juillet dans la journée, les Turcs tentèrent une sortie; ils furent repoussés avec perte. Ils s'embusquèrent alors dans les jardins et dans les haies, en avant de nos ouvrages, et se mirent à tirailler avec quelque avantage. Nous leur opposâmes les meilleurs tireurs de tous les régiments, que l'on arma avec des fusils de rempart. Le travail de la tranchée fut réglé de manière à être relevé le soir à six heures, et le matin à quatre heures et demie. Le nombre des travailleurs fut fixé à 1600 mais il y eut beaucoup de désordre dans leur répartition, et quelquefois dans l'heure de leur arrivée, ce qui fit souvent perdre un temps précieux. On a de la peine à comprendre comment on peut pécher dans des détails aussi simples et d'une exécution aussi facile ; c'est cependant ce qui n'est pas rare a la guerre.
         Le général Lahitte fit commencer, le 1er juillet la construction d'une nouvelle batterie de quatre obusiers, dans le jardin du Consulat de Suède, à droite de la tranchée. Le même jour la brigade Montlivault, qui était restée en arrière, entra en ligne, ainsi que trois bataillons de la brigade Munck d'Uzer ; la brigade Poret de Morvan se porta sur les communications de Sidi-Féruch à Alger.
         Le 2 juillet, les travaux furent poussés avec activité, mais l'ouvrage n'avançait pas également partout, le sol n'étant pas sur tous les points également facile à remuer. Les tirailleurs soutinrent un feu très vif, ce jour-là et le suivant, sur toute la ligne. La batterie Saint-Louis fut attaquée par les Turcs, qui s'avancèrent jusque sur l'épaulement. Il y eut un moment d'hésitation de la part de nos soldats; mais, entraînés bientôt par l'exemple du capitaine d'artillerie Mocquart, ils fondirent sur l'ennemi et le repoussèrent.

          Sur la droite, quelques Arabes de l'extérieur vinrent nous inquiéter. Ils furent repoussés au loin par une compagnie du 9ème léger. Il se passa là une action qui mérite d'être rapportée ; un Arabe est blessé d'un coup de feu au moment où les Français s'ébranlaient pour se porter en avant ; un de ses camarades vient à son secours et se dispose à l'emporter mais, au même instant, ce dernier est aussi blessé et tombe avec son fardeau. Il se relève bientôt mais, au lieu de profiter du peu de force qui lui reste pour se sauver seul, il s'obstine généreusement à ne point abandonner son compagnon plus blessé que lui. Cependant les Français ne sont plus qu'à deux pas ; n'importe, il mourra avec son ami ; un officier, qui arriva près d'eux presque en même temps que les premiers tirailleurs, aurait voulu les sauver l'un et l'autre, mais il éleva la voix trop tard nos soldats n'accordaient plus de quartier à un ennemi qui leur avait donné l'exemple de ne point en faire.

          Le 3, l'amiral Duperré parut devant Alger avec une partie de ses forces, et pendant plusieurs heures canonna la ville et les forts, mais à une telle distance qu'à peine quelques boulets arrivèrent à terre la même chose avait eu lieu le 1er . L'état de la mer fut sans doute ce qui empêcha M. Duperré de raser de plus près les fortifications qu'il paraissait vouloir combattre, et le força de tenir notre brave marine fort éloignée de la position qu'avait prise lord Exmouth, en 1816. Cette démonstration eut cependant pour résultat de partager un peu l'attention de l'ennemi, et d'encourager nos soldats, qui durent croire que ce grand bruit était suivi de quelque effet.
         Dans la soirée, les bagnes du Roi et du Dauphin furent armées. Les autres l'avaient été dès le matin ; les ouvrages étaient partout en bon état et bien définis ; on avait établi de fortes traverses là où elles étaient nécessaires les magasins à poudre étaient construits et approvisionnés; enfin tout était prêt pour l'attaque, qui fut fixée au lendemain.

          Dans la nuit, les Turcs de la garnison du fort, ne se doutant pas de la terrible canonnade qu'ils allaient essuyer dans quelques heures, et satisfaits de nous avoir tué quelques hommes dans la journée, se livrèrent aux transports d'une joie absurde et bruyante. Ils nous crièrent que, puisque nous ne tirions pas, c'était que nous n'avions pas de canon ; que si nous en voulions, ils étaient prêts à nous en envoyer, accompagnant cette ironie de beaucoup d'injures contre les Chrétiens selon l'usage. De notre côté, personne ne criait, mais chacun prenait son poste. On attachait à chaque batterie une compagnie d'infanterie pour la soutenir ; on établissait, à la queue de la tranchée, deux compagnies d'artillerie en réserve, pour le remplacement des canonniers tués ou blessés ; le maître artificier s'assurait du chargement des bombes et des obus ; enfin on ne négligeait rien de ce qui pouvait assurer un succès prompt et décisif.

          Le 4, à quatre heures moins un quart du matin, toutes nos batteries commencèrent leur feu à la fois. L'armée qui attendait ce moment avec impatience, fut aussitôt sur pied, pleine d'espérance et de joie, et avide de suivre les progrès de t'attaque, nos boulets, dès les premières salves, portèrent en plein dans les embrasures du fort et dans les merlons intermédiaires, qui commencèrent bientôt à se dégrader. Le tir des bombes et des obus ne fut pas d'abord aussi juste, mais après quelques tâtonnements il se rectifia et aucun projectile ne manqua plus le but. Les Turcs ripostèrent avec vigueur non-seulement du fort de l'Empereur, mais encore du fort Bab-Azoun et de la Casbah. Pendant quatre heures, la défense fut aussi vive que l'attaque ; mais à huit heures, elle commença à se ralentir. Une batterie de quatre bouches à feu de campagne, placée sous un mamelon en arrière de la batterie Saint-Louis, fit beaucoup de mal a l'ennemi ; elle portait dans l'intérieur du fort, et sur ses communications avec la Casbah.

          A dix heures, le feu du château était éteint ; les merlons, entièrement détruit n'offraient plus aucun abri aux canonniers turcs ; les pièces étaient presque toutes démontées et l'intérieur du fort bouleversé par nos bombes et par nos obus. Le général Lahitte venait d'ordonner de battre en brèche de nombreux éboulements annonçaient déjà que la place serait bientôt ouverte, lorsqu'une épouvantable explosion, accompagnée d'un épais nuage de fumée et de poussière, et suivie d'une horrible pluie de cendres, de pierres, de débris de membres humains, nous annonça qu'elle n'existait plus. Les Turcs désespérant de la défendre plus longtemps, l'avaient abandonnée, s'étaient retirés dans la Casbah et avaient mis le feu aux poudres. La tour intérieure fut entièrement renversée ainsi que la presque totalité de la face ouest ; le reste, plus ou moins endommagé, n'offrait plus qu'un amas de ruines. Des pièces de canon d'un fort calibre avaient été projetées au loin. L'air fut obscurci, pendant longtemps, par des flocons de laine, provenant de la dispersion des ballots dont les Turcs avaient couvert le sol de leur batterie et les voûtes de leurs magasins.

          Pendant l'obscurité produite par la poussière et par la fumée, nos batteries continuèrent à tirer ; mais lorsqu'elle fut dissipée et que l'on s'aperçut que le fort ne pouvait plus contenir un seul être vivant, le feu cessa ; quelques compagnies escaladèrent les ruines et en prirent possession. Le général Lahitte s'y étant rendu aussi de sa personne, fit placer sur les débris deux pièces de campagne qui tirèrent aussitôt sur le fort Bab-Azoun. Il fit diriger sur le même point le feu de trois pièces turques, que l'explosion avait épargnées. Ces cinq bouches a feu suffirent pour faire taire le fort Bab-Azoun, dans l'intérieur duquel elles plongeaient entièrement. Le général Lahitte choisit, à gauche de la voie romaine, un emplacement pour y construire deux batteries, une de canons et l'autre de mortiers, destinées l'une et l'autre à l'attaque de la Casbah. Elles devaient être placées sur une crête qui domine la ville et qui n'en est éloignée que de 150 mètres. C'était là qu'était autrefois le fort de l'Etoile ou des Tagarins. Le génie se mit aussitôt à l'ouvrage pour établir et abriter les communications entre ce point et le fort de l'Empereur ; pendant ce temps-là, les Arabes de l'intérieur, sans s'embarrasser de ce qui se passait au siége, voulurent attaquer nos lignes ils se présentèrent devant le camp de la brigade Berthier. Quelques compagnies de voltigeurs et deux pièces de canon suffirent pour les balayer.

          Cependant la ville était pleine de trouble et de confusion le peuple, craignant une prise d'assaut demandait à grands cris une capitulation. Hussein pacha, croyant sortir par une humiliation passagère de la fâcheuse position où l'avaient mis son ignorance et son orgueil, envoya Mustapha, son Makatadji, vers M. de Bourmont, pour lui offrir le remboursement des frais de la guerre et des excuses qui notaient plus admissibles. Le général en chef répondit à l'envoyé du Dey que la base de toute négociation devait être l'occupation immédiate de la ville par les Français ; qu'ainsi il ne pouvait accéder aux propositions de son maître. Le Makatadji partit avec cette réponse, qui annonçait à Hussein pacha que son règne était fini. Il était alors onze heures et demie. A une heure, arrivèrent deux Maures, les sieurs Ahmed-Bouderbah et Hassan-ben-Othman-Khodja qui demandèrent à parler au général en chef. Tous deux s'exprimaient très bien en français. Ils furent bientôt suivis du Makatadji, qui revint accompagné du consul d'Angleterre. Mustapha, qui voulait élever au trône le Khatznadji, dont il était la créature, offrit à M. de Bourmont de faire périr le Dey Hussein, disant qu'on pourrait ensuite traiter, avec le nouveau Dey, des conditions très avantageuses ; mais le général français, qui avait mission de détruire la domination turque d'Alger, repoussa des offres que d'ailleurs l'honneur ne permettait pas d'accepter.

          Après deux heures de discussion, une capitulation fut rédigée et portée an Dey, par un de nos interprètes. Une suspension d'armes fut accordée jusqu'au lendemain sept heures, pour attendre la réponse de ce prince, qui ne tarda pas à être connue. Il consentit à tout ; voici cette capitulation :
         Convention entre le Général en chef de l'armée française et S.A. le Dey d'Alger.

          " 1° Le fort de la Casbah, tous les autres forts qui dépendent d'Alger, et les portes de la ville, seront remis aux trompes françaises, ce matin à dix heures.

          2° Le général de l'armée française s'engage, envers S. A. le Dey d'Alger, à lui lasser la libre possession de toutes ses richesses personnelles.

          3° Le Dey sera libre de se retirer avec sa famille et ses richesses, dans le lieu qu'il fixera, et tant qu'il restera à Alger, il sera, lui et toute sa famille, sous la protection du général en chef de l'armée Française ; une garde garantira la sûreté de sa personne et celle de sa famille.

          4° Le général en chef assure à tous les membres de la milice les mêmes avantages et la même protection.

          5° L'exercice de la religion mahométane restera libre ; la liberté de toutes les classes d'habitants, leur religion, leurs propriétés, leur commerce et leur industrie ne recevront aucune atteinte ; leurs femmes seront respectées ; le générai en chef en prend l'engagement sur l'honneur.

          6° L'échange de cette convention sera fait avant dix heures du matin et les troupes françaises entreront aussitôt après dans la Casbah, et s'établiront dans les forts de la ville et de la marine. "


          On a souvent répété que le général en chef de l'armée française aurait dû n'accorder aucune espèce de capitulation à un ennemi qui était à notre merci, et qu'il fallait seulement lui garantir la vie sauve. Je pense, pour mon compte, qu'avec cette seule condition, les portes de la ville nous auraient été également ouvertes, et que nous nous serions évité bien des embarras car, dans ce cas, les Maures nous auraient su gré de tout le mal que nous ne leur aurions pas fait au lieu de discuter avec nous, comme ils l'ont fait longtemps, sur les termes d'une capitulation qui, il faut bien le dire, n'a pas toujours été respectée.



ANECDOTE
Envoyé par Jérmy Lagarde
Extrait de l’éditorial de L’Echo d’Alger du 27 mai 1928, signé F. Beuscher. Anecdote sympathique sur la vie politique à Bône, Jérôme Bertagna, et les rapports
entre Bônois et Algérois

           Bône est une cité charmante qui n'a pas usurpé son titre de « coquette ». J’y fis mes premières armes dans le journalisme, il y a trente-deux ans. A cette époque, Jérôme Bertagna, dont le bronze domine la belle avenue qui porte son nom, faisait à Bône la pluie, mais surtout le beau temps.

           Les administrés de Jérôme Bertagna étaient divisés en deux camps, dont l’un le chérissait, tandis que l’autre le chargeait de tous les crimes. Et c’étaient des « engueulades » homériques de journaux à journaux, de porte à fenêtre, de café à café – chaque parti avait élu le sien – c’étaient des duels, des pugilats et des mêlées comme n’en connut point la bruyante Vérone au temps des amours sanglantes de Juliette et de Roméo.

           Un jour, cependant, l’unanimité se fit autour du maire de Bône. Un citoyen d’Alger, qui se nommait Max Régis [maire antisémite d'Alger élu en 1898], avait commis l’imprudence de venir braver Jérôme Bertagna dans son fief. En un clin d’œil, la population, alertée, fut sur pied.

           Hommes, femmes, enfants firent la haie sur le passage de la voiture qui conduisait à l’hôtel le provocateur et lui ménagèrent une de ces conduites, comme on n'en fait plus, même à Grenoble.

           Je vois encore un vieillard, farouche antibertagniste, grimpé sur le marchepied du véhicule qui transportait notre héros, et qui criait : « Je n’aime pas Bertagna et je crierai : A bas Bertagna ! quand vous serez parti. Mais je vous défends, à vous Algérois, de venir fourrer votre nez dans les affaires des Bônois ! Tournez les talons et allez voir à Alger si nous y sommes ! »

           Max Régis ne se le fit pas dire deux fois. Il s'enquit de l’heure du premier train, et, après un tête à tête orageux avec les maladroits qui l’avaient convoqué, il se fit conduire à la gare et repartit sans avoir pu fouler du pied le sol bônois.


LES M'TOURNIS
L'Effort Algérien N°31 du 3 décembre 1927.
         
               Un journal local et hebdomadaire, dans son numéro 450 du 15 avril 1927 - que j'ai sous les yeux - qualifiait de " m'tourni ", un docteur de notre ville, conseiller municipal, conseiller général, citoyen français d'origine indigène, chevalier de la Légion d'Honneur.
           J'ai décidé, chers lecteurs, de consacrer ce premier article destiné à l'" Effort Algérien ", non point à entamer une polémique avec le journal insulteur, et qu'à dessein je ne nomme pas, mais à étudier, à commenter, au point de vue) sociologique, le sens et la portée du mot " m'tourni ".
          Il faut noter, tout d'abord, et bien à regret, que cette épithète malsonnante, grossière, est d'un usage assez fréquent, assez courant, tant parmi les européens, que parmi les indigènes. Elle se mêle à certaines autres expressions, également inélégantes. Le tout compose ce vocabulaire spécial que l'on est convenu d'appeler le " charabia algérien.".

           L'Académie française n'a pas encore, adopté le substantif " m'tourni ". Vous le chercheriez donc en vain dans le dictionnaire Larousse. Toutefois, nous savons - vous et moi - que le mot en question a la prétention "de dériver étymologiquement du verbe " tourner". Il n'en est, heureusement, que la piteuse et pitoyable déformation.
          En tout cas, dans la bouche - ou sous la plume - de ceux qui l'emploient, l'expression " m'tourni " revêt, ou voudrait revêtir, un sens péjoratif, injurieux. Parlons net: à leurs yeux (ou plutôt dans leur esprit), le mot: " m'tourni " signifie renégat. Pas moins !

           Or, qui désigne-t-on sous ce vocable ? Contre quels hommes décocher t-on cette épigramme fielleuse, cette flèche empoisonnée ? Quels sont, en un mot, les " m'tournis ", les soi-disant renégats ? Il importe, c'est évident, d'être fixé sur ce point. Lisez donc ce qui suit, et vous serez renseignés - si vous ne l'étiez pas.
           On désigne sous l'épithète " m'tournis ", les indigènes assez instruits, assez avancés dans la civilisation, assez indépendants et courageux, coupables - tenez-vous bien! - d'avoir demandé et obtenu la " naturalisation ", c'est-à-dire: la qualité de citoyen français. C'est la première catégorie. M'tournis, vlan !

           On flagelle également de l'appellation " m'tournis ", les indigènes (souvient les mêmes que les précédents), coupables - oh ! combien ! - d'avoir, fièrement, la tête haute, en toute connaissance de, cause, avec un complet désintéressement et une conviction absolue, coupables, dis-je (tenez-vous bien, encore !) d'avoir abandonné la religion islamique, et embrassé le Christianisme. Deuxième catégorie. M'tournis, m'tournis. Vlan, vlan !

           Enfin, citons le cas des indigènes - citoyens ou chrétiens - parfois l'un et l'autre, qui n'ont jamais " tourné " ou varié - en quoi que ce soit - cela pour la bonne raison que ce ne sont pas eux-mêmes, mais " leurs parents " qui avaient accédé à la qualité de citoyen français, ou bien s'étaient convertis à la sublime doctrine évangélique. Ils n'ont, dès lors, c'est clair, nulle responsabilité dans leur situation personnelle, puisque celle-ci leur a été transmise par voie d'hérédité, pourrait-on dire, en même temps que la vie. Les coupables - s'il en existe ! - seraient, sont, " les ascendants " de cette première génération de citoyens ou de chrétiens. Qu'importe, aux sectaires, cet argument, ce fait, d'une logique pourtant irréfutable. M'tournis, aussi, ces derniers. M'tournis, m'tournis ! Vlan, vlan, vlan ! C'est la troisième catégorie. N'est-ce pas que les insulteurs et adversaires de nos amis les m'tournis sont aussi injustes que déraisonnables ? N'est-ce pas qu'ils manquent de bonne foi ?...
           Il se dégage de ce qui précède que les hommes stupidement et méchamment dénommés " m'tournis ", constituent en réalité, et positivement, les éléments intellectuels et moraux les meilleurs, les plus civilisés, les " plus francisés " parmi le peuple indigène. Ils en sont issus spontanément et forment son élite, son avant-garde, dans la marche vers le progrès - sous l'égide de la France démocratique. Ils constituent les artisans les plus qualifiés, les plus dévoués, les plus agissants de la fusion des races - si désirable en ce pays.

           Par conséquent, mépriser, insulter de tels éléments, c'est commettre, une véritable infamie. Malheureusement, ces braves gens - ces gens braves, aussi se trouvent (dans la pratique de la vie quotidienne) pris entre l'enclume et le marteau. Ils sont en butte aux feux convergents d'européens inconsidérés, peu réfléchis, et en même temps de musulmans plus fanatiques qu'éclairés. D'un côté, en effet, les dénommés " m'tournis " se voient traités par certains européens - voire par des Français - comme des êtres diminués, des citoyens de deuxième zone. D'un autre côté, certains musulmans à l'esprit rétrograde et chauvin, vouent aux infortunés " m'tournis " une hostilité et une haine, sourdes ou avouées, toujours tenaces. Ces musulmans, n'acceptant pas l'évolution pour eux-mêmes, prétendant l'interdire à tous ceux de leur race, considèrent les indigènes naturalisés ou chrétiens :
          1° comme des déserteurs de la cause islamique ;
          2° comme des militants passés dans le camp des " roumis ", ces abominables " infidèles ".

           Concluons en disant franchement toute notre pensée:
          Ceux des indigènes qui veulent demeurer musulmans, et conserver leur statut, sont libres, " absolument libres " d'agir ainsi, par contre, nous revendiquons énergiquement, nous exigeons formellement, pour les indigènes, le " droit indiscutable " de devenir citoyen français, de se convertir au christianisme, de ne pas faire le Ramadan, voire même de se coiffer d'un chapeau au lieu d'une chéchia si telle est leur volonté réfléchie - si même, simplement, tel est leur bon plaisir. I
           Cela, c'est de la liberté pour tous, de, l'égalité de traitement, de la justice élémentaire. Au surplus, la question religieuse (qui n'a rien à voir en cette étude), relève du domaine de la conscience individuelle. Elle ne doit pas être un obstacle à l'harmonie sociale. Nous devons respecter - nous respectons - la croyance islamique. Serait-ce trop demander aux musulmans d'observer le même respect, la même tolérance vis-à-vis de " notre " foi chrétienne ? Ne sommes-nous pas en régime républicain ?...
           Certes ! chaque être humain a ses préférences, même au point de vue religieux. Personnellement, j'appartiens à la croyance catholique - celle de mes père et mère - et je suis profondément attaché au Christ Rédempteur, dont l'Evangile nous enseigne cette maxime incomparable : " Aimez-vous les uns les autres ". C'est pourquoi, tout en aimant les hommes, en général, à n'importe quelle religion qu'ils puissent appartenir, j'éprouve une sympathie particulière pour les musulmans francisés ou ceux venus au christianisme. Eux aussi ont brisé " l'ergastule de l'esclavage " dont parlait, il y a quelques mois, à Alger, l'honorable M. Candace, député de la Guadeloupe. Et puisqu'on les appelle " m'tournis ", je suis heureux de saluer affectueusement les m'tournis.
Joseph Zendar                 
           

Les deux Michel
Envoyé par Georges.
          Dans un village, deux hommes s' appelaient Michel.
          L'un était prêtre et l'autre chauffeur de taxi.


          Le destin voulut que tous deux meurent le même jour.
          Ils arrivent au ciel et se présentent devant le Seigneur.

          Michel, le chauffeur de taxi, passe en premier. Dieu consulte ses registres et lui dit :
          - "Très bien, mon fils, tu as gagné le Paradis.
          Tu as droit à une tunique en fils d'or et un bâton en platine.
          Tu peux y aller".

          Quand passe l'autre Michel, Dieu lui dit :
          - "Bien, tu as mérité le Paradis. Tu as droit à une tunique de lin et à un bâton en chêne".
          Le prêtre est surpris:
          - "Pardon, Seigneur, mais il doit y avoir une erreur.
          Je suis bien Michel, le prêtre !"
          - "Oui mon fils, tu as mérité le Paradis avec cette tunique de lin."
          - "Non ! Ce n'est pas possible ! Je connais l'autre Michel, il vivait dans mon village.
          C'était une catastrophe comme chauffeur de taxi !
          Il avait des accrochages tous les jours, il roulait comme un dingue et conduisait très mal.
          Et moi j'ai passé 50 ans de ma vie à prêcher tous les dimanches à la paroisse.
          Comment est-il possible qu'on lui donne la tunique en fils d'or et à moi celle-ci ?"

          Et Dieu lui répond :
          - "Non, mon fils, il n y a aucune erreur.
          Nous faisons maintenant des évaluations et des bilans"...
          - "Comment ?... Je ne comprends pas".
          - "Oui, nous travaillons au résultat et avec des objectifs.
          Durant ces derniers 25 ans, chaque fois que tu prêchais, les paroissiens s' endormaient...
          Lui, chaque fois qu'il conduisait, tout le monde priait !!!".




LES ŒUVRES DE MUSETTE
LE MARIAGE DE CAGAYOUS

               
CHAPITRE IV
Ma sœur Chicanelle

              Je sais pas quoi il a trafiqué Mecieu Hoc vec ma soeur Chicanelle, vec ma mère, vec madame Solano l'épicière.. que c'est la mère à Mamoiselle Thérésine ; ça que c'est sûr, c'est que tous à présent on passe le temps à le magasin de l'épicerie pour blaguer.

                Chaque moment y s'amène une chiée des enfants dedans le. magasin pour acheter un sou d'une chose, deux sous de ça, et du temps qu'on parle, vingà de s'envoyer une olive, un bout du formage, des fèves chesses, des pois chisses et de tout ça qu'y a. On fait ensemblant qu'on voit rien pourquoi les enfants à les pratiques, si jamais on se les empêche qui volent un peu, y s'en vont acheter dedans une autre épicerie.

                Ce jour là y avait Chicanelle, Fifine la culottière, Tetta qu'elle travaille à la fabrique des tapis, Toinette la fièreuse quelle fait apprentie modiste vec le chapeau en l'air et les cheveux qui s'y mangent les oeils, la mère à Gasparette, Madame Solano la patronne et Mamoiselle Thérésine.

                C'qui paraît, qu'elle m'a dit ma soeur, qu'on a été à chez la tireuse des cartes première classe pour qu'elle parle dessur deux personnes, pour voir si elles vont marier un de ces quatre matins.

                Et qu'est-ce qu'elle a dit la tireuse des cartes ? j'y demande à Chicanelle qu'elle se l'aime qu'on parle de ça, pourquoi tout le temps elle va pour qu'on li donne la poudre et un tas des trucs pour jeter dedans les effets et les souillers à Chambignon pour qui donne le nom à Scaragolette que c'est un petit naturel, et pour qui porte l'argent à le ménage.

                Elle a dit, elle dit comme ça Chicanelle, boucoup des choses que c'est vrai. La fille elle s'en tient pour son amoureux ; mais l'amoureux pas même y pense à elle. Faut qu'elle fait le travail soigné pour que son cœur y soye vec elle et que tout le temps y se voye sa figure en devant de lui et qui parle plus à les autes filles.

                Tout ça c'est des embrouilles pour angorer à le monde et pour sortir la monnaie de la poche. Moi je crois pas rien de tous ces couillonnades.

                Spèce d'imbécile que ti es ! Qui c'est qui t'a guari quand Bacora y ta lancé le coup de couteau à la faute à Viventa ? Tu t'en rappelles pas, hein, tout ça qu'on s'a fait dedans la chambre, que ça coûte plus de cinquante francs !

                Et le médecin y compte au train, ho ?
               - Rien on a fait de ça qu'il a écrit le médecin, aussinon y a longtemps que tu te le suces les papas-carottes par la queue va. Peut?être ça vaut mieux que tu soye à le cimitière que ici à la maison oùsque tu casses la dévotion à tous ceuss-là qu'on veut te faire l'avenir.

                - L'avenir ? L'avenir c'est le bon Dieu qui commande, pas pluss.
               - Cuilà qui blague qui s'endivine chaque chose, y commence, primo, par se soigir le nimiro qui gagne à la loterie.
               Tiens, pluss tu viens vieux, pluss tu viens bête, ma parole.
               Et toi pluss tu viens bête, pluss tu viens jeune, j'te jure !
               Commence pas de me jeter les injures, grand lâche que ti es !
               Tu t'émagines que je mets les gants pour t'envoyer une paire des gifles dessur ta figure d'ensolent ? Arrécommence de répéter ça que ti as dit, et tu voiras comment je m'appelle moi, spèce de voyou !
               Aïe qué bien que tu parles !
               Ca ressemble que une dame de l'ancien temps qui avait les rois de France, elle me sort la déclaration pour que je monte dessur le balcon vec la corde de la soie. Régence ti es.

                Dommage que j'aye pas la plume à le chapeau et la guitare vec les rubans ; je t'envoie la révérence vec l'accompagnement.

                Mecieu Hoc il a bien raison de dire que si on te laisse vec les fréquentations que ti as, bientôt tu finis à la prison.

                Y dit ça Mecieu Hoc ! Aspéra que j'y mets la main dessur le fanal, je me le porte ici pour qui parle en devant de moi ce cafard là !
               Mecieu Hoc il a pluss de la raison dedans son petit doigt que toi tout entier. Si au lieur de faire le vadrouillage vec un tas des fourachaux que la poulice elle ferait mieux de ramasser, tu marches toujours vec lui, tu trouves la position.

                Splique ici. Sùr que ce vieux concombre de facteur en rétraite encore il a fait le potin dessur moi. Sa crachat elle porte la poison.
               Mecieu Hoc il a pas dit du mal de personne. II a dit comme ça que même que Fifine elle a entendu - que c'est dommage que tu penses pas te marier vec une fille bien et tout pour te faire l'intérieur.

                Christo ! quoi y se mêle ce m... là ! Qui se marie lui, tant que ça li fait plaisir ; niais y a pas besoin qui vient jeter la malapesta dessur les autes. Marier, moi ! Amane ! Pas même on me coupe ça qui m'attache dessur la terre, je marche pas. Attends que je viens vieux, loufoque et moitié mort, et après je m'ensuicide à la mairerie vec une femme.

                C'est pas un déshonneur qu'on se marie vec une fille honnête.
               Je dis pas. Seurement j'a pas envie qu'on me met le collier, oilà ! De quoi y me manque pour rester tranquille, ho ? Le travail tant que je veux j'en trouve, maintenant qu'on se fait le transport à les vins. Avant que ça soye un mois, on me donne le tombereau des ordures vec la protection de Mecieu Jules. Je mange bien ; je pionce tant que je veux ; je promène oùsque le vent y me pousse. Si je veux toucher un mulet ou deux, je m'en vais à la pèche sans que personne y réclame. Quand j'a pas le rond, je me tape tout seul.,. Quand j'a la galette dedans la poche, je me paye la bombe..
               Et ti attrape le gaz jusqu'à temps qu'on te porte à la géhole.

                -C'est pas vrai ! Prouve ici. Aucune fois on m'a porté à la géhole. Mes papiers à moi y sont propres, t'sais.
               - Pantience ! Ton tour il est pas loin, va, alorss par force tu veux que je rentre la prison ? Manque plus que tu vas dire à le commissaire que c'est moi que j'a volé à la Banque.

                - Ça non, pisque c'est pas toi. Seurement tout ça ç'arriverait pas si tu serais bien tranquille et tout dedans ton ménage, vec une femme comme y faut qui t'arrange ton linge et tes effets et qui te fait la cuisine...

                Encore tu parles dessur ça ?
               Alors tu veux rester junhomme jusqu'à temps que tu casses ta pipe.
               Ça, me régarre pas à moi, et personne il a le droit qu'on me fait marier bessif.
               Primo, la femme que je veux moi, sa mère encore elle a pas pu se la fabriquer.

                Moi je veux une femme qu'elle aye pas la langue, qu'elle se l'aime pas l'argent et qu'elle se porte pas la jalousie dessur aucune. Une femme qu'elle soye contente de ça que le Bon Dieu il y donne sans arrégarder ça qui donne à les autes ; oilà.
               - Et toi, quoi c'est que ti apportes à le mariage ? Le goût de faire escapa quand tu veux, dépenser la monnaie, g... quand ti as pas content, attraper la tasse quand ti as envie et rigoler vec des Chouaris à chaque occasion qui vient.
               - Si tu serais pas si c... tu arrais connu que cuilà qui s'en va s'amuser dehors, c'est cuilà qui s'amuse pas en dedans sa maison. L'homme y commande l'argent et la femme elle commande l'amour. Celle-là qu'elle pense rien que la caillasse, elle pense pas à aute chose.
               Mais bougue de marque mal que ti es, et pour boulotter y faut pas l'argent. Si ti as pas un pélo, aoùsque ti t'en vas sercher le pain ?
               Moment que nous parlons, oilà Scaragolette qui s'amène en pleurant
(A suivre......)                


DES VILLES DU CONSTANTINOIS
Envoyé par M. Christian Graille
BATNA
Voyage en Algérie par M. Meunier,
Directeur d'école primaire supérieure (1909)

                 Sur les dix heures du matin nous débarquons à Batna ; nous nous installons dans des diligences attelées de trois petits chevaux qui filent d'une allure vertigineuse.
                 Un de nos guides se trouve dans la même voiture que moi. Il nous donne sur la région d'intéressants détails :
                 " Batna, dit-il, est une ville de création française. La commune compte une population de 7000 Habitants dont près de 4000 indigènes qui sont en dehors de l'enceinte, au village nègre, dans la campagne avoisinante.

                 Batna est le chef-lieu d'un arrondissement qui compte trois communes de plein exercice : Batna, Lambèse, Biskra et cinq communes mixtes.
                 La commune de Batna s'étend sur 20.000 hectares.
                 Batna ne fut d'abord qu'un point de ravitaillement installé en 1844, au moment de l'expédition de Biskra que dirigeait le duc d'Aumale.
                 Au début l'administration militaire n'était nullement d'avis d'y créer un centre important. Tout au plus pensait-elle y établir un centre agricole avec un fortin qui commandât la route suivie par les nomades dans leurs pérégrinations bisannuelles. L'antique Lambèse lui paraissait tout naturellement désignée pour devenir le centre de la domination française. Le hasard en décida tout autrement.

                 Quelques fournisseurs venus avec la colonne expéditionnaire avaient élevé des baraques autour du camp. Leurs intérêts et la théorie du fait accompli l'emportèrent sur la logique et les leçons de l'histoire. Au lieu de faire sortir de ses ruines la célèbre ville romaine, siège de la légion d'Auguste, on y créa une simple colonie pénitentiaire, et Batna devint le chef-lieu d'une importante subdivision militaire.

                 La dénomination de Nouvelle Lambèse, donnée primitivement à cette ville naissante ne put prévaloir sur le nom de Batna sous lequel les Arabes désignaient ce point à mi-chemin entre Constantine et Biskra où ils pouvaient trouver de l'eau pour eux et leur bétail.
                 Littéralement Batna signifie, en effet, endroit où on passe la nuit.
                 Batna est devenue un joli petit centre, bien que situé à 1.060 mètres d'altitude. C'est sans contredit la plus coquette ville des hauts plateaux dans le département de Constantine.
                 Elle affecte la forme d'un grand rectangle entouré de remparts. Les rues sont larges et coupées à angle droit. La plupart sont plantées d'arbres de belle venue. Dans les voies principales, les maisons, généralement sont à un étage ; elles ne comptent qu'un rez-de-chaussée dans les rues secondaires.

                 Ajoutez à cela que la propreté des rues est légendaire dans le département, et que les maisons sont également l'objet, surtout en ce qui concerne la façade, d'un soin constant de propreté.
                 Il y a peu d'édifices à Batna. A voir cependant : l'hôtel de ville, l'hôtel de la subdivision, le théâtre, la mosquée du village nègre. Contigu à la ville se trouve le camp qui en est séparé par un mur d'enceinte. C'est comme la ville un grand rectangle où sont réunis les établissements militaires et casernes que compte une garnison de 1.500 hommes.
                 Grâce à elle, depuis longtemps la sécurité est satisfaisante dans la région.

                 Depuis l'insurrection de 1871, alors qu'un certain nombre de bûcherons et de meuniers ont été massacrés dans la campagne par les indigènes révoltés, on compte peu de crimes commis par les Arabes sur les Européens.
                 Il n'y a guère à citer que l'assassinat dans cette ferme, dite de la grande halte que vous apercevez là-bas, à 200 mètres à peine.
                 Le fermier devait quitter le pays avec sa famille. C'était la dernière nuit qu'il passait là. Des Arabes qui, dit-on, avaient eu à souffrir de sa brutalité, vinrent l'assassiner ainsi que trois autres personnes dont un enfant qui avait d'abord pu se cacher derrière ce puits, mais fut découvert néanmoins, ayant involontairement fait quelque bruit.
                 Les coupables, au nombre de cinq, furent exécutés à Batna, au milieu même du marché aux bestiaux, en présence d'une foule considérable d'Arabes. L'exemple a servi, et, à part quelques vols isolés de grain et de bétail, on a peu à se plaindre du voisinage des indigènes.
                 L'eau, continue notre aimable guide, est abondante à Batna. Jusqu'à ces dernières années de nombreuses fontaines, placées à chaque carrefour, coulaient à jet continu. Mais depuis que le tout au ruisseau a été remplacé par le tout à l'égout, on a du se servir de l'excès d'eau pour organiser des chasses automatiques, nécessitées par le peu de pente du terrain.

                 Des travaux de drainage pratiqués dans les environs assurent l'alimentation en eau potable d'une partie de la ville ; l'autre partie reçoit l'eau de puits artésien foré en 1892 par M. Jus, ingénieur civil, créateur de la plupart des puis du sud algérien.
                 L'eau provient d'une profondeur de 110 mètres. Le débit est d'environ 300 litres par minute et la température de l'eau est de 21 degrés. L'eau provenant du drainage, au contraire, ne dépasse pas 14 degrés, ce qui dispense d'user de la glace en été. Un deuxième puits foré dans la partie haute de la ville, vers le camp, donne 120 litres à la minute.
                 Enfin on vient de creuser au village nègre un troisième puits qui va chercher, à quelques mètres de profondeur seulement, une première nappe jaillit dont le début de 15 litres à la minute suffit à assurer l'alimentation de ce quartier.

                 Outre cela, chaque maison ayant sa pompe, c'est environ 1.000 litres à la minute qui sont livrés à la consommation publique. C'est un chiffre raisonnable comparé à celui de certaines villes du département où l'on ne peut guère, durant l'été, laisser les fontaines couler que trois ou quatre heures par jour.
                 Le climat de Batna est rigoureux. En été la température atteint presque 40 degrés et en hiver le thermomètre jusqu'à 10 au-dessous de zéro. On observa même 15 en 1891. La neige y est assez fréquente. Malgré ces différences entre l'extrême chaud et l'extrême froid, le climat n'est pas débilitant comme celui du bord de la mère. La chaleur d'été est assez élevée, mais sèche ; d'autre part, la fraîcheur des nuits permet le repos.

                 Les montagnes qui avoisinent Batna sont littéralement couvertes d'arbres d'essences diverses : de fort beaux cèdres qui atteignent entre 25 et 35 mètres et sont utilisés pour la charpente ou l'ébénisterie, car, en vieillissant le cèdre prend le ton de l'acajou ; le pin d'Alep, le chêne-vert, le genévrier, le frêne épineux et un peu l'érable. Malheureusement on reboise peu, et l'action pastorale est telle que le reboisement naturel est très difficile. Nos agents forestiers ont beaucoup de peine à défendre aux indigènes de conduire leurs troupeaux de chèvres dans les forêts. D'autre part tous les arbres fruitiers du centre de la France se plaisent dans la région de Batna ; mais les gelées blanches compromettent trop souvent la récolte. Elles atteignent également la vigne ; aussi met-on peu d'empressement à en étendre la culture.
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BOUGIE
Ville et rade de Bougie par J. Masselot, Lieutenant de vaisseau,
Directeur du port de Bougie (1869)

Historique

                 L'emplacement de Bougie (Bugia, Boudjeïa) dut autrefois être occupé par les Carthaginois puisque suivant le géographe grec Scylax, toute la côte septentrionale d'Afrique, depuis la grande Syrte jusqu'aux colonnes d'Hercule était jalonnée de comptoirs ou occupée par des villes puniques. Au temps de Procope la langue carthaginoise se retrouvait encore chez quelques habitants, débris dispersés du peuple détruit par les Romains.
                 Saldæ, colonie romaine, succéda à la colonie punique dans la concentration des intérêts commerciaux et politiques.
                 (Il n'existe plus aujourd'hui aucun doute sur les emplacements de Choba et de Saldæ ; Choba occupait l'emplacement de Mansouriah, à l'est de Saldæ, et Saldæ celui qu'occupe Bougie.)

                 Genséric, successeur des Romains, quitta l'Espagne en mai 429 couvrit de ses Vandales tout le littoral à une certaine profondeur. C'est par la route de Sitifis (Sétif) à Hypo-Regius (Bône) qu'il arriva de victoires en victoires dans l'été de 430 à cette dernière et s'en empara en 431.
                 Rien dans les auteurs anciens ne prouve qu'il ait occupé Saldæ au titre de capitale ; elle dut naturellement servir à sa marine, mais il n'y eut que Bône qui fut quelque temps occupée par lui avant son arrivée à Carthage, seule capitale du royaume vandale.

                 Aux Vandales chassés par Bélisaire succédèrent les Byzantins, aux Byzantins les Arabes dans la possession de Bougie. Il faut constater que ce fut vers le milieu du 12e siècle seulement, sous les Émirs Berbères Hammadites, branche cadette des Zirittes que Bougie atteignit le rang de capitale et commandait à Bône, Constantine et Alger.
                 Ce fut l'époque de sa plus grande splendeur.

                 Vers 708 elle acheva d'être convertie à l'islamisme ; jusque-là, elle avait conservé les traces de la religion chrétienne ; mais de tous ses évêques l'histoire n'a conservé que le nom d'un seul Paschasius qui figure au concile de 484 assemblé par Hunéric roi des Vandales.

                 Entre le 7e et le 15e siècle les historiens arabes et principalement Ibn-el-Khaldoun, ont transmis une foule de documents peu coordonnées, souvent contradictoires, sur les princes ou rois de Bougie ; il en ressort cependant que Bougie a été, entre ces limites, une importante cité berbère, riche, commerçante, décorée de monuments publics, dont on ne peut que soupçonner l'importance par la grande quantité de ses débris. Les arts et les lettres y été cultivés ; la population, de guerrière qu'elle était à l'origine devint adonnée aux fêtes et aux plaisirs.
                 Aussi, Bougie fut prise en 1509, sans coup férir, par Pierre Navarre, envoyé par Ferdinand le catholique. Trois ans après Baba-Aroudj qui devint plus tard fondateur d'Alger, voulant en faire sa capitale, vint en faire le siège en 1512. Il y perdit un bras, revint une autre fois sans plus de succès et finalement s'établit à Alger. Ce ne fut qu'en 1555 que Sala-Raïs, le cinquième pacha d'Alger s'empara de Bougie, mais le génie d'Aroudj était éteint, Bougie resta ville de province sous la domination nominale des Turcs jusqu'en 1833, époque où la France y planta le drapeau de sa future régénération.

Importance politique et militaire

                 Bougie fut de tout temps le point objectif de quiconque a voulu dominer le bassin latin de la Méditerranée. Inutile sous ce point de vue aux Romains qui en étaient les maîtres absolus, elle resta avec eux une simple colonie du nom de Saldæ.
                 Elle devint nécessaire à l'Espagne après l'expulsion des Maures de l'Andalousie, c'est pourquoi Ferdinand-le Catholique envoya, en 1509 Pierre Navarre s'en emparer.

                 En 1541, Charles Quint eut l'occasion d'en juger les ressources et de suite il y fit construire des fortifications considérables qui existent encore toutes entières.
                 Baba Aroudj en comprit également l'importance en quittant son premier établissement de Djidjeli il voulut faire de Bougie le centre de ses audacieux projets. La blessure qu'il y reçut en 1512, en voulant s'en emparer, l'y firent renoncer ; c'est à cela qu'Alger qui l'appela dans ses murs au moment d'une lutte intestine dût d'être définitivement la capitale de Etats barbaresques.
                 Louis XIV, mieux renseigné, après l'expédition avortée du duc de Beaufort sur Djidjelli, regretta beaucoup de ne pas l'avoir pas portée sur Bougie qu'il eut trouvé à cette époque sans défenseurs.

                 Que deviendra Bougie ?
                 Sera-t-elle le second bastion de la courtine qui commence à Toulon, qui, avec Tunis, formerait un triangle stratégique ? L'avenir décidera. C'est par Bougie que la France doit entrer en Kabylie ; c'est quand le Kabyle, qui, par ses qualités, ses défauts et même ses mœurs, a tant d'analogie avec les Gaulois, qui comme eux s'est inspiré de Rome pour sa Djemâa (commune) aura pris confiance où la France pourra dire en regardant l'Algérie : " Voilà l'autre rive du lac français. "

Importance commerciale

                 Sans remonter plus haut qu'au 12e siècle, nous trouvons Bougie, ville considérable, siège d'un grand commerce, poussant au loin vers le désert ses rameaux florissants. Si la race berbère a été soumise par trois siècles de régime turc, elle a prouvé sous ses émirs puissants et tolérants qu'elle était l'égale de tous quand ses allures étaient libres.
                 Une lettre du 18 mai 1182 adressée par la République de Pise à l'émir de Bougie prouve des relations bonnes et bien établies.

                 En 1250 un premier traité de commerce conclu entre Pise et le royaume de Tunis, dont celui de Bougie était l'enclave (quasi-indépendantee et la plus florissante) devint la base du droit public avec les Etats maritimes de l'Italie.
                 La guerre de Saint-Louis, loin de nuire au commerce, en resserra les liens.
                 Le traité de 1270 consacra le respect des naufragés et de leurs biens alors que le droit d'épave existait encore en France. Les émirs de Bougie pratiquaient donc, et largement, les principes de liberté religieuse.
                 Une lettre conservée dans les archives de Marseille constate, en juin 1293, les bons offices du chef de la marine de Bougie rendus aux négociants.
                 Les articles d'importation à Bougie consistaient en vins, pour les chrétiens nombreux qui vivaient sous la protection des émirs et en toiles de Reims, futaines, draps, quincaillerie.

                 Bougie placée à l'entrée du massif berbère principal demeura longtemps l'une des cités les plus commerçantes de l'Afrique, étendant ses relations à tous les ports de la Méditerranée avec l'Italie, la France ? L'Espagne, l'Asie Mineure, la Turquie, l'île de Chypres, la Syrie, l'Egypte ; elle exportait des cotons bruts, du lin, de la soie, des laines, des cuirs, de la cire, du miel, des métaux, des caroubes.
                 Le corail s'ajoutait aux éléments de richesse.

                 Bougie déchut au 15e siècle comme toutes les grandes villes de la Méditerranée. Colomb avait découvert l'Amérique, Vasco de Gama doublait le cap des tempêtes. Puis vint l'expulsion des Maures d'Espagne ; la réaction chrétienne ouvrit la porte à la violence ; Baba-Aroudj en prit le prétexte et installa la domination des Turcs.
                 Le commerce fut alors anéanti ; Bougie qui ne put être capitale des Etats barbaresques resta petite ville et sa rade fut celle d'hivernage des frégates corsaires de l'hodja d'Alger.
                 Bougie, à l'heure actuelle expédie encore des huiles, caroubes, figues sèches, liège, bois, métaux pour une valeur variable de deux à cinq millions, suivant la bonté des récoltes.
                 Les huiles que les versants des montagnes kabyles livrent à la consommation, partant du même pressoir vont à la fois à Tombouctou et à Paris, aux rives du Niger et à celles de la Seine réunissant ainsi le connu et l'inconnu. Cette situation n'est-elle pas la clé de l'avenir ?
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Histoire de Philippeville
Histoire de Philippeville par Louis Bertrand,
conservateur du musée, receveur principal,
officier de l'Instruction Publique 1903

Située au fond du Sinus Numidicus des Romains, plus spécialement appelé par Ptolémée : Sinus Olkachites et par nos géographes : golfe de Store, Asthoret (Stora), le Mers Estora d'Edrisi, l'Istoura d'El-Bekri, dont l'origine est tout au moins contemporaine des Phéniciens qui, avant le peuple-roi, y avaient établi des comptoirs de port à Rusicade (Philippeville).

                 Ces deux colonies romaines étaient tellement voisines et si entièrement reliées entre elles par une série ininterrompue de villas et de tombeaux qu'elles ne formaient réellement qu'une seule ville, fréquentée plus tard par des navigateurs génois pour leurs échanges avec l'intérieur des terres africaines.

                 Le même, de nos temps, Stora a été, du 9 avril 1838 au 15 décembre 1870, époque où il fut érigé en commune, un village annexe de Philippeville ; il en resta même le port officiellement reconnu jusqu'en 1872.
                 A Stora, non plus qu'à Philippeville, on ne retrouve aucun monument ni aucune trace de l'occupation arabe, qui pourtant a duré plusieurs siècles.
                 Les deux communes sont séparées par l'oued El-Kantara (la rivière du pont) qui, avant de se jeter dans la mer, passe sous un ancien pont d'origine romaine, restauré par les Français, à environ 180 mètres au sud de l'endroit dit, d'après la tradition arabe, la baie des pirates où l'on voit encore quelques importantes ruines.

                 Rien n'empêche de supposer que la limite était déjà la même pendant l'occupation romaine, car la nature impose cette limite, l'oued El-Kantara étant le seul cours d'eau important entre Stora et Philippeville. (Asthoret et Rusicade.)
                 Sans entrer dans de trop grandes considérations historiques pour rappeler les origines romaines des deux cités qui nous occupent, disons que les auteurs spéciaux (Salluste et Pline) s'accordent pour assigner l'année 45 avant Jésus-Christ à la fondation de Rusicade, laquelle suivit de très près l'établissement du port, abri ou refuge d'Asthoret. On admet généralement que Rusicade n'existait plus en l'an 484 de J.C. Elle a donc duré environ 450 ans.

                 Rappelons aussi que le nom de la ville romaine était bien Rusicade et non Rusicada, Russicada ou Russicade comme on l'a souvent écrit. Cela résulte en effet de l'inscription Genio Coloniae Veneriae Rusicadis, actuellement déposée au musée du Louvre et d'une borne militaire du musée de Philippeville indiquant que sous le règne de l'empereur Hadrien la voie nouvelle A Cirta Rusicadem fut réparée aux frais des habitants de Cirta (Constantine).
                 " Ainsi que nous l'avons dit plus haut et en raison des trouvailles faites à Stora et du commerce important de ce port avec l'intérieur de la Numidie, Rusicade fut vraisemblablement bâtie sur l'emplacement d'une ville phénicienne, Rousicada (cap du phare ou du fanal). Les Romains lui conservèrent ce nom (Rusicade) et lui donnèrent, sous Commode, le titre de Colonia Veneria (an 186 avant J - C).
                 Les Arabes appellent notre ville Skikda et le cap situé entre la ville actuelle et le Saf-Saf, Ras-Skikda. C'est à peu près comme consonance le Rousicada phénicien. "
(Jules Chabassières et Louis Bertrand. (Rusicade d'après ses ruines)

                 Après la prise de Constantine, la nécessité de mettre cette ville en communication avec la mer par la voie la plus courte se fit immédiatement sentir.
                 L'occupation d'un point rapproché sur le littoral avait donc été résolue.
                 Plusieurs reconnaissances avaient déjà été faites depuis 1830 le long de la côte, mais très incomplètes, parce qu'on ne pouvait l'observer qu'à distance ; néanmoins le marins ayant examiné successivement le golfe de Stora et le port de Collo, signalaient celui-ci comme offrant plus de sécurité et d'un mérite nautique plus réel. Diverses causes déterminèrent cependant à donner la préférence à Stora.

                 Une colonne mobile sous les ordres du général Négrier, forte de 1.200 hommes d'infanterie, de 250 chasseurs ou spahis et de 300 cavaliers de goum partit le 7 avril 1838 de Constantine pour Stora.
                 Elle bivouaqua le soir aux Eulmans, le second jour à El Arrouch et le troisième jour le 9 avril sur les ruines de Rusicade.
                 e lendemain après avoir exécuté des reconnaissances topographiques et géodésiques sur Stora, on leva le camp à deux heures de l'après-midi et on reprit la route de Constantine où la colonne rentra le 11.

                 " En octobre 1838, le Gouverneur Général Valée vint prendre lui-même le commandement des troupes pour les conduire vers Stora où cinq mois auparavant le général Négrier avait accompli sa première reconnaissance.
                 Le 7 le corps expéditionnaire, composé du 62e de ligne, du 3e bataillon d'Afrique et d'un détachement du 3e chasseurs d'Afrique, en tout 4.000 hommes, vit s'ouvrir devant lui le vaste horizon de la Méditerranée et salua le golfe de Numidie.

                 Une tribu, dont le nom a été donné par quelques géographes à une source qui descend sur la plage, les Béni-Melek, avait abrité ses misérables gourbis dans le ravin ou fut Rusicade. Les hommes de cette tribu se présentèrent au camp et se contentèrent de demander une indemnité pour l'abandon de leurs gourbis et de leurs jardins. Le général donna l'ordre de leur payer les 150 francs auxquels ils bornaient leurs prétentions. Ils se retirèrent ravis de cette justice débonnaire et s'applaudissant d'avoir vendu ce qu'ils ne pouvaient empêcher de prendre.
                 Le Moniteur du 17 novembre 1838 annonçait que le Roi a décidé, sur la proposition du Ministre de la Guerre, que la ville qui s'élève sous le Fort de France, rade de Stora, portera le nom de Philippeville et que le mouillage situé à l'ouest de la rade conservera le nom de port de Stora ". (L-Charles Féraud. Histoire des villes de la province de Constantine. Philippeville.)
                 Ainsi fut faîte pacifiquement l'histoire de notre cité.


LES FRANÇAIS EN ALGERIE (1845)
Source Gallica : Louis Veuillot N°14


CULTE PROTESTANT.

          On lit dans les documents publiés en 1840 par le ministre de la guerre, que l'organisation du culte protestant en Algérie, était depuis longtemps l'objet de la sollicitude du gouvernement, lorsque enfin " le département de la guerre a arrêté, de concert avec celui de la justice, les bases de cette organisation, qui devait suivre celle du culte catholique, et qui répond à des besoins qu'il était également important de satisfaire. " Les documents publient en même temps l'ordonnance suivante, qui est, disent-ils, en pleine voie d'exécution :

ORDONNANCE ROYALE
DU 30 OCTOBRE 1859
SUR L'ORGANISATION
DU CULTE PROTESTANT
DANS L'ALGÉRIE.


          ARTICLE PREMIER. Il y aura à Alger une église consistoriale pour le culte protestant. Le consistoire sera composé d'un pasteur et de douze anciens. Le pasteur présidera le consistoire.

          ART. 2. Les anciens seront nommés, pour la première fois, par le gouverneur-général, et choisis parmi les notables protestants domiciliés à Alger.
          Dans la suite, ils seront nommés et renouvelés conformément à la loi du 18 germinal an X.

          ART. 3. Il pourra être établi par ordonnances royales des oratoires du culte protestant sur les différents points de l'Algérie où la nécessité s'en ferait sentir ; des pasteurs auxiliaires du consistoire d'Alger seront attachés à ces oratoires.

          ART. 4. Le traitement du pasteur d'Alger est fixé à trois mille francs. Celui des pasteurs auxiliaires sera de quinze cents francs.
          Ces traitements seront payés sur les fonds du département de la guerre.

          ART. 5. Le pasteur d'Alger et les pasteurs auxiliaires seront élus dans les formes ordinaires par le consistoire, et leur élection confirmée par nous, s'il y a lieu, sur la proposition de notre, garde des sceaux, ministre secrétaire d'État de la justice et des cultes, qui devra se concerter préalablement avec notre ministre secrétaire d'Étal de la guerre.

          ART. 6. Notre ministre secrétaire d'État de la guerre et notre garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution de la présente ordonnance.

          Nous ignorons si le protestantisme, à Alger, est luthérien, calviniste, anglican, socinien, ou s'il n'est rien de tout cela, ou s'il est à la fois tout cela. L'avis suivant, publié dans les journaux, semble indiquer que le clergé protestant éprouve quelque peine à se recruter : <
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A M. le rédacteur du journal L'ESPÉRANCE.
Alger, le 11 avril 1841.
"Monsieur le rédacteur,

          Veuillez, je vous prie, avoir la bonté d'annoncer, dans votre plus prochain numéro, qu'il doit être pourvu, dans l'église consistoriale de l'Algérie, à deux places de pasteurs pour les oratoires d'Oran et de Philippeville ; la première vacante par la rentrée en France de M. le pasteur Hoffmann, et la seconde créée par ordonnance royale à la date du 10 février dernier.

          Les émoluments sont de deux mille francs : l'indemnité de logement pour le pasteur d'Oran est de six cents francs ; celle du pasteur de Philippeville n'est pas encore réglée, elle sera probablement fixée à la même somme. Peut-être quelques hectares de terre leur seront-ils accordés à l'un et à l'autre, comme ils ont été accordés au pasteur de Dely-Ibrahim ; mais le consistoire ne garantit rien à cet égard.

          Les fonctions du ministère ne seront ni très-multipliées ni très pénibles, la population protestante étant renfermée dans l'enceinte de ces deux villes, et n'étant pas encore considérable ; mais des villages projetés dans le voisinage de l'une et l'autre localité appelleront plus tard des efforts plus soutenus et des visites fréquentes dans les campagnes. Le séjour d'Oran est agréable, le climat en est très-sain. Quoiqu'elle ne renferme dans ses murs que quelques milliers d'habitants, cette ville peut offrir au pasteur tous les avantages d'une cité considérable. Philippeville est une création tout européenne, qui a six ans d'existence et une population de quatre mille âmes ; le climat, sans être aussi sain que celui d'Oran, n'est point mauvais ; d'ailleurs il s'améliore tous les jours d'une manière très-sensible, et l'on n'aura bientôt plus rien à redouter de la fièvre, qui, dans les deux premières années, avait fait d'assez grands ravages.

          Il est à désirer que les candidats qui se présenteront soient jeunes, mariés depuis peu, ou du moins qu'ils n'aient pas une famille nombreuse, qu'ils ne soient pas étrangers aux fonctions de renseignement, et qu'ils connaissent la langue allemande, les Alsaciens et les Wurtenbourgeois étant en assez grand nombre dans ces deux Eglises ; toutefois le consistoire n'en fait point une condition.

          Toutes les lettres de présentation doivent être affranchies et adressées à M. le pasteur Sautter, président du consistoire général.

          Agréez, M. le rédacteur, mes sentiments de haute considération.
Le président du consistoire, pour le consistoire et en son nom,          
S. SAUTTER.                                                  
     


Que serait la vie sans l'amour des autres ?
Seul (e), point besoin de vivre.
Auteur inconnu
Envoyé Par J.P. Comitre
          La vie sur terre est un passage
          L’amour est un mirage,
          Mais l’amitié est un « Fil d’or »
          Qui ne se brise qu’à la mort.

          Tu sais ! l’enfance passe,
          La jeunesse suit, la vieillesse la remplace
          Puis la mort nous ramasse…

          La plus belle fleur du monde perd sa beauté,
          Mais une amitié fidèle dure pour l’éternité.
          Vivre sans amis, c’est mourir sans témoin.


Chantiers nords-africains
           Trouvé à la BNF            07-1931   N°7
 LA CONSTRUCTION A BONE

Décoration des Salles des Fêtes
et Salons de l'Hôtel de Ville

Architectes MM. NAZ et BUTIGIEG
Décorateurs : ETABLISSEMENTS DORE


                   L'un des édifices les plus remarquables de Bône tant par le style, les proportions aisées que par sa situation en bordure d'une imposante avenue, est l'Hôtel de Ville dont l'heureuse harmonie de la façade évoque l'une des plus belles époques de l 'art au XVIème siècle.
                  Jusqu'ici, pour des raisons qui nous échappent, la décoration intérieure n'avait pas été poussée de façon à réaliser l'accord indispensable de toutes les parties du monument pour en faire une œuvre cohérente et achevée.

                  Tôt ou tard, le problème devait se poser d'un complément de travaux.

                  L'opération s'annonçait pleine de difficultés. Un premier concours eut lieu sans donner de résultats. Au deuxième concours, les maquettes que nous présentons ci-contre obtinrent, à une forte majorité, le premier prix. Leurs auteurs, MM. Naz et Butigieg, architectes-géomètres-experts, tirent appel pour l'exécution aux Etablissements Doré, du Havre, excellents décorateurs-éditeurs qui ont déjà réalisé à Bône : la bijouterie Raymond, les Galeries de France, etc...

                  M. Demars, directeur des Etablissements, s'est rendu lui-même sur place pour arrêter les derniers détails et mettre immédiatement ses ateliers à l'œuvre. Les travaux seront terminés dans le courant de janvier prochain.

                  L'examen des maquettes que nous publions ci-contre ne peut donner qu'une faible idée des effets obtenus par une judicieuse mise en œuvre des éléments décoratifs qui constituent une véritable restauration de l'aspect de ces magnifiques salles dans le goût et le style Renaissance.

                  Les trois salles ont été traitées par une décoration aux lignes amples soulignées de colorations vives qui rehaussent le caractère festival que comporte leur destination.

                   La salle des mariages a été l'objet de soins particuliers et notamment d'une plus grande richesse de décor.

                  Il fallait, aux architectes, faire un sort à la lumière intense de nos contrées. C'est pourquoi ils ont constitué tous les fenestrages en vitraux aux couleurs chatoyantes, parsemées de points brillants. Ils ont ainsi créé cette atmosphère de juvénilité et d'allégresse débordante qui caractérise en quelque sorte la grande époque artistique de la Renaissance dans notre pays.

                  Enfin, en ce qui concerne la lumière artificielle, pour éviter un anachronisme qui aurait pu sembler choquant, il a été prévu des dispositifs d'éclairage indirect dissimulés dans les éléments des plafonds en caisson.
A SUIVRE


PHOTOS de BÔNE
Envoi de M. Albert ROFFE
LE PORT
Photo de M. Albert ROFFE


Photo de M. Albert ROFFE



Photo de M. Albert ROFFE




Photo de M. Albert ROFFE





Photo de M. Albert ROFFE




Photo de M. Albert ROFFE





Photo de M. Albert ROFFE




Photo de M. Albert ROFFE





RELATION DU
SIÉGE DE ZAATCHA

Paris. - Imprimerie COSSE et J. DUMAINE, rue Christine, 2. - 1863
Source Gallica

INSURRECTION SURVENUE DANS LE SUD DE LA PROVINCE DE CONSTANTINE En 1849
Par M. le Général HERBILLON,
Commandant la province de Constantine de 1848 à 1850.

        INTRODUCTION.
        L'expédition des Ziban, en 1849, dont le siège de Zaatcha fut le principal épisode, donna lieu dans le temps aux interprétations les plus erronées. Pour bien se rendre compte des difficultés de cette opération militaire, des sacrifices, du sang qu'elle nous a coûté, il faut connaître le théâtre de l'insurrection, dont Zaatcha était le foyer, la nature toute particulière du terrain, l'esprit des populations des oasis; il faut se rappeler quelle était, à cette époque, la situation de l'Algérie tout entière, ébranlée par le contre-coup de 1848 ; enfin, on doit examiner la série des fatalités qui sont venues compliquer une révolte d'abord renfermée dans d'étroites limites, et qui l'ont fait s'étendre dans tout le sud de la province de Constantine.

        Le général qui commandait la province de Constantine en 1849 et qui dirigeait cette expédition, a pensé que c'était à lui qu'il appartenait de faire connaître des faits pour la plupart ignorés; et si, dans le cours de son récit, il entre dans certains détails, c'est pour rendre toute leur valeur à des événements militaires peu ou mal connus, et pour rappeler la gloire de ses compagnons d'armes, officiers et soldats, qui ont donné, dans le siège de cette oasis saharienne, tant de preuves de patience et de dévouement.

        CHAPITRE PREMIER.
        Description du pays des Ziban. - Cercle de Biskra. - Plaines du Hodna et d'EI-Outaïa. - Les oasis, leur aspect. - Les villages, les jardins, différentes manières de les arroser. - Le palmier, sa production. - Les nomades. - La température. - La population.

        Le pays des Ziban est immense ; il s'étend depuis les frontières de Tunis à l'Est, jusqu'aux plateaux des Ouled-Naïls à l'ouest. Au sud, il se rattache aux oasis de l'Oued-Rhir. C'est dans cette vaste région que s'élèvent les nombreuses oasis dont Biskra, avec ses cent mille palmiers, est le point principal et le chef-lieu d'un cercle ; chacune d'elles, vue de loin, semble surgir de terre en se détachant du sol par un massif de verdure sombre et monotone.
        (Planche 1.) Ce cercle renferme trois plaines bien distinctes, qui, situées à des hauteurs différentes au-dessus de la mer, présentent de grandes variations dans l'aspect du terrain.
        La plus élevée est le Hodna; c'est en même temps celle qui se trouve le plus au nord; ses limites sont, à l'est, le grand massif de Metlili ; au sud, le Djebel-Amor et le Fouzna; au nord, le Bou-Thaleb et les montagnes du Bélezma; à l'ouest, elle s'étend au-delà de Bouçada, sur le territoire de la province d'Alger. Vers le centre de cette plaine, se trouve le chott de Saïda (grand lac salé). La culture principale consiste en céréales; les quelques palmiers que l'on y trouve produisent des dattes, mais de qualité très-inférieure à celle des Ziban.
        La plaine d'El-Outaïa, qui s'étend au sud-est du Hodna, sur le versant méridional de l'Aurès, est soumise à des variations de température, entre l'été et l'hiver, beaucoup moins prononcées que dans le Hodna. On y cultive également le blé et l'orge. Le palmier y est productif.

        (Planche 1.) Ensuite viennent les Ziban, que l'on divise en Zab-Dahari (nord), Zab-Guebli (sud), Zab-Chergui (est); là se trouvent les oasis qui sont plus ou moins espacées, plus ou moins groupées, selon la quantité d'eau qui les alimente. Il existe entre elles des espaces vides qui sont occupés, soit par des sables, soit par une espèce d'herbe appelée chiay, dont se nourrissent les chameaux et les moutons. Quelques-unes, telles que Bouchagroun et Biskra, sont presque fermées au sud par des monticules de sable, qui, poussés par le vent, les envahissent journellement.
        Toutes sont couvertes de jardins entourés de murs en pisé, solidement bâtis, formant par leur continuité une enceinte générale, qui embrasse toute l'oasis et en fait une sorte de place forte.
        Au milieu de tous ces jardins, qui produisent le chanvre, le tabac, le piment, le henné, et où croissent des arbres fruitiers, se trouve le village dont les maisons, cachées par une forêt de dattiers, sont construites en briques de forte dimension, réunies entre elles par de la terre délayée. La partie supérieure est formée de troncs entiers de palmiers, qui supportent une terrasse.

        (Planche II.) De loin, ces oasis, dont les intervalles vides et nus échappent à la vue, ont l'aspect d'une forêt immense que dominent des minarets. Tel est le Zab-Dahari avec ses deux cent quatre-vingt mille palmiers. Les chemins qui conduisent aux villages sont dès sentiers étroits, sinueux, véritables labyrinthes.
        La richesse de ce pays, que le sable couvre en grande partie, c'est l'eau. Aussi les habitants en sont-ils très-avares, et c'est avec intelligence que la répartition en est faite aux propriétaires des jardins, selon la quantité de leurs dattiers ; elle est ménagée avec le plus grand soin et divisée entre tous, par le moyen de petits canaux d'irrigation alimentés par des sources.
        Dans certaines oasis, telles qu'aux Ouled-Djellal, à Sidi-Kraled, ce sont des puits qui fournissent l'eau nécessaire à l'arrosement. Dans d'autres, l'eau étant abondante, les jardins sont disposés en trous-de-loup, de manière que les dattiers sont facilement arrosés.
        Le Hodna, le Outaïa et le Zab-Chergui sont fertilisés par les eaux qui descendent des hauts plateaux du Tell, des montagnes de l'Aurès, de celles du Bélezma et du Bou-Thaleb, et qui s'écoulent ensuite vers les oasis, dont elles assurent la fécondité en grossissant le volume d'eau des sources.
        Le palmier est l'arbre des oasis ; on en compte un grand nombre d'espèces. Cet arbre commence à donner des fruits à trois, cinq et six ans, selon le terrain; mais ce n'est qu'au bout d'une vingtaine d'années qu'il est en plein rapport. Il est la principale production du pays, et ce sont les nomades qui, servant d'intermédiaires aux habitants des oasis pour l'écoulement de leurs denrées, colportent les dattes sur les marchés et les échangent contre du blé et des marchandises de toute nature. Ce colportage tend à s'affaiblir de jour en jour; car depuis que l'administration française est établie dans le pays et qu'il y a sécurité sur les routes, les plus riches propriétaires se sont procuré des chameaux, des mulets, et vont eux-mêmes à Constantine, à Alger et autres lieux, pour y trafiquer de leurs produits.
        La température de la région des oasis étant élevée, la vie que mènent les indigènes est celle des pays chauds: grande nonchalance, peu de travail, repos prolongé (1).
        (1) Température: 1845, 1846, 1847. Maximum, 42° à 44°.
        Minimum, janvier, de 8° à 9°; février, 10° à 12° ; mars, 12° à 13° au-dessus de zéro.


        La population des oasis est nombreuse, surtout dans certaines localités, telles qu'aux Ouled-Djellal, Biskra, Sidi-Okba. Les habitants sont d'un caractère inquiet, remuant et enclin au fanatisme. Avant notre occupation, le pouvoir des beys a dû à diverses reprises user d'une grande sévérité pour réprimer des révoltes qui ont nécessité quelquefois l'emploi de forces assez imposantes.

        CHAPITRE II.
        Prise de possession des Ziban. - Le commandant de Saint-Germain. - Kabyles de Collo et du Zouagha. - Biskris d'Alger. - Tranquillité apparente des Ziban. - Bouzian se pose en chérif et prêche la guerre sainte. - M. Séroka, sous-lieutenant en mission dans le Zab. - Tentatives faites pour arrêter Bouzian. - Les habitants de Zaatcha s'opposent à son arrestation. - Bouzian, mis en relief, acquiert une grande influence. - Blocus établi pour isoler les oasis rebelles. - Le cheik El-Arab et les Daouda. - Insurrection dans les montagnes du Zouagha, de Collo, et dans le sud de la province.

        Le commandant de la province prit possession de ce vaste pays des Ziban en 1844; mais ce ne fut que plusieurs mois après l'occupation définitive de Batna, 24 juin même année, que Biskra, qui n'était qu'un poste avancé, devint le siège d'un cercle dont le commandement fut d'abord confié au chef de bataillon Thomas, des tirailleurs indigènes, et qui fut donné ensuite au commandant de Saint-Germain, officier supérieur d'un grand mérite, à qui l'on doit les bases de l'administration française dans les Ziban. Depuis cette époque jusqu'en 1849, la plus grande tranquillité n'avait cessé de régner dans cette partie du sud de la province de Constantine, lorsque les graves événements survenus en France (1848), transmis avec rapidité sur le littoral, furent colportés jusqu"aux dernières limites des Ziban, au milieu des nombreuses populations des oasis.
        Au premier bruit de ce bouleversement politique, les Kabyles des montagnes de Collo s'en émurent et manifestèrent des intentions d'indépendance qu'ils mirent bientôt à exécution ; car, dans les premiers mois de 1849, ils descendirent dans la vallée du Safsaf, où ils inquiétèrent les colons déjà établis, ainsi que la route de Philippeville à Constantine, et menacèrent l'établissement des nouvelles colonies agricoles. Un de leurs chérifs, du nom de Jamina, suivi d'une foule de fanatiques et de gens sans aveu de toutes les tribus voisines, eut même la hardiesse d'aller se heurter contre le village d'El-Arouche, où sa bande fut mise en pleine déroute. A la même époque, les Kabyles du Zouagha, dépendant de la subdivision de Constantine, commencèrent les hostilités par des excursions sur les Azels du bas Rhummel (2), et ravagèrent les environs de Milah.
        (2) Terres appartenant au Gouvernement, affermées aux Arabes

        Ces mouvements hostiles, quoique réprimés et punis sévèrement, eurent un grand retentissement, et la révolte, qui probablement était dans l'air de la province de Constantine, sauta du nord au sud. Là elle trouva de l'aliment dans la haine des pouvoirs déchus, dans le caractère religieux des habitants et dans le fanatisme des marabouts, qui imprimèrent à la lutte une violence, une ténacité jusque-là sans exemple dans cette province.
        Il ne s'était manifesté aucun symptôme précurseur de révolte dans les Ziban, avant que les nouvelles de nos dissensions politiques fussent parvenues aux populations; elles furent apportées par les Zibaniens, qui sont connus sous le nom de Biskris. Comme les Auvergnats, les Savoyards, les gens de ce pays se répandent dans les villes, où ils exercent différents métiers. Après quelques années d'absence, ils reviennent chez eux avec le fruit de leurs épargnes. A Alger, où ils sont en grand nombre, ils avaient assisté à la proclamation de la République en 1848 : ils avaient été témoins des démonstrations publiques qui avaient accompagné ce changement dans la forme du Gouvernement; ils n'avaient pas pu se rendre compte du délire des Européens dans cette circonstance. Ils avaient compris qu'un profond dissentiment divisait les masses. De retour dans les oasis, ils avaient raconté, avec l'exagération orientale, toutes les scènes dont ils avaient été témoins, et donné comme certaine la chute du pouvoir militaire, remplacé par le pouvoir civil. Ils. étaient en cela parfaitement d'accord avec les juifs de Constantine, qui étaient des émissaires dangereux, colporteurs de fausses nouvelles.

        Ces récits, toujours exagérés, étaient accueillis avec avidité par les gens du Sahara, dont l'imagination ardente et contemplative était disposée à recevoir de vives impressions. Ces récits flattaient trop les sentiments de haine qu'ils nourrissaient contre des maîtres qui blessaient leur croyance, pour ne pas les exciter à voir dans ces événements la chute prochaine de la force, qui seule les maintenait sous le joug de notre domination.

        Cependant, bien que les populations des oasis fussent travaillées par des bruits de toute sorte, qui caressaient leur penchant à la vengeance contre un pouvoir supporté, mais odieux, rien n'annonçait que l'on fût si près d'une révolte, même partielle ; et le caïd de Biskra, Si-Mohamed-Skrir, neveu du cheik El-Arab (3), qui, par ses relations avec tous les cheiks de son caïdat, aurait dû être averti du malaise qui y régnait, était dans l'ignorance la plus complète de l'esprit de ses administrés. Il y avait donc torpeur, insouciance ou participation tacite de la plus grande partie des chefs indigènes au drame qui se préparait.
        (3) Ben-Gunah était le cheik El-Arab.

        Cette tranquillité, qui n'était qu'apparente, paraissait cependant d'autant plus réelle que de nombreux convois européens, arabes et kabyles, circulaient dans toutes les directions, et que les nomades, qui, pour la plupart, sont propriétaires dans les oasis, quittaient selon leur habitude séculaire le Sahara pour aller passer la saison d'été dans le Tell. Ces faits ostensibles et les rapports journaliers que le commandant de la province de Constantine recevait de la subdivision de Batna, lui donnèrent donc une si grande confiance, qu'il n'hésita pas à utiliser les qualités militaires du commandant du cercle de Biskra, M. de Saint-Germain, en lui donnant le commandement d'un bataillon d'élite dans la colonne qui opérait, sous ses ordres, dans les montagnes de Collo.
        Il ne fallut qu'un imposteur qui lança une étincelle de guerre sainte au milieu de toutes ces natures crédules, pour détruire ce calme et allumer un incendie dont le début, à Zaatcha, ne fut qu'une supercherie grossière dictée par le fanatisme; mais qui, par une série de fatalités, prit une si grande proportion, qu'il menaça de s'étendre dans toute la province.
        Cet appel à la guerre sainte au sud, pendant que toutes les troupes étaient occupées au nord, fut un événement très-malheureux ; car on ne pouvait disposer d'aucune force militaire pour arrêter le mal, dès que les premiers symptômes parurent dans le Zab-Dahari; il s'ensuivit que le retard forcé qui fut apporté dans la répression de ce commencement de révolte, eut des conséquences d'autant plus graves que les habitants du Ziban n'ayant point eu à souffrir des ravages de la guerre, n'en étaient que plus disposés à se laisser entraîner aux insinuations et prédications de leur ancien cheik Bouzian, qui, se disant inspiré, ne négligea rien pour attirer ses coreligionnaires dans ce mouvement insurrectionnel, dont il fut le premier moteur, et sa voix fut écoutée (4).
        (4) Entre autres moyens employés par Bouzian pour exciter les habitants des oasis contre l'autorité française, il leur rappela : 1° une augmentation de 0,15% sur l'impôt du palmier, qui en portait le taux à 0,45% au lieu de 0,30%; cet impôt était beaucoup moins onéreux que toutes les charges et corvées que les beys exigeaient; les indigènes l'avaient payé sans protester ni se plaindre ; 2° la répartition de l'impôt, qui, en supprimant de grands abus, fit payer les contributions à un grand nombre de Koulouglis, de Turcs, de gens de religion, qui en étaient exempts. Ces questions d'impôt causèrent un peu de mécontentement; mais ce ne fut pas, comme on l'a prétendu, écrit et publié, la principale cause de l'insurrection qui fermentait dans tous les esprits, et dont l'explosion est due à l'ébranlement causé par la révolution de 1848.

        Pendant que le commandant de la province était à la tête des troupes pour réprimer les mouvements insurrectionnels des Kabyles du Zouagha et de Collo, M. le général de Salles, commandant la subdivision de Constantine, fut envoyé par M. le gouverneur général du côté de Bougie, pour châtier les Béni-Séliman. Ce fut alors que Bouzian, homme énergique, ancien cheik du Zab-Duhari sous Abd-El-Kader, mécontent de n'avoir point été employé dans le maghzen (5), et nourrissant depuis longtemps des intentions de vengeance, crut que le moment était arrivé de mettre ses projets à exécution. Aussi, dès qu'il se fut assuré que les garnisons de Batna, de Sétif, de Bône et de Constantine, étaient complètement dégarnies de troupes et que le général était éloigné du chef-lieu de son commandement, il se posa en chérif, en prédicateur de la guerre sainte.
        (5) Administration du gouvernement.

        Cet officier général était au camp de Beïnem, dans le Djebel-Zouagha, lorsque, le 23 mai, pour la première fois, il apprit, par lettre officielle, l'attitude qu'avait prise cet ancien cheik, et fut informé que M. Séroka, sous-lieutenant à la légion étrangère, adjoint au bureau arabe de Biskra, avait échoué dans la tentative qu'il avait faite à Zaatcha pour arrêter ce perturbateur.
        (Planche I.) Ce jeune officier, d'une grande intelligence et prompt à prendre l'initiative, avait été envoyé en tournée. Il devait parcourir le Zab-Guébli avec mission de s'assurer si, dans les oasis, il y avait quelques germes de troubles. Il se mit en route avec toute sécurité, ne se faisant accompagner que par six cavaliers de la Nouba (6) et deux spahis.
        (6 ) Cavaliers employés par les officiers du bureau arabe.

        Dès le 16 mai, au matin, jour de son départ, M. Séroka écrivit au chef du bureau arabe de Biskra : " On parle d'un individu de Zaatcha qui commence à se poser en chérif. Il tue, tous les jours, des moutons, et en fait faire de grandes distributions; il affirme que le prophète lui est apparu. "
        Le soir du même jour, cet officier étant campé à Aumach, écrivait de nouveau : " L'on continue de causer du chérif de Zaatcha. Ayant trouvé ses gens incrédules, il leur a annoncé que la véracité de l'apparition du prophète serait certifiée par quelques signes célestes. En effet, pendant la nuit, Dieu, ou plutôt le prophète, est venu serrer sa main, et sa main est demeurée toute verte. " M. Séroka ajoutait: " C'est ainsi que commencent tous les chérifs, ridicules d'abord, puis sérieux. "

        Le 17, après avoir traversé le Zab-Guébli, il se dirigea sur Liouach, où il devait coucher. En approchant de cette oasis, il rencontra le cheik qui arrivait tout effaré et lui raconta que : " les gens du village ne voulaient plus lui obéir, qu'ils avaient montré peu d'empressement à préparer la diffa, qu'ils prétendaient que les choses allaient changer de face, que le gouvernement du pays allait, revenir aux musulmans, etc. " M. Séroka se fit amener les deux plus mutins, les fit attacher et harangua les habitants, cherchant à détruire l'effet déjà produit par les paroles du faux chérif.

        Le 18, cet officier, qui devait aller coucher à Bouchagroun, partit de Liouach étonné de ne pas recevoir d'instructions relativement à ce qui se passait à Zaatcha; espérant toujours une lettre de Biskra, il passa toute la journée à Tolga; il causa avec les grands du pays. Il ne lui fut pas difficile de voir qu'il y avait du malaise dans les esprits. Plusieurs indices le démontraient, et ce qui s'était passé à Liouach les confirmait.
        Ce jeune officier voyait donc un orage grandir à Zaatcha. Il avait pour mission d'arrêter les perturbateurs., il ne devait pas hésiter. La facilité avec laquelle il avait emmené prisonniers les deux hommes de Liouach, lui donnait l'espoir d'arrêter Bouzian sans grande difficulté. Après avoir vainement attendu à Tolga, jusqu'à six heures du soir, des ordres sur ce qu'il avait à faire, il se décida à aller à Zaatcha. Afin d'être plus libre, il fit filer d'avance sur Bouchagroun son mulet de bagage et les deux prisonniers, sous l'escorte de deux cavaliers.

        (Planche II.) En arrivant dans le village, il aperçut Bouzian seul sur la place ; il avait amené avec lui un mulet, il ordonna à l'ancien cheik de monter dessus et de le suivre immédiatement.
        Cet homme brisa son chapelet et se mit à en ramasser lentement les grains pour gagner du temps. M. Séroka, nullement dupe de cette ruse, donna l'ordre aux deux spahis de descendre de cheval et de le faire monter de suite sur le mulet; il commençait à s'y placer, lorsque les gens de Zaatcha se mirent à crier aux armes et fermèrent les portes du village. L'un des spahis y courut et tenta d'en forcer la serrure; alors le cheik Bou-Azouz, parent de Bouzian, se joignant aux rebelles, s'empara de son fusil et tira sur lui. Au même moment, Bouzian tirait un coup de pistolet sur le spahis qui voulait le maintenir sur le mulet et s'échappait. En un clin d'œil, tous les habitants furent armés; ils firent feu sur M. Séroka et son escorte, à l'instant où, après avoir forcé la porte, ils sortaient des palmiers; personne heureusement ne fut atteint.

        Échappé comme par miracle de cette espèce de guet-apens, cet officier se dirigea sur Bouchagroun, où, à son arrivée, il écrivit à Biskra ce qui venait de se passer à Zaatcha, en signalant en même temps les mauvaises dispositions qu'il avait remarquées chez les habitants du Zab-Dahari. Biskra se trouvait alors dégarni de troupes, comme les autres garnisons de la province, et était commandé provisoirement par le capitaine du génie Lagrenée, que l'annonce de cette rébellion surprit, et qui, n'ayant pas à sa disposition les moyens de la réprimer par une force imposante, agit avec prudence. Il envoya immédiatement le lieutenant Dubosquet, chef du bureau arabe, avec vingt spahis et trente cavaliers du goum à Zaatcha. Par cette démonstration, il avait lieu d'espérer que les habitants de ce village, qui jusqu'alors avaient été soumis et obéissants, réfléchiraient aux conséquences de leur action et viendraient demander l'aman.

        Le lieutenant Dubosquet se rendit devant l'oasis de Zaatcha et se tenant, d'après les ordres qu'il avait reçus, hors de portée des balles, il envoya un serviteur du caïd et ensuite le caïd lui-même, pour engager les habitants à livrer l'auteur du désordre. Les Arabes qui venaient de clouer leur porte, répondirent : " Qu'ils avaient déjà chassé un officier du bureau arabe, qu'ils chasseraient également l'autre et qu'ils ne livreraient pas Bouzian qu'on avait voulu déjà leur enlever. " Ils furent appuyés dans leur refus par quelques gens de Tolga, de Farfar, de Lichana et de Bouchagroun, qui tirèrent de loin plusieurs coups de fusil sur l'escorte de leur caïd, dont ils avaient méconnu l'autorité.
        Ces deux tentatives malheureusement infructueuses mirent Bouzian en relief, et l'influence que ses richesses, sa réputation comme guerrier, lui avaient acquise, s'accrut encore par le masque religieux qu'il prit en se posant en chérif. Ce rôle présenté comme une inspiration du ciel, ainsi qu'il a été dit plus haut, lui donna un grand prestige aux yeux des habitants du Zab-Dahari qu'il appela à la guerre sainte, en publiant que le Prophète lui avait apparu de nouveau et lui avait dit : " Le règne de l'impie est fini et celui des vrais croyants va commencer. "

        Cet acte de rébellion était un fait d'autant plus grave, que, n'ayant pu être immédiatement réprimé, il était à craindre qu'il s'étendît d'abord à toutes les oasis du Zab-Dahari et qu'il gagnât ensuite celles du Zab-Guebli. Des dispositions furent donc prises pour qu'il restât concentré dans le groupe formé par Farfar, Zaatcha et Lichana. A cet effet, un blocus, qui devait priver les rebelles de toute communication extérieure, fut établi. Cette mission fut donnée au cheik El-Arab et à ses Daouda, qui, au moyen de leurs nombreux cavaliers, furent chargés de faire des patrouilles continuelles, d'intercepter les routes, en un mot, de les isoler. Cette mesure de répression aurait peut-être pu réussir, si ces cavaliers n'eussent pas profité de cette circonstance pour exercer quelques vengeances personnelles en arrêtant au loin des gens inoffensifs et en les mettant à contribution. Il y avait d'ailleurs trop de motifs d'intérêt, trop d'affinité entre eux et les habitants pour que cet isolement ne fût pas illusoire ; il y eut donc nécessité de les éloigner de ce service de surveillance, tout en laissant le cheik El-Arab agir selon l'opportunité pour ramener les rebelles dans le devoir, soit par la douceur, soit par quelques actes de sévérité habilement dirigés.
        Cette liberté d'action laissée au cheik El-Arab n'eut aucun résultat (7). Ce grand chef, sans énergie, rapace et se dégradant par des habitudes peu en harmonie avec la fierté et la sobriété arabes, n'avait aucune influence sur les siens; il leur inspirait peu de confiance, et n'avait d'autre prestige que le grand nom qu'il portait.
        (7) C'est de 1771 à 1791 que surgit la famille des Ben-Ganah dont un des membres, EI-Hadji-ben-Ganah, fut nommé cheik El-Arab par Salah-Bey. De cette époque règne la rivalité des Ben-Ganah et des Ouled-Bouakas qui plusieurs fois ont cherché à ressaisir par les armes le pouvoir qu'ils avaient perdu.

        Cet homme si haut placé, qui, à Selsou, en 1840, sans le secours de baïonnettes françaises, avait battu complètement Ben-Azouz, khalifat de l'émir Abd-el-Kader, était devenu d'une nullité politique déplorable et ne fut d'aucune ressource dans la répression de l'insurrection des Ziban.
        Ainsi, les mesures prises pour empêcher que le mal ne se propageât et sur lesquelles on comptait pour ramener les Arabes et gagner du temps, ne produisirent aucun effet sur eux. Ils ne virent dans les Daouda, mal dirigés, que des frères dont ils n'avaient rien à craindre, et, persuadés que nous étions dépourvus de moyens de répression, ils en devinrent plus hardis, plus entreprenants dans leur révolte que Bouzian encourageait par ses paroles, en les excitant à porter chez leurs voisins du Hodna et du Zab-Guebli le feu de la guerre sainte.
        Le commandant de la province parcourait les montagnes de Collo pour réprimer les mouvements insurrectionnels des Kabyles, lorsque le chef de la subdivision de Batna en lui rendant compte de la situation politique du cercle de Biskra et du peu de résultat obtenu par l'espèce de blocus que l'on avait établi, témoignait de l'inquiétude sur le Hodna où quelques symptômes de révolte s'étaient manifestés, et il demandait avec instance que des troupes lui fussent envoyées. En ce moment, on ne pouvait obtempérer à sa demande sans commettre la plus grande imprudence, la colonne expéditionnaire n'étant point assez forte pour qu'il fût possible d'en distraire même un seul homme.

        En effet, de ces deux insurrections qui éclatèrent presque en même temps, celle du Sud, quoique très-grave, n'entraînait pas avec elle les mêmes dangers que celle du Nord, où une grande partie des intérêts européens de la province étaient concentrés : car il fallait là une parfaite sécurité pour établir, sur le territoire arabe, les colons nouvellement débarqués, auxquels nous devions aide et protection pour la construction de leurs maisons, le défrichement des terres et la culture de leurs jardins. Il n'y avait donc d'autre parti à prendre que d'en finir avec les embarras du Nord et de s'occuper ensuite de ceux du Sud.
        Par conséquent, le manque de troupes forçant à remettre à une époque plus ou moins éloignée la répression des différentes oasis, il fut recommandé d'agir avec la plus grande prudence, afin de ne pas envenimer la situation déjà compromise du sud de la province.
        Ces instructions furent suivies avec la plus grande exactitude par MM. les officiers du bureau arabe de Biskra, qui, dans ce moment difficile, firent preuve de zèle, de dévouement et d'un grand esprit de conciliation : seuls au milieu de populations inquiètes et de chefs indigènes, les uns d'une fidélité fort douteuse, les autres mal disposés pour nous, ils surent, par leur conduite ferme, réservée, et par une politique bien entendue, conserver le prestige de l'autorité française ; et s'ils n'ont pas arrêté l'insurrection, ils en ont du moins ralenti les progrès, ce qui pour le moment était de la plus grande importance.

        CHAPITRE III.
        Le commandant du cercle de Biskra reçoit l'ordre de se rendre à son poste. - Son avis sur le soulèvement du Sahara. - Dispositions hostiles des habitants des oasis. - Révolte des Ouled-Sahnoun contre leur Khalifat. - Combat de Oued-Bérika. - Mort du caïd des Ouled-Solthan. - La Smala du Khalifat se réfugie dans la maison du commandant. - Le Khalifat Si-Mokran. - Troupes envoyées pour châtier les Ouled-Sahnoun. - Le colonel Carbuccia les surprend à Metkouach.- Marche du colonel Carbuccia sur Zaatcha. - Attaque de Zaatcha. - Insuccès.- Fanatisme des habitants du village. - Conséquences de l'insuccès devant Zaatcha. - Esprit de révolte répandu dans les oasis. - Les montagnards de l'Aurès se révoltent contre leur caïd. - Le marabout Abd-el-Afid. - Sa conduite. - Il se met à la tête des montagnards de l'Aurès. - Sa marche sur Biskra. - Déroute des hordes conduites par Abd-el-Afid à Sérania. - Mort du commandant de Saint-Germain.

        Il y avait un mois que le sud de la province de Constantine était agité, et que, par suite des mesures sages qui avaient été prises, l'insurrection était restée concentrée dans le Zab-Dahari, principalement à Lichana, Zaatcha et Farfar. On espérait donc avoir le temps de châtier les rebelles avant que le mal ne devint plus grand ; aussi, l'expédition de la Kabylie étant terminée, des ordres furent donnés au commandant de Saint-Germain de se rendre à Biskra (8), où serait envoyé le nombre de troupes qu'il jugerait nécessaires pour rétablir la tranquillité du Sahara, si inopinément troublée.
        Cet officier supérieur très au courant des affaires de son cercle, dont il connaissait parfaitement le personnel, pensait que le soulèvement du Sahara n'était pas grave, et que malgré les dispositions hostiles qui se manifestaient dans la région des oasis, il n'y avait aucune nécessité d'y envoyer une forte colonne. En effet, il fit connaître au général Herbillon que les relations entre les deux contrées, nord et sud, de la province étaient beaucoup plus suivies qu'on n'était porté à le croire (9), et que l'heureuse issue de l'expédition de la Kabylie contribuerait à ramener les Ziban dans le devoir. Car, ce qui se faisait dans le Nord devait avoir considérablement d'influence sur le Sud, dont le soulèvement n'était point un fait isolé ; mais une ramification des mouvements insurrectionnels, qui avaient nécessité les opérations militaires, que l'on venait de, faire dans les pays montagneux du Zouagha et de Collo. Par conséquent, l'insurrection de la montagne étant réprimée, celle du Sud perdait de sa gravité.
        (8) Le chef de bataillon de Saint-Germain était avec M. le général Herbillon, commandant la province de Constantine, au camp de Beddaria (pays de Collo).
        (9) Le chérif Jamina, qui était venu se heurter contre El-Arouche, était connu dans les Ziban; il en était sorti en 1845, après avoir exercé longtemps la sorcellerie ; il y avait laissé une certaine réputation de sainteté et correspondait avec Bouzian.


        Malheureusement, les événements trompèrent ces prévisions. Le fanatisme religieux et l'esprit de révolte qui planaient sur toutes les populations zibaniennes et le souvenir que les habitants des oasis avaient conservé de leur résistance contre les beys, qu'ils avaient défiés derrière les murs de leurs jardins, les engagèrent à continuer la lutte commencée. Ils trouvèrent des auxiliaires chez leurs voisins, surtout dans le Hodna où campaient les Ouled-Sahnoun, grande fraction des Ouled-Déradje, qui, toujours disposés à embrasser le parti du désordre, saisirent cette occasion pour se livrer à leur penchant.
        Les Ouled-Sahnoun sont turbulents, coupeurs de route ; ils s'approvisionnent de dattes et vendent leurs grains dans le Zab ; et comme leur amitié est nécessaire aux gens des oasis, qui font continuellement le voyage d'Alger, et traversent forcément le Hodna, il existe donc des rapports fréquents entre eux et le Zab-Dahari, par suite de transactions commerciales. Aussi, pressés par les émissaires de Bouzian et par le désir de secouer toute organisation, qui tend à les maintenir dans l'ordre, ils se soulevèrent en masse contre leur Khalifat.
        Ce fut quelques jours après la dissolution de la colonne, qui avait opéré avec le plus grand succès dans les montagnes du nord de la province, que le commandant de la subdivision de Batna annonça au général commandant la province que les Ouled-Sahnoun s'étaient révoltés, et qu'au nombre de 800 cavaliers et de 400 fantassins ils s'étaient rués sur la Smala du khalifat Si-Mokran, qu'ils avaient failli enlever, malgré les contingents des tribus voisines, entre autres celui du caïd des Ouled-Solthan, Si-Amran-ben-Djenan, qui étaient venus à son secours.

        (Planche I.) Cette incursion sur la smala du khalifat donna lieu à un véritable combat. Cette smala était campée à Oued-Bérika, à peu de distance de la maison de commandement, qui était en voie de construction. Les tourelles non achevées étaient occupées par un détachement de la légion étrangère, qui y avait été envoyé pour protéger les travaux. Le khalifat, se fiant peu à la fidélité des siens, laissa les Ouled-Sahnoun avancer jusqu'à un kilomètre des remparts du bordj; mais, oubliant que sa force principale était dans les feux de notre infanterie, il donna l'ordre de charger. A cette injonction, Si-Hamed, son fils aîné, brave et brillant cavalier, se mettant immédiatement à la tête de tous les goums et serviteurs de son père, se précipita sur les Ouled-Sahnoun qui, n'ayant pu résister à ce choc violent, commençaient à battre en retraite, lorsqu'une balle vint frapper le jeune Si-Hamed (10) en pleine poitrine et que deux de ses serviteurs tombèrent à ses côtés.
        (10) Il dut la vie à un de ses serviteurs qui le prit en croupe et le ramena à la Smala.

        Le combat changea alors de face, tous les cavaliers du khalifat tournèrent bride, et le caïd des Ouled-Solthan, homme d'un grand cœur, s'étant jeté au milieu des fuyards pour les rallier, fut tué roide d'un coup de feu. La déroute devint complète, tous s'enfuirent vers la redoute vivement poursuivis par les rebelles, qui espéraient y entrer pêle-mêle avec eux. Mais, arrivés à cent mètres, ils furent brusquement arrêtés par une décharge faite à propos par le détachement de la légion étrangère, qui leur tua une vingtaine d'hommes. Les Ouled-Sahnoun, stupéfiés en voyant tomber les leurs, se retirèrent, et, s'étant répandus dans la campagne, ils coupèrent l'eau de l'Oued-Bérika, rompirent les digues et les barrages, mirent le feu aux moulins et aux magnifiques moissons qui allaient être dépiquées, et enlevèrent les nombreux troupeaux des tribus restées fidèles.
        Dès le commencement du combat, la famille de Si-Mokran, les enfants, les femmes et les vieillards de la smala s'étaient réfugiés dans la maison de commandement, avec leur butin le plus précieux.

        Ce soulèvement des Ouled-Sahnoun ne ressemblait en rien aux nombreuses agitations habituelles du Hodna, qui étaient généralement causées par des querelles d'intérêt de tribu à tribu, que le khalifat ne pouvait souvent apaiser que par notre intervention. Mais ce qui venait d'arriver était une prise d'armes préméditée, appuyée par les nombreux mécontents des tribus voisines et dont le khalifat avait été prévenu assez à temps pour avoir pu appeler près de lui des renforts fournis par des tribus étrangères à son commandement. On ne pouvait donc plus douter que l'esprit de révolte se glissât au milieu des populations du Hodna, et que la force seule fût capable d'en arrêter les effets.
        Quant au khalifat Si-Mokran, il y avait peu à espérer de son concours. Ce chef avait été investi du commandement du Hodna en 1844. Issu de famille de marabouts, il n'était point homme de guerre, par conséquent peu apprécié des Arabes de grandes tentes, parmi lesquels il n'avait pas su se faire des partisans, et dont il s'était même attiré l'animosité par son avarice et sa vie peu morale. Tous les ans, des colonnes plus ou moins fortes étaient envoyées pour consolider son autorité, et une maison de commandement venait d'être construite à Oued-Bérika où il s'était établi avec sa famille.

        Cet appui ostensible de notre part portait à croire qu'il ferait tous ses efforts pour gagner la confiance et l'affection de ses administrés; mais il ne le comprit pas; cédant à son naturel, il agit avec partialité dans la répartition des terres de labour; il ne craignit même pas de commettre des actes arbitraires qui lui aliénèrent totalement tous les partis, grands et petits. Aussi, quand arriva le moment de mettre leur dévouement à l'épreuve, il douta de leur fidélité, appela des étrangers près de lui, et, malgré tout ce que purent faire son fils Si-Hamed et le brave caïd des Ouled-Solthan (11), il fut abandonné et ne dut son salut qu'à un faible détachement de la légion étrangère.
        (11) Le caïd des Ouled-Solthan, qui fut tué en voulant rallier les fuyards, était venu se mettre généreusement à la disposition du khalifat Si-Mokran.

        Cette avalanche de rebelles tombant sur la smala du khalifat, la mort de plusieurs de nos chefs, le pillage des silos, l'incendie des moissons, étaient des faits beaucoup trop graves pour les laisser impunis; et le moindre retard dans le châtiment pouvait entraîner la révolte du Bou-Thaleb et du Bélezma. Des troupes partant de Constantine furent donc immédiatement dirigées sur Batna et Biskra ; ces troupes réunies à celles venant de Sétif devaient former une colonne de 1,800 à 2,000 hommes, effectif demandé par le colonel Carbuccia qui avait l'ordre d'en prendre le commandement. Cet officier avait pour mission de marcher d'abord sur la tribu rebelle ; puis, cette opération terminée, de se rendre à Zaatcha pour détruire, si toutefois il y avait possibilité, le foyer des mouvements hostiles qui se propageaient dans le sud de la province.

        (Planche I.) Aussitôt que les troupes furent réunies, le colonel Carbuccia se mit à leur tête et se rendit dans le Hodna, où, étant arrivé, il apprit par ses coureurs que les Ouled-Sahnoun, après le combat de l'Oued-Bérika, étaient revenus camper à Metkouak avec leurs tentes et leurs bestiaux. Le colonel marcha toute la nuit, et, le 9 juillet, avant le jour, il tomba comme la foudre au milieu des tentes de cette grande tribu qui, surprise, fut mise dans un désordre affreux. Des femmes, des enfants et des vieillards furent tués ou étouffés par eux-mêmes dans leur fuite précipitée; plusieurs se noyèrent dans le Chott, en voulant le traverser. 2,000 chameaux, 12,000 moutons et un butin considérable restèrent dans nos mains. Les Ouled-Sahnoun, gens très redoutés de leurs voisins, reçurent, en cette occasion, une terrible leçon ; dispersés et appauvris, ils furent très longtemps à se remettre de ce coup hardiment frappé.
        Cette tribu sévèrement châtiée et la tranquillité rétablie pour le moment dans le Hodna, le colonel Carbuccia, sans perdre de temps et malgré une chaleur excessive, se dirigea sur Zaatcha. Il pensait, d'après les renseignements donnés par les Arabes qui l'entouraient, que la vue de la colonne, quelques palmiers abattus et une vive canonnade modifieraient singulièrement les dispositions guerrières des rebelles. Cet officier, d'ailleurs, ne doutait nullement du succès: car aux instructions qui lui furent données de recevoir pour le moment toutes les soumissions plus ou moins sincères qui lui seraient offertes et d'accorder largement l'aman plutôt que de s'exposer à un échec, il répondit, à la date du 14 juillet : " Que toutes les précautions étaient prises pour éviter des pertes douloureuses, qu'il n'y avait à traiter avec le Zab-Dahari qu'à merci et sans condition : que force nous resterait et qu'on se souviendrait, dans deux cents ans, des terribles effets de notre vengeance. " Cette lettre fut remise au général Herbillon lorsque la colonne était déjà devant Zaatcha, où elle était parvenue le 16, au matin.

        (Planche II.) Le colonel était à peine arrivé devant la face nord des oasis du Zab-Dahari, qu'il apprit qu'elles étaient généralement mal disposées, que la veille, dans une grande réunion de Tolbas, de marabouts et de grands, la guerre sainte avait été résolue, et que de nombreux contingents devaient arriver la nuit suivante à Zaatcha, dont les habitants, tous armés, ayant à leur tête Bouzian, se tenaient sur la lisière de leur oasis. Ces nouvelles plus ou moins fondées et l'attitude des indigènes (12), ne laissèrent au colonel aucun doute sur sa position qui, d'un instant à l'autre, pouvait être compromise. En ce moment critique, cet officier supérieur comptant sur le prestige de nos armes, sur l'enthousiasme qui animait les troupes et sur la valeur des Officiers, crut que le meilleur moyen de s'en tirer était une attaque de vive force, une retraite sans combattre n'étant pas sans dangers.
        (12) Les troupes ayant été mises à l'abri de la chaleur au milieu des jardins de Tarfar, il y eut un engagement entre elles et les rebelles.

        Cette décision une fois prise, il n'y avait pas de temps à perdre, car il fallait agir avant que les contingents n'arrivassent à Zaatcha qui, pour le moment, n'avait encore pour défenseurs que ses habitants, ceux de Lichana et une fraction de ceux de Farfar. Le colonel forma donc de suite deux colonnes d'attaque composées, l'une du bataillon d'Afrique et l'autre de la légion étrangère : il donna le commandement de la première au commandant Lenoir, et celui de la seconde au chef de bataillon de Saint-Germain. Ces deux vigoureux officiers se mirent à la tête de leurs troupes, les enlevèrent et franchirent au pas de course à travers des chemins sinueux et étroits la distance de la Zaouia au village, où ils arrivèrent presque en même temps, par deux points opposés, Nord et Sud. Là ils furent reçus par une fusillade des plus vives, faite à bout portant par un ennemi invisible, et ils furent arrêtés par des obstacles qu'ils ne purent franchir, quoiqu'on les eût présentés comme pouvant être surmontés par une attaque vigoureuse. Après plusieurs efforts et essais infructueux, force fut de battre en retraite. Les deux colonnes se retirèrent sans être inquiétées en emportant les morts et les blessés (32 tués, 115 blessés).

        Cette affaire malheureuse n'en fit pas moins le plus grand honneur aux troupes, qui furent d'autant plus admirables d'élan, de courage et de résignation qu'elles eurent à supporter une température très-élevée. Dans cette lutte pleine de dangers, où tous les officiers donnèrent un grand exemple de bravoure, les chefs de bataillon Lenoir et de Saint-Germain, le capitaine adjudant-major à la légion étrangère Bataille, le capitaine du génie Lagrenée et le sous-lieutenant Séroka se distinguèrent.
        Les rebelles, de leur côté, excités par les exhortations de Bouzian s'étaient vaillamment défendus et avaient fait aussi des pertes sensibles.
        Le fanatisme était porté chez eux à un tel degré que leurs femmes, au lieu de pousser des cris de douleur, de se déchirer la figure et de se couvrir de cendre en signe de deuil, suivant la coutume des Arabes, se revêtirent de leurs plus beaux vêtements, pour assister à l'inhumation des martyrs de la guerre sainte : démonstration qui était bien l'indice du caractère religieux qu'avait déjà pris cette guerre des oasis.

        Cet échec donna aux habitants du Zab-Dahari une force morale d'autant plus grande qu'il confirmait la réputation qu'avait Zaatcha d'être imprenable. Ce village devait sa renommée au siège qu'il avait soutenu en 1831, contre le bey Ahmet de Constantine ; ce chef, à la tête de son infanterie turque et de nombreux contingents, était venu dans le Zab pour réprimer les tribus arabes des Ahl-ben-Ali et des Gamras partisans de Férat-ben-Saïd, qui s'étaient renfermés dans Zaatcha (13).
        (13) Après la prise d'Alger, Braham-el-Garitli, l'ancien bey de Constantine, qui avait été destitué par Hassein-Pacha, se présenta, en 1831, à Bone comme nommé bey par les Français. Le bey Ahmet marcha contre lui. Férat-ben-Saïd de la famille d'Ouled-Bouakas, rivale de celle des Ben-Ganah prit le parti du premier et Mohamed-ben-Ganah celui d'Ahmet, et ce fut après quelques combats que les contingents de Férat-ben-Saïd s'enfuirent à Zaatcha où ils résistèrent.

        Le bey, après les avoir poursuivis, les avoir chassés des jardins, se décida à l'attaque de Zaatcha, qui eut lieu par les mêmes chemins que celle du colonel Carbuccia ; elle fut conduite avec beaucoup de vigueur; mais, ses troupes ayant été arrêtées par un feu terrible et par un large et profond fossé qui ne put être franchi, malgré l'énergie des Turcs et le dévouement des artilleurs ; il fut forcé, en voyant tous ses efforts inutiles, d'ordonner la retraite. Il avait eu six cents hommes mis hors de combat (14).
        (14) Bouzian établit dans cette journée sa réputation de bon tireur.

        Ces deux attaques et ces deux défaites avaient été presque en tout point semblables. Mais les suites ne furent pas les mêmes. Le bey frémissant de rage se retira à Constantine, laissant le cheik-el-Arab Mohamed-el-Hadje se débrouiller avec les rebelles ; ce qu'il fit tant bien que mal. Quant à la retraite de nos troupes, les conséquences en furent graves : car du moment qu'elles eurent quitté le théâtre de la lutte, où même après leur défaite elles imposaient aux faibles et aux incertains, le mal empira et l'insurrection des oasis franchit les limites entre lesquelles on l'avait concentrée.
        Le Zab-Dahari se déclara tout entier contre nous ; les manifestations du Zab-Guébli furent telles que l'on ne pouvait plus compter, non-seulement sur leur coopération, mais même sur la neutralité des habitants. Les Ouled-Naïls en se jetant dans le mouvement entraînèrent les oasis de Sidi-Kraled et des Ouled-Djellal ; et Si-Moctar, le marabout, qui, en 1846, avait suivi le parti de Bou-Maza, prêcha la guerre sainte et convoqua les Ouled-Sassi, grande tribu Saharienne, qui répondirent à son appel. Si-Moctar s'entendit avec Bouzian, dont le zèle de propagande était devenu plus actif que jamais, et tous deux formèrent le projet de venir attaquer Biskra.

        L'Aurès d'où Bouzian et son parent Bou-Azouz, cheik de Zaatcha, étaient originaires, commença à être agité par leurs émissaires. Enfin, on n'était pas sans inquiétude sur l'esprit des habitants de l'oasis de Biskra, dont le plus grand village ( M'cidd ) était entièrement hostile (15).
        (15) Ce fut dans le 168 siècle que Biskra échappa pour toujours à la domination de Tunis. Cette ville, d'après les relations de plusieurs voyageurs, aurait été considérable; elle était entourée d'un fossé. Les Turcs, pour assurer leur domination, forcèrent les indigènes à abandonner la ville, qui fut remplacée par six villages qui existent aujourd'hui.

        Ces déplorables dispositions chez les habitants des oasis nous auraient beaucoup moins étonnés, si nous nous fussions rappelé que la révolte y avait été permanente sous la domination des Turcs et sa répression toujours un embarras pour le bey (16). Mais généralement confiants, nous avions beaucoup trop compté sur la tranquillité de ces populations, surtout au début d'une occupation. Aussi, au premier souffle de haine et de vengeance lancé au milieu d'elles, elles avaient repris leur caractère d'hostilité envers le pouvoir.

        Tous ces mouvements insurrectionnels pouvant s'étendre au point de compromettre non seulement la subdivision de Batna, mais toute la province de Constantine, le général Herbillon dut prendre les ordres de M. le gouverneur général, et lui demander un renfort de troupes, pour rétablir la paix et l'ordre dans le Sud, si fatalement bouleversé. Comme on était au milieu des grandes chaleurs et qu'il eût été imprudent d'opérer sous une température aussi élevée que celle qui pèse alors sur le Sahara, les opérations militaires furent remises à l'automne. Les Arabes ne virent dans ce retard que l'impossibilité de marcher contre eux ; ils devinrent donc plus audacieux et l'insurrection gagna le cercle de Batna
        Les montagnards de l'Aurès qui font partie de ce cercle, quoique d'une soumission fort douteuse et bien qu'ils fussent travaillés par les lettres incessantes et les émissaires de Bouzian, n'avaient encore donné aucun signe ostensible de révolte, lorsque Ahmet-ben-Djoudi, ancien cheik des Ouled-Zian, secondant admirablement les projets de cet imposteur, se mit à parcourir la longue vallée de l'Ouled-Abdi, excitant les habitants à prendre les armes. Ses discours ne furent que trop écoutés ; à cet appel, les Ouled-Abdi se réunirent à la hâte au nombre d'environ quatre cents, et ayant mis Ben-Djoudi à leur tête, ils marchèrent sur la Smala de leur caïd, Sidi-bel-Abbès, établi à Oued-Thaga (1). Cette marche faite en suivant la crête des montagnes n'ayant pas été signalée, le jeune caïd ainsi que sa famille n'eurent que le temps de fuir, en abandonnant une grande partie de leurs tentes et de leur butin ; et ses serviteurs se dispersèrent pour demander des secours aux tribus voisins.
        (16) Sidi-bel-Abbès, caïd d'une partie de l'Aurès, était fils d'un marabout qui avait laissé dans le pays une grande réputation de sainteté ; il était lui-même marabout ; sa famille était très-respectée ; il n'était pas guerrier, et comme caïd il avait peu d'autorité sur ses administrés.

        Les Ouled-Abdi n'ayant trouvé aucune résistance, se mirent à piller et à enlever tout ce qui avait été abandonné ; et au moment où ils se disposaient à partir chargés de butin, les Ouled-Zian, tribu qui campait dans la vallée de l'Oued-Thaga, vinrent fondre sur eux, leur tuèrent quelques hommes et les forcèrent à se rejeter dans la montagne. Cette affaire, quoique n'ayant eu aucun résultat fâcheux, n'en fut pas moins un indice certain de la fermentation qui existait dans l'Aurès, dont la tranquillité ne devait pas être de longue durée.

        Au milieu de toutes ces défections, un marabout du nom d'Abd-el-Afid, mokadem des Krouan de la secte d'Abd-er-Rhaman, au lieu de suivre l'exemple de ses collègues, employait toute son influence pour engager ses coreligionnaires à ne pas attirer sur eux les rigueurs de la guerre.
        Non-seulement il n'avait pas répondu à l'appel que lui avait fait Bouzian , mais encore il ne cessait de prêcher la paix et la soumission à l'autorité française. Ses sages paroles, d'abord écoutées, produisirent un bon effet sur l'esprit des montagnards; plus tard, par un revirement subit, les Kabyles de l'Aurès, appelés Chaouias, au caractère mobile, levèrent l'étendard de la guerre sainte, et exaltés, fanatisés, ils changèrent les intentions pacifiques de ce marabout, qu'ils avaient en vénération.

        Ce saint homme, nourri dans l'oisiveté, dans la mollesse de la vie de marabout, eût mieux aimé rester tranquille dans sa zaouïa, que d'aller s'exposer aux hasards de la guerre. Mais quand les gens des montagnes abruptes du sud de l'Aurès vinrent le supplier de marcher, il crut devoir le faire, pour ne pas compromettre la vénération dont il était l'objet ; et en quittant Kringa-sidi-Nadji, sa demeure habituelle, il écrivit à Biskra, qu'il n'avait aucun motif de mécontentement contre les Français ; et que les montagnards de l'Aurès et les habitants du Zab-Chergui étant unanimes pour la guerre sainte, il était forcé, lui chef de religion, de se mettre à leur tête.
        Aussitôt que cette nouvelle fut parvenue à Batna, le commandant de la subdivision fit partir pour Biskra un bataillon de la légion étrangère, une pièce de montagne et une division de chasseurs à cheval. Ce renfort était urgent; car, du moment qu'Abd-el-Afid s'était déclaré, des contingents nombreux des Ouled-Daoud, des Ouled-Abdi, des Béni-Séliman, des Hal-N'sirah, et de plusieurs autres tribus se rendirent près de lui ; et cet homme qui, jusque-là, avait mené une existence monacale, se trouva ainsi subitement entouré d'une foule de turbulents, de vauriens, de vagabonds et de fanatiques, qui lui demandèrent avec vociférations de marcher sur Biskra pour anéantir les chrétiens.

        Cédant à ces cris frénétiques, Abd-el-Afid, pris de vertige et aveuglé lui-même par le fanatisme, descendit dans la plaine du Zab-Chergui, persuadé qu'à son approche tous les habitants viendraient grossir la horde nombreuse qui le suivait, et qu'avec l'aide du Prophète, que tous invoquaient, il s'emparerait, sans coup férir, de la capitale des oasis, où siégeait le commandant du cercle. Il s'entendit, à cet effet, avec Bouzian et Si-Moctar qui devaient faire jonction avec lui.

        (Planche I.) Ainsi, plein de confiance dans la sainte cause qui le faisait agir et sans prévoyance aucune du danger, le marabout de Kringa-Sidi-Nadji se dirigea sur Biskra. Mais le commandant de Saint-Germain, qui avait été prévenu à temps de ses projets, en était sorti avec tout ce qu'il avait de disponible en cavalerie et en infanterie. De plus, s'étant fait suivre par les goums du cheik El-Arab et par ceux de Ben-Chenouff, caïd de Sidi-Okba, il marcha droit à l'ennemi qu'il rencontra à l'Oued-Sériana, à sept lieues de Biskra.
        Cet officier supérieur l'attaqua immédiatement de front avec sa cavalerie appuyée de l'infanterie, pendant que les goums se jetèrent à droite et à gauche pour l'envelopper.

        Ce mouvement bien dirigé et rapidement exécuté eut le plus grand succès. En un instant, toute cette foule sans ordre fut culbutée et mise en déroute ; elle se sauva dans toutes les directions, abandonnant tentes, effets de toute espèce et bêtes de somme, laissant sur le terrain un grand nombre de tués et de blessés. Abd-el-Afid après avoir jeté, pour s'alléger et se sauver plus vite, son burnous, plusieurs autres parties de son vêtement et même sa djebira (17), ne dut son salut qu'à une fuite précipitée, et se réfugia en toute hâte dans l'Aurès. A cette nouvelle, Bouzian, qui était en route pour le rejoindre, retourna promptement s'enfermer à Zaatcha.
        (17) Espèce de sabretache.

        Cette affaire, couronnée d'un brillant succès, fut chèrement payée par la mort du brave commandant de Saint-Germain qui, dès le commencement de la charge qu'il avait enlevée lui-même avec le plus grand élan, fut tué roide par une balle à la tête. Il fut vivement regretté, et il le méritait : car cet officier avait un noble cœur et le feu sacré du métier ; il avait énormément travaillé pour l'organisation du cercle de Biskra qu'il croyait être arrivé à un tel point de tranquillité que rien ne devait le troubler.

        Cette déroute, ces cadavres abandonnés sur le lieu du combat, ce marabout en grande vénération, se sauvant presque nu dans sa retraite de Kringa-Sidi-Nadji, ne produisirent nullement sur les populations des Ziban l'effet qu'on en devait attendre. Les oasis, qui ne s'étaient point encore déclarées contre nous, continuèrent à rester dans une espèce de neutralité fort douteuse, et celles qui étaient en pleine révolte ne firent aucune démarche pour se soumettre. Il n'y avait donc que la destruction du foyer de l'insurrection qui pouvait rétablir l'ordre dans le sud de la province. C'était Zaatcha qu'il fallait abattre; là était Bouzian, le principal auteur de tous ces mouvements hostiles, qui, continuant son rôle de visionnaire, d'inspiré, ranimait l'esprit des faibles, surexcitait les exaltés et encourageait les habitants des oasis à persévérer dans la résistance qui devait à la longue les délivrer de leurs oppresseurs.
        Le commandant de la province informa M. le gouverneur général de ces événements, qui devenaient de jour en jour plus graves, et lui demanda de nouveau des troupes, seul moyen d'abattre cette insurrection avant qu'elle ne s'étendît sur les autres parties de la province.
        Ces renforts lui furent annoncés en même temps que lui parvint l'ordre de prendre ses dispositions pour se rendre dans le Sahara, aussitôt qu'il les aurait reçus.
A SUIVRE

L'EMPIRE du TRAVAIL
Le Petit Journal du 19 juillet 1941
LE COLON DU SERSOU

           Il y a 40 ans, sur ce plateau désert du Sud-Algérien, un paysan savoyard s'installait dans une cabane en planches.
          Aujourd'hui, une mer de céréales entoure une exploitation moderne où ce pionnier mène, entouré des siens, une vie patriarcale.

           L 'HOMME était, assis sur le seuil de sa ferme.
          Une belle et vaste ferme du Sersou, noyée au milieu des champs de blé. A travers, la cour grande ouverte, on voyait, la houle des moissons, venant battre comme un ressac le tertre planté d'amandiers, à l'ombre desquels reposaient les charrues; les moissonneuses, les tracteurs et tous ces gigantesques instruments modernes à l'échelle des vastes terres à cultiver.

           Une chaleur de four tombait du ciel laiteux ; un ciel du Sud, pommelé, avec, des reflets cuivrés, et un imperceptible voile de sable tamisant la lumière. Quelques jeunes enfants jouaient avec une portée de chiots. Des mules harnachées encore accouplées, par le harnais, se rendaient à l'abreuvoir alimenté par une pompe électrique.
          - Capitaine ! appela l'homme. Capitaine ! Va faire un tour dans la vigne, les poulains se sont échappés.
          - Un vieux kabyle, accroupi dans une flaque d'ombre, se leva et, tout claudicant, s'en fut chercher les évadés. Le maître du lieu se tourna vers moi, releva la visière de son large chapeau de feutre, hocha la tête et dit :
          - Il se fait vieux, Capitaine ! aussi vieux que le Sersou. Il était avec moi dans les débuts ; on a peiné ensemble, et maintenant qu'il ne peut plus rien faire, il continue à venir chaque été de Kabylie et je n'ai pas le courage de le renvoyer ; il est chez lui ici ; il s'assied dans la cour, surveille les maraudeurs ; un vrai chien de garde, quoi ! Autrefois, c'était mon premier contre-maître, d'où son surnom de Capitaine.

           L'homme qui me parlait était un bon. vieux paysan français. Sa figure cuite et recuite était éclairée par un regard très lointain, comme s'il avait toujours eu devant lui ces espaces incommensurables du bled. Il était vêtu de bleus délavés, chaussé de solides brodequins. Il semblait usé par le travail, et pourtant cette heure pendant laquelle il reposait était: la première, depuis l'aube, à laquelle il consentît quelques repos.

           Quel âge pouvait-il avoir ?
          Soixante ans ? Soixante-dix ans ? Cela eût été bien difficile à préciser. Depuis des années sans doute, offrait-il ce même aspect de vieillard encore solide, un peu courbé peut-être par un trop long effort tendu vers le sol.
          Ayant tiré une bouffée de sa courte pipe, il se mit à raconter.
          Sa vie ! N'était-ce pas toute l'histoire du Sersou - cette terre à blé de l'Algérie - que les pionniers de son époque trouvèrent aride et désespérée.


Il faut vivre

           - Oui, ça fait des années tout ça, dit-il ! Des années dures ! Les jeunes ne pourront jamais savoir ce qu'a été l'effort de notre génération. Ce qu'on a pu souffrir et peiner avant d'arriver !
          " Je suis né dans un petit village de Maurienne, dans la vallée la plus sauvage de la Savoie ; je ne sais pas si vous connaissez, Monsieur... "

           Si je connais ! Tenez ! Je le vois d'ici votre village : des chalets avec un rez-de-chaussée en maçonnerie, un grenier, en bois, un toit d'anselles ou de lauzes, cachés dans les vergers de pruniers, de pommiers et de poiriers sauvages. Des prés terriblement pentus, suspendus entre deux abîmes, et la grande voix du torrent qui cascade tout près... et les longs hivers claustrés dans les pièces basses et enfumées ; les jambons, qui se fument dans l'âtre ; les relents de bétail qui montent de l'étable avec un tintinabulement de cloches ! Et dehors, le silence de la montagne enneigée...

           C'est bien ça, c'est bien ça... rien n'a donc changé là-haut.
          " Nous étions trop nombreux en famille, reprit-il, trop d'enfants, pas assez de terre. Je me mariai et, avec ma femme, nous essayâmes d'un commerce dans une ville de la plaine ; ça joignait tout juste les deux bouts ; une fille venait de naître. Et puis ! Voyez-vous, Monsieur, le commerce, les boutiques, pour des campagnards, ça ne dit rien, pas vrai ? On s'interrogeait souvent, la femme et moi, pour savoir si on continuerait.
          Faudrait trouver des terres !

           " A ce moment, les journaux annoncèrent qu'on donnait des concessions là-bas, en Algérie, cinquante hectares, qu'on disait.,
          " Voilà ce qu'il nous faut, me dit la femme.
          Ca ne te ferait rien de partir si loin ? que je lui dis:
          Alors je vais voir.
          Sitôt dit sitôt fait ! Les Savoyards, on a toujours été un peu aventureux, n'est-ce pas ? C'est dans, la race ; seulement, on est aussi un peuple réfléchi.
          Reste ici, lui dis-je. Moi je vais voir de quoi il retournait. "

La terre promise

           " Drôle de voyage ; tout était nouveau pour moi. J'arrive à Alger. On m'indique sur le plan la concession, qui m'était allouée. Je pars " ; trois jours de voyage jusqu'à Tiaret.
          Arrivé-là; qu'est-ce que je vois ? Des colons qui partaient, aussi pour la terre promise. Je fais comme eux ; je m'en vais à pied le long d'une vague piste, à travers le Sersou, qui était désert à l'époque ; c'était au mois de juillet ; il faisait une chaleur atroce. Je marchais, dans la poussière, mon baluchon sur l'épaule, à travers la lande grillée et caillouteuse.

           "- Enfin, j'arrive à Burdeau ; J'étais parmi les derniers côlons inscrits : certains étaient là depuis deux ans. Ils vivaient dans des baraques en planche, et tant bien que mal ; le pain venait de Tiaret, une fois par semaine. La plupart vivaient à l'indigène, en attendant mieux.
          " Le plan de Burdeau avait été tracé méthodiquement : on nous donnait un petit terrain dans le village pour construire la maison ; un autre de deux hectares à destination de jardin, et deux lots : l'un de 16 hectares et l'autre de 32 hectares, dans les environs immédiats. Ensuite ? Débrouillez-vous !

           " Je me rendis sur ma concession. Ah ! Monsieur, c'était à en pleurer ! Même pour moi qui étais habitué à voir des cailloux dans la montagne. Le désert ! Le vrai désert, une plaine qui n'en finissait plus, toute rongée par le soleil ; une véritable steppe sur laquelle pâturaient des nomades ; partout des cailloux et des herbes sauvages, du thym, des asphodèles aux longues tiges desséchées. Comment tirer parti de tout cela ? Point d'eau, sauf quelques rares puits ; pas moyen d'irriguer.
          " Le soir, dans la baraque de mon ami le colon, j'étais découragé.
          " - Jamais je ne pourrai. tirer parti de cette terre, lui dis-je. Qu'est-ce qu'on peut bien faire pousser là-dessus ? des cailloux ?
          " Ne te décourage pas, dit-il, moi je suis là depuis un an ; viens voir ma terre...
          Je vais dans son champ. Il avait péniblement défriché une parcelle de quelques hectares pour voir ! comme ça ! car il était méfiant lui aussi. Il avait semé du blé. Et ça avait poussé ! " Tiens,' regarde, dit-il, la terre est bonne ; sans eau ou presque, le blé est bien venu.; tu as tort de te décourager. Quand tu auras défriché tes cinquante hectares, tu verras, que ça changera... reste, va ! Bien sûr, ça sera dur, presque un enfer pour commencer, mais qui sait ? Nos enfants seront peut-être " bien de chez eux " !
          Il m'avait remonté le moral et alors que j'allais abandonner mes droits, je décidai de revenir.
          " Je serai là à l'automne, lui dis-je. Tiens ! Voilà de l'argent, construis-moi une cabane en planches, de façon à ce que la femme ne soit pas trop dépaysée en arrivant.

           " Rentré en Savoie, ma femme me demande :
          Alors, c'est bien ?
          Ça ira, femme ! ça ira. Figure-toi une grande plaine où on peut faire pousser tout ce qu'on veut ; des champs à perte de vue. J'ai déjà fait construire...
          " Pauvre d'elle ! si elle avait su !

Et l'enfer commença

           " On, réalisa le petit commerce ; cela permit de payer le voyage. " Arrivés à Tiaret, j'achetai chez le juif de l'endroit une carriole à deux roues, une paire de bœufs, et quelques outils agricoles. Je m'imaginai défricher mes cinquante hectares comme on fait chez nous, avec une bêche et une houe. J'avais même amené une houe de chez nous ! ça faisait rire les gens.

           " On chargea notre baluchon sur la carriole on attela les bœufs ; la femme prit notre petite fille de deux ans dans les bras et.. en route !
          " Tiaret, c'était encore la ville, mais quand la femme se vit dans le désert, quand elle vit la steppe toute nue, immense, avec simplement ça et là quelques pauvres fermes de pionniers, elle se mit à pleurer. J'avais presque envie d'en faire autant, mais j'étais soutenu par cette idée : la terre est bonne, la terre est bonne...

           Courage, femme, on gagnera, lui disais-je tout au long.
          " Je m'installai dans la baraque en planches ; il y faisait trop chaud et la petite fût bientôt malade. Pas de docteur. Puis vint l'hiver, et je commençai de défricher mon champ ! je choisis le plus petit : seize hectares ! Je commençai par tracer un sillon, tout seul, à la bêche. Les gens me regardaient en riant ; je compris-bien vite.
          " Au bout d'une semaine, je n'étais, pas au bout du champ.
          " Il fallait, trouver autre chose.
          " Je retourne à Tiaret ; le juif me consent un prêt ; j'achète une paire de mules, une charrue un peu moderne, de la semence, et je reviens ; mais nous n'avions plus d'argent liquide ; alors, je vais trouver le boulanger pour avoir du pain à crédit. Il refuse. Que faire ? Je me fais maçon à la journée. Pour faire vivre la femme et les gosses, je travaille toute la nuit sur le chantier et le jour je laboure mon champ. On avait essayé de cultiver le jardin, mais sans eau rien ne poussait. A désespérer !

           " Cependant je vis mon champ retourné et ensemencé et cela me donna du cœur au ventre.
          " - L'été prochain, on aura un peu d'argent, dis-je à ma femme, alors on pourra entreprendre la grande parcelle.

           " L'hiver fut terrible cette année-là. Le vent, un vent plus froid que celui de nos montagnes et qui passait à travers les planches disjointes de la cabane ; puis la neige, puis la boue ; on s'enlisait dans les terres on crevait de froid, et nous n'avions pas de bois ; alors j'attelai la mule et j'allai vers le Sud, vers, Djebel Nador ; cent kilomètres aller et retour ! Au retour je me perdais souvent dans cette plaine couverte de hautes herbes et légèrement mamelonnée.
          Un grand malheur survint cet hiver-là. Notre petite fille mourut de privations et aussi, du climat trop dur dans les conditions précaires où nous vivions.
          " Puis au printemps, alors que nous, en avions le plus besoin, notre paire de bœufs creva. C'étaient de vieilles bêtes usées achetées bon marché.
          " Que faire ? Nouvel appel au juif de Tiaret, et je revins avec une paire mieux choisie, plus résistante. Je me demandais où toutes ces dettes nous mèneraient, mais nous n'avions pas le choix ; nous avions engagé la partie, il fallait la continuer.
          " Le blé se leva

           " Il était magnifique. Tous les jours|, j'allais le voir pousser. Je caressais les belles tiges vertes et souples, je supputais la récolte, l'espoir renaissait. Mais un beau jour, un troupeau de nomades, sans penser à mal, traversa le champ et fit des dégâts considérables. Nous n'étions pas protégés à l'époque.

Puis le gel survint


           " Un de mes amis avait été dépouillé quelques jours auparavant de sa paire de mules, en plein midi, alors qu'il labourait son champ. Cependant la population indigène, composée d'éléments de nomades, n'était pas hostile. A part quelques pillards qui rançonnaient aussi bien les côlons que les tribus, elle faisait surtout du mal par ignorance, en traversant les champs ensemencés, avec ses troupeaux, en campant au milieu d'un champ de blé. D'ailleurs ceci se produirait encore aujourd'hui si nous n'y prenions pas garde.

Nous avancions lentement, à travers la houle des blés, montant, comme une marée, à l'assaut de la ferme qu'on aperçoit au second plan.

          " Nous étions au printemps de 1905, mes seize hectares de blé devenaient, magnifiques à tel point que j'obtins plus facilement du crédit, jusqu'à la, récolte. Sans cela nous n'aurions pu vivre. Bien -sûr ! le juif y trouvait son compte, mais nous étions obligés' d'en passer par-là !
          " Une nuit il gela très fort. Le lendemain, angoissé, je courus au champ. Tout était détruit, mes efforts d'un an étaient perdus.
          " Le Sersou était trop dur pour nous.
          " Notre enfant mort, des dettes jusqu'au cou, et pas de récolte !
          Je m'assis au bord d'un sillon et je me mis à pleurer comme un gosse ; je n'osais pas revenir à la baraque pour tout raconter à la femme.
          " Enfin, à la nuit, je me décidai. J'étais pâle, je tremblais de fièvre, je racontais tout. La femme pleura silencieusement à mes côtés.
          " - Ça suffit, lui, dis-je. Assez de malheurs comme ça. Nous quitterons le Sersou. Nous avons fait tout ce que nous pouvions ; nous ne nous en, sortirons pas, à moins d'un miracle !

           " Jamais le juif ne consentira à nous prêter pour attendre, une nouvelle récolte. Ce pays est maudit, quittons-le !
          " On mit en ordre les affaires ; je travaillai comme manœuvre dans le village pour payer les dettes les plus urgentes et surtout pour continuer à manger un pain par jour et de l'eau. Un régime que n'accepteraient pas les forçats de maintenant, Monsieur !

Mais le miracle suivit

           " Plus d'une semaine après, je résolus d'aller, faire le dernier tour du propriétaire dans ma concession. Je m'étais attaché à cette terre malgré toutes les déceptions qu'elle m'avait procurées. Je revis mon premier sillon tracé à la houe ; puis les autres, bien droits, faits à la Brabant double. J'allais me retirer, lors qu'il me prit fantaisie de pénétrer dans le champ brûlé par le gel. Les tiges gelées pourrissaient déjà sur la terre mais, oh ! miracle de nouvelles pousses germaient, abondantes et plus serrée que des précédentes. Je n'en croyais pas mes yeux, je restai de longues, minutes à genoux dans le champ, à me pénétrer de la réalité de ce phénomène. Une nouvelle récolte poussait spontanément. J'avais les yeux brillants de larmes, mais c'était des larmes de joie.
          " Je rentrai, comme un fou à Burdeau, les gens qui me virent me crurent fou ; je chantais, je sautais comme un cabri, je me précipitais dans les bras de ma femme qui ne comprenait pas.

           " - Une terre comme celle-là, femme, je ne la quitte plus ! jamais ! tu m'entends. Le blé repousse.. le blé repousse.
          " Cet été là, mes 16 hectares donnèrent plus de vingt quintaux à l'hectare.

L'énorme batteuse, happant les épis,
les rendait en beaux sacs de blé tout liés

          " De quoi payer presque toutes mes dettes anciennes ; de quoi acheter du matériel plus perfectionné pour ensemencer les 32 hectares restés en friche, de quoi manger un peu de viande autour du pain ; de quoi acheter un petit cheptel.

           " Nous n'étions pas sauvés pour cela. II fallut, plus de dix années de persévérance pour y arriver. Bien vite, en effet, je m'aperçus que 50 hectares étaient nettement insuffisants pour faire vivre une famille, les frais d'exploitation d'une telle propriété en dépassant le rendement.
          " Grâce à la vie rude, que nous menions, grâce surtout à l'esprit qui nous animait ma femme et moi et qui fit, que loin de nous laisser griser par la première, récolte, nous avons continué à économiser et à travailler encore plus ferme, j'agrandis ma propriété.

           Tout autour de nous. Burdeau prospérait. Des soixante-trois colons au début, nous ne restons plus que huit, reprit l'homme, avec mélancolie. Les autres se sont ruinés - comme moi-même j'ai bien failli l'être - nous avons finalement eu assez de terre pour pouvoir supporter les mauvaises années déficitaires qui sont, ma foi, plus nombreuses que les bonnes. Il faut avoir les reins solides au Sersou, Monsieur ! Mais ce. pays est magnifique. Regardez ! maintenant tout ceci est à moi, et le vieil homme me montra avec fierté des champs à perte de vue. Sept cents hectares ! J'ai six enfants à la maison" et ma femme que vous voyez, est toujours aussi courageuse.
          " Venez, nous allons faire le tour de la propriété ".

Vision de Manitoba

          A peine dépassé le seul de la cour de ferme, à laquelle menaient deux allées ombragées, nous entrâmes dans la mer des blés. La moisson était commencée, d'énormes moissonneuses-batteuses embrayées en batterie, accomplissaient leur ronde autour d'un champ de plusieurs centaines d'hectares. Elles avançaient à la façon des monstres, dans le grondement des moteurs de leurs tracteurs à chenilles. Happant les épis, elles les couchaient sur des tapis roulants et les enfournaient dans la gueule de leurs mécaniques.
           Tous les cent mètres, six beaux sacs de blé tout liés, glissaient sur les chaumes, et étaient ramassés par des fourgons à chevaux. Plus loin, d'autres machines étranges crachaient la moisson directement dans d'énormes chariots métalliques.

           Tout autour de la ferme s'élevaient les gigantesques meules de céréales prêtes à être battues. Plus loin, dans la plaine, des chantiers nomades arrachaient des lentilles. Des files de fourgons revenaient à la ferme chargés à bloc de céréales ou de grains. On les voyait avancer lentement à travers la houle des blés. Une chaleur lourde s'appesantissait sur la terre.
           Rentrons à la maison, nous parlerons un peu du pays. Dans la ferme, s'élevait l'habitation bourgeoise simple et propre. Pas de luxe inutile. A la cuisine, un énorme frigidaire, une vaste salle à manger avec un poste de radio ; un tapis brodé sur la table de chêne ; des chaises de cuir ; des coussins sur un divan.

           Les enfants du colon arrivèrent, et aussi les petits enfants, tous nés dans le Sersou, et acclimatés au pays, de magnifiques enfants de France, élevés dans l'amour de leur pays.
          Il y a quelques années, je leur ai montré notre pays natal. Nous sommes retournés là-haut, dans la Maurienne, et j'ai revu avec émotion mon pauvre village. Il était resté tel qu'il y a quarante ans ; mais, voyez-vous, Monsieur, le pli était déjà pris. Nous avons revu avec plaisir, au retour, notre Sersou, la vaste plaine et les champs de blé. Nous sommes déjà acclimatés ma femme et moi ; nos enfants, eux, le seront complètement.
           D'ailleurs ce pays est beau à sa manière. Tenez ! Lorsque vous le quitterez, arrêtez-vous quelques instants au- dessus de Bourbaki, là où, en descendant de la montagne, la plaine du Sersou se découvre tout entière. Je ne connais pas de plus beau paysage.

Un ruissellement d'épis blonds et lourds

          Je fis comme avait conseillé mon vieil ami, le colon savoyard de Burdeau. Au retour, je m'arrêtai sur la hauteur de Bourbaki : la route y décrit un lacet avant de s'engouffrer dans de nouvelles vallées et de gagner la montagne de Téniet.
          Je n'avais jamais si bien vu le Sersou que ce jour, en cette fin de juin de l'an 1941, première année du relèvement de la France. J'étais encore sous le coup de l'émotion provoquée par-le récit émouvant de l'un des pionniers de l'immense plaine du Sud.

           A perte de vue, s'étendaient les terres à blé, autrefois terres en friches, aujourd'hui toutes ruisselantes d'épis blonds et lourds. Lorsqu'un souffle, de vent parcourait, ces plateaux et ces plaines, en courbant les pailles flexibles des chaumes, des moirures se formaient et irradiaient dans toutes les directions ; c'était comme si ce sol d'Algérie lui-même, prenait vie soudainement et frémissait sous la caresse brûlante des vents.
           Dans les ravins du premier plan, entre deux moutonnements cuivrés, quelques eucalyptus, de petits vergers, mettaient une note reposante et bienfaisante sur la nudité austère du paysage : puis ces moutonnements mêmes disparaissaient et alors apparaissait la plaine, désespérante d'uniformité, immense champ de blé sans coupures, qui allait se perdre aux horizons du Sud, contre les épaulements dentelés du Djebel Nador.
           Sur cette mer de céréales, flottaient des nefs étranges qui indiquaient les villages ; on aurait dit des cathédrales inachevées ; des hauts vaisseaux sans clochers, si hauts que les petites églises de colonisation blotties à leurs pieds semblaient s'appuyer sur leur forte architecture. C'étaient des silos, les greniers à blé des modernes paysans du Sersou.

Paysans de France

          Si j'emploie à dessein ce mot de paysan, c'est qu'il a gardé là-bas toute sa signification. Les colons du Sersou qui, il y a quarante ans à peine, prenaient possession du désert sont restés, malgré la grandeur de leurs exploitations présentes, des paysans de France. Ils mènent dans leurs fermes, qui ressemblent à autant d'îlots surnageant la houle d'or des céréales, une vie patriarcale où se sont conservées intactes les belles qualités du paysan français : le courage, la ténacité, la simplicité et la modestie.
          Le Sersou, c'est le royaume du travail.
          Quel merveilleux exemple pour les générations présentes que cette continuité dans l'effort.
          Avec des gens pareils, la France revivra.
Roger Frison-Roche            


" JE SUIS MARIANNE "
Envoyé Par Hugues
Lydia Guirous
Envoi H. Jolivet
          Jeune femme trentenaire, native de Kabylie,
          Dont les parents ont fui les années de terreur
          D'une Algérie scindée, d'un peuple qu'on humilie,
          Victimes d'une guerre civile, d'un Pouvoir dictateur.

          Cette famille choisit Roubaix, ville du Nord.
          Lydia avait six ans, y entame ses études.
          Année après année, la cité vire de bord,
          Elle se radicalise. Aux femmes la servitude !

          Diplômée, deux Masters, totalement intégrée,
          Elle a choisi la France, République laïque,
          Et pour défendre les femmes d'origine émigrée,
          S'est engagée, à Droite, dans l'enceinte politique.

          Elle rédige trois livres, dénonce l'Islamisme,
          "Religion d'interdits", ferment de division.
          Reproche aux élus faiblesse et angélisme,
          Leur lâche frilosité, leur manque de vision.

          Aux yeux des intégristes, elle est "une collabeur",
          Traitre à sa religion, pire qu'une prostituée,
          Qu'il faut humilier tel un blasphémateur.
          Aux menaces de mort, elle s'est habituée.
Envoi H. Jolivet
          Musulmane modérée, elle n'a pas trahi,
          Pratique sa religion en toute liberté.
          Elle n'est pas sectaire : à un chrétien unie,
          Eglise Saint Augustin, ce berbère respecté.

          Pour elle, l'Evêque d'Hippone était "le trait d'union
          Entre deux confessions et entre deux cultures".
          Par ses engagements, Lydia est porte-fanion
          De l'émancipation des femmes, de la rupture

          Avec un archaïsme islamique médiéval
          Imposant à la gent féminine maghrébine,
          Vivant dans les quartiers aseptisés "Halal",
          De se plier aux rites des hommes, à leurs combines!

          Peu nombreuses et, surtout, rarement médiatisées,
          Ces femmes du Maghreb bâtissant notre avenir,
          Doivent être soutenues, voire même sacralisées,
          Dans leur tâche pour la France qu'elles souhaitent assainir.
Hugues JOLIVET
8 octobre 2017


Rabah Kellif
Par Auteur Inconnu
Envoyé par M. S. Teuma
Un géant dans un monde de nains

          Le 5 juillet 1962, c'est plusieurs centaines de civils innocentsqui ont été enlevés ou assassinés à Oran par des fanatiques algériens, le jour de la proclamation de l'indépendance. Pourtant 18000 soldats français, gendarmes et CRS étaient présents dans la ville ce jour-là, sous les ordres du général KATZ, ils sont cantonnés dans les casernes et ne doivent pas en sortir (ordre de Charle de Gaulle, selon des données historiques et avérées). La plupart n'ont jamais été retrouvés, sauf ceux qui atrocement mutilés jonchaient les rues ou étaient pendus par la gorge à des crochets de boucher.

          Mais un officier musulman, le Lieutenant Rabah KHELIF, a des renseignements concernant ce qui se passe à Oran, il téléphone au colonel commandant le secteur, qui lui répond " c'est affreux, je sais, mais les ordres sont les ordres ".

           Avec son caractère bien trempé, et sa conscience patriote, il décide d'intervenir, il nous raconte :


           "Je commandais la 4e Compagnie du 30ème BPC. j'étais le seul officier FSNA, (Français de Souche Nord Africaine ndlr) disions-nous à l'époque, dans cette unité de chasseurs, unité d'élite (...) Ayant eu des renseignements qui m'affirmaient que les membres du FLN ramassaient dans Oran et sur les routes les pieds-noirs et bien sûr les Musulmans qui étaient pro-français, pour les amener dans des camions et les fusiller avant de les jeter dans le Petit Lac, qui, paraît-il, actuellement serait cimenté. (Je préfère parler au conditionnel puisque je n'ai pas vu ces actions, elles m'ont été rapportées).
           J'ai téléphoné au colonel commandant le secteur qui était mon patron hiérarchique le plus élevé et à son adjoint. Le commandant m'a dit : "Khellif je comprends très bien ce que vous ressentez, je vous laisse faire selon votre conscience, mais attention! Je ne vous ai rien dit."
           " J'ai considéré cette réponse comme un feu vert et un encouragement.
           " J'ai alors embarqué la moitié de ma compagnie dans les camions dont je pouvais disposer et je me suis dirigé, sans ordre, vers un des points de regroupement, qui se trouvait devant l'ancienne Préfecture à Oran qui doit toujours être Préfecture aujourd'hui et là effectivement, j'ai vu, d'un part une colonne, colonne par trois ou quatre, de femmes, d'enfants, de vieillards pieds-noirs, des centaines, qui étaient gardés par la valeur d'une section du FLN et qu'on s'apprêtait à embarquer pour une destination inconnue. Devant la Préfecture, il y avait un planton. Je demande à ce planton où se trouve le Préfet. Il m'a montré un monsieur, petit, costaud, chéchia rouge qui grimpait les escaliers de la Préfecture. J'ai donc en trois enjambées rejoint ce Préfet et je lui ai dit : " Monsieur le Préfet je vous donne cinq minutes pour libérer tous ces gens là, sinon on fera tout sauter.
           " Le Préfet en question n'a pas répondu, il est redescendu avec moi et il a été voir le patron de la section du FLN. La palabre n'a pas duré longtemps. Les gars du FLN sont montés dans leur camion, sont partis. le Préfet est venu avec moi et a dit à tous ces braves gens, les pieds-noirs: " Vous êtes libres "Oh ! C'était la joie "


           Je reverrai toujours cette scène hallucinante de femmes d'enfants et de vieillards qui pleuraient, poussaient des cris hystériques, courants, tombant les uns sur les autres…

           (S'étant quelque peu éloigné de son détachement, le capitaine Kheliff fut ensuite frappé et blessé par des civils algériens. Ses hommes vinrent le dégager, mais il évita de faire ouvrir le feu.)

           Quelqu'un est venu me trouver et m'a signalé qu'il y avait des gens blessés.
           Je les ai fait mettre à l'abri pour se faire soigner. Puis j'ai installé des patrouilles sur les axes routiers qui menaient au port ou à l'aéroport, car j'ai appris qu'on arrêtait les gens qui fuyaient, qu'ils soient musulmans ou européens d'ailleurs. C'était la population ou des gens armés ne faisant même pas parti de l'A.L.N., qui les arrêtaient, les volaient, les tuaient.

           J'ai donc mis des contrôles pour éviter cela et je les arrachais littéralement aux mains de la population. Au risque de ma vie, souvent, je les escortais jusqu'au port, parfois seul dans ma Jeep, avec simplement mon chauffeur et mon garde du corps. J'ai fais cela en ayant le sentiment de ne faire que mon devoir. "

           Il est mis aux arrêts de rigueur, et convoqué par le général Katz qui l’admoneste sévèrement, avec une grossièreté indigne, allant jusqu'à lui dire : « Si vous n'étiez pas arabe, je vous casserais. » ou : " Si vous aviez été un officier français (et qu'était-il sinon cela ?) je vous casserais sur le champ !" selon une autre version, ndlr)


           Il dut être ramené d'urgence en France pour éviter des représailles. Bien que sa carrière soit alors freinée, il parvient au grade de capitaine. En 1967, il quitte l’armée, pour raisons de santé.
           Le capitaine Rabah Kheliff n'a jamais pu revoir son pays natal, ni les survivants de sa famille restés en kabylie.

           L’armée rendra néanmoins hommage au lieutenant Kheliff, le 11 juillet, sous la plume du colonel Nicolas, commandant le sous-secteur est d’Oran et le 67e Régiment d’Infanterie :

           « Calme, énergique, et discipliné, a fait preuves des plus belles qualités de Chef et d’homme en s’exposant, personnellement, au cours d’une manifestation, le 5 juillet, pour sauver plusieurs européens dont la vie était menacée. A été molesté en transportant des blessés en lieu sûr, mais gardant un remarquable sang-froid, a contribué à rétablir le calme sans effusion de sang. »

           Né en 1933 en Kabylie, ancien enfant de troupe, ce fils d'officier français s'engagea en 1951 (à 18 ans) pour combattre pour la France en Indochine pour servir sa mère-patrie la France, à laquelle il vouait un attachement indéfectible. Blessé et fait prisonnier à Dien Bien Phu, il rentre en Métropole en 1954 et repart bientôt pour l'Algérie où il servira comme officier jusqu'en 1962. Il est décédé le 3 novembre 2003. Il n'avait que 70 ans. Il était le créateur et le président de l'Union nationale des Anciens combattants français musulmans. Dès sa mise à la retraite de l'armée, il s'était consacré à la défense des droits de ses camarades de combat français musulmans, souvent désarmés, devant une administration tatillonne et ingrate.

           Il a été présent jusqu'à son dernier souffle aux côtés des anciens combattants et harkis qu'il a défendus de toutes ses forces. Il dénonçait sans cesse la trahison de l'Etat et n'hésitait pas à intervenir aux plus hauts niveaux pour apaiser leurs souffrances. Il avait tenu à organiser lui-même la journée nationale du 25 septembre dernier à Lyon en hommage à leur tragique destin. Ce fut une réussite mémorable à laquelle, épuisé, il n'avait pu assister. Il avait réussi à obtenir du président de la République que le "25 septembre" soit célébré tous les ans sur tout le territoire.
           Rabah Kheliff était commandeur de la Légion d'honneur et de l'Ordre national du Mérite.

           Profondément croyant, il avait été un des fondateurs de la grande mosquée de Lyon dont il assurait la présidence et l'indépendance dans un cadre intégralement français. Il disait à qui voulait l'entendre qu'il était français d'abord et musulman ensuite, et s'opposait à tous ceux qui, sous prétexte de double nationalité, se considérent chez nous en simple subsistance.

           "Nous, les Patriotes Français de souche nord africaine, aimons trop la France pour permettre à quiconque de l'insulter ou de cracher sur son drapeau pour lequel nous avons versé tant de sang, donné notre jeunesse et la vie de beaucoup des nôtres.
           Alors la France qui a accueilli des étrangers de toutes origines et nationalités, doit être respectée chez elle, et ceux qui ne l'aiment pas doivent avoir la décence de ne pas manger son pain et de ne pas cracher dans la soupe qu'elle leur sert." R.K

http://www.coalition-harkis.com/actualites/162-marianne-trahie-par-ses-representants-comme-les-harkis-.html


Sainte histoire du dimanche soir...
Envoyé Par Mme Eliane

LA FEUILLE DE VIGNE

            C'est un prêtre qui, malgré ses saintes attributions, éprouve l'envie bien terre à terre de se soulager.
            Il se précipite dans le plus proche café et demande au barman :
            " Où sont vos toilettes, s'il vous plaît ?
            - Vous prenez cette porte, et c'est au bout du couloir.
            - D'accord, merci !"
            Se ravisant, le barman le rappelle :
            " Attendez, mon père !
            - Qu' y a-t-il ?
            - J'ai oublié de vous dire que dans le couloir se trouve la statue d'une femme nue dont le sexe est caché par une feuille de vigne.
            J'espère que cela ne vous gênera pas."

            Le prêtre répond :
            " Oh, vous savez, tant que les objets incitant au péché ne sont pas exposés à la vue, tout va bien.
            Et même s'ils l'étaient pas, je réussirais, je pense, à prendre sur moi !"
            Il se dirige donc vers les toilettes et revient quelques minutes plus tard. À peine a-t-il ouvert la porte que tous les clients l'applaudissent en scandant :
            "Bravo ! Il est des nôtres !... comme les autres !!!"
            Le prêtre se tourne alors vers le barman : " Je ne vois en quoi aller aux toilettes est un événement !"
            Le barman explique : " Ils veulent parler de la statue".
            - Eh bien quoi, la statue ?
            - Quand on soulève la feuille de vigne, la lumière du bar s’éteint !!!"


UN CŒUR POUR PHILIPPE !
Par M.José CASTANO,
Souvenez-vous !... C’était, il y a 55 ans…

       C’est quelques heures seulement après le génocide du 5 juillet 1962 d’Oran qui fit plusieurs milliers de victimes parmi la population civile européenne, que De Gaulle prit la décision de faire fusiller le Lieutenant Roger Degueldre, officier du prestigieux 1er Régiment Etranger de Parachutistes et chef des Commandos OAS Delta d’Alger.

       Le 6 juillet 1962, à l’aube, au Fort d’Ivry, Degueldre se présenta devant le peloton d’exécution en tenue de parachutiste, le drapeau tricolore sur la poitrine, drapeau auquel il avait tout sacrifié et qu’il avait choisi comme linceul. Autour de son cou, il avait noué un foulard de la Légion. Dans la poche intérieure de sa vareuse, il y avait la photo d’un bébé, son fils qu’il n’avait jamais vu. Il avait conçu cet enfant dans la clandestinité. Le bébé était venu au monde alors que le père se trouvait dans sa cellule de condamné à mort.

       En quittant sa cellule, il s’écria à l’adresse de son défenseur : « Dites que je suis mort pour la France ! » puis, en guise d'adieu, il lança son Credo : « Je suis fier de mourir pour tenir le serment qu'a fait tout officier ayant servi en Algérie. Dites aux Algériens que, si je ne suis pas de leur race, n'étant pas né sur leur sol, je les ai beaucoup aimés et je les aime toujours. »

       Au poteau, il refusa qu’on lui bande les yeux et cria : « Messieurs, Vive la France ! » avant d’entonner la Marseillaise.

       12 minutes… 12 atroces minutes de souffrance plus tard, son calvaire prit fin…

       Ce bébé que Roger n’avait jamais vu et qu’il conservait précieusement contre son cœur, allait connaître une vie des plus mouvementées…
       Né le 16 juin 1962 –moins d’un mois avant l’assassinat de son père- il fut aussitôt confié à un couple admirable : Durand-Ruel.

       Philippe Durand-Ruel, était capitaine au 1er REP et ami de Roger Degueldre. Son épouse, Denyse, s’occupa de ce bébé et le chérit comme s’il s’agissait de son propre enfant.

       La mère du bébé, Nicole Besineau-Gardy, épouse du capitaine du 1er REP, Michel Besineau et fille du général Paul Gardy, ancien inspecteur de la Légion étrangère et l’un des chefs de l’OAS, séjourna dans la clandestinité à Paris d’où elle tenta d’organiser l’évasion de Roger Degueldre. Celle-ci ayant avorté, elle demeura à Paris jusqu’au jour fatal dans le but d’apporter –par l’entremise de son avocat, Maitre Macaigne- un réconfort moral à Roger…

       Ivre de chagrin, Nicole gagna alors Madrid où elle récupéra –avec l’aide d’un légionnaire- son fils, puis destination l’Argentine, où elle rejoignit son époux, son père et ses trois sœurs.

       … 55 ans après ces évènements, j’eus la surprise de recevoir, émanant d’Argentine où il vit, un appel téléphonique d’un certain Philippe Besineau qui disait être le fils de Roger Degueldre.
       Perplexe, dubitatif, indiscret – voire, inquisiteur - je m’enquis de toutes les garanties inhérentes à sa filiation. Philippe me fit parvenir une série de photos de famille, puis évoqua sa condition familiale, sa recherche d’identité, l'existence très difficile depuis 1962 de lui-même et des siens, exilés… et ses problèmes de santé.

       Atteint d’une très sévère cardiomyopathie qui a déjà nécessité la pose d’un défibrillateur, son pronostic vital est compromis à court terme et ses chances de survie ne reposent plus que sur une transplantation cardiaque, possible en France seulement.

       Philippe BESINEAU-DEGUELDRE est français, bénéficie d'une couverture par la Sécurité Sociale française mais sa situation matérielle très difficile lui interdit d'envisager une venue en France.
       Avec l’aide de Georges Belmonte, vice-président du Cercle algérianiste du Gers, nous avons décidé de venir en aide à Philipe pour lui permettre de se faire soigner en France.

       Nous avons aussitôt obtenu un renfort inestimable du Secours de France qui a prit l’heureuse initiative de piloter cette opération « Un cœur pour Philippe ». Informé de cette démarche, le Docteur Alain Bourdon, cardiologue, s’entretint immédiatement avec Philippe Besineau et obtint communication de son dossier médical.

       Après analyse, le Docteur Bourdon transmit ce dossier au Professeur Gilbert Habib, responsable du service de Cardiologie à l’hôpital La Timone de Marseille, où se pratiquent des transplantations. Celui-ci accepta de recevoir le patient pour bilan afin de l'inscrire sur la liste d'attente dans le but de pratiquer cette transplantation cardiaque dès qu’un greffon compatible serait disponible…
       Désormais, il ne reste plus qu'à organiser matériellement et financièrement la venue de Philippe Besineau.

       Bien que Secours de France soit prêt à s’investir financièrement, il faudra beaucoup d’argent pour mener à bien cette opération de la dernière chance… d’où cet appel que nous lançons à toutes les bonnes volontés pour nous aider dans cette quête du salut de Philippe… et à travers lui, en mémoire de son père qui immortalisa sa légende par ces mots : « Le jour où les « fells » entreront à Alger, j’espère trouver trois compagnons pour garder les faces du Monument aux morts et tomber en tirant une dernière salve de PM ».

       C’est sous des balles françaises que le Lieutenant Roger Degueldre, Chevalier de la Légion d’Honneur, est tombé le 6 juillet 1962 à 04h08, après un calvaire de 12 minutes.

José CASTANO, - Septembre 2017       
e-mail : joseph.castano0508@orange.fr
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Lieutenant Roger DEGUELDRE, martyr de l’Algérie française

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Nous remercions chaleureusement le Comité VERITAS qui, lors de son congrès du 23 septembre à Béziers, nous a permis de récolter les premiers dons.
Courriel : comiteveritas@free.fr


Il y a toujours eu et il y aura toujours des Français pour trahir la France et pactiser avec ses ennemis
25 février 2017, par Manuel Gomez
Envoyé par M. J.C. Pagano

              Je me souviendrai toujours de la réponse que me fit le colonel Gardes, à Alger, début 1961, alors que l'OAS venait à peine de se manifester et que je ne pouvais croire que des Français, des " barbouzes ", pourraient venir assassiner d'autres Français parce qu'ils voulaient uniquement que l'Algérie reste française :


             " Tu crois ça ? On trouve toujours des Français pour accomplir les actes les plus dégueulasses soit pour de l'argent, soit pour le pouvoir, soit par idéal personnel. Ne l'a-t-on pas vu lors de la dernière guerre : Il a fallu combien de temps pour que les communistes cessent de collaborer avec l'ennemi ? Combien de Français ont collaboré avec l'occupant allemand ? Combien ont dénoncé des résistants, livrés des juifs ? Et depuis le début de la guerre d'Algérie, combien de Français ont récolté des fonds pour le F.L.N., livré des armes, fabriqué et posé des bombes. Combien ? Alors tu peux en être certain, on en trouvera des tas pour venir foutre la merde ici et essayer de nous éliminer physiquement, sous des couvertures officieuses ou officielles ".

              C'est toujours d'actualité !

             Le 24 février 1960, le réseau des " Porteurs de valises ", organisé par Francis Jeanson et son bras droit, le communiste, anticolonialiste et activiste Henri Curiel, fils de banquier, chargé du transfert des fonds entre la France et la Suisse et de l'achat des armes de guerre et des explosifs qui serviront à assassiner nos soldats, vos enfants et nos enfants, était démantelé. Il s'agissait véritablement d'une cinquième colonne composée de communistes, gauchistes, syndicalistes, trotskistes, de nombreux artistes, intellectuels, etc.
             Depuis le 2 octobre 1957, il avait été mis en place pour apporter un soutien au FLN.

             Ses missions :

             · Fournir des hébergements. (Héberger un Algérien, ce n'est pas aider le FLN, c'est soustraire un homme à l'arrestation et à la torture). Dixit Francis Jeanson.
             · Rechercher de planques et de véhicules sûrs.
             · Organiser le franchissement des frontières.
             · Collecter, transporter et transférer des fonds. (Des sommes énormes recueillies par racket organisé contre les 400 000 Algériens travaillant en France, tous taxés de gré ou de force : 2000 francs [1957] pour les salariés et un pourcentage sur le CA pour les commerçants, artisans, professions libérales, trafic de drogue, bordels, tripots de jeux, bonneteau, etc. Chaque mois de 400 à 500 millions. 1 % de ces sommes était alloué aux porteurs. Les permanents : Jeanson, Curiel, Bolo, Cuena, etc. recevaient un salaire de 75 000 francs/mois.
             · Fournir des faux papiers aux agents ennemis opérant en métropole.
             · Acheter des armes et des explosifs.
             · Recruter continuellement des complices de nos ennemis, le FLN.
             " Si nous avions pu passer des petites annonces, nous aurions refusé du monde ". Dixit Francis Jeanson.
             Il est vrai que du monde il n'en manquait pas pour planquer les terroristes et " porter les valises ", surtout dans le milieu des artistes : [Liste non exhaustive]
             Serge Reggiani, Roger Pigaut, Jacques Charby, André Thorent, Paul Crochet, Jacques Trebouta, Raoul Sangla, Georges Arnaud [Le salaire de la peur], Georgina Dufoix, Paul-Marie de la Gorce, Michel Rocard, Jean Daniel, Roland Castro, Hervé Bourges, Alain Geismar, Bernard Kouchner, Henri Alleg, Georges Suffert, Jacques Vergès, Hélène Cuena, Jacques Rispal, Christian Nucci, Michel Pezet, Pierre Vidal-Naquet, Françoise Sagan, docteur Chaulet, Professeurs D'Alsace et Veullay, prêtres de la mission de France, les abbés Mamet, Davezies, Boudouresque, etc.

             Le procès débuta le 5 septembre 1960.

             Comparaissaient 18 Français et 6 Algériens.
             Furent prononcées 15 condamnations à 10 ans de prison, maximum de la peine. Trois autres à 5 ans, 3 ans et 8 mois et 9 acquittements.
             La plupart seront libérés lors des accords d'Évian sur exigence des représentants algériens du FLN. En fuite à l'étranger, Francis Jeanson sera jugé par contumace en octobre 1960. Coupable de haute trahison il sera condamné à 10 années de réclusion criminelle.

             Il sera amnistié en 1966.

             Francis Jeanson se défend d'avoir trahi la France. Il se justifie par fidélité aux idéaux sur lesquels, selon lui, doivent s'appuyer les Français. Les départements d'Algérie, dit-il, ne sont pas soumis aux lois de la République. Il faut soutenir la juste cause du mouvement national algérien.

             Immédiatement, les intellectuels et artistes de gauche apportent leur total soutien et Maurice Blanchet rédige le " Manifeste des 121 " : " Nous jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d'apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français ".
             Suivent les signatures de : J.P.Sartre, Simone de Beauvoir, André Breton, Pierre Boulez, François Truffaut, Danièle Delorme, Françoise Sagan, Catherine Sauvage, Alain Cuny, Alain Resnais, Simone Signoret, André Mandouze, Florence Malraux et j'en oublie 108 autres.

             Après l'indépendance de l'Algérie, certains de ces " porteurs de valises " rejoignent l'Algérie, espérant une reconnaissance.
             Francis Jeanson choisira de rester en France. Il décédera le 2 août 2009 à Arès, dans le bassin d'Arcachon en Aquitaine.

             Le colonel Gardes avait raison : il y a toujours eu et il y aura toujours des Français pour trahir la France, pactiser et porter aide et assistance à ses ennemis.

             


LE POILU, SACRIFIE,
RADICALISE ET RIDICULISE !

Le 9 octobre 2017 par Henri Saint-Amand Consultant dans Bd Voltaire
Envoyé par M. JL. Ventura

             Ce directeur de recherche au CNRS avance que Mohammed Merah et les poilus de 14-18 sont les victimes d’un même processus de radicalisation.

              Le journaliste et humoriste Pierre Daninos (1913-2005) aimait répéter que « les thèses les plus fausses sont souvent les plus belles ».

              Qu’aurait-il pensé, lui l’ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, de celle de l’historien Nicolas Mariot ? Dans un article paru dans Libération le 5 octobre, ce directeur de recherche au CNRS avance celle que le terroriste Mohammed Merah, tueur de soldats et d’enfants juifs en mars 2012, et les poilus de 14-18 sont les victimes d’un même processus de radicalisation. Processus qui ne serait, finalement, que la suite logique d’un sacrifice consenti : « On ne se sacrifie pas seul, et souvent en famille ; on se sacrifie quand on a le choix et qu’on peut dire non ; on se sacrifie pour des idées », écrit Nicolas Mariot. Dans l’absolu, et sur le sacrifice même, la thèse se tient.

              De là à en faire l’une des pierres angulaires de la radicalisation et de l’appliquer aux poilus de 14-18, il existe un pas que le directeur de recherches a allègrement franchi. Et l’exemple est d’autant plus indécent qu’il prend le cas de Robert Hertz pour appuyer son propos : Robert Hertz, normalien, élève de Durkheim qui écrivait, pour justifier de se porter volontaire pour les premières lignes : « Comme juif, comme socialiste, comme sociologue, je devais faire plus. » Sous-lieutenant au 330e régiment d’infanterie, il est tombé au champ d’honneur le 13 avril 1915 à Marcheville (Meuse).

              En avançant cette thèse « sacrifice = radicalisation », Nicolas Mariot commet plusieurs erreurs majeures.

              Première erreur : Mohammed Merah, au nom de sa religion, avait une haine farouche de la France et des Juifs. Il l’a montré par ses actes. Au contraire, les poilus, de toutes origines, se sont battus pour leur pays, leur drapeau et ils avaient l’amour de la France chevillé au corps. Y compris les soldats musulmans, très nombreux en 14-18 parmi les 180.000 Algériens, 60.000 Tunisiens, 37.000 Marocains, 134.000 Noirs africains, 43.000 Indochinois, etc.

              Deuxième erreur : radicalisé, Mohammed Merah n’a pas défendu son pays mais importé la guerre et la terreur dans le pays qui l’a vu naître. Les poilus, eux, défendaient leur terre contre les « Boches », contre les « Prussiens » qui venaient envahir leur pays.

              Troisième erreur : si l’amour de la patrie et vouloir mourir pour elle est une forme de radicalisation, alors tout ce qui porte aujourd’hui un uniforme dans le monde mérite d’être « déradicalisé ».

              Quatrième erreur : établir un raccourci, à cent ans de distance, entre les thèses de l’organisation État islamique, qui a retourné le cerveau de Mohammed Merah, et les poilus de 14-18, puis tenter d’amalgamer les deux, est une insulte à ces valeureux soldats, une insulte à leur mémoire et à leur sacrifice. C’est ridiculiser le poilu. C’est surtout une insulte à l’Histoire. À venir d’un (soi-disant) historien, c’est incompréhensible. À trop revisiter l’Histoire, on tombe parfois dans des travers douteux. Quod erat demonstrandum !
             



« Les gens de l’OAS me haïssent
parce qu’ils sont aveuglés
par leur amour de la France. »
Par M.Manuel Gomez
Envoyé par Mme A. Bouhier

              Nul ne peut s’arroger le droit d’utiliser le sigle « OAS », ni un groupuscule, ni une association, ni un individu.Seuls peuvent revendiquer l’honneur d’appartenir à l’OAS ceux qui l’ont servie et se sont battus pour son « unique objectif » : conserver à la France et à sa république « Une et indivisible », ses départements d’Algérie.

              Aujourd’hui ils sont peu nombreux car tous ont 75 ans et plus mais, s’il fallait se battre de nouveau pour une juste cause, ils le feraient, ils auraient encore la force d’appuyer sur une gâchette.

              Je m’adresse ici à tous ces journalistes ignares et incultes qui ont pour ordre d’influencer les esprits du peuple en tentant de faire croire que l’OAS était d’extrême droite.

              L’OAS n’avait aucune idéologie politicienne, elle n’était ni de gauche ni de droite, elle n’était pas raciste, ni antisémite. Nombreux furent les arabes et les juifs qui se sont battus dans ses rangs et sont tombés au champ d’honneur des patriotes.

              Inutile donc, messieurs les « journaleux » de mettre à profit quelques arrestations de jeunes d’extrême droite pour tenter de salir encore l’OAS.

              Si j’ai bien compris vos allégations, ce groupuscule a baptisé l’un de ses projets « OAS » ! Ils auraient aussi pu le baptiser FFI ou FFL ou CNR, etc.

              L’OAS a eu pour cible le général de Gaulle, c’était tout de même une autre ambition qu’un Mélenchon ou un Castaner. Enfin, voyons, soyons sérieux, un Castaner ! Qui peut croire que l’OAS aurait perdu une once de son énergie pour « un Castaner » ?

              L’OAS, dîtes-vous, messieurs les « journaleux », a ensanglanté l’Algérie. Permettez-moi de vous rappeler que l’OAS n’a existé que seize mois, de fin février 1961 à début juillet 1962, et que ceux qui ont ensanglanté l’Algérie de 1954 jusqu’à fin 62 ce sont le FLN et l’ALN, pas l’OAS.

              L’OAS a exécuté des individus communistes et gauchistes qui étaient les complices justement de ceux qui ensanglantaient l’Algérie, les « porteurs de valises » qui les finançaient, ceux qui fabriquaient leurs bombes et assassinaient en leurs noms, ceux qui leur fournissaient de faux papiers, de l’aide et de l’assistance.

              L’OAS a plastiqué les entreprises et les commerces de ceux qui abandonnaient leur pays en guerre pour fuir en métropole et, dans les dernières semaines, a abattu parfois, après le 19 mars 1962, des innocents pour répondre aux enlèvements et aux assassinats dont été victimes en masse la population de l’Algérie par ses « nouveaux maîtres » et tenter de remplacer l’armée française qui restait « par ordre » l’arme au pied et se déshonorait, obéissant à un chef d’état et à un gouvernement d’abandon.

              L’OAS a été créée par les plus glorieux officiers de l’armée française, les plus décorés sur les champs de bataille, et dans ses rangs se battaient du plus petit ouvrier de bab-el-oued et d’oranie jusqu’au général 5 étoiles et ils n’ont pas à rougir du sang qu’ils ont versé pour la France, leur patrie et son drapeau.

              Si quelqu’un, en France, souhaite débattre sur l’OAS, il reste encore quelques hommes pour leur répondre, tous n’ont pas encore – tant mieux ! – disparus.

              N’oubliez jamais qu’après le général Salan, l’officier le plus gradé et le plus décoré de l’armée française, c’est M. Georges Bidault qui l’a remplacé à la tête de l’OAS. Georges Bidault qui fut le dernier président du CNR (Conseil National de la Résistance), l’homme qui a remplacé Jean Moulin comme responsable de la résistance française face aux nazis.

              L’OAS est née après le « putsch » des généraux dans l’unique but de conserver l’Algérie à la France. Ces généraux, ces officiers, ces soldats, se révoltaient contre un chef d’Etat qui s’était parjuré et les avait trahis, et cette trahison mettait en danger la vie de leurs hommes. Elle a été responsable de dizaines de milliers de morts par sa politique programmée d’abandon.

              90% de la population d’Algérie soutenait l’action de l’OAS sans y participer physiquement, y compris de très nombreux musulmans.

              Voilà ce qu’était l’OAS, messieurs les journalistes et nul ne peut, aujourd’hui ni demain, s’approprier ce sigle disparu dans l’honneur et la fierté du devoir accompli.

              Le plus bel hommage que l’on pouvait rendre à l’OAS, lui a été justement rendu par son ennemi le plus acharné, le général de Gaulle :
« Les gens de l’OAS me haïssent parce qu’ils sont aveuglés par leur amour de la France. »
Manuel Gomez                  
Octobre 2017                  

La République en marche..             
              .. ou la fin d'un monde ?

Par M. Robert Charles PUIG


       LREM ? C'est ce macronisme impitoyable qui écrase tel un dragon de l'apocalypse les anciens, ceux que son système et sa pensée égoïste ne considèrent pas autrement que comme des boulets paralysants sa manière de voir la France ou d'inscrire son destin dans une saga internationale où il sera le véritable Jupiter sur les tablettes de l'Olympe. " Il élimine ceux qui ont construit la Nation par son implacable ego et sa détermination à jouer un rôle dans un monde nouveau qui ne veut rien connaître de l'Histoire. Il est l'homme si peu providentiel qui pour arriver à ses fins et prendre les rênes de l'Europe, se fait le chantre des " Riches ", parce qu'il pense qu'ils lui permettront de jouer ce rôle de " Maître du monde " qu'il croit le sien. "
       Bien entendu le macronisme a une base. Tous ces serviteurs qui croient en lui. Ils ne savent pas à cause de leur jeunesse cotonneuse, ramollie, loin de toute guerre, combien leurs aînés ont transpiré, travaillé pour leur faire la vie belle. Qu'à cela ne tienne ! Ils baissent le pouce et tuent ceux dont ils sont nés et votent des lois qui font de la classe moyenne les pauvres de demain. Leur égoïsme est celui de leur clan : le macronisme. Ils ne se rendent pas compte que leur chef se sert d'eux pour asseoir sa notoriété et sa puissance... Ils ne se rendent pas compte que ce rôle qu'il veut au sein de l'Europe et sa présence internationale est une image dénotant son orgueil et sa vanité... Sa prétention ! Il joue la carte de l'Europe car il veut démontrer qu'il est le premier à rejoindre les normes d'un déficit raisonnable qu'aucun de ses prédécesseurs n'a atteint. Pour cela tous les moyens sont bons pour que les français des classes moyennes et les retraités paient la note salée que ses adhérents LREM inscrivent dans les lois. Il se veut adoubé par Angela Merkel et pour cela il est prêt à apporter sur l'agora européen, en sacrifice, la tête de son peuple français. Il est accompagné dans son œuvre par ses moutons de Panurge. Ils le suivent pour le moment, mais iront-ils jusqu'à basculer par-dessus la rambarde pour se noyer ? Ils sont sortis de l'ombre et souvent tirés au sort par le réseau " En Marche !, et ne se rendent pas compte qu'ils adulent le " Riche " et perdent le " Pauvre ", dans ce jeu imposé par le macronisme.
       Le " Riche " ne paiera pas de taxe pour son yacht ou sa voiture de sport, mais le " Pauvre " qui a mis 20 ou 30 ans pour acquérir son trois-pièces sera imposé au titre de l'IFI en sus d'être pénalisé par la CSG ou l'APL !

       La loi du plus fort est remplacée par la loi du plus " Riche ". Indemnités en baisses pour les chômeurs, APL et taxe d'habitation que paieront ceux qui malheureusement ne vivent que dans des HLM, tandis que les " Riches ", plus riches récupéreront des impôts que les ministres ayant tourné leurs vestes du PS ou des LR et nous prenant pour des dindons - après que De Gaulle nous ait pris pour des veaux et Hollande pour des avaleurs de couleuvres et de promesses - , profiteront de cette manne pour acheter des bateaux plus grands ou des véhicules plus puissants... mais quelle part investiront-ils dans l'économie française ? C'est bidon cette utopie ministérielle qui nous fait passer des vessies pour des lanternes et nous fait croire que demain les riches aideront le pays à aller mieux ! Les " Riches " sont à l'étranger et ils le resteront... Alors, qui paiera les pots cassés d'une économie toujours dans le rouge ? Les classes moyennes, les nouveaux " Pauvres ", ceux qui ont transpiré pour avoir un bien qui ne leur appartiendra plus et que le pouvoir macroniste va leur confisquer par l'impôt, parce qu'il a cette puissance néfaste que les urnes lui ont donné par erreur. Les restrictions visant le peuple vont plus loin.... Instaurer un hôpital soumis à une économie maximum et des soins minimalistes pour les malades et les opérés qui sitôt rentrés en salle d'opération sont renvoyés chez eux sans s'occuper des séquelles possibles, des rechutes... car il faut économiser sur la sécurité sociale, celle où ne vont pas les " Riches " qui se font soigner d'un coup d'aile d'avion à l'étranger, là où ils résident... Il restera pour le peuple le passage dans des mouroirs où sera éliminée une population vieillissante et qui coûte trop cher au projet macroniste...
       LREM ? C'est la disqualification d'une population qui a construit la France et que l'on remplacera par une politique irresponsable et d'un humanisme catastrophique des bras ouverts aux migrants, aux sans-papiers, aux clandestins pour que la Nation devienne un pays sans frontière et que son nom disparaisse au profit d'un État " néant ", d'un vide sans drapeau, sans hymne nationale, car le modernisme de LREM est celui de l'effacement des valeurs passées et son replacement par la mixité, le mélange sans identité. Déblatérer sur le passé, principalement depuis l'étranger, profaner l'histoire et son œuvre, dénigrer sa culture, sont les formules que le macronisme utilise parce qu'il est dans un système qui ne cherche qu'à marcher sur les têtes des anciens, les renier et les empêcher d'exister dignement.

       Cette population de travailleurs, d'ouvriers, d'employés, de cadres, de retraités placée à l'opposée de la doctrine jupitérienne du macronisme que vénèrent les LREM, représente à leurs yeux sans vision, leurs oreilles sans audition, leurs esprits sans matière grise et leurs cœurs sans cœur, une erreur, un non sens, un temps qu'il faut absolument bannir, exclure...
       Ils sont ces députés androïdes et automatisés de la majorité " En Marche ! ", aux ordres de l'égocentrisme et de l'individualisme de leur chef. Tournés vers le palais de l'Elysée comme un musulman vers la Mecque ils sont du temps nouveau du reniement, de la fin d'identité, de la fin de race, de l'effacement des racines familiales pour la PMA ou la GPA... et pour demain la création d'un monde nouveau fait d'enfants éprouvettes qui seront les clones d'un nouveau pouvoir sans arbre généalogique, sans les souvenirs d'une saga familiale, sans l'album de photos où souriaient des ancêtre...
       La Nation veut-elle de cela ? Le peuple de France est-il prêt à ce chambardement ?

C'est la question que je pose.
Personnellement je réponds : " NON ! "

Robert Charles Puig, octobre 2017.       
      

Bousculade, évanouissements et débandade !
Par M. Abdou Semmar
Envoyé par M. Pierre Barisain

                Des bousculades, des étudiants et étudiantes qui s’évanouissent, d’autres qui crient ou tentent d’escalader les mûrs de l’enceinte de l’Institut Français d’Alger, des policiers dépassés et débordés, ce qui s’est passé aujourd’hui dimanche devant les portes de l’Institut Français d’Alger (IFA) a défrayé la chronique et les images ont choqué l’opinion publique.
                Ces images rappellent tristement celles de ses réfugiés syriens qui supplient les gardes-frontières européens pour qu’ils les autorisent à fouler “la terre promise”. Face aux protestations soulevées par ces images choquantes, les responsables de l’Institut Français d’Alger ont réagi officiellement pour expliquer les raisons de tous ces débordements.

                De prime abord, l’Institut Français reconnaît qu’il fait face à une très forte affluence de candidats à l’occasion des inscriptions au Test de Connaissance du Français (TCF). Ces demandes d’inscription ont fortement augmenté cette année. “Ce test rencontre un grand succès car sa réussite est un préalable nécessaire à la procédure de candidature Campus France pour faire des études supérieures en France. En 2016, l’IF a fait passer 20 332 examens TCF à Alger. Ce nombre est en augmentation de 50% et atteindra plus de 30 000 à la fin de l’année 2017”, nous explique ainsi la direction de l’IFA.
                L’institut Français a été donc contraint de procéder “à l’augmentation des capacités de passation de TCF”. Mais il s’agit “d’un effort considérable, consenti au profit des candidats algériens”, ajoute encore la direction de IFA selon laquelle la gestion de l’affluence de candidats a été anticipée à travers la “mise en place un système de pré- inscription (prise de rendez-vous) en ligne”.

                Or, ce système se retrouve rapidement saturé car le nombre de jeunes Algériens souhaitant étudier en France est en constante augmentation. La direction de l’IFA parle même d’une “hausse sans précédent”. “Le site internet de prise de rendez-vous a enregistré certains jours plus de 700.000 connexions simultanées, bloquant ainsi la plateforme”, a indiqué la même source.

                Pour gérer ces demandes, l’Institut a ainsi dû rouvrir les inscriptions au TCF sans prise de rendez-vous du dimanche au jeudi de 8h30 à 16h30, à compter du dimanche 29 octobre. Alors qu’il pouvait s’inscrire du dimanche au jeudi toutes les semaines, le public s’est massivement présenté dimanche 29 octobre au matin aux portes de l’Institut français. Il s’agissait d’un flux sans précédent.
                “Vu l’afflux massif du public, il a fallu, pour la sécurité des candidats et du personnel de l’Institut français, interrompre les entrées dans l’IF et organiser la sortie des 200 étudiants déjà inscrits”, assure enfin la direction de l’IFA.

                L’Institut Français d’Alger fait savoir en dernier lieu que les inscriptions au TCF reprendront demain (lundi 30 octobre) et toute la semaine de 8h30 à 16h30, par ordre alphabétique et selon les modalités expliquées par un article précédent d’Algériepart et ce afin “de gérer les flux et éviter les bousculades” conclut notre source.
Par Abdou Semmar le 29/10/2017 sur Algérie Part

Le prêtre, le banquier et le politicien.
Envoyé par Eliane

       Un prêtre, sentant sa mort proche, dans un hôpital ……
       demande au médecin d'appeler un banquier et un politicien.
       En quelques minutes, les deux apparurent.

       Le prêtre leur demanda de s'asseoir de chaque côté du lit.
       Le prêtre tenait les mains et restait silencieux.
       Le banquier et le politicien étaient tellement touchés et, en même temps, se sentaient très importants pour être convoqués par un prêtre dans son moment de mort.

       Par angoisse, l'homme politique demande :
       - Mais pourquoi vous nous avez demandé de venir à vos côtés ici ?

       Le prêtre rassembla toutes ses forces et dit :
       - Jésus est mort entre deux voleurs. . .
       . . Je voudrais mourir de la même façon !!!



Une directive ministérielle interdit aux chauffeurs de bus et taxis le transport des "migrants illégaux"
Envoyé par plusieurs lecteurs et paru sur plusieurs journaux
http://www.huffpostmaghreb.com/2017/09/27/algerie-migrants-sub-saha_n_18120754.html
Le gouvernement algérien est-il en train de lancer une vaste chasse à l’étranger et plus particulièrement à l’étranger venu du sud, celui qui a la peau noire? C’est ce que laisse penser une circulaire que des employés du ministère des Transports ont partagée de façon anonyme sur les réseaux sociaux.

           Il s’agit d’une directive du ministère des Transports, portant la date du 24 septembre 2017 et l’entête de la direction des transports de la wilaya de Mostaganem qui informe les chauffeurs de bus et de taxis des longs trajets entre les wilayas du pays qu’il est désormais “strictement interdit de transporter les migrants illégaux”.
            L’instruction ministérielle conclut en menaçant du “retrait de permis de transport” tous les transporteurs qui n’appliqueraient pas cette règle.

            Le HuffPost Algérie a tenté de joindre à maintes reprises le ministère des Transports pour des explications sur la nature de cette “directive” qui appelle en somme à la chasse au faciès des voyageurs étrangers en Algérie mais en vain.

            A la gare routière d’Alger, du côté des bus qui font les longs trajets, personne ne semble avoir entendu parler de cette “directive” y compris du côté des chauffeurs en partance vers Mostaganem.

            Un receveur de la ligne Mostaganem-Alger confie d’ailleurs son étonnement: “Je n’ai jamais entendu parler de ça!”


Directive Ministère des Transports

            Il hausse les épaules d’incrédulité et montre du doigt un groupe de jeunes Noirs qui paient au guichet leurs tickets: “Les étrangers voyagent comme tout le monde ici”. Lorsque je lui demande ce qui lui fait croire que cette directive vise les voyageurs Noirs en particulier, il sourit d’un air entendu, me prend la feuille de la directive ministérielle des mains et montre dans le texte en arabe l’expression migrant illégal.

            A la gare routière tout le monde aura donc vite fait de décoder le jargon ministériel: il faut interdire aux voyageurs Noirs de prendre le bus ou le taxi. “Et que fait-on des Noirs Algériens?” me lance un guichetier visiblement irrité par le texte qu’il découvre.

            Bakhsis Rabah est aussi receveur, depuis quatorze années il parcourt les trajets Alger-Tindouf, Alger-Bechar, Alger-Hassi Messaoud. Sa première réaction lorsqu’il lit le communiqué est sans équivoque: “Mais quand même on n’est pas des racistes! Je n’ai pas le droit moi de dire aux passagers qui me tendent leur ticket: hé toi! montre-moi tes papiers! Ca c’est le travail des gendarmes ou de la police”, s’exclame-t-il outré.
            Il affirme lui aussi que c’est la première fois qu’il entend parler de cette directive et va au-delà: “Maintenant ils veulent qu’on interdise aux Noirs de prendre les bus! Mais pourquoi font-ils ça? Ils veulent chasser les étrangers? Pourquoi ils veulent qu’on reste entre nous?”

            Il n’est pas jusqu’à l’assistant du directeur de la gare, M. Badir qui explique que, légalement, “les seules personnes que nous ne sommes pas habilités à transporter ce sont les mineurs non accompagnés par un adulte. On n’a pas le droit d’arrêter qui que ce soit qui a payé son billet pour le voyage”.

            Heureusement donc qu’il existe dans ce pays des agents de l’administration pour expliquer à leurs supérieurs hiérarchiques ce qu’est la loi.
            C’est donc pour tous les transporteurs rencontrés dans les deux gares routières d’Alger, que ce soit la gare des bus ou celle des taxis, “une directive inapplicable” comme décrit par un chauffeur de taxi de la ligne Alger-Mostaganem. D’ailleurs, pour le président de l’Union nationale des chauffeurs de taxis, Aziouz Boukerrou, rencontré sur place, les choses sont claires: “les chauffeurs de taxis ne doivent pas être appelés à faire le travail des services de sécurité”.

            Il ne reste plus qu’à espérer que la réaction première de tous ces braves gens fasse que la directive de la honte du ministère des Transports devienne réellement inapplicable. Et que nous soit épargnée l’infamie de vivre sous un régime qui pratique la chasse au faciès contre les plus démunis et les plus vulnérables d’entre les visiteurs de ce pays.

Daikha Dridi            


Prière pour mon ordi
Envoyé par Bernard

       Chaque nuit que la vie m'apporte
       Lorsque je me repose au lit
       Une étrange prière trotte
       Bien présente dans mon esprit.

       O mon Dieu, bénis mère et père
       Et bénis mes enfants aussi.
       Bénis mon épouse, leur mère...
       Qu'ils soient heureux, forts et gentils.

       Mon Dieu, je veux te demander...
       - Surtout faudrait pas te fâcher -
       Eh bien, tu sais, mon vieil ordi...
       Voudrais-tu le bénir aussi ?

       Je sais que ce n'est pas banal
       De bénir un bout de métal,
       Mais laisse-moi bien t'expliquer...
       Et tu pourras mieux décider.

       Tu vois, cette petite boîte
       Contient bien plus qu'il n'y paraît...
       Pour moi c'est tout comme une fête
       Où beaucoup d'amis m'attendraient.

       Il s'en trouve, c'est bien certain,
       À qui j'ai pu serrer la main
       Mais d'autres restent sans visage
       Dans mon esprit ne sont qu'images.

       Et les idées que l'on partage
       Sont des voyages dans leurs coeurs
       L'amitié naît, grandit, sans âge...
       À travers cet ordinateur.

       Mon Dieu, ajoute à tous tes rôles
       De prendre un moment chaque jour
       Pour bénir... ce morceau de tôle
       Qui contient tant et tant d'amour !

       Auteur inconnu.
      


Vie d’une Harka en Algérie française
(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul)
Envoyé par : Francephi diffusion
Entretien avec Jean-Claude Picolet,
auteur de Vie d'une Harka en Algérie française
(éditions Dualpha)

           Beaucoup ont écrit sur la guerre d'Algérie ... Qu'apportez-vous de nouveau sur cette période? Tout a t-il pas été déjà dit ...

           C'est vrai, beaucoup ont écrit sur la guerre d'Algérie. À mon gré, trop souvent de manière partisane, ce qui fait que sur le juge beaucoup et que l'explique peu.

           En ce qui me concerne, je ne parle pas de cette guerre, mais de la «mienne» si je m'exprimer ainsi. Ce que j'ai vu, ce que j'ai vécu avec mes hommes, soit une, deux sections de Harkis, des Berbères, dans un poste fortifié, isolé en zone interdite. C'est donc une tranche de ma vie, courte et tellement riche.

           Certes, je n'étais qu'un tout petit pion sur un échiquier géant. Mais j'y étais. Mon témoignage a donc une certaine valeur, voire une certaine valeur, car il se veut objectif et unique en lui-même.

           Pensez-vous que ce conflit pourrait être géré autrement et éviter ces milliers de victimes, françaises et algériennes?
           C'est une question difficile car elle se situe à un niveau politique et militaire qui n'était pas le mien. Je n'étais qu'un exécutant simple et mon action opérationnelle dans le cadre qui m'était défini. L'objectif était fort clair. Je n'avais pas l'initiative des moyens et du choix que pour les interventions quotidiennes seulement, dans la zone que je devais contrôler. En quelque sorte, je n'étais qu'un vassal aux ordres de son seigneur et maître. Je n'étais un maître que de mon fief. Et encore ...

           À titre personnel, je pense qu’effectivement, ce conflit aurait pu être géré différemment. Les opérations du Plan Challe avaient laminé nos adversaires. Il est reconnu maintenant – même par eux ! – que les Wilayas avaient perdu la moitié de leurs hommes, de leurs armes et de leurs stocks. Sans qu’ils puissent être renouvelés en raison de l’efficacité des barrages frontaliers.

           Mais il ne semble pas que le pouvoir civil et militaire ait voulu exploiter la situation. L’affaire Si Salah, bien connue maintenant, en est un parfait exemple. Ce fut un échec voulu par la France. On a réfuté les hommes du terrain, en l’occurrence les Berbères de la Wilaya IV qui œuvraient avec l’accord tacite de la Wilaya III, les Kabyles, des Berbères eux aussi. J’ai la désagréable impression – mais je suis peut-être dans l’erreur – que nous avons privilégié la solution politique avec le GPRA plutôt que la solution militaire avec les djounoud de l’ALN. Ce qui voudrait dire que c’est l’abandon de l’Algérie française qui a été très tôt recherché. Ce qui a débouché sur les incroyables accords d’Évian qui n’ont jamais été reconnus par le GPRA… et donc, bien évidemment, pas appliqués ; sans aucune réaction de notre part, ce qui démontre bien le bradage.

           Un correspondant algérien m’a rapporté qu’une première Paix des Braves a été sollicitée en 1955 par des autorités algériennes et par la… Wilaya IV dès 1957, puis en 1958 et 1960. Ce qui serait fort intéressant à creuser. Je voudrais bien pouvoir le démontrer.

           Quelles leçons tirez-vous de votre engagement personnel ?

           Ce fut une période très riche pour moi malgré les risques encourus, mais peut-être aussi à cause de ces risques dont ma femme et moi étions conscients puisqu’elle a voulu m’épouser avant mon départ pour porter mon nom au cas où… alors que j’y étais justement, pour cette raison, plutôt opposé. C’est sur les djebels que j’ai découvert la mission du chef dans des conditions qui ne pardonnent pas la moindre erreur. Dans mon établissement bancaire, il se disait ironiquement que le plus difficile pour être directeur, c’était d’être nommé. Là-bas, je me suis rendu compte qu’il ne suffit absolument pas d’être nommé, ni comme certain de l’affirmer, il fallait surtout être impérativement reconnu. Et d’autant plus quand vos hommes risquent leur vie du fait de vos décisions. Et je l’ai été et j’en suis on ne peut plus fier ! Cela a pris quelques semaines, mais après, je savais que je pouvais compter sur eux et qu’ils ne m’abandonneraient jamais en « basse campagne » quelles que soient les circonstances. Et j’ai pu réaliser avec eux – c’était de redoutables guerriers – des manœuvres que je n’aurais jamais tentées avec des appelés.

           Cela a marqué toute ma vie et bien évidemment ma carrière. J’ai terminé parmi les cadres supérieurs de mon établissement. Les « généraux » en quelque sorte. Et j’ai toujours pris mes décisions avec les conseils de mes adjoints et tenté d’être juste et équitable. Je suis certain que j’ai appris et compris ma mission de chef à la tête de ma Harka. Et j’ai toujours respecté mon personnel ensuite. Comme j’ai toujours respecté mes Harkis qui me le rendaient bien.          

           Depuis près de cinquante ans, les générations qui se succèdent vivent sur le constat d’une rupture franco-algérienne. Est-ce une fatalité ?

           Il y a fort longtemps, pendant cent ans dit-on, nous avons affronté les Anglais qui voulaient s’emparer du trône de France, non sans raison d’ailleurs. Nous leur avons résisté et finalement les avons boutés hors du royaume. Tout récemment, à trois reprises en moins d’un siècle, nous nous sommes entre-tués avec les Allemands. Est-ce pour cela que nous les couvrons d’injures en permanence ? Alors pourquoi n’en est-il pas de même avec l’Algérie ? Pourquoi certains de nos anciens adversaires continuent-ils à déverser toute leur haine sur nous ? Et pourquoi nous contentons-nous de ne parler que de repentance de nos prétendus crimes de guerre même au sommet de l’État ?

           Si nous avons été ces monstres que l’on tente de conjurer, pourquoi les Algériens accourent-ils chez nous alors qu’ils ont obtenu chez eux ce qu’ils appelaient de leurs vœux ? J’avoue que je ne comprends pas. Il doit y avoir des détails qui m’échappent. Et tout un chacun sait que le diable se cache dans les détails. Je vais finir par me demander si, une fois consommé le butin accaparé lors de l’indépendance, la vie là-bas n’est pas moins rose que ce qui était espéré.

           Non, cette rupture franco-algérienne n’est pas une fatalité. Encore faudrait-il que nos hommes politiques aient le courage de s’attaquer au problème.

           Vie d’une Harka en Algérie française, Jean-Claude Picolet, éditions Dualpha, collection « Vérités pour l’Histoire », 264 pages, 29 euros.
+++
Philippe Randa est écrivain, chroniqueur politique et éditeur (www.francephi.com). Ses chroniques sont libres de reproduction à la seule condition que soient indiquée leurs origines, c’est-à-dire le site www.francephi.com, « Espace Philippe Randa ».



LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


                            Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.

             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il continu. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous et je viens d'ajouter Petit, Clauzel, Guelât Bou Sba, Héliopolis, des pages qui seront complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir.

             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.

             Ce travail fait pour Bône, Aïn-Mokra, Bugeaud, Duvivier, Duzerville, Herbillon, Kellermann, Milesimo, Mondovi, Morris, Nechmeya, Penthièvre, Randon, Kellermann et Millesimo, va être fait pour d'autres communes de la région de Bône.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et ceux des villages alentours :

CLIQUER sur ces adresses : Pour Bône:
http://www.livredor-bonois.net
             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
                         J.C. Stella et J.P.Bartolini.
 


NOUVELLES de LÁ-BAS
Envois divers

Impurs et lieux saints !

Envoyé par Paul
https://www.liberte-algerie.com/chronique/impurs-et-lieux-saints-397

Par Liberté-Algérie 5 Oct. 2017   l Par M. Amine Zaoui

Que signifie le mot “impur” (al-nijss) dans le texte et dans l’imaginaire islamique, notamment chez les Uléma de la charia et chez les fidèles religieusement formatés ?

             Impur signifie le non-croyant. Impur c’est le chrétien, le juif et le laïc. Impur c’est tout simplement le non-musulman.
             De ce fait, l’impur n’a pas le droit de mettre le pied sur le sol de La Mecque ou sur l’esplanade de la Kaaba.
             Tout le monde a le droit de visiter les lieux saints du judaïsme. Nous avons vu des rois, des présidents, des chefs et des cheffes de gouvernement, des ministres, des écrivains, des artistes, des sportifs et des simples citoyens, femmes et hommes, toutes confessions confondues, en train de se recueillir devant le mur des lamentations, haut lieu saint pour les juifs. Rien de particulier !
             Et pour ne parler que des religions monothéistes, de même nous avons vu, tout le monde, des chrétiens, des musulmans et des juifs, femmes et hommes, sans exception aucune, prier à la basilique de la nativité de Bethléem. Un lieu hautement sacré pour les chrétiens et qui reçoit chaque année autour de trois millions de visiteurs, toutes confessions confondues.
             Mais pourquoi est-ce que les musulmans interdisent l’accès aux lieux saints de l’islam, à savoir La Mecque et la Kaaba, aux croyants des autres religions monothéistes ?
             Aux yeux des Ulémas de la charia, ils sont impurs, infidèles. Mais ces Ulémas oublient que ce sont ces impurs qui nous vendent les imprimeries sophistiquées pour éditer le Livre d’Allah, sans erreur aucune. Et nous livrent un papier de bonne qualité sur lequel on imprime les paroles inimitables d’Allah ! Et ils sont impurs ces impurs !
             Les Ulémas de la charia oublient que l’honneur de la découverte du pétrole qui jaillit sous nos pieds, enfoui dans le sable chaud, revient à ces impurs ! Et que grâce à l’argent de ce pétrole que les Ulémas de la charia et leur troupeau mangent du pain blanc pétri et cuit à Washington, et boivent du lait des vaches hollandaises eux et leurs bébés !

           Ils sont interdits de mettre le pied dans les lieux saints islamiques, parce qu’ils sont impurs, mais ce sont eux qui fabriquent les voitures climatisées et sécurisées utilisées pour accompagner les purs musulmans aux lieux saints !
             Ils sont impurs, mais ce sont eux qui créent les avions et forment les pilotes qui conduisent les fidèles purs jusqu’aux lieux saints afin d’accomplir en toute quiétude le pèlerinage et al-omra !
             Ils sont impurs, ces chrétiens, ces juifs et ces athées, interdits de fouler la terre des lieux saints de l’islam, mais c’est vers eux que se dirigent nos Ulémas de la charia et nos responsables de la première rangée et leurs femmes et leurs enfants dès qu’ils sont malades ! Et dans le pays des impurs, ils seront bien installés, bien pris en charge, bien soignés dans leur hôpitaux, et sur le lit du malade ils prient Allah afin qu’Il les fasse revenir très vite, sains et saufs sur les lieux saints pour insulter ces impurs !
             Ils sont impurs, mais ce sont eux qui nous confectionnent nos habits propres et légitimes pour accomplir nos devoirs religieux dans ces lieux saints dont l’accès est interdit pour ces impurs !
             Ils sont impurs, mais chez eux où s’exilent les musulmans purs, chassés par d’autres musulmans plus purs, fuyant les fatwas des Ulémas les gardes de la foi musulmane.

           Et c’est dans les pays des impurs, pays des mangeurs du porc où ils trouveront paix et sandwich !
             Ils sont impurs, ces juifs et ces chrétiens, mais ce sont eux qui nous fabriquent les téléphones smartphones pour, en contrepartie, les insulter sur facebook, twitter instagram et autres moyens créés par eux aussi !
             Ils sont impurs, mais ce sont eux qui nous offrent les réseaux sociaux pour que les hommes purs, gardiens des nos lieux saints, tchatchent avec les femmes pures et impures et les femmes pures et impures parlent aux hommes purs et impurs. Ils sont impurs, ces impurs !
             Ils sont impurs ces mécréants, mais ce sont eux qui nous fabriquent des usines de dessalement de l’eau de mer, pour que nous nous abreuvions d’eau douce et que nous fassions nos ablutions ! Et ce sont ces impurs qui nous fournissent des papiers toilette de la haute qualité, du savon et des serpillières !
             Ils sont impurs ces infidèles et ce sont eux, en toute fidélité, qui gèrent des comptes de chez nous et nos banques bourrées d’argent !
             Ils sont impurs, et ce sont eux qui nous vendent les sacrifices de l’Aïd El-Kébir et même les couteaux pour accomplir l’immolation, et ils sont impurs ces impurs !
             Ils sont impurs, et ils sont détestés par nos Ulémas de la charia, mais ce sont eux les impurs, éleveurs de cochons, mangeurs de cochon, qui gardent nos frontières, et veillent, par leurs avions, leurs radars et leurs snipers sur notre patrie et sur nos lieux saints dont ils sont interdits de fouler le sol béni !
A. Z.           
aminzaoui@yahoo.fr           


35 tonnes de déchets ramassées dans les cimetières

Envoyé par Jacques
https://www.liberte-algerie.com/est/35-tonnes-de-dechets-ramassees-dans-les-cimetieres-278804


Liberté Algerie   l Par Hamid BAALI - 8 Octobre 2017


         Les responsables de la Direction de la Protection civile et du bureau de wilaya de Guelma du Croissant-Rouge algérien, ont établi conjointement une opération de nettoiement des cimetières qui s'étale sur plusieurs semaines et initiée par les autorités locales.

         En effet, il est regrettable de constater l'état de déliquescence de ces lieux sacrés, et ce, au grand dam de la population qui déplore la démission et l'inertie des élus locaux. Au chef-lieu de wilaya, le cimetière central était dans un état déplorable et grâce aux efforts soutenus des éléments de ces organismes, une nette amélioration a été relevée ce week-end par les visiteurs.

         Selon des témoignages concordants, ce sont 35 tonnes de déchets hétéroclites qui ont été enlevés par les dizaines de volontaires dispatchés dans ce vaste cimetière qui a été débarrassé des ronces, herbes sauvages, ordures hétéroclites abandonnées par des inconscients peu soucieux du respect dévolu à ce site.

         En effet, des tas de bouteilles en plastique jonchaient à longueur d'année les cimetières Baghdoucha, Aïcha et Khadra, implantées à Bab Skikda, quartier périphérique de la ville de Guelma. Un officier de la Protection civile, qui chapeautait cette opération de salubrité, nous a déclaré : “Notre direction a instruit toutes nos unités implantées à Guelma, Oued Zenati, Bouchegouf, Hammam Debagh et Hammam N'bails sur la nécessité de participer chaque semaine à l'assainissement des cimetières relevant de leurs secteurs respectifs.
         Cette démarche d'intérêt général se déroule dans de bonnes conditions et nous enregistrons le concours du CRA, des associations de quartiers et de citoyens motivés qui consacrent quelques heures de volontariat.” À souligner que les cimetières des autres communes de la wilaya sont également concernés par cette opération.

Hamid BAALI           


Amélioration urbaine
l

Envoyé par Louis
http://www.lestrepublicain.com/index.php/annaba/item/9004027-le-credo-de-l-association-du-champ-de-mars

Est Républicain  Par Ammar Nadir - 28 octobre 2017

Le credo de l’association du Champ de Mars

           La palme de décoration urbaine et d’amélioration, devra revenir à l’association du Champ de Mars, parmi tous les représentants des comités de quartier et de la société civile.
           En effet, pendant que ces « représentants » sont en train de négocier leur « aide » aux divers partis politiques en lice pour les élections locales du 23 novembre prochain, cette association qui s’était déjà illustrée en changeant le visage de son quartier et d’El Hattab, s’était attelée à transformer le rond point de Sidi Brahim ! Aidée financièrement par un particulier, M. Ziane, artisan et commerçant installé dans le quartier de la Tabacoop, outre ses moyens financiers propres, l’association a procédé au réaménagement des espaces verts et platebandes entourant le rond point de Sidi Brahim y compris l’espace devant la station de transport public, en face des moulins d’Hippone, avec l’aide humaine et matérielle du service de l’environnement de la commune.

           Les platanes plantés autour du rond point, sur du béton et condamnés à mourir, ont été remplacés par des washingtonias plantés selon les règles du jardinage. Comme les cyprès, hibiscus et autres rosiers qui vont décorer de belle manière cette entrée principale d’Annaba. Cette opération a coïncidé avec la journée de l’Arbre et la tournée entreprise par le wali durant la matinée pour présider à des plantations dans divers quartiers de la ville, qui agréablement surpris par cette volonté citoyenne d’aider à l’amélioration urbaine en cours, ne manquera pas de suivre et d’encourager afin de pérenniser ces efforts bénévoles. Car, il faut le dire encore une fois, l’EPIC « Amélioration urbaine », créée pour cette mission d’entretien des espaces verts et jardins publics, est encore loin de pouvoir y faire face.
           Et ces efforts pour améliorer le cadre de vie et donner une image digne de la 4ème ville du pays, risquent fort d’être vains sans le suivi de la wilaya. L’espace central du Champ de Mars qui est devenu un square de bon aloi, est encore entretenu par les résidents et surtout l’association parce que l’EPIC lui refuse un seul et unique agent d’entretien ! Comment peut-on préserver des réalisations et des améliorations sans entretien ? Les citoyens de ce quartier, l’association, ont fait leur part et bien plus et s’il faut encore qu’ils fassent le travail de l’EPIC alors pourquoi la garder ?
Ammar Nadir           



En Algérie, les agriculteurs ont du mal à exporter leurs figues

Envoyé par Albert
http://www.newsjs.com/url.php?p=http://fr.africanews.com/2017/10/04/algerie-nouvelle-pression-sur-les-migrants-de-l-afrique-noire/


Newsjs.com   avec REUTERS - 21 octobre 2017

C’est ici à Beni Maouche au nord de l’Algérie que sont récoltés les figuiers, et les oliviers, principale source de revenus des familles berbères depuis des générations entières.

           Ces produits prisés et reconnus pour leur apport énergétique au fort potentiel économique ont reçu en 2016, le label Indication géographique.
           Ils sont pour cela reconnus et protégés sur les marchés locaux et internationaux.

           Leur culture est devenue tradition et se transmet au fil des générations, comme le confie Tata Bekkouche, résidente de Beni Maouche.
           “ Nous cueillons des figues comme nos ancêtres, chaque génération a fait ce travail, et quand un arbre meurt, nous en plantons un autre. C’est ce que nous faisons pour vivre, c’est le mode de vie des habitants des montagnes.”

           Malheureusement, les producteurs font aujourd’hui face à une crise économique et ont du mal à exporter en l’absence d’aide des autorités.
           Omar Bekkouche souhaiterait plus de soutien du gouvernement pour pouvoir exporter vers l’Europe et la région du Golfe.

           “ Je produis jusqu‘à 10 quintaux par an, j’ai appris ce travail auprès de mon père et mon grand-père, c’est une affaire familiale et je travaille dur, mais je n’ai pas les outils nécessaires, je veux exporter cette figue comme avant dans les années 40, mais je n’ai pas de ressources financières. Si j’avais les bonnes ressources, j’aurais pu exporter ce type de figue vers l’Europe et dans les pays du Golfe. Nous avons une énorme demande, tout le monde aime ces figues et c’est excellent et je suis très fier de notre production.” Explique l’agriculteur.
           Les figuiers et les oliviers représentent à eux seuls 80 % de la superficie de Beni Maouche.

MESSAGES
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DIVERS LIENS VERS LES SITES

M. Gilles Martinez et son site de GUELMA vous annoncent la mise à jour du site au 1er Novembre 2017
Nous vous invitons à visiter la mise à jour.
http://piednoir.fr/guelma



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L'AMITIÉ
Envoyé par Sauveur
            
       La vie sur terre est un passage
       L’amour est un mirage,
       Mais l’amitié est un « Fil d’or »
       Qui ne se brise qu’à la mort.

       Tu sais ! l’enfance passe,
       La jeunesse suit, la vieillesse la remplace
       Puis la mort nous ramasse…

       La plus belle fleur du monde perd sa beauté,
       Mais une amitié fidèle dure pour l’éternité.
       Vivre sans amis, c’est mourir sans témoin.
      


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