N° 219
Septembre

https://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Septembre 2021
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
https://www.seybouse.info/
Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
Les Textes, photos ou images sont protégés par un copyright et ne doivent pas être utilisés
à des fins commerciales ou sur d'autres sites et publications sans avoir obtenu
l'autorisation écrite du Webmaster de ce site.
Copyright©seybouse.info
Les derniers Numéros : 209, 210, 211, 212, 213, 214, 215, 216, 217, 218,

EDITO

LES NOUVEAUX PARIAS
EN ONT RAS LE BOL

        " Grâce au contrôle des pensées, à la terreur constamment martelée pour maintenir l'individu dans un état de soumission voulu, nous sommes aujourd'hui entrés dans la plus parfaite des dictatures, une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader, dont ils ne songeraient même pas à renverser les tyrans. Système d'esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l'amour de leur servitude. "
        Citation du roman "Le Monde des Mondes", Aldous Huxley


        Dans des temps éloignés, plus de 600 ans avant notre ère la lèpre était considérée comme une hérésie et jusqu'au 19ème siècle.
        Les lépreux étaient condamnés à vivre quasiment comme des morts-vivants, des parias à cause de la déformation de leurs corps et de la laideur de leur visage. Ils étaient confinés par les Maîtres d'alors. Cette maladie suscitait crainte et rejet avec sa contagion.
        Dans ces temps là, les Maîtres ou les législateurs souvent religieux contraignait les lépreux à porter un voile sur le visage et à avertir les passants de leur approche en criant : " impur, impur ".

        La nouvelle hérésie consiste, aujourd'hui, à ne pas recevoir un vaccin.

        Quiconque, cherchant des vraies raisons de l'actuelle " pandémie ", se posant des questions sur son traitement et n'ayant pas toutes les réponses que les lois exigent avant la piquouze, prend la décision raisonnable que sa conscience lui dicte de se soustraire aux injonctions étatiques et sanitaires sans cesse variantes et contradictoires, se trouve lui aussi mis à l'écart comme un paria. Il se met en état d'hérésie laïque et doit donc être exclu. C'est le lépreux nouveau.

        Les états ont pris des mesures de santé publique qui n'ont pas fait la preuve de leur efficacité totale pour réduire la mortalité de cette " pandémie " : mise en quarantaine, isolement des patients, masque obligatoire, couvre-feu, contrôle de la transmission aux frontières, vaccins inefficaces car des vaccinés meurent du soit disant variant, pass-sanitaire obligatoire et sans oublier les amendes pour renflouer les caisses. On pourrait même ajouter le zèle…

        Demain la République, que va-t-elle imposer à ces nouveaux lépreux ou parias hérétiques ? Devront-ils comme autrefois, déambulant, porter une clochette, ces nouveaux lépreux ? Ou comme à une époque pas si loin lointaine, une étoile et un Numéro, sans faire offense à qui que ce soit ? Auront-ils le droit de se nourrir, de se soigner, puisque déjà ils ont perdu beaucoup de droits.
        Ceux qui seront " libres " (ou qu'ils le pensent) en France demain ne seront pas les Français mais ceux - d'où qu'ils viennent - qui auront un code QR dont l'authenticité aura pu être vérifiée, ou une puce implantée dans le corps. Cela a-t-il déjà commencé avec les nano-particules injectées ?

        La France va t'elle devenir le pays le plus liberticide de L'Occident, pendant ce temps, dans d'autres pays, c'est la grande libération totale....
        Seuls les décervelés ne voient pas qu'il y a d'autres intentions derrière ces décisions liberticides envers la population.
        Les moutons suivent le berger vers l'abattoir. Il leur a dit que l'herbe serait plus verte …ailleurs. Y en a aussi qui sont montés confiants dans des wagons pour aller prendre une douche dans les années 40 … Pierre Rabhi

        ATTENTION, je ne suis pas contre un vaccin, un vrai. Je suis contre un vaccin d'expérimentation, un vaccin qui a fait déjà beaucoup de morts, un vaccin qui ne protége pas complétement car les patients en sont déjà à trois doses en moins d'un an, et ce n'est pas fini.
        Avant de vacciner à tout va, sans savoir réellement si le patient est en état de supporter les doses, le laissant seul à porter sa responsabilité, pourquoi ne pas soigner correctement les patients avec des méthodes qui ont fait leurs preuves ?
        Pourquoi ne parlent-on pas des vaccins russes ou chinois, par exemple ?

        " Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire " George Orwell.

        Pourquoi mettre en prison les médecins qui alertent, qui soignent ; menacer ceux qui veulent soigner ; faire disparaître des médicaments qui ont soigné et guéri depuis de nombreuses années,…. Pourquoi, pourquoi ???
        Pourquoi a-t-on laissé tuer des vieux avec le Rivotril ?
        Est-ce vrai, qu'"Assez naturellement l'humain préfère torturer que désobéir" ???

        Pourquoi des médecins ont fait la promotion insensée de pseudos vaccins en phases de test, qui seraient peut-être des poisons destinés à transformer les corps humains... ?
        La très grande majorité des politiques, sans rien connaître, a fait exactement la même chose en soumission aux chefs mondialistes. L'opposition a suivi le même chemin... !
        Et bien entendu, la presque totalité de la presse et de ses journalistes aux ordres qui se démènent comme des forcenés, aussi pour la promotion de ces vaccins... !
        Tous ces gens, en temps de guerre, pourraient-ils être, jugés comme des criminels, des sauveurs ou des psychopathes obéissant à des Maîtres mondialistes ???

        "Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui regardent et laissent faire" -Albert Einstein-

        Il faut lire, "Le Meilleur des Mondes", de Huxley, où l'idée principale de l'asservissement des peuples réside dans une société d'abondance, où le développement technologique est roi et dont l'attrait qu'il dégage auprès de tous, permet aux gouvernements d'organiser une surveillance de masse et un contrôle des pensées, sans révolte ni censure, puisque celles-ci sont volontaires.
        Tout, dans " le meilleur des mondes " trouve son équivalent dans notre société actuelle... De ce roman, ils en ont fait un programme social, politique et dictatorial !

        "Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu'ils ont été trompés". Mark Twain

        Alors, oui, comme d'autres, je suis un paria et j'en ai marre de devoir toujours m'expliquer, me justifier devant des gens ignares de mes pathologies.
        J'en ai marre de cette généralisation, de ces manipulations, de cet endoctrinement, de ces discriminations grandissantes.
        J'en ai marre que la tyrannie impose totalitairement l'obligation vaccinale par celle du " pass sanitaire ", avec les effets préjudiciables possibles du vaccin " génétique ".
        J'en ai marre aussi de voir la jouissance de ces " tyrans " du pouvoir nous imposer les ukases de Big Brother ou Big Pharma avec des Ausweis sans lesquels il ne reste aujourd'hui que la mort professionnelle et civile car les parias seront privés de travail, de nourriture et de soins.
        J'en ai marre de cette dérive liberticide d'une démocratie confisquée, que certains nomment le trépas sanitaire de la liberté.
        J'en ai marre de ces donneurs de leçon qui ne comprennent rien de ce qu'ils avancent et qui se prennent pour des médecins…
        J'en ai marre de voir des gens que l'on connaît depuis des années se comporter différemment, ne plus venir à la maison, ne plus vouloir embrasser les amis, porter un masque chez eux et accepter de manger à leurs cotés alors qu'eux même, possibles porteurs du " virus ", sont bras et jambes nus, cou à l'air, sans chapeau. Et c'est la même chose ailleurs.
        J'en ai marre de l'irrespect qui s'installe et qui débouchera sur une guerre.

        "Nous ne vivons pas, nous sommes conditionnés, endoctrinés, manipulés, pour n'être que des serviteurs d'un système." Pierre Rabhi

        OUI, je suis pour que chacun vive sa vie comme il l'entend ; libre de ses mouvements, de ses doutes ou de ses convictions ; responsable de ses choix de se soigner comme il le pense. Je ne veux pas être asservi à la pensée unique, à la dictature larvée. Je suis contre cette étrange discrimination entre les citoyens, non de confession, mais du libre choix de disposer de son corps et d'accepter ou refuser des thérapies.
        Je refuse cette réminiscence d'une histoire de triste mémoire, d'une époque que l'on croyait révolue et que l'on croyait ne jamais voir revenir en surface. Cette idéologie qui ne se cache même plus, les premiers chapitres sont le " pass-sanitaire ", le " QR code ", l'appli " TousAntiCovid ", le vaccin obligatoire, quelle sera la suite ? Le tatouage numéroté forcé, le port d'un signe distinctif, la mort commandée par la puce ???...

        "En politique, rien n'arrive par hasard. Chaque fois que survient un événement, on peut être certain, qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi." Franklin. D. Roosevelt.

        Amicalement et sincèrement.
Jean Pierre Bartolini          
        Diobône,         
         A tchao.


SOUVENIR POUR LE 5 JUILLET 2021
Envoyé par M. A. Hamelin


        J'ai accepté de représenter notre ami Pierrot qui vit, avec son épouse, des moments difficiles.

        Chaque année, le 5 juillet, nous (pieds-noirs non progressistes*) nous réunissons ici, et ailleurs, pour nous souvenir et pour rendre hommage à tous ceux d'entre nous qui nous ont quitté là-bas, ou plus tard en exil, dans le déchirement et la désespérance.
        Pourquoi cette date ? Parce que c'est le jour du plus grand massacre qu'a connu cette pseudo guerre de libération qui n'a libéré personne, ni les Pieds-Noirs, ni les Harkis et encore moins la population dite autochtone en dehors de quelques caciques locaux qui depuis bientôt 60 ans ont asservi et mis en coupe réglée ce beau pays.
        Nous sommes réunis autour de ces stèles** qui ne sont pas là par hasard ; elles sont là pour nos morts qui sont restés là-bas et pour les victimes innocentes de cette guerre asymétrique comme on dit aujourd'hui; elles sont là pour nous rappeler ceux qui se sont sacrifiés, fidèles à la parole donnée, afin que l'Algérie reste française et que nous puissions vivre sur la terre qui nous avait vu naître et que nos ancêtres avaient fécondé ; elles sont là pour les braves qui avaient choisi l'Armée française et la France au lieu de la tyrannie ; elles sont là aussi pour témoigner et dénoncer les félonies d'un gouvernement aux ordres d'un Président qui abandonna, sans vergogne, ses concitoyens et une partie de son territoire, unique exemple de forfaiture dans toute l'histoire.

        Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de revenir sur tous les détails de cette journée ; votre présence permet d'imaginer que vous en connaissez toutes les lâchetés, toutes les indignités, toutes les atrocités, le petit lac, le village nègre, les disparitions, les crochets de boucher, la liste est longue, le bilan est effroyable.
        Souvenons-nous quand même du courage et de la noblesse des rares protagonistes qui se sont rebellés, qui ont désobéi aux ordres iniques et qui ont fini par sauver de nombreux oranais destinés à la boucherie.

        Je vais seulement ajouter une petite touche personnelle et inédite : en venant m'installer dans les PO, j'ai retrouvé un camarade catalan que j'avais connu dans les enfants de troupe à Aix en Provence ; nous étions ensemble de la 6ème à la troisième mais il a échoué au brevet et donc n'a pas été admis en seconde, comme c'était la coutume à l'époque. Dans ce cas, il fallait rembourser ses études ou s'engager pour l'état ; il s'est donc engagé et il s'est retrouvé à Oran, le 5 juillet, comme jeune caporal où il a assisté, du haut d'un poste d'observation, à l'égorgement de deux jeunes filles, extirpées d'une 4 CV, qui vraisemblablement venaient chercher secours dans la caserne.
        Il m'a confié récemment que le sentiment de culpabilité et d'impuissance devant cette vision cauchemardesque subie le hante encore souvent, et notamment à cette date.

        Cet événement, bien sûr, est loin de refléter les souffrances et les tourments des victimes et surtout celles de leur entourage qui, pour la plupart, n'ont pas pu faire le deuil et souffrent encore de cette absence accentuée par les doutes et les incertitudes.
        Hier, en lisant le dernier numéro de " L'écho d'Oran ", j'ai fait le rapprochement avec l'horreur du 26 mars par une phrase relevée dans le discours de Nicole Ferrandis qui m'a bouleversé " le dernier regard des victimes fut de voir des soldats français leur tirer dessus " ; j'ai réalisé que les dernières images de ces deux jeunes filles ont été des militaires français immobiles, spectateurs de leur martyr alors qu'ils auraient dû les protéger.

        C'est donc pour toutes ces victimes que nous sommes là, en espérant pouvoir revenir chaque année tant que nous serons capables de le faire.


        Au train où vont les choses dans ce pays, prions pour que ces stèles ne soient pas déconstruites, pour que nous ne soyons pas obligés de nous agenouiller et pour que la France reste la France.

        Cela m'amène à conclure : nous sommes réunis aussi devant ces stèles, pour affirmer que les mensonges, les trahisons, les abandons, les soumissions ne semblent pas avoir servi de leçon et que, si nous ne réagissons pas, il est probable que, nous, ou plus sûrement nos enfants, pourrions bien revivre des événements analogues à ceux que nous avons évoqués aujourd'hui.

        Je vous remercie pour votre attention.
M. Albert Hamelin, 5 juillet 2021

         *allusion à l'association " Pieds-Noirs progressistes " qui vient chaque année perturber le dépôt de gerbes devant la stèle des fusillés le 7 juin ( Dovecar et Piegts) et le 6 juillet(Degueldre) et les saccager ensuite.
        **3 Stèles : des fusillés (Adimad), des Harkis et des français d'Algérie



Une histoire d’amour…ettes
Par M. Marc Donato

         Aujourd'hui, je vous emmène au-dessous de la ceinture pour vous narrer une histoire de testicules. Je vous entends déjà crier au loup, hurler au scandale, insulter ma chasteté intellectuelle pourtant irréprochable, tout le monde le sait. Et bien, effectivement, vous vous trompez lourdement et je reconnais là votre mauvais esprit parce que ce que je vais raconter touche plus à la gastronomie qu'à l'anatomie.

          Le premier souvenir que je puisse avoir de ces nobles attributs masculins, c'est une chanson de carabin qui agrémentait nos soirées d'étudiants à une époque où le couvre-feu à 20 heures était le quotidien de ma jeunesse algérienne. Il y était question de mon grand-père et de ses engins pendus dans l'escalier. Ma grand-mère, pauvre femme au supplice, se désolait de les voir se dessécher. Je n'ai jamais su de quel grand-père il s'agissait : l'aïeul maternel ou l'ancêtre paternel ?

          J'ignore encore quelle mamie avait reçu tant d'amour de son époux pour avoir eu l'idée de perpétuer ses moments d'extase en accrochant ses valseuses, et dans l'escalier, de surcroît. Difficile de le dire tant dans la famille, nous sommes réputés pour être développés de ce côté-là, à en faire pâlir Roco Sifredi ! (Acteur porno aux attributs particulièrement développés.)
          Hélas, il y a bien longtemps que mes deux grands-pères et mes deux grands-mères sont desséchés eux aussi et que de mes histoires de testicules, ils s'en battent les aliboffis …. (En provençal.)

          Un autre souvenir me ramène dans les bleds du Maroc. Sur les souks, les bouchers suspendent les agneaux abattus et prêts à la vente en prenant soin de mettre en valeur les baloches de leurs victimes. Et oui, dans un troupeau, ce dont a besoin, c'est essentiellement de génitrices, brebis en l'occurrence, et, bien sûr, d'un, deux ou trois béliers pour faire le travail indispensable. Le reste est voué inéluctablement au couteau sacrificateur pour finir en méchoui ou en tajine.
          Les preuves de la masculinité ovine doivent impérativement être exhibées, témoignant que l'animal est un agneau et pas une agnelle, une bête jeune, bien sûr. Faute de quoi, l'animal serait une femelle blessée ou une brebis d'un âge avancé destinée à la réforme. Naturellement, la viande serait de moins bonne qualité et le prix de vente bien inférieur.

          Voilà qui nous amène à la gastronomie car tout un chacun sait que des roubignoles à la cuisine, il n'y a qu'un pas que je franchis allègrement. Car si dans le cochon tout est bon, il en est de même pour l'agneau dont les fameux (le qualificatif n'est pas exagéré) testicules sont appréciés par les connaisseurs. Viande tendre, moelleuse qui ressemble un tout petit peu au ris de veau. C'est presque pareil, sauf que c'est pas au même endroit ! Amourettes, animelles, rognons blancs – que de jolis noms pour celles qui, de leur vivant, ne furent que de simples c… . - sont apprêtés de trente-six façons. Cherchez sur la toile et vous les trouverez persillées, préparées au vin blanc, au champagne, même, poêlées, aux pois chiches et aux oignons… « Ce plat s’accompagne de riz blanc de Camargue. Avec un rosé bien frais, vous m’en direz des nouvelles ! » précise un blogueur expert. Ceux qui n’ont jamais goûté de rognons blancs d'agneau ne savent pas de quoi ils se privent.
          Mais c'est peut-être au barbecue, tout simplement, qu'ils sont les plus authentiques.

          Je me souviens d'une dame originaire d'Oranie, région où on cuisine les abats peut-être plus qu'ailleurs, en particulier la rate farcie, spécialité de l'endroit. Quelques temps après son arrivée d'Algérie, elle avait voulu se procurer des rognons blancs, mais elle n'osait les demander à son boucher, farceur en diable, qui n'aurait pas manqué l'occasion de railler sa cliente devant les autres chalands, la narguant sur son appétence pour les bouteilles à miel des agneaux. Aussi, cette brave dame me chargea-t-elle de lui demander les bijoux de famille de l'animal.
          - Pas de problème, au prochain abattage, je vous ramène ça.

          La semaine suivante, l'homme de l'art m'appelle et me pose sur le comptoir deux rognons d'agneau, mais des reins, dans leur gangue de graisse qui, dans sa tête, devait transformer les rognons naturellement marrons en rognons blancs.
          - Je les prends, mais ce n'est pas de cela que je vous parlais. Il s'agit de testicules.

          Même promesse pour la semaine suivante. Là-dessus se greffent les vacances de Pâques et il se passe bien un mois ou presque avant que je retrouve mon boucher qui, tout heureux, m'annonce :
          - J'ai ce qu'il faut, mais sachant que vous étiez absent, j'ai mis ça au congélateur.

          Il s'éclipse, s'enferme dans la chambre froide et revient triomphant avec un testicule de taureau plus gros qu'un œuf d'autruche. Avec la délicatesse qui caractérise les bouchers, les doigts brûlés par le froid, il laisse échapper l'engin congelé, pétrifié, dur comme marbre, sur l'étal, avec un "bang" bien sonore, un bruit de pierre, comme si on avait jeté un gros galet. Moi qui espérais voir de jolies petites coucougnettes mignonnes comme tout, je me trouvais face à une énormité anatomique bovine à laquelle je ne m'attendais pas. À coté, les valseuses de mon grand-père faisaient pâle figure. Un peu répugnant, le rognon, avec sa peau jaunâtre, épaisse, parcourue par des veinules bleues. J'aurais dû être plus précis et demander à mon boucher :
          - Est-ce que vous avez des testicules d'agneau ?
          Mais je n'ai pas osé, déjà qu'on lui avait fait, pauvre homme, le coup des pieds de cochon, de la tête de veau ou de la queue de bœuf…
          J'ai quand même accepté le "rognon blanc" de M. Andréi, le boucher, d'autant qu'il avait dû me l'offrir, mais visiblement, il n'était pas au courant de ces traditions culinaires apportées par les gens venus d'ailleurs et qui ont profondément modifié les habitudes alimentaires en France.

          Le rognon de taille vénérable a été remis à mon Oranaise. Après un moment de solitude devant l’engin et après avoir évacué sa perplexité, elle a quand même décidé de le cuisiner. Le résultat n'était pas si mauvais que cela, m'avait-elle dit, et je crois me rappeler qu'elle avait trouvé une ressemblance de texture avec la mamelle de vache qui se consommait relativement souvent autrefois. Bien sûr, rien à voir avec la finesse des amourettes car si le taureau bat l'agneau pour sa taille, il ne lui arrive pas au niveau de la cheville pour le goût.

          Je vous avais annoncé une histoire au-dessous de ceinture. Avouez qu'elle fut bien plus chaste que ce vous imaginiez, mais je vais arrêter là mon bavardage avant qu'il ne parte en c….
          Je vous salue (bien bas, cette fois-ci).
Marc DONATO - 15 juillet 2021


HORST TAPPERT, ÇUI-LA QU'Y FAIT DERRICK
ECHO D'ORANIE - N°289
En latin d'Afrique...
Une nouvelle chronique de Gilbert ESPINAL

               - Qu'est-ce que vous avez regardé, Aouela, hier soir à la télé ? demanda Angustias._ Qu'est-ce que tu veux que je regarde, sauta la grand mère, pos, Derrick ! Avec toutes ces tonterias qu'y nous passent tous les jours ! Des films que je sais pas d'où c'est qui vont les chercher !
               - Oy ! Ne dites pas ça ! se récria Angustias ; des fois y a des policiers avec des pellicules qu'elles sont al pélo (1) !
               - Ne me fais pas rigoler ! s'irrita la grand mère. La plupart du temps y z'ont une intrigue si compliquée que jamais je devine toute seule qui c'est l'assassin. L'aut' jour, la Golondrina elle a voulu qu'on regarde un qu'on l'appelle Moulin : y paraît que c'était lui le commissaire, sur une moto avec un casque ; il était si mal fagoté, on aurait dit un pelojondran (2) que j'étais convaincue que c'était lui le criminel ; de peu je me suis trompée. A-la-fin-à-la-fin on a sorti un type que c'était lui qu'il avait commis le meurtre et que ni si quiéra (3) je l'avais remarqué" avec un panier à salade, des pataugas et une écharpe qu'elle ressemblait à la tripa jolje (4). Je l'y ai dit à ma fi' : "si je saurais écrire avec des formules distinguées, et comme il faut, je l'y enverrai une let' au minist' de l'Intérieur... - Sarkozi ?
               - Lui ou un aut' ! Le titulaire m'importe peu, pour lui dire qu'y devrait faire entention à que ses fonctionnaires y z'aient une gueule moins répélosa (5) que son Moulin ; qu'en France on fait plus la différence entre les z'agents de la force publique et les voyous ; qu'y devrait regarder du côté de l'Allemagne, surtout Horst Tappert qu'on croirait que c'est lui qu'il a gagné la guerre !
               - Et qui c'est ça, Hosrt Tappert ?
               - Pos, çui-là qu'y fait Derrick ! Tu peux le regarder des pieds jusqu'à la tête : il a la raie du pantalon impeccab', une veste qu'on dirait qu'elle a été faite exprès pour lui, un col de chemise repassé de la veille, une cravate de soie avec une éping' plate à qu'elle lui tienne bien ; et quand y tire la pistole, y rate jamais son coup !
               Et vous z'aimez Derrick ? s'écria Angustias d'un ton indigné. Ce vilain là, avec ses yeux de mouche, ses joues qu'on dirait des beignets de crevettes, ses z'oreilles plus longues et plus plates que celle du Poussah et ses implants capillaires alignés mieux que des rangées de vigne ?
               - Et ben ! Ma fi' ! Moi, je le trouve pas si mal que ça ! Si nous serions plus jeunes, la Golondrina et moi, nous z'aurions fait une let' pour qu'y nous compte au rang de leurs admiratrices ; moi, pour Horst Tappert et ma fi' pour Fritz Wepper qu'aussi elle, elle a le béguin pour ce policier si respectueux et qu'il obéit au doigt et à l'oeil...
               - Qu'est-ce que vous me chauffez les z'oreilles avec vot' Tappeur et vot' Vapeur. Pos, si chez vous on dirait le hammam ! s'écria Angustias avec véhémence.
               - Remarque, essaya d'apaiser la grand mère qu'aussi nous z'aimons toutes les deux Hans Peter Halhwacks, Arthur Rinckelman et Heinrich Jarzyck (6)...
               - Ay ! Aouela ! On dirait que vous avez la bouche pleine de gatchas (7) quand vous prononcez ces noms ! proféra Angustias.- C'est ça l'Europe ! fit la grand mère. Nous z'aimons ces acteurs qui, d'un film pour faut', changent de rôle ; tantôt y font les bandits, tantôt les z'hommes d'affaires, y se griment, y se maquillent mais gardent toujours la même jéta (8).- J'en reviens pas, déclara d'une voix vibrante Angustias que vous z'aimiez ces films z'allemands, tournés dans cet univers vert de gris, avec des jeux de portes, que les z'acteurs y font rien que d'entrer et sortir, à que, quand un y s'en va, l'aut' il arrive !
               - C'est la Golondrina qu'elle est folle de Fritz Wepper qu'elle m'entraîne selon le programme, tantôt l'après-midi, tantôt le soir après les informations, vers son acteur préféré...
               - Et vous vous laissez faire ?
               - Ma fi' ! Moi je suis vieille et à mon âge je me dis : "a dondé va la barca va batchitcha !"(9), mais qu'à même, j'aime ! de même que j'aime Matula ; je le trouve un peu petit avec ses cheveux oxygénés mais encore j'en ferais mes dimanches !
               - Et maître Franck, son complice ? lança Angustias
               - Je le trouve un peu gras : il me rappelle mon pauv' mari et comme j'ai toujours rêvé de filer le parfait amour avec un type mince comme un fil, je le laisse à celle qu'elle en veut... - Mais il plaide bien ! argumenta Angustias
               - Oh ! Pour ce qui est de la platine, à lui le pompon ! mais il a ce chien bovo (10) qu'il est toujours au premier plan avec cet air idiot !
               - Quand je pense, lança Angustias, que vous aimez les films boches, avec tout ce mal qu'elle se donne la radio-diffusion-télévision française pour vous tirer des rires et des larmes ! L'aut' jour y avait sur je ne sais plus quelle chaîne un spectac' avec Muriel Robin que j'ai pleuré de tellement que je me suis poilée !
               - A toi elle te fait rire Muriel Robin, avec cette fugure de jambon inexpressive ? coupa la grand mère. A moi elle me fait ni fou ni fa ! d'abord, je comprends pas ça qu'elle raconte qu'elle parle à une vitesse qu'on dirait l'express...
               L'express-purée ! crut devoir finement commenter la Golondrina.
               - Et par ailleurs, reprit la grand mère, elle a un esquètche ou elle s'imite, avec des voix différentes : tantôt une voix de chat en chaleur, tantôt une voix de perdrix, tantôt une voix de cacahuète et tantôt une voix de céleris cuit ; elle me fait fuir et je la zappe comme une gazelle ! dans une carrière, une fois ou deux elle m'a fait sourire et tout de suite elle s'est pris la grosse tête, à croire qu'elle allait pouvoir nous débiter n'importe quoi et que nous on allait se pisser de rire ! Oualou ma fi' (11). J'aime ni elle, ni ce grand escogriffe de Palmade qui dit pas un mot sans croasser comme une perruche !
               - II est marié avec Véronique Samson ! fit la Golondrina
               - Elle ressemble à Olympe Bradna (12) ! ricana la grand mère, et elle chante qu'on dirait que la respiration elle va lui manquer et qu'on l'y a foutu des coups sur la gargamelle quand elle tape sur son piano comme une sourde et qu'elle pousse ses éclats de voix, je me racoquille sur moi-même pour laisser passer l'orage...
               - Palmade et elle y sont mariés à l'église.
               - Bouh ! souffla la grand mère, quand le diable se fait vieux y se fait ermite !
               - Elle s'est même mariée en blanc, avec de la fleur d'oranger. - De la fleur dérangée ! ricana la vieille femme : elle a essayé de nous faire croire que les fleurs elles poussent après les fruits. Si y paraît qu'elle est mère de famille !...
               - Nombreuse ! renchérit la Golondrina. Elle touche les allocations familiales en plus de son piano !
               - A son mariage, y avait Catherine Lara qu'elle était sa demoiselle d'honneur : c'est elle qu'elle lui tenait la traîne. - Otra qué bien baïla ! s'exclama la grand mère ; cel' là elle gagne pas assez des sous pour se teind' les cheveux qu'avec sa perruque blanche on dirait que c'est sa tatarouela qu'elle chante pour elle !
               - Je vois, déclara Angustias d'un air pincé, que la télévision elle trouve pas grâce à vos z'yeux !
               - C'est pas ça, lança la grand mère, que des fois, sur le petit écran, y a des moments z'inoubliab'...
               - Quoi par exemple ?
               - Par exemp' : Madame Chirac dansant la lambada avec Yang Zémin !
               - Quelle beau garçon ! s'écria la Golondrina : on dirait un jeune premier ! quand je l'ai vu descendre de l'avion avec, à ses côtés cette ravissante épouse, si élégante, j'ai cru que c'était Alain Delon et Claudia Schoufleur. Y z'ont de beaux z'hommes en Chine ! Y faut `oir si Bernadette elle se régalait d'êt' dans les bras de cet esplendide cavalier !
               - Y a que Chichi qu'y riait jaune ! Horosement que Yang Zémin il avait commandé vingt-huit z'aéroplanes pasqu'otroment je crois qu'il lui fait un suffoco au chinois en l'y arrachant sa femme des bras, commenta la grand mère.
               - Et avec Madame Yang Zémin il a pas dansé Chirac ?
               - Elle savait danser que la matchiche (13), assura la vieille femme.
               - Total ! fit Angustias pour vingt-huit z'appareils ! d'autant que, pour nous les payer y nous z'empruntent de l'argent qu'y nous rendent jamais. Ca c'est pagar y Ilorar (14) !
               - On dit aussi y vont nous commander du cognac ! Y paraît que les z'asiatiques y z'aiment se tchisper (15) avec, affirma la Golondrina.
               - Y'a pas à s'étonner, coupa Angustias qu'on leur ait fait tous ces salamalecs de tapis rouge et de gardes à cheval !
               - Et pourquoi y'a pas à s'étonner ? interrogea Angustias
               - Pasque, conclut la Grand mère, por el dinéro baïla el perro (16) !

               LEXIQUE
1 - al pélo : au poil.
2 - pelojondran : un épouvantail.
3 - ni si quiera : ni seulement.
4 - la tripa jolje : expression du terroir espagnol ou oranais intraduisible en français, "on dirait la tripe à Georges".
5 - repelosa : expression espagnole : "°moins repoussante".
6 - Hans Peter Hahlwacks, Arthur Rinckelman et Heinrich Jarzyck : noms approximatifs d'acteurs qui jouent dans les téléfilms allemands.

7 - gatchas : dans le sens de nourritures remâchées ou cuites et recuites
8 - jéta : trombine.
9 - "a donde va la barca va batchitcha" : expression oranaise signifiant "où va la barque, moi je vais" ou "je vais où le courant m'entraîne".
10 - bovo : imbécile
11 - Oualou : mot arabe signifiant : rien du tout
12 - Olympe Bradna : star du cinéma muet des années 1915 - 1928.
13 - la Matchiche : danse assez canaille des années 20.
14 - pagar y Ilorar : expression espagnole : "payer et pleurer".
15 - de tchisparse : se saouler en espagnol.
16 - por el dinéro baïla el perro : expression espagnole signifiant "pour de l'argent même le chien danse".



LE MUTILE N° 102, 1919

LE HEROS QU'ON OUBLIE
               Billiars Jean, caporal au 2° Tirailleurs de marche, garder-drapeau, 37° division, chevalier de la Légion d'honneur, médaille militaire, croix de guerre à cinq palmes, médailles du Maroc, coloniale, Nicham, Verdun.
               Cinq blessures et deux atteintes par les gaz.
               Lisez ces citations prises au hasard :
               " Le Général commandant la 11° Armée cite à l'ordre de l'Armée (7 janvier 1917) :
               Billiars Jean André - Soldat déjà, classé par sa bravoure dans maints combats. Le 15 décembre 1916, a fait preuve de sang-froid et de courage en se lançant seul contre un groupe ennemi qui lançait, des fusées. Tua, blessa et captura le groupe entier comptant quinze hommes. "

               " Le Général commandant la II° Armée cite à l'ordre de l'Armée. - ( 8 novembre 1917) : " Billiars Jean André, - Le 11 octobre 1917, demeuré seul dans une tranchée de première ligne abordée par l'ennemi, a tenu tête avec son fusil-mitrailleur, jusqu'au moment où la contre-attaque a culbuté l'assaillant. Soldat irréprochable et vaillant, blessé cinq fois."

               Légion d'Honneur. -- Chevalier :
               " Billiars Jean André : - Soldat d'élite, d'un courage légendaire, donnant à tous un magnifique exemple de dévouement et de sacrifice. Vaillant, soldat, toujours au plus fort du combat, s'est notamment distingué les 6 juin 1915, 15 décembre 1916 et 11 octobre 1917, par sa résolution et son sang-froid.

               Cinq blessures, deux citations à l'ordre de i'Armée, médaille militaire pour faits de guerre. "

               Le Général Debeney, commandant la 1ère Armée", cite à l'ordre de l'Armée (30 juillet 1918) :
               " Billiars Jean, caporal d'une bravoure légendaire. Le 29 juin 1918, dans un coup de main, des plus difficiles, a manœuvré son escouade de fusils-mitrailleurs avec autant de coup d'œil que de sang-froid. A pris position, sous un feu Intense de mitrailleuses, contribuant puissamment à la réussite de l'opération. Trois citations et cinq blessures antérieures. "
               Il s'agit bien du même homme.

               Cet homme à qui l'on a prodigué, dans ses citations les termes, les plus élogieux, sur la poitrine duquel on a attaché les plus glorieux hochets militaires, on vient de le démobiliser.

               Mais si la guerre fut longue, la mémoire est courte et le " soldat irréprochable et vaillant, d'un courage légendaire, donnant à tous un magnifique exemple de dévouement et de sacrifice ", on le " laisse tomber". Il attend depuis plusieurs mois, le règlement de sa prime de démobilisation - et rien ne vient,
               Le cas de Billiars est bien caractéristique. Avant la guerre, il était complètement illettré. Il na pas eu, durant ces cinq ans, le loisir de s'instruire. On l'occupe, actuellement comme manœuvre dans une usine privée ; mais la reconnaissance du pays ne va pas jusqu'à lui payer ce qui lui est dû.

               Ses trois frères ont été tués au cours de la guerre ; sa mère et sa fiancée sont mortes de la grippe. Il reste seul avec ses médailles, ses palmes, ses croix et ses blessures - sans le sou.
               Dans son cerveau de simple dont la logique ignore les nuances subtiles, tous ces mots, qu'on lui a prodigués : vaillance, dévouement, sacrifice, prennent désormais un sens dont il devine l'ironie et qu'il traduit brutalement ainsi :
               J'ai été une poire !

               A notre époque de verbiage intarissable, il est bon de pouvoir opposer, de temps en temps à la sonorité des tirades officielles, aux applaudissements et vivats des foules de l'arrière, l'éloquence muette des faits. Il est très moral, à mon sens de pouvoir ainsi se rendre compte que la vertu et le courage ne sont pas toujours récompensés, ainsi que l'on cherche à nous le faire croire, depuis la plus tendre enfance de l'humanité.
               Je disais plus haut que le cas de Billiars est caractéristique. Il apprend, en effet, à apprécier à leur juste valeur les promesses faites aux poilus, pendant là bataille. Il permet dé vérifier, une fols de puis, la sagesse du vieux proverbe : " La fête passée, adieu le saint. ".
               Les saints sont habitués, depuis très longtemps à de tels procédés ; ils n'auraient garde dans leur saint patience, d'en manifester quelque mauvaise humeur. Mais les hommes, qui ont fait la guerre - même s'ils furent des héros - sont redevenus, à leur démobilisation, de simples hommes - et qui ont la faiblesse de vouloir manger. Il serait imprudent de prétendre exiger d'eux l'inaltérable bonté d'un saint.

               Quels enseignements voulez-vous que tire de la guerre un jeune Billiars, ainsi délaissé, lorsqu'il racontera, plus tard, ses souvenirs à ses enfants, si Dieu lui prête vie ?
               - Comme tu as eu de belles médaillés, papa, pendant la guerre !…
               - C'est tout ce que j'en ai ramené, mes enfants, avec cinq blessures et deux atteintes par les gaz...
               - Papa, dira le plus fort en histoire, tu n'as pas été nommé maréchal de France ?.... J'ai lu que, sous Napoléon 1er, les simples soldats qui se distinguaient au feu devenaient maréchaux de France ; ainsi les maréchaux Ney et Lefebvre....
               - Ah ? Dira Billiars étonné, sous Napoléon, ça se peut bien... Mais,, pendant la Grande Guerre nous étions en République ; alors, vous comprenez...

               Les gosses, patiemment, chercheront à comprendre. Et c'en sera fait de l'avenir du régime - peut-être aussi: de l'avenir du pays - lorsqu'ils auront compris...

S. TENNAT-CHOUILLAT.               


PHOTOS DE BÔNE
Envoi de Jean Pierre Daubeze

CATHEDRALE




LA GARE ET AVENUE DE LA MARNE





LA CORNICHE




INSTITUT FRANCAIS A COTE DE L'HÔTEL SEYBOUSE




LA BASILIQUE SAINT-AUGUSTIN





LE PORT






NOTRE DOMAINE AFRICAIN
Le FIGARO, samedi 23 janvier 1892
Envoyé Par M. Louis Aymé

          Notre numéro de ce jour est entièrement consacré à la France africaine, telle que la constituent nos conquêtes anciennes, les récentes annexions de nos explorateurs ou l'extension de notre protectorat, et, enfin, le dernier traité franco-anglais.
          Nous avons divisé notre domaine africain en quatre grandes parties L'Algérie, la Tunisie, et le Sahara, c'est-à-dire le nord de notre domaine le Sénégal et ses dépendances ; nos possessions du Golfe de Guinée et leurs dépendances ; le Congo français et la région du lac Tchad.
          La première partie a été traitée par M. Emile Masqueray, directeur de l'école des lettres d'Alger, dont les belles études sur l'Algérie, comparables à celles de Fromentin, sont suffisamment connues de nos lecteurs.
          C'est à M. Georges Rolland, qui a dirigé ses investigations d'ingénieur vers le Sahara, que nous avons demandé d'exposer à nos lecteurs la question du Transsaharien.
          Un officier supérieur, que les règlements militaires nous interdisent de nommer, et dont les voyages d'exploration sont célèbres, a bien voulu se charger du Sénégal.
          C'est aussi à un explorateur, à M. le capitaine Binger, que nous devons notre étude sur le golfe de Guinée et ses dépendances.
          M. Harry Alis, l'auteur de la Conquête du Tchad, a traité la quatrième partie le Congo.
          Enfin la maison Hachette a mis à notre disposition, pour compléter notre Supplément par une carte spéciale, les vastes ressources de sa section cartographique. Voilà quinze ans que M. Georges Hachette travaille, avec son savant collaborateur M. Schrader, à élever la science géographique française au niveau de la science géographique allemande. Ces quinze années d'efforts sont aujourd'hui couronnées de succès, et notre pays, nous pouvons le dire, a retrouvé maintenant, dans cette branche, son entière indépendance vis-à-vis de la Science d'Outre-Rhin.

L'ALGÉRIE
Vue d'Ensemble

          En face de Marseille et de Toulon, à quarante-huit heures de Paris, au-delà d'une mer fermée qui, vue de très haut, paraîtrait comme une perle bleue, l'Afrique septentrionale s'allonge, dirigée d'un seul trait du Sud-Ouest au Nord-Est, sans zigzags ni courbures. Ses montagnes, comme d'énormes épines dorsales à peu près parallèles, s'accompagnent depuis le bord de l'Atlantique, au sud du Maroc, jusqu'au golfe de Gabès, et l'Atlas fabuleux finit au jardin des Hespérides. Elles s'abaissent, s'amincissent et se rapprochent à mesure qu'elles vont vers l'Est, si bien que l'ensemble du massif a la figure d'un fer de lance dont la pointe serait au cœur de la Tripolitaine.
          Le côté septentrional en est découpé par les lames transparentes de la Méditerranée en petits crans au fond desquels s'abritent Oran, Ténès, Alger, Bougie, Djidjelli, Collo, Philippeville, Bizerte, Carthage le côté méridional en est bordé par un Sahara blanc, fauve, marbré de taches noires qui sont des bosquets de pistachiers sauvages ou de grands jardins de palmes.

          Ce segment du globe touche presque à la Sicile et à l'Espagne. De Grenade à Fez, ce n'est qu'un bloc de roches homogènes fendu, disaient les Grecs et les Arabes, par les mains d'Hercule ou d'Alexandre. Osons dire mieux ce que nous appelons l'Afrique du Nord est un morceau de l'Europe même. C'est bien l'Europe qui s'étend depuis le Cap Nord, pays du soleil de minuit, jusqu'à l'Ouâd-Noun, où le jour et la nuit sont presque égaux. La Méditerranée ne fait que répondre à la Baltique.
          Nous avons dans notre Afrique les oliviers des Alpes-Maritimes, les orangeries de l'Andalousie, les maquis de la Corse parfumés de lentisques et de myrtes, étoilés de cistes, piquetés des baies rouges des arbousiers, les chênes-verts chantés par Virgile, les lauriers de la Grèce, les lièges de l'Estramadure, les amandiers et les pins de la Toscane et de la Provence, les mûriers du Dauphiné, les noyers de la Savoie, les frênes, les merisiers, les aulnes de la France du Nord, et, à défaut des hêtres et des chênes-blancs pour lesquels nos hivers ne sont pas assez longs, des cèdres magnifiques qui s'étagent en pyramides noires sur les sommets de l'Ouarsenis et de l'Aurès.

          Nos plaines et nos collines ondulent au printemps, comme celles de la Beauce et de la Bourgogne, toute vertes d'épis déjà lourds des vignes géantes surchargent nos grands arbres comme celles des Abruzzes et de la Romagne, où couvrent au loin le sol noir comme celles du Languedoc ; nos jardins sont pleins de chèvrefeuilles, de géraniums et de roses. Si nous n'avons plus d'ours, nous avons encore des cerfs que les Arabes suivent à cheval dans les ravins boisés de la haute Medjerda ; nos perdrix, nos sangliers, nos renards, nos lièvres sont les cousins de ceux des Causses et de l'Esterel ; les hirondelles qui pépient dans les maisons de nos oasis sont celles qui nichent au printemps sous les porches des églises d'Angleterre ; les faucons encapuchonnés qui se cramponnent aux poings gantés de leurs maîtres dans les steppes de Laghouat ou de Biskra sont venus se faire prendre des extrémités de l'Ecosse et de la Norvège. Nos vents tièdes font reculer les glaciers des Alpes, et les lourds nuages de l'Atlantique Nord qui tombent sur les prairies de l'Irlande et sur les rochers de la Bretagne viennent se ranger le long des crêtes de nos montagnes kabyles. Il y a dans tout le ciel qui nous est commun un échange incessant d'haleines, de parfums, de vapeurs, de graines volantes et d'ailes d'oiseaux.
Montagnes, Plaines & Plateaux

          Seulement ce morceau d'Europe est particulièrement désertique et sémitique. Bordé par le Sahara, il subit l'assaut éternel de ses vents avides et de son implacable soleil, tandis que l'Europe où nous sommes nés s'incline vers les mers boréales sous un voile de brume. Par ses longues avenues ouvertes sur l'Egypte et l'Orient d'Abraham, il a reçu des Coptes, des Himyarites, des Arabes, des Chananéens aux âmes dures et inflexibles, tandis que de l'autre côté de la Méditerranée, des hordes blondes, aventureuses et mobiles de Celtes, de Germains, de Goths, de Salves, remontaient la vallée du Danube ou s'épandaient dans les plaines indéfinies de la Vistule et de l'Oder. Là est la raison des résistances qu'il nous oppose et de l'aversion qu'il inspire encore aux hommes du Nord.

          Les montagnes de l'Afrique ont deux visages ses plaines sont de deux sortes elle est double enfin, merveilleusement féconde et misérable suivant qu'elle regarde la France ou le désert. Les falaises méridionales de l'Aurès qui s'élève à plus de 2,000 mètres au-dessus du Chott Melr'ir sont tellement desséchées par le vent saharien que les arbustes s'y tordent à ras de terre et ne se hérissent que de brins de feuilles cassant comme du verre.
          Calcinées et imperméables, elles sont brunes ou blanches, opalines ou violacées, roses ou bleuâtres, suivant que le soleil monte ou décline. L'homme meurt de soif et de faim dans ce paradis de lumière, dévorant comme un enfer. Au contraire, sur tous les escarpements qui regardent le Nord, les cèdres et les pins, les genévriers et les chênes descendent, rangés par tribus, en forêts ombreuses, jusqu'à la bordure des orges et des blés, et, dans le fond des vallées, des femmes aux bandeaux d'argent chantent en éclaircissant à coups de faucilles les moissons trop drues.

          Les plaines qui, depuis le bourrelet du Tell de Boghar et de Tiaret jusqu'à la lisière du pays de palmes, fuient vers le Sud, sont pareilles à des mers d'un vert pâle au printemps, d'un gris terne à l'automne, sans arbres, sous un ciel vide. Celles qu'enveloppent les hautes montagnes voisines de la mer sont des cirques luxuriants où des massifs noirs d'oliviers et de caroubiers se dressent sur des plaques d'émeraude ou d'or.
          Dans les unes, passent des files de chameaux roux, des troupeaux de moutons chargés de laine, flanqués de cavaliers aux jambes brunes, aux profils d'aigles dans les autres, des laboureurs en blouse bleue conduisent des attelages de bœufs et retournent la terre détrempée par les pluies, des Kabyles aux membres lourds enveloppés à demi de grands tabliers de cuir coupent et posent à terre les javelles blondes, des cabanes de branchages se cachent derrière des haies de cactus ou d'épines, des villages blancs aux toits rouges sourient comme des visages amis à travers des bois d'eucalyptus.
          Entre ces contrastes violents, une infinité de nuances donne une valeur particulière à des milliers de régions diverses mais la loi reste toujours la même.
          Le Sahara influe sur l'Europe africaine en sens inverse de l'Océan et de la mer du Nord sur l'Europe française et germanique. Il tarit ses sources au lieu de lui donner des fleuves il en fait autant que possible un pays de vaine pâture; il en livre les trois quarts à la dent vorace des troupeaux. De là, sur les longs et larges espaces de nos hauts plateaux, et jusque dans certaines plaines du Tell, ouvertes au Sud comme des golfes, les tentes noires, grises ou rouges des nomades que nous appelons des Arabes à tout hasard, leur vie biblique, leur endurance, leur mépris des arts et des artifices de la vie moderne, leur courage à la guerre, l'organisation patriarcale de leurs tribus, leurs besoins et leurs richesses, leurs chevaux fins, sobres, infatigables, leurs moutons aux toisons épaisses et vrillées comme celles des mérinos.
Les Indigènes

          Les sédentaires refoulés, Amazig du Déren marocain, Chaouïa de l'Aurès, Kabyles du Djurdjura et des Babors se sont tassés sur les montagnes, les uns retranchés dans des villages pareils aux vieux bourgs de l'Auvergne et de la Bretagne, les autres tapis sous des gourbis misérables, aimant la terre autant que les nomades la dédaignent, jardiniers, laboureurs, ouvriers, et cloisonnés dans des sociétés étroites avec des lois spéciales, propriétaires jaloux de champs d'orge et de fèves, ennemis naturels des pillards qui rôdent autour d'eux, très braves aussi, comme quelques-uns l'ont prouvé en attendant de pied ferme les colonnes de Randon, de Saint-Arnaud et de Lamoricière.

          C'est en vain que des masses de blonds aux yeux bleus, constructeurs de dolmens, se sont répandus sur toutes ces montagnes et ces plaines dans les temps préhistoriques, et que la multitude des colons de Rome y a bâti des villes et des fermes plus nombreuses que ne sont les nôtres. Sans doute les yeux bleus brillent encore un peu partout chez les Amazig, les Chaouïa et les Kabyles, les plus belles filles des environs de Dellys se disent d'origine romaine, les Abdi de l'Aurès prétendent descendre du romain " Bùrgus", et l'on retrouverait encore, si l'on cherchait bien, plus d'un arrière-petit-fils de colon latin chez les nomades qui cavalcadent entre Laghouat et Boghar mais les anciens envahisseurs sémites ont repris le dessus, et de nouveaux les ont accrus. Les montagnards du Riff et du Deren marocain, de la Kabylie, de l'Aurès et du Djebel Nefousa, sans oublier les Beni Mezab, parlent une langue protosémitique, le berbère, et tout le reste parle arabe.

          L'esprit qui prédomine chez eux est celui de la Chaldée, de la Palestine et de l'Arabie, celui qui inspira la Bible, les Apocalypses et le Coran, suscita Moïse, Isaïe, Jésus, Mahomet enfin, plus puissant et plus vivant encore aux extrémités du Moghreb que dans le Hidjaz et le Nedjed.
          Musulmans ils sont, et musulmans ils demeurent avec une ténacité extraordinaire. Abandonnés à la volonté du Dieu unique, ils croient que le moment est toujours proche où les montagnes vont s'envoler dans l'air comme des toisons.
          Alors sonnera l'heure ; Jésus reviendra pour convertir à l'islam les derniers hommes, et tous les autres, réveillés du sommeil de leurs tombeaux, entreront avec eux dans l'éternité des délices ou des tourments.

          C'est quelque chose d'admirable que de voir dans toutes les campagnes, dans tous les déserts et dans toutes les villes soumises à notre domination incrédule ces millions d'hommes sans prêtres prier, jeûner et bénir toujours le Maître des Deux-Mondes, sans que leur condition présente leur arrache une plainte.
          Ils y ajoutent, ce qui n'est pas très coranique, une confiance infinie dans les mérites de leurs intercesseurs, saints très savants ou très sages, illustrés par des miracles ils n'invoquent Dieu que sous les noms secrets qu'ils leur révèlent, ils se conforment à leurs exemples, ils n'aspirent qu'à être les abeilles de leurs ruches, les oiseaux de leurs nids ils forment ainsi des familles en esprit qui se reconnaissent à des symboles, et presque de petites provinces dont l'indépendance est hors d'atteinte.

          En ce moment même où Dieu, qui nous a donné la victoire, leur commande visiblement de nous suivre dans notre voie et d'écarter leurs décevantes espérances, ils pensent encore qu'ils en feront toujours assez pour embellir cette demeure passagère et nourrir ces corps charnels ils souhaitent qu'on les laisse se loger et se vêtir comme ont fait leurs pères. Nos inventions leur paraissent être des jeux trop difficiles à comprendre, nos livres des rêveries misérables en comparaison de celui que l'Ange Gabriel a dicté à leur Prophète.

          Il faut bien le voir et le savoir sans en être surpris outre mesure. Souvenons-nous pour notre part de l'an 1000 et des Croisades. Un marabout, dans leur langue, n'est pas autre chose qu'un religieux, une zaouïa qu'un couvent, les Khouan que des confréries, et parmi ces Khouan, les Snoussya répondent assez aux Dominicains qui massacrèrent les Albigeois, les Derquaoua à l'ordre séraphique des Franciscains, les Aïssaoua aux Jésuites qui leur ont peut-être emprunté leur nom, et même leur fameux " perinde ac cadaver".

          Nos cousins les Sémites ne méritent pas d'autre reproche que celui de persister dans une croyance a laquelle nous avons fait comme eux de grands sacrifices. Il faudrait peut-être aussi considérer que l'islamisme est plus jeune que le christianisme d'au moins six siècles. De ce point de vue, nous aurions tort de mettre exclusivement au compte d'une race la lenteur nécessaire d'une évolution religieuse mais c'est assez philosopher.
Notre Mission

          Voilà le pays que nous sommes destinés à faire entrer, on peut même dire " rentrer " dans le concert européen car nous sommes en cela les héritiers de Rome qui a occupé déjà ce que nous appelons Tunisie, Algérie et Maroc pendant plus de cinq cents ans. Nous croyons à un décret surhumain qui veut que nous étendions notre domination sur cette terre entière pour y appliquer avec persévérance les forces incalculables de la civilisation moderne, réformer la barbarie, refouler le désert, guérir la farouche folie de l'Islam.
          Nous y gagnerons un empire et nous contribuerons une fois de plus au progrès de l'humanité. "Gesta Dei per Francos. " Le cri des croisés est encore le nôtre. C'est un sentiment très élevé de notre rôle nécessaire qui a poussé le prince de Polignac à étendre la main sur Alger juste au moment propice.

          C'est un esprit supérieur aux misérables timidités du temps qui a dicté les conclusions de la Commission de 1835, et inspiré à Lamartine, "député du Nord", son discours décisif en faveur de l'Algérie. C'est la même force divine qui nous a rendus capables de risquer dans cette entreprise cent millions par an et cent mille hommes sur la foi de Bugeaud, d'y persévérer malgré les clameurs des Desjobert dans le Parlement et l'étonnante résistance des indigènes, d'y coloniser malgré la fièvre, l'insécurité et tous les déboires des premières heures. C'est toujours la même idée directrice qui nous anime et nous soutient dans nos crises les plus pénibles.

          En vérité, nous qui avons fait de notre France, dont toutes les parties ne sont pas bonnes, la région de l'Europe la plus également riche, presque un corps vivant dont les routes, les canaux et les voies ferrées sont comme des ruisseaux d'argent, nous serions bien dégénérés si nous ne parvenions pas à mettre en valeur, autant qu'elle puisse valoir, cette Afrique septentrionale, et, quant aux résistances de ses habitants, le siècle qui a vu les Japonais vendre leurs dieux peut bien admettre, que nous réussissions à modifier quelques mœurs anciennes, à fixer des Nomades, à séculariser des Musulmans.
          D'ailleurs, qu'on accumule les difficultés et qu'on crie aussi haut qu'on le veuille à l'impossible, nous n'avons qu'à nous en réjouir parce que notre réponse n'en est que plus éclatante ce que nous avons voulu se fait ; ce que nous avons préparé s'achève ; l'avenir nous est garanti par le passé. Nous avions trois étapes à franchir en Algérie la conquête, la colonisation, l'assimilation. Voyez maintenant où nous en sommes.
Le Passé et le Présent

          La conquête est achevée depuis trente-quatre ans. Toutes nos confédérations sédentaires et toutes nos tribus nomades ont voulu tour à tour, suivant les règles d'honneur des barbares, livrer bataille à la France avant de lui payer l'impôt, et leur résistance a pris toutes les formes des guerres primitives et religieuses.
          Nous avons vu se dresser devant nous des troupes de brigands et des armées, des Hadjoutes et des Réguliers, des cohues de Saints menées par des Maîtres de l'Heure qui regardaient nos généraux comme des Antéchrist, des bandes de braves qui voulaient tout simplement se battre pour la gloire. Nous avons lancé contre eux nos meilleurs soldats et nos généraux les plus intrépides, et le monde, qui ne cessera pas d'aimer les héros, a vu Cavaignac à Tlemcen, Damrémont à Constantine, Lamoricière dans l'Ouarsenis, Canrobert à Zaatcha, d'Aumale à Taguine, Bugeaud enfin partout, pendant sept ans, contre Abd-el-Kader.

          Tous leurs villages ont été brûlés, tous leurs silos ont été pillés dans toutes leurs montagnes et dans toutes leurs plaines des Français sont tombés sous leurs yatagans, et certes, s'il est vrai que l'initiation des peuples exige toujours du sang, il en a coulé suffisamment de part et d'autre. Mais ce sont là des faits lointains. Les cavaliers et les fantassins de la grande guerre de 1845 sont morts ou languissent dans la vieillesse les derniers défenseurs de la Kabylie qui se sont présentés devant le maréchal Randon, tenant en main des branches vertes, ont la barbe grise une génération grandit qui n'a même pas vu l'insurrection accidentelle de 1871, et maintenant une paix s'est établie, universelle, de Nemours à Aïn-Sefra, d'Alger à El Goléa, de La Calle à Ouargla, pénétrant de ses bienfaits des massifs où les maîtres du monde antique ne s'aventuraient pas sans crainte. Les femmes Kabyles descendent seules de leurs villages et voyagent, ce qui ne s'était jamais vu, et les hommes stupéfaits nous disent " Vous valez mieux que nous vous êtes des gens de justice, des Cheurfa. Si vous vouliez dire seulement "II n'y a qu'un Dieu et Mohammed est son prophète ", vous nous précéderiez dans le Paradis."

          Au commencement du siècle, Arago, jeté par une tempête sur la côte de la Kabylie du Djurdjura, était dépouillé par une population de vrais sauvages, et une belle jeune fille blonde criait bien haut qu'il fallait qu'on lui coupât la tête.
          C'est assez dire qu'un chrétien n'allait pas loin en Algérie avant 1830. Aujourd'hui la population française établie, non seulement dans nos villes, mais jusque dans nos steppes et dans le désert, comprend au moins 220.000 âmes auxquelles il faut ajouter 43,000 israélites naturalisés, et ce que l'administration appelle "la population comptée à part ", savoir l'armée, les mendiants, les voleurs, les fous, et, grand merci, les membres de l'Université, en tout 66,000 hommes.

          Nous y avons introduit à notre suite, et nous absorberons 204,000 étrangers, Anglo-Maltais, Italiens, surtout Espagnols, et, chose singulière, mais qui nous fait honneur en comparaison de ce qu'on sait du Mexique et de l'Australie, cette invasion totale d'un demi-million d'Européens, bien loin de déprimer la population indigène, lui a communiqué une étonnante vigueur. Nous ne comptions que 3,255,000 indigènes en 1881 cinq ans après, ils s'étaient accrus de 498,000, et le prochain recensement nous en donnera peut-être quatre millions.
Les Colons

          Près de la moitié de ces Européens s'applique à revivifier la terre. Ils l'avaient cru d'abord merveilleusement féconde. Ils l'ont trouvée fiévreuse, dure, anémiée par de mauvais traitements séculaires, et ils ont gravement souffert de ses maux ; mais si quelques-uns ont dû lâcher prise, la plupart se sont obstinés à l'assainir. Les races se sont alliées pour soutenir la lutte, les Français et les Espagnols ont mêlé leur sang, et aujourd'hui nous constatons avec orgueil que 48 pour 100 de nos Français algériens sont nés dans les départements qu'ils habitent. C'est le bulletin d'une victoire dont les conséquences sont infinies.

          Après les douloureuses épreuves de Boufarik qui a renouvelé trois fois sa population agricole, et de tant d'autres villages où l'ignorance et la paresse ont trop souvent fait la misère, voilà que cette population stable et capable d'encadrer à coup sûr un nombre quadruple d'immigrants nous donne le spectacle de 414,000 hectares labourés par elle-même ou sous sa direction, à la française, et produisant annuellement 3,200,000 quintaux de céréales. La valeur de son matériel agricole dépasse 20 millions ; son cheptel est de 688,000 têtes de bétail.
          La culture de la vigne à elle seule est étonnante. Sans la comparer encore à celle de nos vieux départements de France, il n'est que juste de déclarer qu'elle témoigne d'une audace et d'une énergie rares. On ne peut plus que sourire en lisant dans Genty de Bussy ou dans les œuvres de l'immortel Desjobert, député de Neufchâtel, que l'Algérie n'est bonne qu'à produire des raisins de Corinthe, quand on a vu nos colons créer en vingt ans 100,000 hectares de vignobles qui produisent près de deux millions d'hectolitres, et représentent une valeur de 400 millions.

          Ajoutez-y cent industries diverses, l'exploitation de l' alfa et du liège, la fabrication de l'huile, toutes les tentatives faites pour mettre en valeur le fer, le cinabre, le plomb, le zinc, le cuivre, le marbre, dont quelques-unes de nos montagnes sont gonflées pensez enfin que ces Français sont les intermédiaires des indigènes auxquels ils ouvrent en dernier lieu les marchés de l'Europe, et vous comprendrez cette autre merveille qu'un pays, dont les exportations et les importations réunies n'atteignaient pas à huit millions en 1830, se soit élevé en soixante ans, malgré vingt années de guerre et plus de dix ans de tâtonnements, à une exportation de 251.645.397 francs, et à une importation de 249.206.337.
          Le signe de la richesse est là. Sur ce total de plus de cinq cents millions, l'exportation de l'Algérie dépasse son importation de 2.441.000 francs. De là toute une flotte qui sillonne la Méditerranée, et dans nos ports 4,700 navires jaugeant ensemble plus de quatre millions de tonneaux, tandis qu'il n'en sortait autrefois que des galères de course, et qu'il n'y entrait que des marchandises volées ou des esclaves.
Les Résultats de la Conquête

          Maintenant tournons-nous vers ces trois millions et demi d'Arabes et de Kabyles musulmans que nous avons pris en charge, les ayant conquis car la conquête n'est légitime que quand elle profite au vaincu. Certes nous les trouverions impénétrables, et jamais notre force, fût-elle dix fois plus grande, ne briserait leurs âmes, si nous étions ce que nous avons été, il y a quatre cents ans, alors que nous nous massacrions entre nous pour une phrase de l'Evangile mais ce qui ne se pouvait au seizième siècle est facile aujourd'hui.

          Nous avons mis la liberté de conscience au-dessus même de nos lois, et voilà que tous ces barbares stupéfaits de notre clémence après nos victoires, émerveillés de notre tolérance, s'expliquant à peine par quel prodige nous semblons créés pour pacifier la terre, prennent confiance en nous, obéissent à notre direction, oublient peu à peu leurs apocalypses et reculent dans un avenir indéfini leurs fanatiques espérances. Ils gardent leur foi profonde en leur Dieu et en son prophète mais ils se reprennent avec nous et par nous à la vie réelle.

          Voilà vraiment le premier degré de ce qu'on appelle avec trop d'emphase l'assimilation des indigènes. Qu'on n'objecte pas quelques révoltes isolées, soubresauts inconscients d'un peuple qui se transforme qu'on n'imagine pas non plus qu'ils ne fléchissent que devant la terreur de nos armes. Ils nous reconnaissent pour leurs supérieurs dans les affaires de ce monde ils consentent, autant qu'ils le peuvent à tout ce que nous exigeons d'eux dans leur intérêt ou dans le nôtre, et de là résulte naturellement une révolution profonde dont l'importance égale déjà celle de ta colonisation même.

          Coureurs de steppes et montagnards nichés sur des roches abruptes, tous ensemble n'avaient pour règle politique avant notre arrivée que la loi sauvage des représailles. Les fractions d'une même tribu, les quartiers d'un même village, s'entrebattaient. Aucun homme chez eux ne dormait la nuit. Aucune femme n'osait perdre de vue sa tente ou sa maison. Ils s'alliaient aux ennemis de leurs ennemis, sans distinction d'origine, et ce qu'ils appelaient la paix était la ruine des uns, le triomphe des autres.
          Gouverner et manger avaient le même sens dans leur langue, et les vaincus en prenaient leur parti comme les vainqueurs, le monde, disaient-ils, étant ainsi fait par un décret de la Providence. Nous avons en vingt ans débrouillé, démêlé, groupé dans d'autres cadres cette société farouche.

          De tous ces hommes qui vivaient à peu près sans maîtres, comme les pasteurs du temps d'Abraham ou les Germains de Tacite, les Bureaux Arabes ont fait des contribuables répartis dans des circonscriptions nouvelles et pacifiques, puis le temps est venu où nous les avons fait passer presque tous sous le régime du droit commun.
          Leur code pénal est tombé tout entier. Nous l'avons abattu d'un mot et remplacé par le nôtre, sans qu'ils s'en soient plaints. Cependant il se composait soit de coutumes extrêmement anciennes, soit de lois dérivées de l'interprétation du Coran lui-même. Autrefois, quand un Kabyle avait tué un homme dans un village voisin du sien, les parents du mort tuaient à leur tour, non pas le meurtrier, mais un homme quelconque, égal en valeur à celui qu'ils avaient perdu. Chez les Arabes, le meurtre se soldait à prix d'argent, et une femme valait communément la moitié d'un homme. Dans ces sociétés armées jusqu'aux dents les blessures et les coups étaient tarifés comme des marchandises.

          Aujourd'hui ce sont des jurys pareils à ceux de la France qui jugent tous les bandits et tous les voleurs en burnous il est même fâcheux qu'ils leur ressemblent tant, car ils sont composés de Français seuls. Nous avons substitué nos juges aux leurs dans la majeure partie de leurs affaires civiles, depuis 1886. Des Français commentent les "kanoum " kabyles ; des Français appliquent le code malékite de Sidi Khalil, excepté en matière de succession et de statut personnel, et, si nous n'avons pas renversé cette dernière barrière, c'est que la famille musulmane est constituée, non par ce code ou quelque autre, mais par un passage du Coran révélé à Mohammed. Nous ne nous sommes arrêtés que devant la parole même de l'ange Gabriel. Or, dans tout cela ils acceptent sans murmurer notre ingérence ; ils se soumettent à notre autorité.

          C'est à nous seulement de savoir, dans l'intimité de notre conscience, si nous sommes bien capables de supporter une telle charge; c'est à nos magistrats de se demander, avant de s'asseoir à leurs tribunaux, s'ils sont suffisamment versés dans la loi musulmane et dans ses commentaires, s'ils ont le sens assez délié pour y faire pénétrer l'esprit moderne sans la violer, s'ils comprennent bien les arguments des parties, s'ils n'accordent pas trop à leurs interprètes. Toutefois, quel progrès encore, et avec quelles facilités inespérées nous nous avançons par-là jusqu'au cœur de l'Islam !
L'Instruction publique

          Enfin l'instruction publique a pris son essor de leur côté, bien tard sans doute, trop tard même ; mais ne récriminons pas. Nous pouvons, si nous le voulons, regagner le temps perdu. De toutes les idées exprimées dans les dernières séances du Sénat celle-là surtout s'est imposée qu'il est urgent de développer l'enseignement professionnel et progressif des indigènes. L'attention publique s'y est fixée ; la France y voit l'achèvement de son empire ; tous les essais de la première heure sont terminés nous pouvons aller tout droit prendre les âmes de leurs enfants. La preuve en est encore un faisceau de faits éclatants et irréfutables. A certaines assertions inqualifiables nous opposons des écoles déjà prospères non pas dans les grandes villes et sous la pression des Européens, mais dans les montagnes mêmes de la Kabylie, et dans le Sahara même.

          Ces écoles de la Kabylie, les premières, celles que M. Jules Ferry, alors ministre de l'instruction publique ; M. Rambaud, son chef de cabinet, et quelqu'un que je ne puis nommer, ont enfoncé, il y a dix ans, comme des clous d'airain en pleine masse indigène, ces écoles mères d'où toutes les autres procèdent et procéderont innombrables dans l'avenir, je voudrais qu'un génie pût les emporter telles qu'elles sont à cette heure, pleines d'enfants en chemises blanches, aux calottes rouges, et les poser en plein Paris, sur la place de la Concorde.

          Pas un Français ne nous refuserait sa bourse pour mener à bien cette entreprise grandiose au bout de laquelle nous entrevoyons, après autant d'années qu'on le voudra, quatre millions de plus de compatriotes. A Tamazirt, non loin de Fort-National, sur le bord de la route ouverte en trois mois par l'armée en 1857, cent quatre-vingts enfants kabyles viennent tous les jours parler français, lire du français, désapprendre leur barbarie.
          Il en est de même sur la montagne abrupte des Beni-Yenni, au milieu de la confédération qui s'est le mieux battue contre nous à Icherriten. Là, des ouvriers français leur apprennent en outre à travailler le bois et le fer. L'école de Djemaat-Sahridj, dans la vallée du Sébaou, n'est pas moins fréquentée.
          N'est-ce pas non plus une merveille décisive que l'école d'El-Oued, et celle de Touggourt, et celle de Ghardaïa? Où sont-elles vraiment ? Dans le Souf, dans l'Ouâd-Righ, dans le Mezab, à des distances énormes de la côte, dans les oasis les plus lointaines de notre Sahara, au milieu de Chanaéens purs.

          En 1882, nous n'avions encore créé que 16 écoles indigènes. Aujourd'hui nous en comptons 122, et même un peu plus, desservies par 195 maîtres et fréquentées par 11,080 enfants. 76 classes nouvelles, dont les bâtiments sont prêts, pourraient fonctionner sur l'heure 49 autres déjà constituées sur le papier peuvent les suivre en 1892, et il n'est pas difficile de trouver les 125 instituteurs qui les dirigeront. L'Etat n'y a dépensé jusqu'ici que 218.000francs par an. Que sera-ce quand cette subvention misérable sera, comme il convient, au moins décuplée ?
          Allons, encore une fois ayons confiance, et haut les cœurs !

          Voilà ce que nous faisons en Algérie.
          Concluons.
C'est ainsi que la France prend possession de l'Afrique du Nord. Car, n'en doutez pas, nous passons là par une épreuve après laquelle rien ne nous résistera, depuis la Tripolitaine jusqu'à l'Atlantique, absolument rien, ni la terre ni les âmes. Ce n'est pas seulement l'Europe, c'est le monde africain tout entier qui nous regarde. Chaque coup de sonde que nous donnons dans le désert retentit dans l'Islam chacun de nos bienfaits renverse un des obstacles qui nous séparent de nos voisins.
          En vérité, la Tunisie s'est donnée plutôt qu'elle n'a été conquise. Le Maroc aussi se donnera. Il nous coûtera plus cher, dit-on. Oui, sans doute. Il attend que nous ayons dépensé plus de millions encore pour donner à ce pays un éclat irrésistible. Il attend surtout que nous ayons dépensé toutes les ressources de notre cœur et de notre génie pour assurer à tous les hommes pareils à ceux qui couvrent ses plaines et ses montagnes la paix intérieure et le bien-être dont ils sont capables sur la terre. Quand cela sera fait, nous ne le verrons pas peut-être mais nos neveux le verront ; le Maroc se tournera de lui-même vers nous pour se fondre dans la grande nation libérale et éducatrice des Musulmans.
Emile Masqueray
           


Chez la coiffeuse
Envoyé Par M. L. Aymes


          - Une dame est en train de se faire coiffer.
          - Pour tuer le temps pendant la coupe, la coiffeuse entame la conversation :
          - Vous avez prévu quelque chose pour les vacances ?
          - Oui, on part à Rome avec mon mari
          - Quelle idée ! C'est sale, ça pue, c'est moche ! Et vous y allez comment ?
          - En avion avec ALITALIA
          - Quelle idée ! Ils sont toujours en retard, le service est minable, il y a une hôtesse pour 100 passagers... Et vous descendez où ?
          - À l'hôtel Astoria.
          - Quelle idée ! C'est surfait, le service n'est plus ce qu'il était, c'est hors de prix, ça sent le moisi, le personnel est nul. Et vous avez prévu quoi ?
          - On va visiter la Ville Éternelle, puis surtout le Vatican.
          - Quelle idée ! Vous verrez le palais, certes, mais c'est un miracle si vous apercevez le Pape à son balcon, et de là où vous serez, vous verrez une tache blanche dans le meilleur des cas…

          Le mois suivant, la dame retourne faire rafraichir sa coupe.
          La coiffeuse qui la reconnait entame la conversation :
          - C'est bien vous qui êtes allée à Rome ?
          - Oui.
          - Alors, c'était comment ? Pas trop déçue ?
          - Franchement non ! Bien au contraire
          - Ah bon ?
          - Déjà, l'avion : service parfait, personnel aux petits soins: on n'a pas senti qu'on décollait, ni même qu'on atterrissait,on y était déjà.
          - ça alors ...
          - Et l'hôtel ?
          - Fabuleux : il venait d'être refait à neuf, le personnel était charmant, et pour fêter la rénovation ils nous ont offert 2 jours de plus !
          - Hé bien, vous avez eu de la chance ! Et le Vatican ?
          - On a eu droit via l'hôtel à une visite de l'intérieur du Palais.
          - Ben vous êtes vernis, vous ! Et le Pape au balcon, vous l'avez aperçu ?
          - Mieux encore ! À la fin de la visite, son secrétaire personnel nous a interpellés, mon mari et moi et nous a dit que Sa Sainteté avait décidé de proposer un entretien privé à un couple chaque jour.
          - C'est sur nous que c'est tombé !
          - Incroyable, et comment ça s'est passé ?
          - On a eu un entretien privé de 30 minutes en tête à tête.
          - Je me suis agenouillée pour lui baiser la main selon le protocole...
          - ça alors ! Et ensuite ?
          - Il m'a gentiment passé la main sur la tête.
          - Et que vous a-t-il dit ?

          - Il a juste dit :
          "Mais qui vous a fait cette coupe de merde ??? "
         



Le jeu des surnoms et des sobriquets
Envoi de M. Christian Graille

               A Alger on se soucie généralement fort peu du prénom d'un voisin, et son nom patronymique suffit à définir son état civil. A Bab-el-Oued c'est le contraire.
               Il ne servirait à rien à connaître le nom de famille de celui que vous cherchez si vous ignorez le sobriquet que le petit peuple a accroché à sa silhouette ou à la rigueur son prénom.
               " Je m'appelle Manzanaro m'a dit mon ami le propriétaire du bar Riri. Mais personne ne me connaît sous ce nom. En revanche demandez Paquito… et presque tout le monde vous indiquera où me trouver ! "

               Il en est de même des voisins de Paquito, un sobriquet ou un prénom c'est à Bab-el-Oued, le " sésame ouvre-toi " de la mémoire.
               Cependant la prodigieuse diversité des sobriquets, leur cocasserie irrésistible nous ravissent comme un jeu inédit plus de surprises amusantes.
               Chacun d'eux est une énigme … et dès que l'oreille l'a enregistré, l'esprit tente de reconstituer le mécanisme qui a présidé à son invention.

Les surnoms, un thème inépuisable.

               Une familiarité affectueuse pousse les gens simples à appeler leurs voisins par leur prénom.
               Mais les prénoms ne sont pas l'exclusivité d'une seule personne, il n'y en a pas assez pour que tout le monde puisse avoir le sien propre, le sobriquet est un essai d'identification de tous les :
               - Pascal, Joseph, François, Marcel ou Vincent que les caprices des parents ont réunis sous la houlette du même saint.
               " - J'ai vu François, dit l'un
               - Quel François ? Demande l'autre ".
               Le premier interlocuteur cherche. Il ne connaît pas le nom de famille mais il sait que François est menuisier. Il dit " François le menuisier ! "

Le sobriquet est né.

               On peut très schématiquement classer les sobriquets selon leur origine… selon :
               - qu'ils ont été inspirés par un métier,
               - une difformité physique,
               - un détail du costume,
               - une coquetterie ou
               - une manie
               - et enfin le lieu où l'homme habite ou celui d'où il vient.

               La bonne vieille Marie Zammit, qui habite à côté de l'usine Castan où se trouvait autrefois un dépôt d'ordures est laitière.
               Tout Bab-el-Oued se rappelle l'avoir vu livrer ses petits bidons de lait de porte à porte. On l'appelle Marie la laitière.
               Les infirmités et les petites particularités physiques ont inspiré beaucoup de sobriquets.
               Tout le monde se souvient de " Popaul l'aveugle " qui distribuait les journaux dans les boites sans jamais se tromper, pour que chacun reçoive l'écho ou la dépêche de son choix.
               Plus près de nous, les clients du bar des Avenues ont baptisé le patron François Neuf Doigts par opposition avec un autre François que l'on appelait François Onze Doigts.

               Mais j'ai découvert depuis un pseudonyme plus coloré encore.
               C'est celui de Toni dit " Taillade " ce qui veut dire " Toni les doigts coupés ".
               - Les costumes,
               - les coquetteries ou
               - les détails du visage sont aussi une source inépuisable de sobriquets.

               L'un des personnages de Musette s'appelle Çuila qu'il a la calotte jaune… et aux temps héroïques de Bab-el-Oued quand les bandes rivales s'affrontaient aux frontières des quartiers, celle qui commandait " l'Oxygénée " fit longtemps régner la terreur.
               C'était un temps où les coiffeurs pour dame n'ayant pas encore appris à décolorer les cheveux, et où d'autre part une chevelure jaune paille paraissait assez insolite à Bab-el-Oued, on était conduit à déduire que l'intéressé avait usage d'eau oxygénée qui dit-on, permet de parer le système capillaire d'une auréole de lumière.
               A " l'Oxygénée " s'oppose un autre sobriquet emprunté aussi à la couleur de la chevelure. C'est " Michalète el Rouque " c'est-à-dire " Michel le Rouquin. "

               Ce n'est pas tout. On ne compte plus les " Zyeux bleus " ou les " zyeux de chat " et naturellement " gros z'yeux " qui est un sobriquet emprunté à un spécimen de la faune sous-marine que le peuple des pêcheurs connaît bien.
               Enfin dans le même chapitre, il faut ajouter le sensationnel sobriquet " Foraïna " qui veut dire mille choses compliquées et en particulier " débrouillé " ou " paysan du Danube " que l'on traduit encore par " fourachaux ".
               Mon ami Monsieur Jacques, prince des forains et roi de la loterie de vaisselle s'appelle " Jacques le Nantais " parce qu'il a travaillé en Bretagne ; c'est un exemple de sobriquet emprunté à un nom de lieu.
               La rubrique des surnoms qui dérive des manies ou des petits défauts est fournie. " François la bloff " se passe de traduction.

               Les personnages de Musette s'appelaient " Chicanelle " et " Scaragolète " parce que l'un était irascible et l'autre indolent.
               Surtout un sobriquet appartenant à cette série à fait fortune.
               C'est " embrouilloune " dérivé " d'embrouille " soit celui qui complique tout… qui est toujours empêtré dans des histoires invraisemblables et dont la seule apparition enfin suffit à envenimer les choses.
               Que d'" Embrouillounes " ne connaissons-nous pas tous autour de nous, dans les cercles familiers que nous côtoyons tous les jours.

               Il reste les cas exceptionnels…. Les associations de deux mots comme " Longo-Touil " qui veulent dire la même chose en espagnol et en arabe et qui " allongent " encore ceux qui héritent de ce surnom.
               Il y a enfin les plaisanteries inimitables, les trouvailles " introuvables ". Je les offre pêle-mêle à votre gaieté et à votre goût de l'humour méditerranéen. Il y a :
               - " Maurice Lebouc dit la Chèvre "… ",
               - " Jean la Basse " qui avait une belle voix ou encore
               - " Canaro " qui marchait peut-être Comme un canard et
               - " Qiko Cabota " qui avait la tête dure.

               Je passe simplement sur les innombrables " Sardina ", " tramousse " et j'en arrive tout de suite au chef d'œuvre.
               Un charretier des Baléares avait été surnommé " Babaou " qui veut dire " le fou ". Au temps des luttes antisémites il s'était fait tatouer sur le front le cri de guerre " vive Régis ". Avouez qu'il y avait de quoi être appelé " Babaou ".
               On multiplierait les exemples à l'infini. Bab-el-Oued ne se lasse pas de jouer à ce passionnant jeu des surnoms.
               Il est l'indice infaillible de la jeunesse d'un peuple… et le peuple français lui-même dans son jeune âge a baptisé irrévérencieusement ses rois :
               - " Charles le chauve ",
               - " Louis le gros ",
               - " Pépin le Bref " ou ce qui est encore pire
               - " Charles le bâtard ! "

               Ce n'est qu'une raillerie affectueuse. Elle nait d'une gaieté spontanée doublée d'une habileté à trouver le mot qui fait image pour rire.
               C'est une forme d'humour qui procède d'un esprit d'observation aiguisé par l'intelligence.
               C'est peut-être aussi une inconsciente revanche du petit peuple sur le grotesque et les stupidités de la Condition Humaine.
               C'est en tout cas un rite qui fait partie de la vie de Bab-el-Oued.

               Je demandais à un groupe d'amis réunis autour de quelques anisettes :
               " - Comment s'appelle un tel ? "
               On me donna son sobriquet.
               Je voulais son nom de famille. On se mit à chercher en émaillant cette méditation difficile d'expressions colorées.
               Soudain l'un des hommes explosa :
               " - j'ai trouvé,
               - comment s'appelle -t-il ?
               - je ne peux pas vous dire son nom dit mon bonhomme, mais je sais qu'il s'appelle la même chose que çuila qu'on appelait caisse de mort dans le temps ! "
               J'étais renseigné ! ! !
Bab-el-Oued raconté à Toinet.
Jean Brune le journaliste. 1955.


Du couscous au caïmac.
Envoi de M. Christian Graille

               De même que les Allemands ont pour plat national la choucroute et les Italiens le macaroni, le mets favori par excellence des Algériens est le couscous qui, du reste, est également le régal des Marocains.
               A Tlemcen, l'une des villes algériennes les plus voisines de l'Empire du Moghreb, on ne peut manquer de goûter quelquefois de ce mets qui est le plat de résistance de la cuisine européenne et indigène.
               Le couscous que l'on prononce couss-couss, se prépare avec de la semoule cuite à l'eau sur laquelle on verse, après l'avoir égouttée, de la graisse de bouillon.
               Pour ce faire, on place la semoule cuite dans un cabas de paille tressée qui a la forme d'un pain de sucre dont on a recoupé la pointe ; c'est ce cône tronqué qui sert à tamiser le bouillon dont la graisse s'amalgame autour des grains de semoule et compose ainsi les globules du couscous.
               Ce mets se mélange avec la sauce des plats de viande que l'on sert en même temps et on l'emploie aussi avec de la viande hachée pour farcir les courges.
               En Algérie, comme ailleurs en Orient, la cuisine possède en outre de nombreuses ressources qui lui sont à peu près spéciales.

               Le pilaf en est une des plus communément répandues. La base du pilaf est le riz bouilli sur lequel on verse une sauce aux tomates et qu'on mélange soit avec des morceaux taillés menus de viande de bœuf et de mouton, soit avec de la volaille découpée ; il y a :
               - du pilaf aux rognons,
               - du pilaf aux foies de volailles,
               - du pilaf aux ortolans,
               - aux crabes,
               - aux écrevisses,
               - aux huîtres,
               - aux moules,
               - aux coquillages assortis qu'en italien on désigne sous l'appellation générique de fruits de mer,
               - aux grives, aux merles, aux bécassines.


               Les montagnes de pilaf ou de riz bouilli qui recouvrent les tables orientales recèlent tour à tour dans leurs flancs toutes ces différentes espèces de viandes et de gibiers. Quand le riz est imbibé d'une sauce au piment et qu'on le sert avec du poulet en fricassée, ce genre de pilaf se nomme curry, plat que l'on dit indien mais que le goût britannique a répandu dans beaucoup de contrées méditerranéennes.
               Le riz du pilaf a pour cousine germaine la polenta italienne, cette farine de maïs que les tables algériennes ne dédaignent pas non plus et qui y figure sous la forme de soufflets dorés et appétissants.

               Les macaronis de fabrication locale ou napolitaine y occupent aussi, parmi les farineux, la place respectable à laquelle ils ont droit ; mais, sous ce rapport, c'est surtout par la permanence et la variété des espèces de légumes que la cuisine algérienne se distingue.
               Tout l'hiver presque, sauf peut-être en janvier, mois pendant lequel ils sont moins abondants, les petits pois verts se vendent au marché et se consomment communément.
               - Les fèves sèches,
               - les lentilles,
               - les haricots verts et écossés fournissent d'inépuisables ressources.


               Parmi les autres légumes :
               - les salades, les endives, les laitues, les choux-fleurs, les choux cabus, les radis, les navets, les fèves de marais, les asperges, les tomates, les artichauts, les carottes, les cardons, les épinards, les oignons, les poireaux, le persil, les céleris, le cresson de fontaine ne font sur les marchés comme sur les tables de courtes absences.
               Avec les pommes de terre nouvelles, ces légumes frais se trouvent toujours en nombre suffisant pour fournir :
               - les éléments des hors-d'œuvre,
               - des assaisonnements et
               - des salades russes.

               En automne et au printemps ce contingent est renforcé par les aubergines et les courges que l'on vide de leurs graines pour les farcir.
               Aux aubergines on doit aussi d'excellents beignets.
               Les purées de pois et de marrons accompagnent souvent les viandes de boucherie et la côtelette de mouton, à la purée de pomme de terre, n'est pas l'un des moins fréquents parmi les mets algériens.

               Parmi les gibiers, la première place appartient au sanglier ; c'est le gros gibier algérien par excellence ; à Alger comme dans l'Ouest on sert de succulentes côtes de marcassin et des filets de sanglier au Madère non moins tendres :
               - Les grives,
               - les perdreaux,
               - les lapins,
               - les cailles,
               - les alouettes,
               - les bécasses,
               - les bécassines,
               - les lièvres,
               - tout le petit gibier à poil et à plume des régions tempérées est une autre source d'approvisionnement pour les tables pendant l'automne et l'hiver.


               Les poissons tiennent dans l'alimentation la place qui leur revient :
               - les sardines frites et autres fritures de menu fretin qui rentrent dans la cuisine provençale à l'huile sont recherchées des gourmets,
               - les rougets, les anchois, les anguilles, les soles, les maquereaux,
               - le mulet, le turbot, le bar, sont fournis par les pêcheries des côtes algériennes ainsi que les coquillages et particulièrement ces fruits de mer que l'on appelle, en Provence, clovisses ou praires.

               A cela, il faut ajouter la morue séchée et la brandade qui en dérive, ce mets favori de Thiers, le grand Marseillais qui fut Président de la République après avoir été l'historien du Consulat et de l'Empire.
               A ce point de vue Tlemcen ne le cède pas aux ports de mer et son marché aux poissons, sur la place de la mairie, est abondamment garni.
               A moins d'être frais, les fromages du pays ne sont pas très recommandables, à cause de leur fumet excessif et irritant ; mais les fromages blancs à la crème sont rafraîchissants et hygiéniques.

               En Algérie les boulangers aiment à donner à leurs pains blancs la forme de couronnes que les ménagères sorties le matin en quête de provisions se passent autour du bras de la même manière que les collégiens qui reviennent de la distribution des prix portent leurs couronnes de lauriers.
               Qu'ils soient longs comme des cannes d'incroyables ou ronds comme des ceintures de sauvetage, ces pains pétris et cuits à la française ne le cèdent en rien aux pains arabes, saupoudrés d'anis ou de riz concassé dont on peut se procurer aisément les échantillons à Tlemcen.
               Fréquemment, dans les rues de la ville, on croise des indigènes qui portent sur la tête une planche où sont posés les galettes rondes qu'ils vont faire cuire au four voisin.
               Quelques fioritures y sont burinées dans la pâte. Leur goût relevé par l'anis n'est pas désagréable et leur croûte est moins dure que celle des pains blancs des boulangers européens.
               Pendant la morte saison :
               - les mandarines et les oranges fraîchement cueillies,
               - les grenades,
               - les dattes sèches, rondes et entières ou entassées dans des cabas où elles se coagulent en pâte,
               - les figues bleues ou grises,
               - les amandes,
               - les raisins secs,
               - les noix et les noisettes ne cessent de garnir les étalages des fruitiers ou les vitrines des détaillants.


               Les oranges surtout se renouvellent constamment et ceux qui les vendent y laissent adhérer quelques feuilles vertes, preuve de leur cueillette récente.
               D'espèces diverses, les oranges ont l'écorce tantôt mince, tantôt épaisse et propre à la fabrication du curaçao ; moins savoureuses les oranges purpurines figurent aussi en tas sur les marchés.
               Parmi les différentes sortes de dattes sèches, les plus délicieuses sont les dattes transparentes dites du Fars, qui est une province de la Perse.
               Les brunes sont les plus communes ; les unes sont grasses et adhérentes au noyau ; les autres plus sèches sont beaucoup plus légères et le noyau joue à l'intérieur comme une noisette dans son écale ; souvent ces dernières sont véreuses malgré leur bel aspect.
               Il y a aussi des dattes violettes d'une espèce plus forte ; la peau en est ratatinée comme celle des prunes sèches auxquelles elles ressemblent.
               Il y a, en outre, des dattes rondes, plus rares et d'autres plus allongées que l'on exporte plus communément.

               Toutes ces variétés et tous ces procédés de conservation ne sont pas connus en Europe, où, généralement, on ne voit que les dattes rangées en boîtes et celles qui sont empaquetées dans les cabas.
               Outre les différents procédés de conservation les plus usuels auxquels on doit les dattes en régimes, en boîtes, à l'état sec ou en pâte, on fabrique aussi en Orient une mixture de dattes et d'amandes dont on farcit des peaux de chevreau entières ou découpées en morceaux, de façon que dans le cuir recousu soit renfermée la ration d'une seule personne.
               Ce mélange aggloméré se conserve et se transporte ; il sert de nourriture aux Bédouins du désert dans l'alimentation desquels la datte joue un rôle fort important. La confiture de dattes est un entremets délicat ; on l'obtient par la cuisson du fruit frais mais arrivé à maturité complète.
               En joignant à la datte confite une crème sucrée nommée caïmac (crème sucrée accompagnant les dattes), par les Turcs, on compose un plat doux qui est le triomphe de l'art culinaire oriental.

               La récolte des dattes est une périlleuse entreprise qui coûte annuellement la vie à quelques grimpeurs hasardeux ; pour s'élever sur le tronc rugueux des dattiers en haut desquels les régimes de dattes mûres s'abritent sous la couronne de palmes, les cueilleurs se passent entre les deux pieds une corde qui leur aide à accomplir la dangereuse ascension.
               De plus, ils tiennent des deux mains un second lien qu'ils lancent successivement au-dessus de leur tête dans les rainures laissées par la racine des feuilles disparues sur le tronc de l'arbre qu'ils embrassent ainsi par le haut et le bas, la corde des pieds s'appuyant sur la partie antérieure, tandis que celle des mains s'accroche de l'autre côté de l'arbre, sur des aspérités invisibles pour le grimpeur.
               Celui-ci monte en se hissant à la force du poignet et en s'appuyant sur ses chevilles pendant que, d'un bond de la corde qu'il tient des deux mains il cherche au-dessus de sa tête un point d'appui plus élevé.

               Arrivé en haut, il recueille les dattes dans un tablier qu'il porte attaché à la ceinture et il descend avec son fardeau une fois qu'il a dépouillé l'arbre de tous ses fruits.
               La besogne du grimpeur se borne souvent à détacher les dattes de la couronne à laquelle elles adhèrent pour les faire tomber au pied du dattier sur des toiles tendues d'avance pour les recevoir. Lorsque même il ne se charge pas des dattes sa tâche réclame autant de sang-froid que d'agilité.
               Des noires, inaccessibles au vertige ne dédaignent pas de s'y livrer en s'élevant à la cime des dattiers dont la tige menue et flexible rend un hommage aussi éclatant à leur intrépidité qu'à la légèreté de leur poids.

               Avec ou sans le concours du couscous, tel qu'il a été décrit conformément aux procédés de fabrication d'Oran et de Tlemcen, les repas algériens se distinguent autant par l'abondance que par la variété des ressources culinaires.
               Ils sont arrosés de vins d'Afrique, blancs ou rouges dont il serait superflu de vanter les qualités ; le bouquet des vins des meilleurs crus algériens, parmi lesquels ceux de Tlemcen occupent l'une des premières places, ressemble tantôt à celui des vins de Bourgogne, tantôt à celui des crus de la Gironde et cette comparaison méritée est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'eux.
               Plusieurs clos algériens ont des noms connus, sinon en Europe, du moins en Afrique ; A Alger les vins que l'on vend en bouteilles sont désignés par des étiquettes qui indiquent leur lieu de provenance.

               Dans la province d'Oran, le vin de Tlemcen est presque le seul qui soit coté à part ; les autres sont vendus sous l'appellation générique de vin rouge ou blanc d'Algérie ; on y joint quelquefois la mention de l'année de la récolte.
               Outre ceux qu'on exporte, il en est qui sont destinés à la consommation locale et débités dans les buvettes ; ces vins sucrés rappellent les produits italiens et ne se conservent pas.
               Entre ces liqueurs communes et les vins fins qui se vendent en bouteilles cachetées se placent les crus ordinaires de l'année qui sont généralement consommés comme vins de table dans les hôtels et les maisons françaises.
               On les boit purs ou coupés d'eau et un mélange à parts égales est ce qui convient le mieux en mangeant.

               En Algérie le prix du vin est modique ; c'est une boisson qui est à la portée de toutes les bourses ; l'artisan et l'ouvrier en consomment journellement.
               A Oran surtout, où elles sont encore plus nombreuses qu'à Alger, les buvettes ne désemplissent pas. Des hommes du peuple, attablés ou debout près du comptoir y prennent leur absinthe ou leur verre de vin.
               On débite du vin au litre pour huit, six et même quatre sous.
               Une bouteille cachetée de l'année coûte un franc ; on paye un franc cinquante, deux francs et au-delà pour les produits des récoltes antérieures.
               Le prix du vin rouge est proportionnellement plus bas que celui du vin blanc.

               Dans les principaux cafés d'Alger et aussi dans quelques établissement d'Oran on consomme de la bière qui coûte six à huit centimes le verre ; la bière en bouteille se trouve plus répandue dans les buvettes mais on en consomme beaucoup moins que du vin parce que, eu égard aux prix courants de ce dernier, la bière est une boisson chère.
               On vend à Tlemcen, au prix d'un franc la bouteille, un vin blanc du pays qui offre beaucoup de ressemblance avec le Sauternes. C'est le vin français duquel son goût le rapproche le plus.
               Quoique pour être connu et apprécié, il n'est besoin d'être comparé à aucun autre, comme c'est en quelque sorte un produit nouveau qui n'a pas sa place marqué sur les cartes de restaurant à côté :
               - du Grave,
               - du Pisporter,
               - du Nuits et
               - du Johannisberg,

               Force est bien de lui chercher des analogues parmi les autres vins blancs.

               Les crus espagnols liquoreux, sucrés et alcooliques, desquels il tient cependant, n'en donneraient qu'une idée inexacte et il s'éloigne encore bien davantage des vins froids et aigrelets du Rhin et de la Moselle.
               La douceur mielleuse du Château-Lafitte, ce cru si distingué, si onctueux et si apprécié de la Gironde lui est également étrangère. Il a du cœur, de la chaleur et du bouquet comme le vin moderne de Falerne (vin de Campanie en Italie réputé depuis l'antiquité) qui, en Italie, figure sur la carte de quelques hôtels et descend en ligne directe, rien n'empêche de le supposer, des fameux crus de l'antiquité chantés par le poète latin :
               - des odes,
               - des satires,
               - des épîtres et
               - de l'art poétique.

               Sans être un vin de liqueur, c'est à la fin du diner ou hors des repas, accompagnés de biscuits et de gâteaux qu'il s'apprécie le mieux ; c'est aussi le meilleur procédé à employer pour le déguster et faire ainsi la connaissance de ce produit algérien qui ne jouit pas encore d'une notoriété universelle.
               L'examen démontrera, sans nul doute, que le vin blanc de Tlemcen est apte à tenir une place et même plusieurs places dans les menus les plus recherchés.
En Algérie : Alger, Oran, Tlemcen
par G. de Lombay. Édition1893


L’Algérien Boughera El Ouafi, médaillé d’or des JO 1928 : qui s’en souvient ?
Par Maître Michel Pautot — 08 Août 2021

          Ahmed Boughera El Ouafi avait trente ans quand il a remporté le marathon lors des Jeux olympiques d’Amsterdam en 1928. Souvenir… souvenir.

          Premier à Amsterdam devant un Chilien et un Finlandais

          Beaucoup ont oublié la mémoire de ce jeune algérien, médaille d’or olympique qui a devancé dans l’épreuve ô combien difficile et mythique du marathon le Chilien Manuel Plaza, 2? et le Finlandais Martti Marrttellin, 3?.
          Avec cette victoire, Boughera El Ouafi est entré dans la légende du marathon, en devenant un des successeurs du célèbre marathonien grec Spiridon Louis, le premier vainqueur à Athènes en 1896.
          Précisons que figurent notamment au palmarès des médaillés d’or des Jeux d’Amsterdam des sportifs célèbres comme l’athlète finlandais Paavo Nurmi (1 victoire) et le nageur américain Johnny Weissmuller (2 victoires).

          Avant l’or à Amsterdam, 7ème à Paris en 1924
          Personne ne s’attendait à la victoire de Boughera El Ouafi, né en 1898 à Ouled Djellal et qui est arrivé en France en 1917 pour combattre dans les tranchées de la Première guerre mondiale 14-18.
          Remarqué pour ses qualités physiques, il sera orienté vers l’athlétisme et participera à diverses compétitions, dont les plus prestigieuses, notamment les Jeux Olympiques de Paris de 1924 remportés par le finlandais Albin Stenroos. Boughera El Ouafi y finira à la 7? place. Avant de devenir Champion olympique en 1928.

          Une carrière internationale
          Cette phénoménale conquête de l’or olympique lancera Boughera El Ouafi dans une carrière internationale jusqu’en Amérique, ayant été la vedette de courses et tournées…

          Mais le couperet va tomber, Boughera El Ouafi sera exclu pour « fait de professionnalisme » alors interdit aux amateurs… comme d’autres athlètes bien connus, le français Jules Ladoumègue ou l’américain Jim Thorpe… Après des petits boulots, il a travaillé aux usines Renault de Billancourt et est tombé dans l’oubli.

          Avec Alain Mimoun
          C’est Alain Mimoun, un autre champion olympique du marathon (Melbourne 1956) qui va aider Boughera El Ouafi. Alain Mimoun, né à Maïder (près d’Oran) va le conduire au Palais de l’Élysée en 1957 où ils seront présentés au Président de la République René Coty.
          Un beau couple de champions venus d’Algérie. Grâce à Alain Mimoun, Boughera El Ouafi obtiendra ce sursaut de notoriété. Ces deux champions ont tant apporté au sport français et leurs succès sont bien évidemment indissociables de l’Algérie, leur patrie de naissance.
Maître Michel Pautot

Avocat au barreau de Marseille spécialiste du sport et rédacteur en chef de Legisport

          Ahmed Boughéra El Ouafi est un athlète et ouvrier français né le 15 octobre 1898 à Ouled Djellal en Algérie et mort le 18 octobre 1959 à Saint-Denis en France
          PLUS d'information à l'adresse ci-dessous
          https://fr.wikipedia.org/wiki/Bough%C3%A9ra_El_Ouafi


Histoire naturelle.
Envoi de M. Christian Graille
Poissons.

               On doit les diviser en poissons marins et d'eau douce.
               La côte de Barbarie jusqu'à Alger est très poissonneuse. On y pêche :
               - des bonites,
               - des thons et
               - des marsouins.


               On trouve aussi des poissons volants, qui font plusieurs centaines de mètres sans toucher l'eau.
               Dans la baie d'Oran la mer jette parfois des phoques à une si grande distance, qu'ils ne peuvent plus fuir.
               En général, ces espèces de poissons marins ne présentent pas de différence avec celles que l'on a trouvées dans les autres parties de la Méditerranée.

Poissons d'eau douce.

               Les rivières et les lacs de la Barbarie paraissent très peu poissonneux, et les espèces qui y vivent peu variées.
               Les grenouilles et les crapauds qui vivent sur leurs bords sont très gros et verdâtres, avec des taches brunes.

Reptiles.


               Il existe dans les murs des environs d'Alger, en très grande abondance, une petite couleuvre grise ; les serpents sont peu nombreux.
               Par contre, les tortues sont en grande quantité.

Insectes.

               Comme dans tous les pays chauds, les insectes sont extrêmement multipliés en Barbarie ; on ne se fait pas d'idée de la quantité de puces qui existent dans les environs d'Alger.
               Les soldats français les redoutent plus que les Bédouins, et beaucoup sont tombés malades de ne pouvoir dormir, à cause de ces insectes.
               - Les punaises sont aussi fort nombreuses,
               - les scorpions moins,
               - des sauterelles y sont énormes, des habitants les mangent après les avoir fait frire dans l'huile.

Oiseaux.

               On voit beaucoup :
               - de goélands,
               - d'hirondelles de mer,
               - de bécasseaux,
               - d'huîtriers (Échassiers vivant près des rivages.)

               Les pigeons bizet habitent le long des falaises, dans les trous des rochers, depuis Alger jusqu'au Cap Falcon, au Nord-Ouest d'Oran.
               Cette espèce est la même qui peuple nos colombiers de France.

               Presque tous les oiseaux de Provence se trouvent dans les collines qui bordent au nord la plaine de Mitidja :
               - Le rossignol des murailles,
               - la grande mésange,
               - le guêpier d'Europe,
               - les perdrix rouges.


               La plaine de la Mitidja nourrit une multitude d'oiseaux aquatiques :
               - des pluviers,
               - des vanneaux,
               - des bécassines,
               - des poules d'eau,
               - des canards,
               - des cigognes,
               - des hérons.


               Tous ces oiseaux nichent sur les bords des rivières et dans les marais.
               Ils sont si nombreux dans la plaine, qu'on ne peut pas faire un pas sans les rencontrer en troupe :
               - Les étourneaux,
               - les cailles et
               - les vautours y sont aussi très communs.

Mammifères.

               C'est la classe la plus connue :
               - les chauves-souris,
               - les rats,
               - les souris vivent dans les champs et les habitations
               - La genette de Barbarie est assez commune dans les environs d'Alger.
               - Les lièvres ressemblent aux nôtres.

Animaux féroces.

               Les grands animaux féroces qui habitent la Barbarie sont de l'espèce la plus commune.
               En 1831, les Parisiens purent voir au Jardin de Plantes des tigres, des lions et des lionnes de l'expédition d'Afrique.
               Ces animaux ne se montrent jamais dans les montagnes du petit Atlas, où ils n'habitent que de grandes forêts, peu fréquentées par les hommes ; cependant ils viennent quelquefois jusqu'aux portes d'Oran.
               Les Arabes et les Berbères font la guerre aux bêtes féroces dont je viens de parler, pour avoir les peaux qu'ils vendent fort cher. Ils les tuent à coups de fusil et leur tendent aussi des pièges.

               Ces animaux ne sont pas cependant aussi multipliés qu'on le croit généralement en France :
               - Le loup ressemble beaucoup au nôtre.
               - Le chacal est la bête la plus ordinaire sur la côte Nord de l'Afrique.

               Cet animal est moins à redouter que les lions et les léopards, etc.; mais il est plus vorace et plus entreprenant : tous les soirs, peu après le coucher du soleil, les camps français, malgré les feux qui les illuminaient, étaient entourés par des bandes de ces animaux, qui pendant la nuit faisaient retentir les airs de leur voix glapissante.
               Ils dévoraient avec une promptitude vraiment extraordinaire les cadavres des chevaux morts, et fouillaient aussi les fosses pour en arracher les corps des soldats triés en combattant.
               Une chose remarquable, c'est que ces animaux n'attaquent jamais les bêtes vivantes, même les moutons.
               - Les sangliers sont très répandus dans toutes les parties de la Régence d'Alger, où ils peuvent se propager très facilement car les habitants, qui n'en mangent jamais, ne leur font pas la guerre.
               Lors de l'expédition de 1830, les Arabes en amenaient au marché.
               - Les porcs-épics,
               - les hérissons sont aussi fort communs, ainsi que
               - les gazelles, ces charmants animaux, si doux, si faciles à apprivoiser.

               Six mois après la conquête, les Arabes et les Berbères en amenaient en grand nombre ; mais comme les officiers français en achetaient beaucoup, elles furent toujours fort chères.
               - Les singes habitent de préférence dans les forêts du petit Atlas.
               Là se bornent les animaux féroces du nord de l'Afrique, ceux avec lesquels nos différentes expéditions ont pu nous mettre en rapport.

Animaux domestiques.

               Parmi les volatiles, ce sont :
               - les poules, les chapons, les canards, les oies,
               - les pintades, les dindons, les pigeons.

               L'espèce du chat et du chien ressemble aux nôtres. Les chefs arabes en ont toujours plusieurs qui font la garde autour de leur tente. Ces animaux sont leurs seules sentinelles.
               En temps de guerre, les Arabes dorment et les chiens les éveillent en cas d'attaque.

               Les Algériens ont de très nombreux troupeaux de vaches qui paissent dans toutes les saisons.
               - Les bœufs, comme ces dernières, sont employés aux travaux d'agriculture.
               On leur fait porter des fardeaux absolument comme aux ânes et aux mulets.
               - Les ânes de Barbarie sont absolument les mêmes que les nôtres.
               - Les mulets sont aussi beaux que ceux de la Provence. Ils ont le corps bien fait, la tête élevée et les jambes fines.

               Les Maures et les Juifs s'en servent souvent pour monture ; on les emploie aussi pour porter les fardeaux en les couvrant d'un bât. Ils ont le poil fin et sont pleins d'activité. Ces animaux ont le pied très sûr ; aussi s'en sert-on pour voyager dans les montagnes.
               - Le chameau, (Il s'agit en fait du dromadaire.) qui est sans contredit le plus utile, supporte la fatigue avec une constance vraiment extraordinaire..
               Il est très sobre :
               - de l'herbe,
               - un peu d'orge,
               - des fèves
               - et quelques morceaux de pain suffisent à son existence.

               Il peut se passer de boire pendant sept ou huit jours, ce qui le rend extrêmement précieux pour voyager dans le désert, où il porte sur son dos l'eau nécessaire à toute la caravane, sans presque en diminuer la quantité pour sa consommation.
               Cet animal marche très vite et longtemps ; chargé de six à sept quintaux, il peut faire jusqu'à quinze lieues par jour sans boire ni manger.
               Les Arabes mettent quelquefois un licou au chameau ; mais la plupart du temps ils les conduisent avec une petite baguette.
               A la bataille de Staouéli plus de deux cents de ces quadrupèdes tombèrent au pouvoir des Français.
Alger et les côtes d'Afrique
Par A. de Fontaine de Resbecq. Édition 1837.


Les Français à Tunis.
Envoi de M. Christian Graille

               Une ligne postale subventionnée par le gouvernement français relie Marseille à l'Algérie et à la Tunisie.
               C'est la compagnie transatlantique qui s'est chargée de cet important service :
               - Oran, Alger, Bougie, Philippeville, Bône,
               - Bizerte, Tunis, Sousse, Sfax et Tripoli,

               Tels sont les principaux points d'arrivée.

               De Marseille ces grands steamers, qui jaugent tous 1.800 tonneaux, partent deux ou trois fois par semaine. Ils emportent les lettres et les passagers à destination de Tunis le vendredi, par la voie de Bône. Il y a d'autres départs mais celui du vendredi est le plus important.
               Que le passager prenne passage à bord :
               - de la ville de Madrid,
               - du Charles-Quint,
               - du Kléber ou
               - de l'Abd-el-Kader


               Sans parler de :
               - l'Issac-Pereire,
               - la ville de Bône
               - de la ville de Rome,
               - de la ville de Barcelone ou
               - du Moïse,

               Il se trouvera au mieux, dans ces immenses steamers construits à Glasgow, sur les derniers modèles, et taillés pour le confort aussi bien que pour la vitesse.

               La côte de Tunisie, entre La Calle et La Goulette est aussi aride et aussi dénudée. Ce sont de longues suites de rochers jaunâtres et rougeâtres, pelés et désolés sur lesquels on a point souvenance d'avoir jamais vu passer les Arabes.
               Les tribus de la région se tiennent dans l'intérieur des terres et ne se montrent guère qu'à Tabarka. La vue du petit îlot de Tabarka, avec les ruines et son fortin, ne m'inspire guère.
               C'est là que l'expédition d'avril 1881 a commencé.
               C'est par le bombardement de Tabarka que les hostilités ont été ouvertes entre la France et les troupes tunisiennes qui refusèrent de rendre le fort (quel fort !) aux Français désireux d'avoir là un point d'appui solide pour cerner le pays des Kroumirs.
               On passe ensuite devant le golfe abrité de Bizerte où eut lieu le second débarquement de la campagne, celui de la colonne Bréart chargée d'aller exiger du Bey Mohamed-el-Sadock le fameux traité.

               Le jour se lève, et amène un vacarme inouï.
               Ce sont les Maltais et les Arbis de toute sorte, qui viennent à la pointe de l'aube, montés sur de vieilles barques, pour chercher le passager et le débarquer à terre.
               Car La Goulette, qu'on appelle improprement le port de Tunis, n'en est que la rade assez éloignée. Dans le port, les barques de la plus petite dimension peuvent à peine accoster.
               C'est au mouillage qu'il faut prendre le visiteur. On n'a pas idée de la lenteur avec laquelle s'opère ce déménagement des colis humains.
               Les drogmans (interprètes) viennent à bord du paquebot et sollicitent les voyageurs pour les conduire à l'hôtel, les promener dans la ville.
               Les bateliers se disputent.
               Enfin, la formalité de la Santé remplie, (le service de santé est italien, pourquoi ?)
               On part dans leur mauvaise balancelle. Il y a mille mètres à faire à la rame.

               La première impression que ressent le Français en débarquant à La Goulette est des plus vives. Elle n'est pas précisément enchanteresse, mais elle frappe fort.
               On sent qu'on ne l'oubliera jamais.
               C'est que la Tunisie est restée le pays arabe dans toute sa lumineuse pauvreté.
               Alors que l'Algérie s'est francisée au point de n'avoir plus que de rares villes entièrement arabes, la Tunisie n'a pas encore été touchée par la transformation européenne, ou du moins Tunis l'a été si peu, que ce n'est guère la peine d'en parler.

               L'arrivée dans la ville, après une longue demi-heure de trajet en chemin de fer autour du lac El-Bahira, confirme la première impression ressentie à La Goulette.
               - Maisons blanches et masures, surtout,
               - ruelles tortueuses et sales, labyrinthe où l'Européen se perd des heures entières sans trouver un point de repère autre que les innombrables mosquées dans lesquelles il lui est interdit d'entrer, et qu'il confond les unes avec les autres,
               - portes de pierre d'un âge ancien,
               - terrasses en dos d'âne et
               - minarets sans nombre, le tout groupé misérablement, rabougri, sans air.


               Quelques centaines de maisons européennes constituent un nouveau quartier, qui s'étend vers la gare. C'est ce qu'on appelle à Tunis, comme dans presque tous les ports de l'Orient, la Marine.
               Le reste de la ville est :
               - maure, arabe, juif ou maltais.
               Partout la pauvreté apparente des maisons y serre le cœur.

               Les bazars sont nombreux, et rien n'est curieux comme la promenade de l'étranger, accompagné d'un indispensable drogman tant qu'il n'est pas acclimaté, dans les ruelles étroites bordées d'échoppes où :
               - les soieries,
               - l'or,
               - les diamants,
               - les fusils,
               - les breloques et
               - la chandelle des douze sont entassées côte à côte.

               - Les Maures marchands, enfouis au fond de leurs cases et assis " en tailleurs ", échangent d'un côté de la ruelle à l'autre des conversations interminables,
               - les Juifs proposent leurs marchandises,
               - les Maltais rincent les vases et nettoient les boutiques,
               - les Arabes portent les colis.

               Tout ce monde en costume oriental, parlant sans trêve dix ou douze dialectes.
               Tous ces hommes d'affaires et d'argent, tous ces marchands en robes :
               - jaunes, vertes, bleues, rouges, à grandes culottes blanches et à turbans énormes,
               Sont au comble de leurs vœux en négociant les plus grosses affaires dans ces réduits, dans ces ruelles, dans ces sentines, dans ces trous.

               Toutes les rues de Tunis, en dehors du bazar sont :
               - mal bâties, étroites, mal pavées.
               Les voitures n'y peuvent guère passer ; et il y a peu de voitures à Tunis.

               Les Européens sont assez nombreux, mais dans le quartier nouveau, c'est-à-dire près :
               - du télégraphe, de la poste, des transatlantiques, des banques dont les bureaux forment le centre de la vie française.

               Les Maltais et les Maltaises sont nombreux dans les rues de Tunis. Hommes et femmes y représentent l'élément tout à fait inférieur.
               Les Maltaises portent de grandes capes noires qui rappellent les costumes de la Basse-Normandie et qui font un effet singulier au milieu des éclatantes couleurs dont se parent les Orientaux.

               Il y a, dans les rues, d'insupportables Italiens qui sont venus, poussant devant eux des pianos mécaniques, et qui tournent leur manivelle avec avidité.
               Je n'ai jamais autant entendu les airs d'Aïda et dans quel style !
               Les autres Italiens qui font tant de bruit n'ont guère de propriétés dans la Tunisie. Ils y sont au contraire généralement pauvres.

               Il y a :
               - peu d'Anglais,
               - peu d'Allemands,
               - peu d'Autrichiens.
               - La bigarrure des costumes,
               - la sonorité étrange des cris de la rue,
               - le défilé des ânes et des Arabes çà et là,
               - un chanteur ambulant qui frappe sur un tambour et laisse échapper une mélopée sinistre,

               Voilà Tunis. C'est éclatant et triste.

               Le pire des spectacles est celui qu'offre à l'étranger :
               - la troupe,
               - la cohorte,
               - la légion, peu nombreuse du reste,
               - des soldats du Bey.


               En France, quand on parle de Tunis, on fut longtemps très sérieux en disant ces mots :
               - le gouvernement du Bey,
               - les soldats du Bey,
               - les canons du Bey,
               - les généraux du Bey.

               Quand on voit tout cela de près, on pouffe de rire.
               Les soldats du Bey sont de pauvres hères crasseux, de noir habillés comme des croque-morts dont ils ont l'aspect, et coiffés d'un fez passé au rose pâle.

               Les pieds nus ils marchent, par respect humain, dans d'horribles savates éculées, portant un fusil à pierre comme on porte un balai. Ils reçoivent un sou par jour, et ils doivent de nourrir avec cinq centimes. C'est maigre. Ils sont encore plus maigres que la somme.
               On les voit circuler dans les rues où ils n'ont n'y autorité, ni tenue.
               J'ai donné plusieurs fois deux sous à ces militaires de vaudeville et je dois dire qu'ils ont accepté ce mince témoignage avec reconnaissance.

               Qui donc m'avait dit qu'à Tunis le théâtre n'existait pas, C'est une erreur.
               Sur la Marine, presque en face de la résidence de France se dressent les bosquets de l'établissement théâtral le mieux fréquenté qui soit.
               Il a été baptisé par son propriétaire Giardino Paradiso.
               C'est tout dire.
               Moyennant un franc, versé sur le comptoir de l'honorable Italien qui le dirige, et qui est aussi limonadier pendant les entractes, on peut assister :
               - à la comédie,
               - au drame,
               - à l'opérette, à tout ! Car le Giardino Paradiso joue tout.


               La même troupe peut exprimer, dans la langue de Dante, les sentiments les plus divers, avec ou sans musique.
               Tout cela se joue sur une scène grande comme celle des défuntes Folies-Marigny. Le public est dans le jardin, fraîchement à l'ombre des grands arbres, et jamais il ne viendra à l'idée d'un entrepreneur d'amusements tunisiens, de bâtir un vrai théâtre, c'est-à-dire une salle fermée. Le Giardino Paradis a l'avantage d'être un petit square. On y vient fumer le soir et boire de la limonade en écoutant la comédie.
               On écoute ou on ne l'écoute pas.
               Cependant, je dois dire que la colonie italienne, grande et petite, pauvre ou riche, formant à peu près toute la clientèle de l'établissement, le recueillement est de rigueur.
               Aux premiers rangs s'étalent les toilettes des jeunes dames et demoiselles du high-life Italien, en permanence à Tunis. La foule des Piémontais :
               - terrassiers,
               - rouliers,
               - maçons italiens,
               - portefaix siciliens et
               - camelots napolitains de tout âge et de tout sexe, occupent les chaises du bas, les places à dix sous, sur les côtés, et boit les paroles des artistes.


               La vie à Tunis est assez monotone pour qu'au bout de trois heures, le voyageur ait déjà bu à toutes les coupes du " progrès européen ".
               Que faire après déjeuner, sinon aller sur la Marine, au café du cercle, le seul, l'unique, fréquenté par les " gens bien " de la colonie et les étrangers de distinction ?
               On monte un perron, et on trouve là une sorte de terrasse, avec une douzaine de tables. Un homme se tient sur la terrasse ; il frappe dans ses mains et vous fait servir :
               - du café ou de la limonade, de la bière ou des liqueurs.
               Par les chaleurs tropicales qui règnent en ce moment, on pense bien que la limonade et le café froid triomphent sur toute la ligne.
               La bière n'est demandée que par les nouveaux, arrivés de France par le dernier paquebot, et dont la témérité serait bientôt calmée par des accidents de toute sorte, conséquences inévitables de l'abus des boissons alcooliques.

               Ce qui caractérise encore le Tunis européen, c'est l'adoption des confiseries à la manière italienne, pour la dégustation du vrai café et des boissons rafraîchissantes.
               Là, par exemple, les grands seigneurs tunisiens ne dédaignent pas de venir s'asseoir. Et les cheiks arabes de la contrée, les gros marchands maures qui ne promèneraient à aucun prix leurs beaux habits dans les cafés de la Marine, viennent complaisamment s'asseoir chez le confiseur, entre neuf et dix heures du soir. Les deux grands confiseurs de Tunis s'appellent Bonrepaux et Montelateci.

               De temps en temps, on voit, à la tombée de la fraîche, s'arrêter devant la boutique de Montelateci ou de son rival une voiture attelée de deux mules.
               Un prince de sang beylical, le Bey lui-même ou son premier ministre descendent de la voiture, font des emplettes que leurs courtisans empilent dans le fiacre armorié et s'en retournent grignoter la confiserie en famille.

               Les souks de Tunis sont la merveille de Tunis. Il faut faire le voyage uniquement pour voir les souks : C'est l'évocation des siècles disparus, la résurrection du passé, car depuis cinq cents ans l'ensemble extraordinaires de ces bazars tortueux et sombres ne s'est pas modifié.
               Pas une de ces horribles bicoques arabes n'a bougé depuis cinq cents ans, et dans cinq cents ans toutes seront encore là, blanches à crever les yeux, avec leurs jalousies vertes et leurs petites terrasses, massées par pâtés épais, de façon que les rues ne soient que des ruelles et les sentiers des sentines. Vienne la peste plutôt que l'insolation !
               Aussi sur toutes ces rues l'industrieux l'Arabe a jeté des planches qui forment le store le plus économique du monde. Elles pourrissent à peine, il ne pleut que pendant deux mois de l'année.

               Les bazars forment le centre :
               - intellectuel, commercial, industriel de la ville.
               Ils sont installés à la file. Le premier que l'on traverse est celui des parfums.
               Il est situé sur un petit raidillon sombre et crasseux, toujours crotté malgré l'impitoyable sécheresse. C'est qu'on piétine sur place et qu'il y passe tant de monde ! C'est que la moindre fontaine voisine qui reste trop longtemps ouverte, forme aussitôt un lit bourbeux dans lequel on patauge si l'on veut acheter des parfums !
               L'étalage des marchands de parfum se compose :
               - de petites et grosses chandelles,
               - de cierges odoriférants,
               - d'eau de rose,
               - de chapelets à liqueur parfumée,
               - de pastilles,
               - de petites boîtes à pommades et
               - dix autres objets sans grande valeur pour nous, mais que les Tunisiens, amateurs de bonnes odeurs, comme tous les Orientaux, estiment énormément.

               En sortant du bazar des parfums j'entre dans celui des savates.

               Le parfum change ! Hélas ! Et il y a dans cette " saute d'odeurs " une brusquerie qui est originale.
               Le royaume des savates sent le bouc à plein nez, la chèvre, le chevreau, je ne sais quoi encore, mais il sent tout cela, avec une intensité fantastique.
               Sur la gauche et sur la droite sont les échoppes. Et sur les comptoirs tous les savetiers sont :
               - assis, cousant, rapiéçant, fignolant.
               Jeunes ou vieux ils sont tous graves. Avec ou sans lunettes, ils opèrent en silence et solennellement.
               Après le bazar des savates celui des bijoux. Il est presque entièrement aux mains des fils d'Israël. Ils sont là dans des échoppes aussi, méprisés et injuriés.

               Singulière et inexplicable destinée de ce peuple ! Son étrange opiniâtreté à revenir sur les cendres de ses maisons incendiées prête aux réflexions les plus amères et les plus tristes.
               Aussi bien, soyons éblouis par la magnificence :
               - des bracelets, des pendants d'oreilles,
               - des pierres précieuses, des rubis, des perles et
               - des saphirs qui grouillent pêle-mêle dans ces niches dont ne voudrait pas, bien sûr, le dernier de nos marchands de journaux, et passons au bazar des étoffes.

               Il est couvert, celui-là, par une série de toitures plus respectables que les planches, et supportées par des colonnes en bois, sculptées au fronton, badigeonnées de rouge avec des filets verts.
               De la voûte pendent par centaines :
               - les foulards,
               - les mouchoirs,
               - les carrés d'étoffe de toute couleur et de tout usage.

               En allant vers la mosquée, qui se trouve au milieu de la ligne des échoppes aux étoffes, on n'aperçoit que :
               - tissus éclatants,
               - broderies,
               - soieries,
               - caftans,
               - turbans,
               - gandouras,
               - tapis de toute sorte.


               C'est le bazar où la coquetterie des Tunisiens et des Tunisiennes va s'exercer chaque jour.
               C'est là où l'on dépense le plus d'argent car il contient les vêtements et les parures de soir si chères aux gens de ce pays.
Les Français à Tunis de Pierre Giffard
Journaliste au Figaro. Extraits. Édition 1881

Les boites de la vieille dame
Envoyé par M. Jean-Pierre

             Cette femme de 80 ans a été arrêtée pour vol dans une grande surface.

             Le juge lui demande:
             - " Qu'avez vous volé ? "
             Elle répond :
             - " Une boîte de pêches "
             Le juge :
             - " Pourquoi avez vous volé cette boîte ? " > Réponse :
             - " J'avais faim "
             Le juge demande :
             - " Combien y avait-il de pêches dans cette boîte ? "
             Elle répond :
             - " Six "
             Le juge :
             - " Vous aurez 6 jours d'emprisonnement "

             Là-dessus le mari intervient :
             - " Puis-je dire quelque chose ? "
             Le juge :
             - " De quoi s'agit-il ? "
             Le mari :
             - " Elle a aussi volé une boîte de petits pois... !

Le gargotier arabe.
Envoi de M. Christian Graille

               Ainsi que le Moutchou, à tous les coins de rue d'Alger, se trouve une espèce de restaurateur arabe, dont la cuisine fortement épicée fait les délices de la gent indigène et aussi d'un grand nombre de ceux auquel l'état de leur bourse ne permet pas de faire des repas de Lucullus.
               Sur le seuil de la boutique du gargotier est une table surmontée d'une étagère, supportant l'une et l'autre quelques-uns des produits de la cuisine arabe.
               Voici dans un grand plat de bois, large et rond en forme de terrine :
               - le fameux couscous légendaire doré,
               - puis viennent le poisson et le foie frit, ce dernier coupé en petits morceaux
               - et baignant dans l'huile frite et noirâtre,
               - plus loin, dans une assiette, de l'oignon coupé menu,
               - et après, la salade de la saison.
               - Dans un autre plat sont les œufs bouillis et teintés en rouge.
               - Là-bas, les poivrons frits, les doux d'un côté, les forts de l'autre.
               - Enfin au bout de la table un bocal en verre à moitié rempli d'eau où nagent des poissons d'eau douce aux écailles dorées.


               Quant à la cuisine elle se compose de quatre ou cinq grandes marmites où cuit le manger sur autant de fourneaux arabes constamment allumés. Pour pénétrer dans " le saint-des-saints " il faut passer derrière un grand rideau de couleur qui met le consommateur à l'abri des regards profanes du public de la rue. On s'installe de son mieux sur des sièges boiteux ou des bancs graisseux, devant de longues tables rectangulaires recouvertes de marbre ou de faïence dont quelques-unes sont encastrées à même dans le mur.

               Sur ces tables sont rangées, à distance égale, des pots en fer blanc contenant de l'eau à l'usage des consommateurs et des chats de la maison.
               Ces pots noircis par l'usage et recouverts d'une double couche de crasse, glissent de la main, quand on n'a pas la précaution de les saisir des deux mains à la fois.
               Quelques petites tasses ou soucoupes ébréchées, tenant lieu de salière, contiennent quelques pincées de sel fin.
               Le poivre étant réputé une épice de luxe, ne figure pas sur la table du gargotier arabe.
               - Bachir, la carte du jour ?
               - Mon zami :
               - y en a la sope,
               - y en a di couscous,
               - di gras-double,
               - di la fiande di zagneau,
               - fic di bommes di tirre, y en a di bastique etc, etc…
               - Donnez-moi un couscous,
               - Biquant oulla non ?
               - Pas piquant.
               - Bon ! enfoyi un couscous ! " topsi couscoussou chaouïa ham "
               - Bachir un gras double !
               - Bon ! enfoyi un gras double ! (topsi douara ! "
               - un ragoût aux pommes !
               - Bon ! " ham baltata "
               - Mléa ! la tini bastequa !
               - une soupe !
               - charba !
               - une côtelette bien grasse !
               - coteletta smina ! "


               Les demandes se croisent. Le service est assuré par le patron et aussi, parfois, par un garçon, le plus souvent un grand noir du Soudan :
               - aux lèvres épaisses,
               - aux yeux étincelants et
               - aux dents blanches.


               Ce garçon de salle est à la fois garçon de baquet, de sorte que ces grands doigts noirs, gonflés par l'eau chaude et grasse de la vaisselle laissent souvent leurs traces sur la paroi des verres qu'ils sont appelés à rincer pour les rares consommateurs qui boivent du vin, ainsi que sur les assiettes minuscules devant contenir les portions à un sou, deux sous, quatre sous.
               Au bout d'une dizaine d'années de travail le gargotier arabe se retire définitivement des affaires, quand il a pu acheter une campagne à Bouzaréah… ou ailleurs. Il va alors grossir le nombre des rentiers de la ville.
Jacques Terzualli.
Les clochettes algériennes et tunisiennes (11-01-1903)



La Kabylie :
Ses industries, ses productions, son climat.
Envoi de M. Christian Graille
Industries d'Art kabyle.

               Les industries :
                - des bijoux,
                - des armes et
                - des bois ouvrés

                Ils sont très perfectionnés en Kabylie surtout dans les douars des Béni-Abbès et des Béni-Yenni.

                L'industrie de la poterie se réduit à la satisfaction des besoins locaux ; celle des tapis est moins développée chez les Kabyles que chez les Arabes, cependant certaines tribus du Djurdjura fabriquent de superbes couvertures et tentures de laine tissée.
                A Bougie, Mademoiselle Melnotte, Directrice de l'école des filles kabyles, a créé une industrie de tapis et de broderies, appelée au plus bel avenir et qui rivalise avec les fabriques similaires les plus florissantes d'Alger.
                En dehors des heures de classe le touriste est admis à visiter cette école intéressante.

Orographie.

                La région connue sous le nom de Kabylie est à cheval sur les départements d'Alger et de Constantine. Elle est divisée en deux parties dénommées la grande et la petite Kabylie :
                - la grande Kabylie comprenant tout le massif du Djurdjura jusqu'à la vallée de l'oued Sahel,
                - la petite Kabylie comprenant tout le massif des Babors, sur la rive droite de la même rivière et s'étendant jusqu'à la vallée de l'oued El-Kébir.

                Les sommets les plus élevés se trouvant dans le massif du Djurdjura où le pic de Lalla Khadidja atteint l'altitude de 2.308 mètres.
                Le massif des Babors compte plusieurs pics dont la hauteur atteint près de 2.000 mètres, notamment le Djebel Tababori (1.964 m) et le djebel Takouch (1.895 m).

                Ces massifs montagneux sont en grande partie couverts de superbes forêts dont les principales ressources sont :
                - le chêne zéen,
                - le chêne liège,
                - le chêne affarès,
                - le cèdre et
                - le merisier.


                Sur les flancs des montagnes, remuées par la charrue légère ou la pioche du montagnard kabyle si laborieux et si amoureux de sa terre, le caroubier et le figuier forment des forêts naturelles ou plantées, d'une incomparable richesse et dont les produits font de la Kabylie, avec la Mitidja, la région la plus fertile de l'Algérie.

Hydrographie.

                Un grand nombre de rivières sillonnent la région, tantôt transformées en impétueux torrents, tantôt à sec.
                Trois rivières cependant coulent toute l'année mais ne sont pas navigables :
                - le Sébaou qui reçoit les eaux du versant Sud et porte le nom de Soummam à partir d'Akbou où il reçoit les eaux de son principal affluent,
                - le Bou-Sellam et
                - l'Isser qui limite la Kabylie à l'Ouest.
                - Il n'existe aucun lac.


                On y rencontre de nombreuses sources thermales et minérales près desquelles les Romains avaient construit d'importantes stations.
                Certaines sont très fréquentées par les indigènes notamment celle du hammam Guergour et du hammam près de l'embouchure du Bou-Sellam.
                La source de Takitount, sur la route de Kerrata à Sétif, à quelques kilomètres de Kerrata, fournit abondamment une eau ferrugineuse qui jouit d'une réputation méritée.

Minéralogie.

                Le massif du Djurdjura offre peu de richesses minérales ; par contre celui des Babors et surtout la chaîne qui est traversée par l'oued Agrioun cache des gisements miniers d'une richesse dont l'importance est, chaque jour révélée par les travaux d'exploitation activement menés depuis plusieurs années.
                D'importantes mines de fer sont exploitées :
                - à Timezrit près d'El-Matten par la société Muller et compagnie de Rotterdam,
                - à Bellouta près d'El-Kseur par la société Simon et compagnie,
                - à Béni-Felkai dans la vallée de l'oued Agrioun par la the Beni Felkai Mining Compagny de Middlesbrough
                - et apportent au port de Bougie, ou sur la côte, un tonnage de plus de 250.000 tonnes.


                D'autres gisements importants actuellement démontrés vont incessamment mis en exploitation, notamment :
                - à Beni-Himmel près d'El-Matten,
                - à Gueldaman, près d'Akbou,
                - à Beni-Gandouze et
                - Bou-Amran dans le bassin de l'oued Djemâa.

                Plusieurs autres, aussi importants n'attendent pour être mis en valeur que la construction du chemin de fer qui doit relier directement Sétif à Bougie, construction décidée pour un avenir prochain, notamment :
                - les mines de Tadergount et de Bradma dans le massif de Chabet-El-Akra,
                - les mines de Takouch dans le djebel Takouch,
                - les mines du Djebel Enini près de Aïn-Roua dont le tonnage reconnue dépasse 6 millions de tonnes.


                La calamine ou minerai de zinc est l'objet d'importantes exploitations principalement par la Société du Guergour, à Aïn-Roua et Aïn-Sedjra.
                Le plomb et le cuivre se rencontrent dans de nombreux gisements :
                - le plomb à la Réunion,
                - le cuivre à Cavallo, à Tadergount, à Bradmah dans le massif de la chaîne des Babors.
                - Le plâtre, en particulier, à Souk-El-Tenin, et Sidi- Aïch fait l'objet d'industries très prospères.


                Au port même de Bougie, à Sidi-Yahia, une usine pour la fabrication des chaux et ciments hydrauliques, donne des produits de premier ordre, répandus dans tout le Nord de l'Afrique.
                Créée par les frères Ferrouillat, les publicistes lyonnais bien connus, cette industrie qui fut la première industrie locale, passée aux mains d'importants capitalistes lyonnais, occupe un personnel d'ouvriers européens et indigènes considérable.

Productions.

                De toute l'Algérie du Nord, la région de Bougie est sans contredit celle dont les richesses sont les plus variées.
                La vallée de la Soummam en particulier, jusqu'à 100 kilomètres de l'embouchure de cette rivière, est assurément la mieux dotée de l'Algérie en produits d'incomparable qualité.
                Les oliviers centenaires qui couvrent ses coteaux produisent tous les deux ans une fructueuse récolte d'olives réputées et donnent un élément d'activité à plus de soixante moulins à huile européens et de trois mille moulins kabyles.
                On évalue à plus de 2.000.000 le nombre de ces oliviers produisant plus de 12.000.000 de kilos d'olives.

                En 1910 le port de Bougie a exporté 5.227.600 kilos d'huiles, la plupart achetées par les industriels de Provence qui les revendent sous les étiquettes les plus connues. A Bougie même on visitera avec intérêt une usine à huile (usine Borg) pourvue de l'outillage le plus moderne, une confiserie d'olives (Bernard Lopez et compagnie) qui prépare des olives vertes et noires de premier choix très recherchées par tous les gourmets.

                Les figues sont aussi une grande source de richesse et constituent autant un produit d'exportation, que l'élément le plus courant de l'alimentation des indigènes.
                La figue de Bougie jouit d'une réputation méritée et certaines maisons de commerce, qui en font le triage et l'emballage, en caisse de 10 à 50 kilos ou en petites boîtes de 500 grammes à 1 kilo ont acquis, pour la vente de ce produit, une renommée européenne.
                L'exportation de ce produit par le port de Bougie atteint le chiffre 9.000.000 de kilos.

                La culture du caroubier tend à prendre, en Kabylie, un développement considérable, par suite de l'extension du commerce de ce produit très utilisé en Angleterre pour la nourriture des chevaux et du bétail.
                Le caroubier, arbre très résistant, donne toujours au bout de dix ans, quels que soient les intempéries des saisons, une égale et abondante récolte.
                L'arrondissement de Bougie compte de superbes orangeries ; parmi les plus renommées on peut citer celles :
                - de Toudja au pied du djebel Arbalou,
                - de Lalem dans les Babors et
                - de Darguina dans la vallée de l'Oued- Agrioun.

                Leurs fruits superbes et savoureux rivalisent avec les meilleurs produits de Blida et d'Espagne.
                La mandarine y est particulièrement douce et parfumée.
                C'est à ces qualités spéciales de la mandarine de Bougie qu'est dû le renom mondial de la célèbre liqueur de mandarine vendue sous le nom " d'impérial mandarine " répandue dans le monde et que l'on trouve, non seulement dans les plus grands restaurants, mais encore sur la table des plus illustres souverains d'Europe.

                Les environs de Bougie sont entourés de magnifiques vignobles, munis de caves et de chais présentant tous les perfectionnements modernes, dont la production exportée dépasse les 170.000 hectolitres. Leurs vins par :
                - leur belle couleur,
                - la franchise de leur goût,
                - leur bouquet, rappellent nos meilleurs crus du Beaujolais.

                Ils ont acquis une réputation méritée, notamment ceux de l'Oued Amizour et de l'Oued-Marsa.
                De grandes quantités de raisins de table sont chaque année expédiées en France comme primeurs.
                La Kabylie produit également un raisin à gros grains, très ferme, qui peut facilement supporter un voyage de plusieurs jours.

                Tous les sommets de la Kabylie sont couverts de forêts de chênes liège, en grande partie exploitées par l'État ou par des particuliers auxquels elles ont été concédées.
                D'importantes industries, pour les diverses préparations des lièges, se sont créés à Bougie et à Djidjelli . Les plus importantes sont :
                - les usines Boullié et Cazaubon à Bougie,
                - les usines Mir,
                - Vidal et Andreu,
                - Scholtz et Bucknall,
                - Montada à Djidjelli,
                - Dolfus à Al Milia

                Les écorces à tan, l'alfa et le crin végétal sont également traités et donnent lieu à une importante exportation. Le crin végétal qui provient du palmier nain de la vallée de la Soummam possède une nervosité très recherchée ; il est surtout utilisé en Allemagne et en Autriche pour la literie militaire.

Climatologie.

                Le climat de la Kabylie varie suivant les altitudes et les régions.
                Le massif du Djurdjura est beaucoup plus chaud que celui des Babors sur lequel l'on jouit, en été, d'une fraîcheur délicieuse.
                La température de Bougie qui ne dépasse généralement pas 32° à l'ombre pendant l'été est très adoucie par le voisinage de la mer.
                Protégé en hiver contre les vents froids du Nord, son golfe s'ouvre largement aux vents de l'Est qui, pendant la saison chaude, apportent vers le milieu de la journée une brise réconfortante dont les effets se font sentir à 70 et à 80 kilomètres à l'intérieur
                L'hiver y est particulièrement doux malgré le voisinage des hautes montagnes des Babors qui restent couvertes de neige jusqu'au commencement de mai.

                Les mois d'octobre et novembre, d'avril et mai sont en général favorisés par une température exceptionnellement douce et un ciel d'une pureté absolue.
                Il n'est pas rare de voir les arbres et les plantes refleurir en automne et rendre à la nature sa parure de printemps.
                Comme sur tout le littoral les pluies commencent en décembre pour se terminer en avril avec des intervalles de belles périodes qui dépassent parfois les dix à quinze jours.
                La région a le privilège parfois ennuyeux, mais bien précieux pour les colons, de recevoir, pendant les mois d'hiver, une quantité d'eau bien supérieure à tous les autres points de l'Algérie.

                La moyenne de dix années d'observation donne en millimètre une hauteur de 1036, alors :
                - qu'à Alger et Philippeville cette hauteur n'est que de 766,
                - à Oran de 486,
                - à Bône de 798.

                La moyenne la plus forte est constatée en décembre (100 millimètres) et la plus faible en juillet et août (12 millimètres).

                C'est grâce à cette grande quantité d'eau de pluie et à la neige qui l'hiver, couvre ses sommets, que la région est la plus riche et la plus fertile de l'Algérie et conserve, au plus fort de l'été, cet aspect verdoyant, cette végétation luxuriante qui lui ont valu l'appellation méritée de perle de l'Afrique du Nord.
                - La douceur de son climat,
                - la variété de ses sites,
                - la fraîcheur de ses superbes forêts dans lesquelles se retrouvent la flore des Alpes,
                - iris, pivoines, pensées,
                - lui assurent, dès maintenant un avenir exceptionnel au point de vue de l'hivernage et du tourisme, rendus chaque jour plus facile par l'extension des voies de communication et l'amélioration du confort des hôtels.


                De toutes les villes du littoral algérien Bougie est celle où la salubrité est la plus parfaite.
                Construite en amphithéâtre sur des assises de rochers, elle a l'avantage, non seulement de se présenter sous un aspect des plus pittoresques, mais aussi de pouvoir donner à ses rues et à ses égouts une pente qui en assurent la parfaite et constante propreté.
                Largement pourvue d'eau par la conduite de Toudja qui va à 25 kilomètres, s'alimenter dans une source abondante et pure elle ne connaît aucune maladie d'origine hydrique ; la fièvre typhoïde y est presque inconnue.

                La fièvre paludéenne qui, dès les premier mois de la conquête, fut un obstacle si grand à la colonisation, a reculé devant une culture consciencieuse et rationnelle des terrains marécageux où elle prenait naissance, et devant une observation méthodique de règles d'hygiène suivies par nos colons.
                Elle est aujourd'hui de plus en plus rare et bénigne.
                La population indigène qui a doublé depuis la conquête, le chiffre des musulmans est une des preuves les plus évidentes de la salubrité d'une région où les épidémies fauchaient jadis tant de colons.
                Aux environs de Bougie de nombreux sites d'altitude où l'on jouit pendant l'été d'une fraîcheur délicieuse, se prêtent à la création de sanatoriums analogues à ceux que les Anglais ont établis dans l'Inde, sur les pentes de l'Himalaya.

Ethnographie.

                Le peuple kabyle est formé d'un mélange :
                - de Berbères, de Romains, de Vandales et d'Arabes,
                Dont l'amalgame étrange a formé une race spéciale qui a :
                - ses traditions, sa langue, ses mœurs.

                Indépendants et belliqueux, ces rudes montagnards sont en lutte perpétuelle de tribu à tribu, de village à village, se léguant de génération en générations les haines qui ne s'éteignent qu'avec les familles rivales.
                Chrétiens à l'époque romaine, ils se jetèrent avec ardeur dans l'hérésie et schisme parce qu'en protestant contre l'église dominante, ils donnaient satisfaction à la haine invétérée que leur inspire toute domination étrangère.
                Au dire de leur historien Ibn-Khaldoun, ils ont montré cette indépendance en apostasiant jusqu'à douze fois.

                Le Kabyle, mieux que l'Arabe est susceptible d'être entraîné dans les progrès de notre civilisation et les résultats déjà obtenus dans la vallée de la Soummam où l'industrie indigène lutte victorieusement contre l'industrie européenne soit là pour le prouver.
                - Il aime sa terre, sa maison, son village.
                - Industrieux et sédentaire,
                - intelligent et actif,
                - sobre et infatigable,

                Il est au besoin :
                - maçon, menuisier, charpentier,
                - tanneur, forgeron, armurier, tisserand.

                La plupart de nos ouvriers mineurs, dans les différentes exploitations minières sont fournis par la Kabylie.

                Dans la famille Kabyle, la femme joui de plus de liberté que la femme arabe.
                - Elle ne se voile pas la face,
                - est souvent admise aux réunions avec les hommes,
                - n'est pas réduite au rôle de servante et
                - partage ses occupations entre les soins du ménage et les travaux agricoles auxquels elle se livre avec les hommes de la maison.


                Le Kabyle aime autant le plaisir que la lutte.
                Après avoir courageusement défendu l'inviolabilité de son pays, il s'est soumis, comprenant, avec son intelligence très vive tout le parti qu'il pouvait tirer de notre civilisation et de notre protection.
                Il a fait parler la poudre avant de se soumettre et est aujourd'hui encore, son tempérament ardent et belliqueux se réveille à chaque occasion.
                Il n'est jamais si heureux que lorsque, au risque de se blesser avec quelques vieux Moukhala (fusils richement décorées utilisés lors des fantasias.)
                Il peut faire parler la poudre dans une fête ou une fantasia.

                Le Kabyle a l'imagination très poétique. Il improvise avec une étonnante facilité des chansons de guerre ou d'amour.
                Chaque tribu avait autrefois ses chanteurs favoris, sortis de bardes (poètes celtiques) et de troubadours qui parcouraient les villages en chantant :
                - les louanges de Dieu,
                - les exploits des guerriers,
                - les luttes de la tribu,
                - leurs amours et les charmes de leurs belles.


                Les œuvres d'un certain nombre de poètes d'occasion, notamment celles de Si Mohand ou M'hand , le barde populaire de la grande Kabylie, le chansonnier amoureux et mélancolique ont été recueillies.
Bougie et la petite Kabylie.
Livret guide - syndicat d'initiative. 1914



Les Français en Algérie
Envoi de M. Christian Graille


               De nombreux historiens ont, au fil du temps, présenté et présentent encore aujourd'hui les Pieds Noirs comme des citoyens bien particuliers, avides de profits et ayant méprisé les Musulmans ; ils seraient, de surcroît, responsables de bien des maux dont a souffert la République durant les 132 ans de colonisation et dont elle endurerait encore aujourd'hui …
               Voici quelques exemples, de personnalités connues ayant eu pour la communauté d'Algérie des propos forts peu élogieux :

               Jules Ferry (1832-1893), Ministre de l'Instruction Publique, n'a-t-il pas déclaré que " les colons avaient des vertus laborieuses et patriotiques mais qu'ils ne possédaient pas l'équité de l'esprit et du cœur, qu'ils ne connaissaient que leurs propres droits et étaient animés de rancune, de dédain et de crainte ".
               Quatre-vingts ans avant l'indépendance du pays, l'Européen était déjà et sans appel montré du doigt et devenait déjà le bouc émissaire idéal qu'il fut depuis et qu'il est encore aujourd'hui.

               François Mauriac (1885-1970), né dans une famille bourgeoise, catholique et conservatrice, écrivain, académicien, prix Nobel de littérature affirmait :
               " ce peuple très singulier, d'une race méditerranéenne française par la langue mais non par le tempérament, soumise à des passions raciales dont la Métropole était à cent lieues et que la seule idée de céder devant l'Arabe réduisait au dernier désespoir ".
               - Oublier volontairement les faits ou
               - vouloir sciemment les occulter,
               - nier même la réalité,
               - se confondre dans le mensonge le plus vil

               A été et reste toujours une arme redoutable et fort utilisée
               - par ces opposants résolus,
               - habités par le mépris et un soupçon de haine, pour ne dire pas plus,
               - farouchement déterminés à nuire, on ne sait trop pourquoi à une communauté dont ils ignoraient à peu près tout.


               Etaient-ils venus en Algérie à la découverte de cette population méditerranéenne certes, mais diverse et avide d'échapper à la pauvreté et souvent la misère qui minaient leur pays et leur région d'origine ?
               Non.
               - Souhaitaient-ils, au moins, tenter de comprendre leurs motivations et leurs espérances ?
               Pas plus.
               Ils s'étaient forgés une opinion qu'ils transmirent à leurs compatriotes de Métropole sans grandes difficultés, tel un redoutable et fort puissant poison distillé insidieusement à petite dose mais ô combien destructeur !
               - Leur détermination fut sans faille,
               - leur vérité implacable,
               - leurs certitudes inattaquables et sans appel.
               - Ils restèrent imperméables à toute forme d'analyses objectives et fuirent les débats.


               Il leur était certes plus facile de se voiler la face n usant et profiter de leur notoriété, pour certains passagère, en délivrant un message de dédain et de mépris et, de toute évidence, de mauvaise foi.
               Une question se pose cependant et devrait interpeller quelque peu ces redoutables censeurs.
               Durant les deux guerres mondiales bon nombre de citoyens de cette province africaine furent-ils vraiment à mille lieues de la France ?
               Ne participèrent-ils pas, eux-aussi, à la lutte pour sa libération ?

               Pour ces donneurs de leçons est-ce :
               - Un simple oubli,
               - une regrettable omission ou
               - une coupable amnésie ?


               Que penser de la violence des mots de haine écrits par Jean-Paul Sartre (1905-1980) dans la préface d'un essai de Franz Fanon (1925-1961) , psychiatre martiniquais " Aux damnés de la terre" dans laquelle il affirmait notamment :
               "Un seul devoir, un seul objectif, chasser les colonialistes par tous les moyens ; abattre un Européen, c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ".
               Ces propos que le pouvoir politique n'a jamais ni dénoncés, ni condamnés, et l'assourdissant et coupable silence dont il a fait preuve, ont grandement contribué à marginaliser, encore un peu plus, cette communauté. Pourquoi ?
               Souhaitait-on manipuler les citoyens, les désinformer…
               Les deux certainement.

               Fort heureusement des jugements plus mesurés furent prononcés par des hommes comme Hubert Beuve-Mery (1902-1989), fondateur du journal le Monde.
               Faudrait-il :
               - tout lâcher,
               - tout brader,
               - se replier peureusement et piteusement sur l'hexagone métropolitain,
               - se désintéresser du sort d'un million de nos compatriotes et de l'œuvre magnifique , malgré son passif, qu'ils ont réalisée ? ".


               Raymond Aron (1905-1983) déclarait en 1957 : " Ces Français :
               - ont créé l'Algérie d'aujourd'hui,
               - ils ont fertilisé les terres,
               - ils ont creusé,
               - bâti,
               - lutté contre la nature et contre les hommes ".

               Juste et honnête réhabilitation sans doute …

               Mais nous verrons dans la suite de notre étude que les critiques ont continué comme si aucune action, aussi positive qu'elle fusse ne puisse entamer la moindre réflexion :
               - de vérité,
               - d'honnêteté et
               - d'objectivité,
               - donc de réhabilitation, même relative...


               Mais qui sont donc ces citoyens vilipendés, décriés et tant honnis ?
               Des femmes et des hommes vivant pour la plupart dans les villes.
               Un recensement de 1958 faisait état de :
               - 24 % d'ouvriers,
               - 20 % d'employés,
               - 18 % de commerçants et d'artisans,
               - 12 % de fonctionnaires,
               - 10 % de retraités,
               - 8% de professions libérales et
               - 8 % d'agriculteurs.


               Mais les mauvaises consciences continuaient à s'embourber dans la fange de leurs honteux mensonges.
               Non, même s'ils n'étaient pas tous colons il fallait affirmer qu'ils n'étaient que :
               - des profiteurs,
               - des racistes,
               - parfois même des fascistes ,
               - méprisant,
               - humiliant les Musulmans,
               - les tenant dans un état d'infériorité constant et patent,
               - ayant toujours le verbe haut comme pour vouloir montrer leur supériorité.


               Cependant ce que certains avaient bien volontairement oublié c'est de reconnaître que cette communauté mal aimée et humiliée avait un niveau de vie moyen inférieur de 20 % … à celui des Métropolitains.
               Surprenant à bien des égards … et Curieux profiteurs !

               Rappelons donc les conditions économiques et sociales des Français d'Algérie établies par les membres du club Jean Moulin faisant apparaître les situations suivantes :
               - 3 % avaient un niveau de vie cinq fois supérieur à la moyenne métropolitaine,
               - 25 % un niveau égal et
               - 72 % disposaient d'un pouvoir d'achat inférieur de 15 à 20 % à celui des Métropolitains.


               Ces statistiques officielles, détruisaient enfin certains mythes et idées trop souvent répandues, mais révélatrices de la sociologie de l'Algérie, gommait :
               - les inexactitudes,
               - les erreurs et
               - les mensonges que certains avaient décidé d'ériger en dogme.

               Une grande partie de la classe politique, dont le courage ne fut pas la première des vertus, parvint cependant à convaincre une majorité d'électeurs du bien-fondé de leurs néfastes, coupables pensées et projets.

               Louis Joxe, ministre, prolongeant la pensée de Georges Pompidou qui voulait proposer aux Européens de s'installer dans des pays d'Amérique latine pour représenter ainsi la France et sa culture, resta profondément convaincu " que les Pieds Noirs inoculeraient le fascisme à la France et qu'il n'était pas souhaitable qu'ils retournent en Algérie ni qu'ils s'installent en France où ils seraient une mauvaise graine ! Il vaudrait mieux qu'ils s'installent en Argentine, au Brésil ou en Australie ".

               De Gaulle, une fois n'est pas coutume, fit preuve de compassion et refusa de façon catégorique cette solution préconisant plutôt un départ vers la Nouvelle- Calédonie ou la Guyane, territoires peu peuplés mais où l'on souhaitait voir arriver des défricheurs et des pionniers.
               Pour beaucoup de citoyens, ces Pieds Noirs n'avaient pas su représenter la France en Algérie puisqu'ils en avaient été chassés. Mais alors une question se posait. Comment donc pourraient-ils le faire sous d'autres latitudes et sur d'autres terres ?
               - Joxe ne craignait-il donc pas de les voir apporter le fascisme dans ces contrées au sein même de la République ?
               Nous serions plutôt enclins à penser que le Ministre ne s'en inquiétait guère et s'en moquait sûrement, ces régions étant toutes situées … à des milliers de kilomètres de la Métropole.

               Ce qui était aussi et incroyablement surprenant c'est que ces " rapatriés " étaient :
               - comme par magie,
               - soudainement,
               - curieusement et presque
               - miraculeusement redevenus fréquentables,
               - enfin dignes d'intérêt et de considération.

               Ils allaient, assurait-on une nouvelle fois, apporter la bonne parole de la mère patrie dans ces contrées presque vierges, excepté le Brésil, mais ….loin …. Très loin de la Métropole.
               Mais pour le pouvoir politique n'était-ce pas l'essentiel ?
               La réponse est, sans ambiguïté : Oui.

               Pour mieux comprendre la manipulation dont furent victimes les Européens d'Algérie, il faut lire l'excellent ouvrage d'Alain Peyrefitte " C'était De Gaulle " édité en 1994 ; nous en ferons par ailleurs une analyse.

               Pour tenter, en toute honnêteté et avec un soupçon d'objectivité, de démêler ces bien complexes fils tissés au cours des ans il aurait été sain d'éviter :
               - toutes formes de démagogie,
               - tous abus de langage,
               - toutes caricatures, mais surtout renoncer à tous mensonges.


               A cette époque une question, peut-être la seule, qu'il aurait été fondamental de poser était celle de l'appartenance réelle ou supposée des Pieds Noirs à la communauté nationale car c'était certainement là que le bât blessait.
               La classe politique, dans son ensemble, aurait dû avec :
               - courage, sérieux, lucidité et sérénité
               - affronter ce problème et y apporter une solution acceptable et acceptée, si ce n'est de tous, au moins d'une grande majorité.


               Mais c'était là une mission quasi impossible à réaliser car il aurait fallu non seulement abandonner :
               - tartufferie, pantalonnade, hypocrisie et félonie
               Mais aussi quitter ces chemins :
               - tortueux et boueux,
               - riches d'hésitations, d'errements,
               - de renoncements et de reniements et de mensonges.

               Une sage décision aurait évité que de bien cruelles désillusions ancrées pour longtemps dans les esprits ne viennent jeter un sombre voile sur le pays.
               Malheureusement cette analyse ne fut pas faite.
               Navrante erreur ou cynique calcul politique ?

               Après ces quelques indispensables rappels nous pouvons désormais, en toute quiétude et avec la sérénité qui sied, aller à la découverte de ces femmes et de ces hommes venus des quatre coins de la Méditerranée mais de France aussi, et conter leur vie quotidienne jusqu'à la première guerre mondiale. Nous allons donc :
               - aller à leur rencontre,
               - les observer et
               - partager leur vie.

               Il convient, préalablement, de préciser que " l'expédition d'Alger " ne fut la concrétisation d'aucun rêve dans l'imaginaire et la conscience des Français.
Christian Graille

Les débuts de la colonisation.

               La prise d'Alger n'avait guère intéressé que les milieux d'affaires impatients et avides de réaliser de bonnes affaires et de substantiels profits dans la nouvelle province, pour :
               - les responsables politiques,
               - l'opinion publique et
               - la presse,
               - les préoccupations étaient bien différentes.

               On observait avec attention les dernières joutes oratoires et les derniers soubresauts d'une crise qui agitait le pays et opposait une monarchie restaurée à une assemblée considérée comme libérale ; mais aucun projet politique précis ne se profilait au-delà de " l'expédition militaire ".

               Dès que l'armée se fut installée la population d'Alger s'accrut :
               - des Français, (marchands originaires du sud),
               - des Allemands,
               - des Suisses et
               - surtout des Maltais et
               - des Mahonnais s'y fixèrent.


               Exception faite :
               - des épouses d'Ambassadeurs,
               - de hauts-fonctionnaires et
               - de cantinières,

               Peu de femmes y résidaient et leur nombre n'était guère un encouragement à un éventuel développement et peuplement de la nouvelle province.
               Un recensement en dénombrait seulement 200 en 1832.

               " Et pourtant, le 3 janvier1832 un petit navire entra dans la rade et vint s'amarrer tout près des bâtiments de la douane.
               On vit apparaître sur le pont des femmes originaires des îles Baléares ; elles venaient, disaient-elles, rejoindre leurs compatriotes, tous maraîchers, et se vouer, comme eux, au progrès de la colonisation.
               Le Capitaine du port, surpris, fit part de son embarras à la police.
               Celle-ci, après réflexion, demanda aux hommes massés sur le quai s'ils pouvaient employer à diverses tâches, loger et nourrir ces nouvelles et jeunes arrivantes.

               Pensant qu'on se moquait d'eux ils répondirent en riant que ces jeunes filles ne venaient pas pour cultiver les légumes mais pour les manger et les faire manger à une sauce plus ou moins piquante.
               L'idée vint alors à la police de n'accorder la descente à terre de chacune qu'à la condition de lui trouver un compagnon ; cette idée se répandit comme une traînée de poudre dans la nombreuse assistance ; c'est alors que ceux qui avaient décidé de nouer des liens avec leurs compatriotes affluèrent nombreux et offrirent leurs services.
               Chacun, après avoir décliné son identité, put monter à bord du bateau, y choisir l'une des belles.
               L'opération terminée un défilé s'improvisa : chaque couple se rendit, bras dessus, bras dessous, vers sa destination … Le plus comique fut de voir quelques colons quitter le navire bredouilles ".

               Les premières réussites incontestables furent celles de Français mais certes pas ces pauvres gens venus de partout de France et d'Europe à la recherche d'une vie un peu moins misérable et un peu plus digne que celle qui était la leur précédemment.
               Non, dès les premières années qui suivirent les débuts de la colonisation, ce furent " ces colons aux gants jaunes " qui investirent dans la nouvelle contrée, hommes généralement :
               - riches,
               - jeunes et ambitieux,
               - aristocrates pour certains ou
               - appartenant à des milieux aisés métropolitains,
               - soucieux de faire fructifier leurs biens.

               Ils firent l'acquisition d'immenses domaines, se réservant, bien entendu, les meilleures terres.

               Parmi les plus connus il faut citer le Baron de Vialar propriétaire d'un domaine à Kouba où il accueillit, en qualité de métayers, des Mahonnais qui jouissaient d'une réputation :
               - d'honnêteté, de sobriété et d'endurance au travail.
               Mais n'oublions pas aussi les :
               - De Tonnac,
               - Saint Guilhem,
               - Du Pré de Saint Maur et quelques autres encore.

               Ils devinrent donc de gros propriétaires et donc de gros colons.

               Ce terme de " colon " dans la pensée d'une majorité de citoyens français va désormais englober tous les Européens qui vivront en Algérie, provoquant ainsi, au fil du temps, une incompréhension qui ne fera que croître entre habitants des deux rives de la Méditerranée conduisant à un vif antagonisme proche de la rupture.
               En une décennie, de 1840 à 1850 le nombre d'Européens passa de 35.000 à 130.000 et 126 villages furent créés.
               L'une des conséquences de la révolution de 1848 fut le développement soudain de la colonisation en Algérie mais nous ne reviendrons pas sur ce sujet traité, par ailleurs, dans un article complet. " Les convois de 1848 ".

               La vie des premiers colons fut loin d'être idyllique :
               - dysenterie, paludisme, choléra,
               - attaques du bétail par les bêtes sauvages firent des ravages.

               La faible superficie des terres cultivables ne permettait pas à ces hommes et à leurs familles de jouir d'une vie digne car la majorité d'entre eux, ouvriers, n'avaient qu'une très vague idée des techniques à appliquer pour réaliser leurs travaux.
               Jusqu'au début du Second Empire, leur existence fut très difficile, voire misérable pour certains, ce que certains historiens oublient volontiers… comme ils occultent aussi les cuisants échecs et les retours en Métropole.

               Le curé de Novi écrivit un jour à l'un de ses collègues : " J'ai vu de bonnes, de nombreuses familles, après un pénible labeur de quatorze heures, n'avoir pour toute nourriture que de misérables gourgones (fèves sauvages du marais) à peine assaisonnées d'un peu de sel ".
               Mais parmi toutes les difficultés auxquelles étaient confrontés les nouveaux arrivants, il en est une qui détruisit la vie d'un certain nombre d'entre eux.
               En effet l'une des grandes plaies du pays fut l'usure.
               Difficile d'en sortir pour s'agrandir et assurer aux siens une vie décente ; l'agriculteur entrait alors dans le cycle infernal des demandes de sommes d'argent de prêt de montants toujours plus fréquents et plus importants.
               Le créancier, lui, prêtait avec l'idée et le secret espoir que la dette ne serait pas apurée et que le temps travaillerait pour lui.

               Lorsque le remboursement devenait impossible , alors les procédures judiciaires se mettaient rapidement en œuvre :
               - mises en demeure,
               - interventions d'huissiers,
               - citations,
               - jugements,
               - saisies des biens s'abattaient sur les pauvres agriculteurs.


               Le prêteur se moquait :
               - des mauvaises récoltes,
               - de l'invasion des sauterelles,
               - des effets néfastes du siroco sur la vigne,
               - de la mort de quelques bêtes,
               - de la maladie de l'épouse ou des enfants.


               Il ne fallait surtout pas perdre de temps pour s'approprier les biens hypothéqués. Aucun délai n'était donc accordé car les affaires étaient les affaires ; rien alors ne pouvait arrêter la lente mais inexorable descente aux enfers de ces pauvres malheureux.
               Malgré le travail tous ces efforts seraient vains ; les mailles du filet se resserreraient d'année en année, le découragement gagnerait les esprits, il faudrait tout abandonner et chercher ailleurs le moyen de survivre.

               L'emprunt et l'usure ont rongé des années durant la vie de ces cohortes de petits défricheurs et ont été les tristes réalités des débuts d'une bien difficile colonisation.
               Exploités, méprisés, ces exilés tentaient de fuir une misère dans laquelle ils étaient plongés depuis bien longtemps dans leur région ou pays d'origine.
               Désormais ils n'aspiraient qu'à une vie :
               - moins rude, plus paisible plus sereine
               Mais ils n'étaient pas encore au bout de leurs peines …

               Dans son ouvrage Vingt ans en Algérie ou tribulations d'un colon (1) Villacrose esquisse une peinture bien particulière et peu flatteuse de ces usuriers : " Ce ne sont point des types comme leurs collègues de France.
               S'il en est qui se cachent, beaucoup agissent au grand jour et se sont fait un front qui ne rougit jamais.
               Tout Alger n'a-t-il pas connu un de ces éhontés coquins qui s'appliquait à lui-même l'épithète de voleur que chacun lui donnait ?

               En Algérie l'usurier est un homme comme les autres, celui que vous voyez passer, tantôt sur un fringant coursier, tantôt dans un break élégamment attelé.
               Tantôt il s'intitule :
               - homme d'affaires ou banquier.
               Une autre fois c'est :
               - votre épicier, votre boulanger.

               Quelque fois c'est un homme à qui la position devrait interdire un semblable métier ; celui-là n'opère pas par lui-même ; il a un prête-nom, un homme de paille, celui qui vous dit : " je vous trouverai cela …la personne veut bien consentir … je connais un capitaliste ".
               Un premier clerc après dix ans d'exercice comme huissier dans l'intérieur donna sa démission et se fit … rentier… usurier.
               - Usurier encore ce coiffeur de petite ville qui trouve le moyen avec des barbes à trois sous et des coupes de cheveux à six de se faire douze mille francs de revenus.
               - Usurier encore ce boulanger venu nu-pieds en Algérie et dont le coffre regorge de billets de banque au bout de six ans d'un commerce équivoque.
               - Usuriers enfin ces colons qui ne cultivent pas et s'enrichissent au détriment des Arabes à qui ils prêtent une mesure d'orge pour en prendre trois à la récolte ".


               Rien n'était facile et les déplacements ressemblaient souvent à de véritables expéditions. Toutes les récoltes devaient être rapidement acheminées dans les villes et pour ce faire les attelages, tirés par des bœufs, quittaient les fermes ou les villages en soirée afin que les marchandises soient livrées tôt le lendemain matin.
               La lenteur des transports n'était pas le seul obstacle ; en effet il était indispensable de se protéger contre les voleurs et les pillards et les déplacements s'effectuaient en convois ; personne n'avait l'autorisation de s'écarter du chemin ou de la route.
               Lorsque la colonne était importante elle bénéficiait d'une protection militaire ; mais durant de longues années la circulation des voyageurs et des marchandises se fit par mer lorsque cela était possible mais la régularité du service n'était pas toujours au rendez-vous.
               A l'intérieur des terres l'unique moyen de se déplacer restait la diligence ; c'est grâce à l'Armée, omniprésente à l'époque, que peu à peu le désenclavement se fit jour. De très importants moyens furent mis en œuvre et permirent ainsi, grâce à la mise en service d'une première ligne ferroviaire entre Alger et Blida, d'améliorer les transports qui, au fil du temps se développèrent et devinrent réguliers.

               La population des villes augmenta peu à peu ; Alger avait une population de :
               - 10.000 en 1830,
               - 20.000 en 1840 et
               - 42.000 en 1846.

               Oran comptait en 1838 :
               - 950 Musulmans,
               - 3.000 Israélites et
               - 45.000 Européens.


               Dès les débuts de la conquête et durant quarante ans le développement fut spectaculaire : tout étant à faire, on construisit donc :
               - des immeubles,
               - des entrepôts et des quais dans les villes,
               - les villages fleurissaient,
               - les campagnes se dotaient de routes,
               - de ponts,
               - de voies ferrées.


               La part de l'armée dans ce développement fut très importante et les nouveaux travaux nécessitèrent l'emploi d'un grand nombres d'ouvriers, presque tous des immigrants étrangers. Qu'il s'agisse de :
               - construire des maisons ou des ports,
               - de faire des routes ou des chemins de fer,


               Les chantiers étaient autant de Babels pittoresques où le nombre des idiomes que l'on pouvait entendre dépassait de beaucoup les trois nationalités qui y étaient représentées :
               - Les Français, exceptés quelques entrepreneurs, étaient souvent des Provençaux, parfois des Alsaciens,
               - les Espagnols parlaient presque exclusivement le Valencien,
               - les Italiens, Siciliens et Napolitains ne se mêlaient pas aux Piémontais qu'ils ne comprenaient à peu près pas.


               Les groupes ne se rapprochaient guère et ce n'est que beaucoup plus tard que l'on assista à la formation d'un langage commun.
               Pour l'heure, chacun travaillait dans son coin et parlait sa propre langue ; le sabir, de formation très ancienne et d'usage traditionnel dans les ports, était strictement réservé aux rapports, peu fréquents, avec les Arabes.
               Malgré ces barrières linguistiques, la besogne s'accomplissait d'une manière satisfaisante grâce à une division du travail à peu près constante :
               - aux Espagnols les transports,
               - aux Italiens la construction,
               - Les Piémontais faisaient les terrassements et, avec les autres Italiens, toutes les besognes de maçons.
               - Les Espagnols, venus de Valence ou d'Alicante, effectuaient la majeure partie des livraisons de la côte vers les chantiers éloignés du bled. A Alger ils exerçaient également la profession de charretiers et travaillaient comme casseurs de pierres dans les carrières de Bâb-El-Oued.
               - Les Italiens étaient spécialisés dans la construction ; eux seuls faisaient parfois travailler les indigènes qu'ils savaient traiter convenablement et dont ils obtenaient davantage que les Français.

               Hors du travail les querelles étaient fréquentes dans les quartiers populaires.

               Le paludisme continuait à faire des ravages parmi la population et le traitement de cette affection par la quinine se généralisa. A Boufarik, le client qui entrait dans un cabaret et qui demandait une consommation sans autrement préciser se voyait automatiquement servir … une quinine ".

La vie dans les villes

               Elle ne fut pas aussi facile qu'on aurait pu le croire.
               Les logements souvent insalubres des villes et des faubourgs étaient occupés par beaucoup d'hommes mais ce qui fut une plaie pour l'Église inquiète, et compliqua sérieusement sa tâche, fut la prolifération de faux ménages.
               Elle avait peine à accepter que ces chrétiens donnent une si mauvaise image de la Chrétienté ; les mariages occasionnaient des frais que les nouveaux arrivants n'acceptaient pas et certains restaient indifférents aux rites religieux. Un curé d'Alger prétendait que, dans toutes les administrations il n'y avait pas plus de deux ou trois ménages réguliers, ce qui est très exagéré.
               Les enfants abandonnés étaient nombreux du fait de la grande instabilité des unions. On les trouvait régulièrement devant la cathédrale et Mgr Dupuch, premier évêque d'Alger, avait dû acheter des berceaux et faire venir des chèvres de Malte pour nourrir tous ces enfants ; une société regroupant les dames de toutes nationalités s'occupa d'eux jusqu'à l'établissement de l'orphelinat de Ben Aknoun dont la charge financière fut pour beaucoup dans les difficultés qui amenèrent le départ de l'évêque.

               Parmi la communauté européenne, les Espagnols restaient très stricts et appliquaient dans la vie quotidienne familiale des principicules rigoureux.
               Pour les filles le mariage arrivait tôt, souvent avant la majorité.
               L'autorité paternelle ne se discutait ni se contestait ; c'était le seigneur de la maison qui disait ce qui était bien, ce qui était mal, avec tous les abus et les excès que cela pouvait entraîner.
               Même si les us et coutumes préconisaient le mariage dans la prime jeunesse, les filles ne devaient pas, en bien des circonstances regretter de quitter cette atmosphère oppressante en évitant de supporter le joug du chef de famille. S'il disparaissait, le fils aîné prenait la relève et exerçait cette autorité de façon analogue donc …absolue.
               Les filles employées dans les commerces ou chez des particuliers rentraient le soir à la maison, éventuellement accompagnées de leurs amoureux ou fiancés mais à la condition qu'ils aient, au préalable bénéficié de la bénédiction paternelle.
               Les fils même s'ils travaillaient, n'échappaient pas à la règle familiale et rentraient dîner et dormir au foyer ; ils jouissaient cependant d'une plus grande liberté que leurs sœurs.

               Pour ces immigrants ayant dû trouver sous d'autres cieux une vie meilleure que celle qui était la leur dans leurs régions et pays d'origine, leur labeur permettait une existence plus digne et bien que frugale la nourriture ne manquait pas.
               La base de l'alimentation était :
               - le pain et
               - le riz,
               - le poisson ,
               - les sardines frites dans les villes de la côte
               - harengs salés à l'intérieur.

               Comme boisson de l'eau tenue au frais dans des gargoulettes pendues aux fenêtres.
               Le vin et la viande étaient réservés aux dimanches et surtout aux solennités familiales mariages et baptêmes.

               Mais dans le quotidien de la vie les vrais plaisirs avaient lieu à l'extérieur de la maison et la rue en était un théâtre.
               Le soir les vieux s'installaient sur une chaise devant leur porte tandis que les jeunes allaient se promener.
               Les femmes se rassemblaient et bavardaient.
               Place Bâb-El-Oued on jouait aux boules tous les soirs.
               On y mangeait également près des cuisines en plein vent installées là et surtout sur le port où elles fonctionnaient toute la journée, débitant saucisses et poissons grillés.
               Dans les villes importantes, l'animation était grande ; dans les rues accessibles aux voitures l'encombrement était permanent.
               - Omnibus,
               - fourgons du train,
               - escadrons de chasseurs d'Afrique et de spahis,
               - petites files d'ânes menées par des conducteurs Biskris,
               - chameaux parfois se succédaient, dépassés par des petites voitures.


               Partout les costumes les plus divers ajoutaient des notes colorées ou pittoresques.
               Les casseurs de pierre de Bâb El Oued en espadrilles et pantalons collants, les terrassiers piémontais en bottes et en pantalons larges qui se hâtaient, croisaient les Maltais :
               - au bonnet brun,
               - à la chemise bleue,
               - au pantalon serré aux hanches et large de jambes,
               - avec leurs anneaux aux oreilles et que les Napolitains méprisaient parce qu'ils ressemblaient à des Juifs.

               Les Mahonnais au chapeau pointu orné de rubans de velours ou de pompons noirs ne se mêlaient pas aux Espagnols drapés dans leur couverture de laine rouge ou à carreaux et dont les femmes avaient repris les mantilles, voire, le dimanche, leurs robes larges. Les Juives qui commençaient à sortir avaient gardé leur costume traditionnel tandis que les hommes adoptaient la coiffure et les chaussures européennes.
               Çà et là quelques burnous qui n'appartenaient pas tous à des Arabes venus du bled.

               Depuis le début de la colonisation c'est l'armée qui :
               - régissait,
               - organisait,
               - réglementait la vie des habitants et
               - assurait leur sécurité.
               Omniprésente dans la vie économique et sociale rien ne se faisait sans son accord ou sa bienveillance ; bénéficiant de moyens matériels et logistiques importants elle participait très activement au développement du pays en construisant :
               - maisons, routes et ponts.
               De ce fait les officiers occupaient une place privilégiée dans la société.

               En relation constante avec les hauts fonctionnaires et la bourgeoisie ils formaient une caste et participaient à toutes sortes de réjouissances :
               - bals, dîners, réceptions.
               La position des fonctionnaires civils était moins flatteuse.
               Socialement l'administration n'était qu'une doublure de l'armée non pas une pâle doublure d'ailleurs, car les fonctionnaires revêtaient eux aussi de brillants uniformes afin d'assurer leur prestige aux yeux des populations et de ne pas se trouver en posture d'infériorité par rapport aux officiers.
               Malgré cela, beaucoup de fonctionnaires considéraient le service en Algérie comme un exil.

               Bien des villes étaient peu plaisantes et souvent difficiles d'accès. Pendant tout le Second Empire, les fonctionnaires se trouvèrent dans une position désagréable entre les militaires prépondérants et les civils qui, par esprit d'opposition, leur manifestaient peu de sympathie.
               Ceux qui partaient en Algérie n'étaient pas toujours parmi les meilleurs et dans certains cas leur affectation était prononcée comme une sanction, dans d'autres on se débarrassait d'eux en leur faisant traverser la mer.
               Il n'est donc pas étonnant que l'on ait pu relever chez eux un certain nombre d'agissements indélicats.

               " L'Akhbar ", un journal de l'époque, signala, dans son numéro du 10 mai 1848 la révocation de notaires qui avaient cédé à des pressions de fonctionnaires.
               " Le Démocrate " de Blida dénonça à plusieurs reprises le sous-préfet qui faisait payer sa cuisinière comme concierge à la sous-préfecture et son valet de chambre comme garçon de bureau.
               Il est cependant des fonctionnaires qui vinrent en Algérie de leur propre chef et qui assurèrent dignement un service difficile.

               De la vie de cette société algéroise il y a peu à dire car tous les voyageurs notent que son premier souci était de reconstituer au mieux le mode de vie européen.
               La grande distraction était le théâtre qui connaissait un succès inouï. Il y avait des théâtres partout avec des troupes lyriques à Alger et Oran mais aussi à :
               - Constantine, Bône, Philippeville et Sétif
               - aussi à Alger des cafés chantants dont le plus célèbre fut le " la Perle ".


               Plus on trouvait faciles à créer des théâtres et de profit plus immédiat, les cafés concerts étaient encore plus répandus dans les petites villes.
               La saison des bals s'étendait de décembre à avril.
               On dansait aussi dans les petites villes ; les divertissements étaient largement pratiqués au printemps et à l'automne : chasses organisées par les officiers, promenades.
               Le dimanche la messe se déroulait toujours en musique, mais militaire tout comme les nombreux concerts animés par les orchestres de diverses unités.
               - Sur les places,
               - dans les cafés,
               - dans les rues,

               Les conversations allaient bon train et souvent toutes tournaient autour d'un sujet unique, l'avenir de l'Algérie. Tout le monde avait son opinion y compris :
               - les Juifs, les Maures et même les femmes.

               Malgré l'agrément de la vie qu'elle menait cette société bourgeoise n'avait qu'un seul souci, la Métropole ; on n'y allait pas sauf cas exceptionnels mais les uns attendaient l'heure d'y retourner, les autres attendaient les nouvelles politiques ou les consignes de mode. Le cordon ombilical de l'Algérie :
               - urbaine, officielle, bourgeoise, c'était le bateau de France.
               A Alger, par exemple l'arrivée du courrier était un grand événement ; une flottille de barques allait au-devant des arrivants (du navire).

La vie dans les campagnes

               Les pêcheurs eux étaient des habitués des côtes algériennes ; ils les connaissaient et les pratiquaient depuis longtemps, bien avant l'arrivée de l'armée et des premiers Européens. Sous la tutelle turque les Espagnols à l'ouest du pays et les Italiens à l'est longeaient les côtes puis, les cales des bateaux pleines, repartaient pour l'Europe vendre le produit de leur pêche.
               Dès que la colonisation prit forme ces pratiques s'élargirent.
               Les hommes venaient seuls avec parfois de jeunes enfants faisant office de mousses, et peu à peu s'installèrent à demeure, assurant le ravitaillement de l'armée et des civils.
               Habitant dans des cabanes ou des huttes sur les plages, les pêcheurs s'efforçaient de vendre leurs poissons dans les villages de l'intérieur.
               Leur vie n'avait rien de commun avec celle des autres colons.
               Par beau temps, ils passaient toutes les journées en mer relâchant au milieu du jour sur une plage où ils déjeunaient, d'un peu de poisson et de riz le plus souvent, et faisaient la sieste avant de gagner le port en continuant à pêcher.
               Mais certains restaient toute la semaine absents de chez eux couchant sur la plage près de leurs filets, s'occupant de leurs bateaux et ne retrouvant leurs femmes que le samedi.

               Le dimanche on allait à la messe. La pratique religieuse resta toujours élevée parmi les populations côtières.
               Le soir on buvait une bouteille et on repartait le lendemain à trois heures.
               Dans les campagnes intérieures la mentalité du colon parti fonder une exploitation dans des conditions difficiles était plus proche de celle de l'aventurier que de celle du paysan enraciné dans son terroir. Une vie de gagne-petit n'était pas pour le satisfaire, sur le point de perdre, il préférait doubler la mise.

               Peu de loisirs dans l'intérieur du pays et dans les fermes ; la chasse était la seule distraction et son enseignement était dispensé aux garçons dès leur plus jeune âge ; ils considéraient être adultes quand, enfin, ils pouvaient tenir un fusil dans leurs mains.
               A cette époque les fauves restaient nombreux mais leur chasse était réglementée et confiée à des spécialistes que l'Administration rémunérait en fonction du nombre de bêtes abattues. Peu à peu les fauves se réfugièrent plus au sud et dans les montagnes de l'arrière-pays.

               De 1873 à 1886 on abattit deux cents lions et plus d'un millier de panthères.
               - Naissances, baptêmes, communions restaient des moments familiaux privilégiés et étaient solennellement fêtés ; on venait de loin pour participer à ces réjouissances et souvent les familles ne se voyaient que lors de ces évènements.
               La participation aux obsèques d'un proche était plus problématique et plus aléatoire car il fallait, en été principalement, enterrer vite, le lendemain suivant le dernier soupir, surtout lors des grandes chaleurs.
               Noël était fêté dans une atmosphère plus traditionnelle ou joyeuse que religieuse.
               Les colons alsaciens allaient chercher les sapins fort loin dans les montagnes tandis que les rouliers espagnols se partageaient dans le désert la soubressade grillée et le nougat.

               Si les colons vivaient pour la plupart dans les fermes, le village continuait à jouer un rôle important dans leur vie.
               L'école y rassemblait les enfants pour le travail quotidien, le café les hommes pour le loisir hebdomadaire.
               Enseignement laïc et religieux se partageaient également les enfants.
               Il y avait un instituteur public dans la plupart des villages français, il y en avait aussi quelques-uns en plein bled pour les Musulmans, en Kabylie surtout.
               Les garçons allaient à l'école publique que fréquentaient également quelques élèves musulmans.
               Par contre l'enseignement des filles était plus souvent assuré par des religieuses de diverses congrégations. On en trouvait dans beaucoup de villages où elles faisaient parfois fonction d'infirmières.

               Le dimanche n'était régulièrement sanctifié que par les Espagnols et les pêcheurs. Les colons de souche française n'étaient guère religieux. Pour eux les grandes occupations de cette journée étaient la partie de boules et le café où l'on se retrouvait régulièrement pour parler culture et politique.
               Certains y allaient bien les autres jours mais ils étaient moins assurés de rencontrer tout le monde.
               C'est là que se faisaient les campagnes électorales, l'efficacité des tournées d'absinthe se révélant bien supérieure à celle des réunions publiques ".

               L'été était ponctué par de nombreuses festivités ; chaque villages vivait, tour à tour, dans une effervescence et une excitation peu communes ; la concurrence entre les bourgades était vive et chacune rivalisant avec ingéniosité mettait un point d'honneur à organiser :
               - les plus belles ,
               - les plus conviviales,
               - les plus prisées ,
               - celles dont on parlerait encore dès que les premiers frimas de novembre apparaîtraient.


               Quelques jours avant le début des réjouissances les forains arrivaient ; un étrange ballet se déroulait ; on déchargeait roulottes et remorques ; pouvait alors commencer le montage des manèges et des baraques.
               Les enfants, tenus à distance, assistaient émerveillés à la mise en place de tout ce qui ferait leur bonheur dans les prochains jours.
               Des guirlandes de papier multicolores décoraient le centre du village. Le soir la foule se pressait sur la place pour danser et festoyer puis, pour souffler un peu, allait à la rencontre des forains qui proposaient :
               - tirs à la carabine, tombola et manèges.

               Mais il est une tradition que nul n'aurait oubliée. Le lundi de Pâques était une fête toute particulière ; ce jour férié permettait à parents et amis de passer une bien belle journée lorsque le soleil était au rendez-vous et il l'était souvent.
               On allait pique-niquer à la mer ou en forêt ; tous partaient le matin tôt :
               - à pied, en charrettes ou en tram.

               Au déjeuner le dessert était invariablement cette fameuse brioche, " la mouna ", gâteau d'origine espagnole dont chacun se régalait.
               Cette journée se déroulait dans la bonne humeur générale et à la satisfaction des petits et des grands.
               Souvent dans l'après-midi guitares et accordéons accompagnaient les couples dans des danses endiablées ; ce n'est que lorsque le soleil disparaissait à l'horizon que l'on rentrait.

               Bien entendu la situation des colons n'était pas la même partout.
               Dans certaines régions le peuplement européen était très faible et la présence effective de la France à la terre n'était assurée que par quelques isolés.
               C'étaient souvent des fonctionnaires en poste que leur tâche mettait en rapport direct avec les Indigènes. Des instituteurs étaient envoyés dans les zones où les Français étaient rares mais les Musulmans acceptaient, voire réclamaient l'enseignement français. La Kabylie était la plus étendue et la plus importante.
               On y trouvait des instituteurs indigènes formés à l'école normale de la Bouzaréa, près d'Alger, mais aussi des Français venus de la Métropole et qui vivaient de longues années au milieu de la masse indigène.
               Animés d'un idéal généreux ils croyaient à l'inverse de la plupart des colons que leurs élèves étaient perfectibles et concevaient très largement leur mission se faisant infirmiers ou conseillers agricoles.
               Ils disposaient d'un logement contigu à l'école avec un petit jardin et partaient en congé dans la Métropole tous les deux ans.
               Les fonctionnaires n'étaient pas les seuls dans le bled ; on y rencontrait quelques colons et des hôteliers dans des bordjs sur les pistes suivies par les rouliers et les transports de l'armée; on y trouvait toujours le gîte et parfois le couvert.
               Le gîte était souvent sommaire de simples salles sur la porte desquelles on lisait " officiers " , " civils " , " indigènes " et quand la nourriture n'était pas assurée on faisait la cuisine en plein vent dans la cour.

               Dans le nord des étrangers qui n'étaient pas des méditerranéens mais des Anglais ou des Belges surveillaient l'exploitation des mines souvent éloignées des centres et même des voies de communication.
               Ailleurs des Européens surveillaient les chantiers de liège dont les ouvriers vivaient de longs mois dans un isolement complet, faisant eux-mêmes leur pain et abattant le bois nécessaire au chauffage et à la cuisine.
               D'autres Français menaient une existence de nomades :
               - des géologues chargés des études de terrains vivaient longtemps sous la tente,
               - des ingénieurs préparaient l'implantation des routes et des voies ferrées.

               Dans l'extrême sud des officiers des campagnes sahariennes vivaient sommairement installés dans les postes sans meubles car le bois manquait. Suivant les chemins :
               - des rouliers,
               - des marchands juifs ou
               - maltais vivaient comme des soldats sous la tente ou dans des gourbis.

               Les isolés menaient une vie très différente de celle des colons.
               Ils avaient le temps :
               - de lire, de réfléchir, de méditer.

               Certains d'entre eux qui avaient bénéficié d'une formation intellectuelle poursuivaient, en marge de leur profession, des travaux d'archéologie, d'ethnologie, s'intéressaient à l'artisanat indigène, aux possibilités de développement agricole ou touristique de leur région.
               Ils étaient en général beaucoup plus aptes à comprendre les Musulmans que les colons pris par leurs occupations et d'esprit purement pratique et cela entraînait entre les uns et les autres des désaccords fréquents.
               Ces isolés colons et blédards de toute sorte se sentaient et se disaient aussi " Algériens " et la nuance commençait à prendre de l'importance.

Les us et coutumes

               Dans les villes la vie était organisée de façon différente. Dans la classe ouvrière essentiellement peuplée d'habitants venus du pourtour méditerranéen chacun avait apporté les us et coutumes de son pays, ainsi se créait peu à peu, par un phénomène d'osmose, une vie assez différente de celle de la Métropole .
               Un début de développement industriel et commercial voyait le jour.
               Dans les ateliers et les usines les patrons avaient une sérieuse tendance à contourner les lois et à priver, en partie, leurs salariés d'en bénéficier pleinement.
               Mais ce qui était paradoxal c'était que les ouvriers ne manifestaient guère d'animosité et paraissaient être satisfaits de leur sort.
               On pourrait expliquer cette attitude par la diversité des communautés, divisées et rivales, peu enclines à se rassembler et à se mobiliser pour faire valoir leurs droits sociaux.
               L'égoïsme les poussait à se défendre individuellement sans aucunement se préoccuper des autres.
               D'ailleurs, pourquoi protester ou se rebeller lorsque l'on avait misérablement vécu dans un passé récent ? On était venu sans un sou et on avait enfin réussi à trouver un travail permettant de vivre certes pauvrement mais de vivre.
               Quant aux Français d'origine ils n'acceptaient pas ces salaires de misère. Eux n'étaient pas arrivés dans la province dans une situation financière aussi précaire.
               En outre il n'y avait aucune solidarité entre employés car une farouche rivalité opposait les " Nationaux " et ceux venus d'ailleurs.

               La presse socialiste ou syndicale, assez abondante, était remplie de protestations contre le trop grand nombre de travailleurs étrangers et le 22 septembre 1898 les ouvriers réunis à la Bourse du travail demandèrent que les étrangers ne puissent pas constituer plus du dixième de l'effectif de chaque entreprise et que leur emploi donne lieu au paiement d'une taxe par l'employeur.
               Tandis que certains s'assimilaient d'autres arrivaient prêts à accepter n'importe quel salaire et l'on eut la surprise de lire dans la presse ouvrière espagnole abondante à Oran et présente à Alger des protestations contre les nouveaux venus à côté d'articles manifestant un attachement fidèle à la patrie d'origine ou même protestant contre la francisation des anciens.
               En observant la qualité des rapports entre Européens et Musulmans, on s'aperçut vite qu'ils étaient médiocres pour ne pas dire mauvais.
               Ces derniers peu ou pas qualifiés, occupaient les derniers échelons de la hiérarchie sociale, les Européens assurant des fonctions de maîtrise ou de contremaîtres.

               Cependant malgré les difficultés quotidiennes les conditions de vie s'améliorent peu à peu.
               L'Algérie essentiellement agricole qui produisait en suffisance sans pouvoir toujours exporter offrait à ses enfants de quoi se satisfaire.
               La viande était médiocre, les bovins rares ; la viande de veau et de bœuf venue de France était chère.
               En revanche sur la côte le poisson était abondant et excellent ; la sardine restait l'une des bases de l'alimentation des pauvres et l'on consommait aussi beaucoup de morue salée.
               Dans les villes les légumes ne manquaient pas ; les fruits faisaient la fierté des producteurs.
               La cuisine était sans aucun doute la discipline dans laquelle l'unité des races s'était le plus vite réalisée. Tous les Européens appréciaient :
               - le couscous,
               - le riz espagnol,
               - les pâtes italiennes.


               Pendant le ramadan on franchissait facilement le seuil des boutiques arabes pour acheter des pâtisseries. Le vin était abondant et pas cher.

               Dans la vie des quartiers pauvres un mariage était un événement solennel dont le déroulement respectait un certain nombre de rites bourgeois inextricablement mêlés à des traditions méditerranéennes voire à des usages proprement algériens. On se réunissait régulièrement à l'appartement de la fiancée.
               L'heureux élu ne devait pas voir sa promise avant l'entrée à l'église, car disait-on, cela portait malheur.
               Les calèches attendaient le moment de transporter tous les invités vers l'église.
               L'office religieux était rapidement expédié ; pas de messe, une simple bénédiction. Puis la fête se poursuivait dans un restaurant ou chez la famille de l'un des deux époux ; on restait à table très longtemps ; au dessert chacun devait chanter une chanson :
               - Accordéon,
               - guitare,
               - mandoline continuaient à faire danser les couples longtemps après le départ des mariés.

               Il y avait cependant rituellement un moment de tristesse au cours du repas , celui où l'on évoquait la joie qui aurait été celle :
               - du grand-père,
               - de l'oncle ou
               - du père mort.


               A ne considérer la rue que comme une réunion de maisons abritant un certain nombre de personnes on aurait pu conclure à une sorte de ségrégation multiple, chaque communauté ayant son domaine propre.
               En 1900 le quartier d'Isly à Alger formait donc la ville française, donc bourgeoise, qui avait tendance à se prolonger vers Mustapha. L'ancien quartier de la marine, le berceau de l'Algérie française, était occupé par une population misérable et des plus mêlées encore qu'exclusivement européenne. " L'Espagne commence à Bâb El Oued " disait-on parfois à Alger.
               Les autres faubourgs rassemblaient une population ouvrière sans dominante ethnique bien marquée.
               Quant à la Casbah qui couronnait la ville de sa masse blanche on y montait rarement et toujours dans un but bien précis.
               La tenue des quartiers bourgeois n'avait rien à envier à celle des villes européennes. En revanche celle des quartiers populaires donnait souvent lieu à critique.
               Si les communautés ethniques avaient leurs quartiers bien individualisés, la pire des erreurs aurait été de considérer ces quartiers comme autant de ghettos.
               Les Arabes, eux-mêmes, allaient et venaient librement et volontiers dans un bon nombre de rues européennes où ils ne s'établissaient pas toutefois.
               Tous les autres circulaient et s'établissaient à leur gré et la prudence n'a tenu les Juifs éloignés des quartiers européens que pendant quelques périodes de fièvre, séparées par de longues accalmies.

               La rue rassemblait les gens les plus divers sans qu'aucun facteur politique ou sociologique n'intervienne.
               Tôt éveillées les villes algériennes s'assoupissaient quelque peu vers cinq heures et trouvaient ensuite leur plus vive animation mais pour la soirée seulement. Elle était aussi le siège d'une foule de petits métiers, auxquels elle devait en bonne partie son pittoresque.
               La branche la plus active était l'alimentation puis venaient les services et les activités du spectacle.
               Le chevrier maltais était le plus matinal de tous. Il descendait tous les matins avec son troupeau et trayait à domicile ou presque.
               Dès qu'elles entendaient les clochettes les femmes dégringolaient les escaliers et prenaient livraison de leur lait tout chaud sur le trottoir.
               C'est dans l'après-midi qu'apparaissait le marchand de glace. Les marchands de frites et les fabricants de " beignets italiens " avec un trou au milieu se tenaient plutôt à proximité des bains de mer.
               La nuit tombante amenait le marchand de brochettes qui existait déjà du temps des Turcs. Chacun en profitait aussi pour les accompagner avec un apéritif, l'anisette surtout.
               On mangeait aussi " la calentica " sorte de pâte cuite à la farine de pois chiches.
               C'est vers 1900 que le " yaouled " eut droit de cité dans la vie algérienne où ses fonctions étaient désormais multiples.
               - Il aidait les clients des boutiques à porter leurs paniers pleins,
               - vendait les journaux,
               - se faisait cireur de chaussures.


               Alger avait aussi ses musiciens ambulants qui parcouraient les rues à toute heure du jour. On circulait désormais beaucoup mieux dans les villes algériennes.
               Dès 1876 Alger connut les tramways à chevaux mais c'est dans les dernières années du siècle que les tramways électriques, très inconfortables, firent leur apparition.

               Le développement économique de la contrée prit un nouvel essor ; tout s'accélérait Les deux ports les plus importants de l'Algérie rivalisaient d'ingéniosité pour être le premier donc le meilleur. Leur rivalité était grande et intense et se poursuivit jusqu'à l'indépendance du pays.
               La création de nombreuses entreprises favorisait une très vive concurrence. Les Kabyles qui habitaient la Kasbah prenaient chaque jour le chemin de la ville européenne pour aller travailler. Mais le contraire n'était vrai à aucun degré.
               Les rues arabes de la Kasbah restaient des rues où l'on n'allait pas, sinon à la nuit noire pour gagner les maisons du quartier réservé, tout en haut.
               On y trouvait d'ailleurs plus de soldats ou de matelots de passage que d'authentiques Algérois.
               Cet endroit était à la fois le quartier réservé et le quartier arabe et , comme tels , il était marqué du sceau de la déchéance !

               Pour ne pas devenir arabe, l'Algérie européenne avait choisi la voie la moins sûre, celle de l'ignorance, et tourna résolument le dos au mode de vie et à la culture des Musulmans.
               Pour les Européens cette ignorance fut un réflexe vital.
               En Algérie les enfants profitaient du climat plutôt clément pour faire de la rue leurs aires de jeu ; comme partout ils :
               - se chamaillaient, s'invectivaient, se battaient à poings nus.

               Dans les rues à forte pente des courses de " carrioles " étaient organisées quotidiennement : une planche de bois à laquelle on fixait des roulettes, c'était simple mais pas toujours très efficace. On dévalait ces rues à grande vitesse sur ces petits chariots instables et il fallait faire preuve de grande dextérité pour éviter la chute ; inconscients du danger les gamins, inlassablement, remontaient sur les hauteurs du faubourg pour une nouvelle course.
               Fort heureusement les accidents graves étaient rares.
               On jouait également aux billes à la belle saison.

               On pouvait alors impunément :
               - lancer des tomates aux épiciers mozabites,
               - faire des crocs-en-jambe aux porteurs d'eau,
               - razzier les babouches à la porte des mosquées ; et quand toutes ces joies étaient épuisées il y avait encore la mer.


               Pour les enfants tout était simple. Un coin de rocher où l'on se déshabillait tous ensemble, et l'on plongeait en caleçon, ou même sans caleçon bien que cela fût interdit. Il suffisait qu'un agent rafle tous les vêtements et attende le retour des nageurs. Il fallait donc garder un œil sur les vêtements tout en se baignant et cette opération donna naissance à l'expression : " çuilà, il sait nager et garder le linge ".
               Mais parfois une autre bande arrivait s'emparait des chemises, les trempait dans la mer et nouait solidement les manches… les victimes ne pouvaient les dénouer qu'avec leurs dents.

               Mais à Alger, comme à Oran et à Bône, les baigneurs ont été peu à peu chassés du rivage par la construction des quais et des boulevards en front de mer.
               En 1898 " Le courrier de Bône " réclamait l'établissement de tramways pour que l'on puisse se rendre aux plages très éloignées.
               A Alger, les grandes écuries avaient en outre neutralisé une partie du bord de mer en y faisant baigner leurs chevaux.
               Les citadins n'avaient plus, dès lors, que deux ressources : utiliser les plages organisées et payantes pour la bourgeoisie et pour le petit peuple il restait le port.
               D'ailleurs dans les grandes villes il y avait la perpétuelle agitation de ces ports avec l'arrivée des paquebots, les manœuvres des remorqueurs, le retour des pêcheurs.

               Le pays offrait aussi d'autres joies : la chasse, divertissement favori des colons et des officiers était aussi largement pratiquée par la bourgeoisie des villes, surtout dans l'intérieur.
               Dans les villes de garnison de vastes pique-niques étaient fréquemment organisés par les jeunes officiers, avec la participation active et recherchée des dames de la société.
               La montagne, fort belle, commença à attirer les jeunes ; dans les dernières années du siècle :
               - Alger, Constantine, Médéa et Bougie possédaient une section du Club Alpin Français.

               On a constaté que le sport était beaucoup plus pratiqué en Algérie qu'en France si on le comparait aux chiffres de la population.
               C'étaient le football et le cyclisme qui attiraient la jeunesse des villes. !
               Les amateurs du premier avaient à leur disposition une partie du Champ de manœuvres, au bas de Mustapha.
               Ils venaient de l'autre bout de la ville , transportant dans une charrette à bras leur matériel et parfois des chaises pour les spectateurs, auxquels on demandait une participation aux frais, afin :
               - de pouvoir louer un jour une remise à proximité du terrain,
               - d'y laisser tout l'attirail et
               - de venir en tramway.


               Ce fut vers 1910 que ce sport se répandit dans les petites villes de l'intérieur.
               Quant au cyclisme il forgea sa renommée grâce aux nombreuses courses organisées dans les villages pour leurs fêtes annuelles.
               Après 1905 on assista aux premières courses d'autos.
               Un véritable foisonnement de sociétés sportives vit jour dans les milieux populaires :
               - jeux de boules, gymnastique, tir.

               Chaque quartier d'Alger ou d'Oran, chaque centre important de l'intérieur avait sa société avec :
               - ses couleurs, ses fanions et ses cliques.
               Les courses hippiques, plus spectaculaires, se pratiquaient régulièrement dans les grandes et parfois moyennes villes et étaient toujours prétexte à rencontres et festivités.
               Les Espagnols d'Oran préféraient les corridas et tous les ans, à l'occasion de la feria de Valence, un voyage était organisé.

               Il existait aussi d'autres divertissements en Algérie.
               Les grands bals officiels étaient ce qu'ils étaient sous le Second Empire, à peu près semblables à ceux de la Métropole, avec cependant davantage d'uniformes, qui donnaient aux danseurs presque autant de brillant qu'aux danseuses.

               Les grands chefs arabes, qui appréciaient l'honneur d'être invités, rehaussaient l'éclat des soirées, mais participaient si peu aux divertissements qu'ils semblaient faire partie du décor.
               La grande particularité de ces soirées était qu'on s'y amusait.
               On s'amusait aussi beaucoup dans les bals populaires.
               Mais à Oran et même à Bâb El Oued les choses se passaient de façon différente : Pour danser avec une fille il fallait demander la permission à son frère ; seul le novio n'avait qu'à faire signe de loin.
               Toute entorse au protocole provoquait une bagarre. On dansait, en fait pour " le bon motif ".

               En Algérie le théâtre et l'opéra étaient de véritables institutions.
               A la suite de l'incendie, en 1882, du théâtre d'Alger la mobilisation fut exceptionnelle ; il fallait sauver par tous les moyens cet édifice qui procurait tant joies et de plaisirs aux nantis et aux autres.
               De nombreuses souscriptions furent ouvertes non seulement pour la rénovation de ce lieu magique mais aussi pour aider dans leurs détresse, les artistes et employés privés d'emploi.
               Quelques mois plus tard, grâce à la générosité de tous, les spectacles purent reprendre à la satisfaction générale.
               Même si ce genre de plaisirs coûtait cher, à Oran comme à Alger, tout le monde allait à l'opéra. Pour les moins argentés et le petit peuple les sorties s'effectuaient lors d'évènements importants de la vie comme le jour des fiançailles, par exemple. Même si les spectacles étaient souvent de médiocre qualité, le public n'était pas toujours tendre avec les artistes, guettant le moindre faux pas, la moindre fausse note ; les sifflets, d'abord discrets, fusaient alors et lorsque le brouhaha gagnait la salle son évacuation était inévitable.

               Malheur aux pauvres artistes qui, rouges de honte devant un tel fiasco, hésiteraient à remonter sur scène dans les prochaines semaines.
               Mais si la presse confirmait le verdict du public, alors la carrière de ces acteurs devenait :
               - difficile, délicate et leur retour sur scène s'avérait problématique pour ne pas dire impossible.
               Les petites villes avaient leur théâtre où, faute de troupe lyrique, elles devaient se contenter de mélodrames et de vaudevilles, appropriés aux goûts des spectateurs. Les représentations faites au music-hall étaient souvent médiocres.
               A Alger les combat de lutteuses, clou de ces manifestations, donnait à la salle l'occasion de se diviser en deux clans, par nationalité, et de vociférer.
               Il semble que le goût des Européens d'Algérie pour la musique ait été réel. Les sociétés musicales étaient nombreuses.

               Le 14 juillet était fêté avec une solennité qui manifestait les sentiments d'une population que la République avait libéré de la tutelle de l'armée et qui très patriote aux heures difficiles demeurait cocardière en temps de paix, trouvant d'ailleurs ainsi une occasion d'affirmer avec éclat la présence de la France aux yeux des musulmans.
               Tous les villages avaient leur feu d'artifice.
               Le carnaval était surtout l'affaire de la capitale ; on s'y efforçait d'en faire une attraction pour touristes mais en fait, c'est la population qui y prenait le plus de plaisir. Dès qu'arrivait l'été :
               - les nantis, bourgeois,
               - fonctionnaires et
               - officiers s'embarquaient sur les navires pour rejoindre la Métropole et s'y détendre.


               Mais la grande majorité de la population ne voyageait guère.
               Ceux qui le pouvaient quittaient les villes pour aller se reposer à la campagne. Les plus fortunés partaient respirer l'air pur et frais des montagnes où les stations estivales étaient peu nombreuses.
               Pour la majorité des Européens le seul et réel plaisir de vacances restait les rivages tout proches. Les femmes allaient avec les enfants s'installer dans de petites villas ou des cabanons peu confortables où les familles entières s'entassaient souvent sans le moindre confort.
               Ces plaisirs simples et peu coûteux permettaient à la majorité d'entre elles de se détendre malgré les chaleurs accablantes.

               Alger nourrissait secrètement le désir de devenir un jour une station hivernale et un havre de paix pour les touristes.
               Elle possédait les atouts nécessaires pour parvenir à ses fins :
               - Un agréable paysage environnant vallonné,
               - un climat plutôt doux,
               - des températures assez clémentes.


               Au tout début ce furent les malades atteints d'affections pulmonaires qui vinrent goûter aux charmes de la ville ; puis au fil du temps les touristes arrivèrent.
               Dans les années 1880 les infrastructures se développèrent.
               On construisit des hôtels. Les locations moins onéreuses accueillaient la petite bourgeoisie. Les arrivants étaient Anglais dans leur grande majorité.
               Grâce au développement des liaisons maritimes entre la France et l'Algérie le tourisme se développa.
               Les Britanniques disposaient d'un journal " l'Algerian Advertiser " et d'une église.

" Les Algériens "

               " Quelles furent les limites et l'étendue exacte des particularismes des Européens d'Algérie dans les aspects essentiels de leur vie :
               - le langage,
               - la religion,
               - la politique ?


               Ces " Algériens " comme ils s'appelaient eux-mêmes et comme on les appelait à l'époque, il était plus aisé de les décrire que de les définir.
               Si l'on voulait les caractériser par une formule valable pour tous, on peut dire qu'ils étaient animés par la volonté d'être Français jointe au sentiment de l'être dans des conditions bien spéciales auxquelles ils ne voudraient renoncer pour rien au monde et dont ils étaient même très fiers.
               Ce sentiment constitua la base réelle et tangible de leur attachement à l'Algérie française, jusque dans ses dernières années.

               Le changement de siècle marque le moment où la fusion entre les divers éléments européens fut à peu près accomplie grâce :
               - aux mariages mixtes,
               - à l'assimilation des groupes ethniques les uns aux autres à la commune adaptation aux conditions de la vie en Algérie dans un cadre français.

               Le sens du concret n'était que la contrepartie positive de la pauvreté intellectuelle, " un peuple qui a mis tous ses biens sur cette terre ".écrivait Camus.

               Ce sont effectivement les biens de la terre qu'étaient venues chercher en Algérie les populations désireuses d'oublier la misère qu'elles avaient connue depuis des générations. Mais les uns y trouvèrent la joie des sens, et ce fut à elle qu'ont été sensibles les écrivains. Camus voyait dans " les barbares qui se prélassent sur les plages " un peu la sensualité qui n'est pas un vice "
               Les satisfactions des autres furent moins simples dans la mesure où elles se fondèrent sur l'enrichissement.
               Sans doute l'élément sensuel n'est-il pas absent de cet amour de la terre qui fut le moteur des entreprises des colons, elles-mêmes à l'origine de la prospérité algérienne.
               Mais ce que la plupart ont aimé ce ne sont pas les perspectives naturelles quelque que soit leur beauté.

               Les Européens d'Algérie aimaient la nature possédée et dominée, et c'est pourquoi il s'est trouvé si peu de poètes parmi eux.
               Ils n'étaient pas venus admirer le pays mais le transformer et le féconder.
               - Le sens du concret,
               - l'esprit d'entreprise et
               - la hardiesse sont des traits du tempérament algérien.

               En affaires ils ne cherchaient pas la sécurité mais leur esprit d'aventuriers les incitait à réinvestir l'argent gagné.
               Mais la facilité de la dépense était également très grande avec souvent un goût marqué pour l'ostentation.

               Les femmes d'Algérie arboraient volontiers les signes de la réussite de leur mari sous la forme de bijoux d'or, qui valaient par leur poids plus que par leur beauté.
               Si cette vanité peut être parfois le contraire de l'orgueil, celui-ci est sans aucun doute le trait le plus complexe de la mentalité collective algérienne.
               - La facilité des rapports personnels,
               - la gentillesse et
               - l'amabilité, réelles et immédiates semblaient le contredire et pourtant il frappait tous les observateurs.


               Dans les premières années suivant la conquête la religion ne fut pas l'un des facteurs essentiels de la vie quotidienne : ce sont les militaires qui assuraient et assumaient la conduite de la politique dans le pays et les Généraux restaient profondément républicains.
               - Les bourgeois,
               - fonctionnaires ou
               - hommes d'affaires venus de Métropole, étaient fortement influencés par les idées véhiculées par Voltaire.


               Quant aux déportés et aux ouvriers de Paris, eux aussi, ils étaient éloignés de l'Église.
               Il était clair qu'aucune évangélisation des populations autochtones ne verrait le jour. La foi n'était pas ce qu'elle aurait dû être.
               Les habitants des villages réclamaient des prêtres pour les baptêmes et les funérailles mais n'avaient recours à eux que dans des occasions extrêmes.
               Les unions mêmes ne donnaient souvent pas lieu à l'intervention du prêtre ni même de l'état civil.
               Ayant à peine fini de chanter le " Te deum " dans la casbah pour célébrer la prise d'Alger, les aumôniers du corps expéditionnaire rembarquèrent à la suite du général vainqueur.
               Le commandement proclama avec une parfaite hypocrisie que les aumôniers ne seraient maintenus que dans les seules places où le clergé ne serait pas suffisant.
               Or il était inexistant. Les soldats d'Algérie moururent toujours sans sacrements et sans confesseurs.
               Il n'y avait pas un seul aumônier à la prise de Constantine.
               Les centres de colonisation importants commencèrent à avoir leurs curés formés dans le séminaire installé à Kouba dans des baraquements infestés de fourmis, voire de serpents.
               Dans les villages, leur vie était des plus dures. Mal logés, dépendant de la bonne volonté des autorités pour leur subsistance ils avaient pour devoir essentiel de se faire les frères d'une population qui ne voulait pas d'eux.
               En vingt ans plus de cent moururent à la tâche.

               Les religieuses enseignantes et hospitalières tinrent, en revanche, une grande place dans la vie des villages. Les sœurs de Saint Vincent de Paul furent toujours nombreuses en Algérie où elles jouèrent le rôle primitivement dévolu à l'œuvre d'Émilie de Vilar dont l'expulsion fut une des pires erreurs de Monseigneur Dupuch.

               D'importants établissements religieux, fondés à la Trappe de Staouéli par le père Régis , à Misserghin près d'Oran par le père Abram assurèrent une présence visible de l'Église en même temps qu'ils firent une œuvre des plus utiles dans le domaine agricole.

               En 1893, le pasteur protestant Reveillaud arrivé avec une colonie de villageois du Chablais était scandalisé de l'irréligion des catholiques des trois marabouts, dont la chapelle, vieille de dix ans, n'avait jamais servi qu'à des enterrements.
               Le contraste caractérisa le catholicisme africain qui fut essentiellement une religion de rites et de cérémonies, une religion extérieure.
               Lorsque sous le Second Empire la froideur officielle eut fait place à la considération, dans l'armée en particulier, la messe du dimanche devint, dans les petites villes surtout, une cérémonie sociale, tous les rites n'étant pas d'ordre religieux.
               Dans les villages elle fut l'occasion d'un rassemblement empreint de dignité.
               Il était indispensable de revêtir des vêtements noirs même si l'on se contentait d'attendre la fin de l'office en bavardant sur la place avant d'aller boire un verre ou deux.
               L'année liturgique était marquée par une série de fêtes dont le sens religieux était obnubilé par des éléments traditionnels souvent profanes.

               Au temps de Noël, les boutiques s'ornaient de :
               - plantes vertes,
               - bananiers en pot surtout et
               - de drapeaux.


               On vendait des fruits entourés de papier doré et des friandises de différentes sortes venues d'Espagne ; chacun achetait selon son goût :
               - nougat blanc ou nougat noir,
               - nougat mou ou nougat dur et
               - des dragées anisées très petites , très dures et très sucrées.
               - Partout les églises étaient remplies à partir de onze heures.
               - Le réveillon sans être frugal à l'excès était plus joyeux que plantureux.
               - On y mangeait beaucoup de charcuterie fabriquée en Algérie à la façon espagnole, mais on y chantait et on y dansait davantage.


               La semaine sainte s'ouvrait joyeusement pour les enfants. Derrière les adultes qui portaient des branches d'oliviers ils assistaient à la messe en tenant à bout de bras des sortes de bâtons ramifiés dont les branches portaient de petits jouets ou des friandises à bon marché.
               Le jeudi saint il fallait, dans les villes aller baiser les pieds du crucifix dans trois églises.
               Plus elles étaient éloignées les unes des autres plus les mérites étaient grands.
               La première communion s'entourait des mêmes réjouissances qu'en Métropole auxquelles s'ajoutaient parfois l'envoi d'une boîte de dragées aux parents et aux amis.
               Le lendemain les communiants allaient en cortège déposer leurs cierges en un lieu de pèlerinage,
               - Notre Dame d'Afrique à Alger,
               - Santa Cruz à Oran ou
               - la basilique d'Hippone pour les Bônois.


               C'est vers ces mêmes hauts lieux que montait la ferveur des faubourgs à Alger et Oran en particulier.
               Le rayonnement local de la petite église qui dominait l'agglomération oranaise le cédait toutefois largement à celui de la grande basilique construite sur un éperon avancé du massif de la Bouzaréa immédiatement au-dessus du grand cimetière de l'ouest d'Alger, situation qui favorisa la dévotion des fidèles, très attachés à leurs morts.

               Au fil du temps le pays se développa mais les évènements politiques qui s'y déroulèrent furent souvent :
               - âpres, durs, parfois violents
               On reprocha très souvent à la Métropole de se désintéresser du sort de l'Algérie et de ses habitants et toutes les campagnes électorales gravitaient autour de l'avenir de la province.
               La presse politique était inexistante, exceptés quelques brûlots ne recueillant que peu d'échos parmi la population.
               Afin de garder leurs lecteurs les journaux préféraient accompagner leurs opinions plutôt que de les orienter vers des débats d'idées.
               Seules les affiches se prêtant fort bien à la polémique étaient utilisées.

               Au début du vingtième siècle les modes de vie entre la France et l'Algérie se rapprochèrent ; cependant, malgré les quatre années du conflit de 1914 à1918 qui permirent aux hommes de se connaître et d'être solidaires face :
               - aux dangers,
               - aux souffrances et
               - à la mort,

               Certains éléments particuliers subsisteront et ne permettront pas aux Français d'Algérie une totale assimilation à la Métropole.

               La province fut sans cesse agitée et les évènements qui s'y déroulèrent de 1954 à1962, dernières convulsions d'une province qui agonisait, mirent en évidence le fossé d'incompréhension qui séparait les citoyens peuplant les deux rives de la Méditerranée …

               Mais cela est une tout autre histoire.
D'après l'ouvrage " La vie quotidienne des Français en Algérie.
1830 - 1914 " de Marc Baroli. Édition 1967
Réflexions, citations et résumés commentés par Christian Graille


MACHIAVEL A MASSABIELLE
De Hugues Jolivet


       Au coeur du Tour de France, dans une étape reine,
       Invité d'honneur sur les pentes du Tourmalet,
       Emmanuel, bien en vue d'une foule hétérogène,
       Prend soin de son image, ne cesse de saluer !

       Président en campagne, il souhaite, en ces instants,
       Donner l'image d'un Chef vaillant et responsable
       Face à la pandémie, ses mesures confortant
       Un retour aux loisirs jugés indispensables !

       Arrivée au sommet d'une course sélective,
       Le vainqueur honoré par le Chef de l'Etat !
       Voeu que le Président fait sien, en perspective,
       Quand au Printemps prochain viendra le résultat !

       Jupiter quitte l'Olympe, descend dans un Lieu Saint :
       Il prend un bain de foule, à Lourdes, dans le Sanctuaire,
       Jour du pélerinage annuel diocésain :
       L'ultime apparition de la Vierge salutaire.

       Choisir une telle date n'est pas, pour Emmanuel,
       Un effet du hasard, car notre "Machiavel",
       Féru de perfidie, se rend à Massabielle
       Demander un miracle pour les Présidentielles !

       Homme de peu de foi, sera t-il exaucé
       Pour un rêve de pouvoir non désintéressé ?
      
Hugues Jolivet
         
23 juillet 2021          




En Kabylie
Envoi de M. Christian Graille

               La caravane parlementaire part à la découverte de la Kabylie et Paul Bourde raconte : " J'avais le vif désir de traverser la grande Kabylie. Si souvent j'avais entendu opposer le Berbère à l'Arabe que je voulais le voir dans la contrée où il a le mieux gardé son originalité. Le voyage nécessitait deux journées de mulet, et cette fatigue nouvelle avait fait reculer quelques députés dont les fourgons éprouvaient déjà suffisamment l'âge.
               L'itinéraire avait donc été tracé de façon à suivre les grandes routes, et les grandes routes contournent la Kabylie sans y pénétrer. Ayant trouvé dans Monsieur David un charmant compagnon décidé à ne point perdre l'occasion de voir un pays célèbre et que l'on visite trop peu, nous quittâmes la caravane pour quelques jours, et nous allâmes à Fort National par le col de Chellata.

               Combien je me félicite aujourd'hui de ma résolution et quelle étonnante variété d'aspects présente l'Algérie ! On n'a pas à y craindre la satiété des paysages. Les plantureuses vallées du Tell, les plateaux nus, les déserts, les oasis, la montagneuse Kabylie, autant de régions entièrement différentes. Notre train se compose de deux mules pour nous, une pour le guide, deux pour les muletiers et une pour les bagages.

               On a un muletier et un mulet pour trois francs par jour, ce qui permet de voyager à bon marché. De Bougie à Akbou nous avions longé la chaîne du Djurdjura, qui ne répond guère à l'idée qu'on se fait d'une montagne. Peu de rochers, point d'escarpements, des cultures et des plantations d'arbres fruitiers presque jusqu'au sommet. D'Akbou, nous nous engageons directement dans la montagne. Un sentier très raide nous conduit en deux heures au col de Chellata.
               On monte à travers les oliviers et les figuiers. Des moutons et des chèvres paissent, sous les figuiers, les feuilles sèches qu'on entend craquer sous leurs dents ; d'autres troupeaux se reposent à l'ombre plus épaisse des oliviers ; des bergers chantent ou jouent d'une petite flûte en roseau. Partout des sources, fortune et vie de ce pays, rayent les pentes rouges de leur petit ruban argenté. A mi-côte sont perchés quelques villages. On a un avant goût de la grande Kabylie. Aux approches du col, les plantations cessent. Des touffes de diss jaillissent du milieu des rochers, si drues que de la plaine nous les prenions pour des buissons rabougris. C'est une herbe très verte, rêche et coupante comme nos herbes de marais et les troupeaux n'y goûtent que quand l'hiver les a affamés.

               Le col franchi, l'admirable panorama de la Kabylie se déroule sous nos yeux. C'est un écheveau de montagnes si embrouillé qu'on n'y reconnaît aucune ligne générale ; les lignes capitonnées par la terre végétale en sont fort adoucies. Des milliers et des milliers d'arbres, isolés les uns des autres, tigrent leurs flancs de leurs masses vertes dont une ombre noire prolonge la silhouette sur le sol. D'étroits et profonds vallons noyés d'ombre et de fraîcheur les sillonnent. De tous côtés on aperçoit des villages ; tantôt leurs maisons blanches sont perchées sur les crêtes, plus serrées que des mouettes sur un rocher ; tantôt elles s'entassent les unes par-dessus les autres dans un pli de terrain, à mi-côte comme des quartiers de rocs que les eaux roulent dans un creux. Jamais elles ne descendent jusqu'au fond des vallées, d'où la crainte de la fièvre et de la servitude écartait les Kabyles. Le beau soleil fait resplendir ces villages comme des blocs de marbre, on pourrait croire que ce sont des groupes de petites villas au milieu d'un immense verger.

               Les petites maisons en pierre du premier village que l'on rencontre, Chellata, contrairement à ce que nous avons vu dans le reste du pays, ne sont pas crépies, et des amas de moellons que l'on rencontre à chaque pas leur donnent l'air d'être à demi ruinées. Nous nous y sommes cependant arrêtés pour visiter la zaouïa, sépulture d'un personnage vénéré ou d'une famille illustre, auprès de laquelle se crée généralement une école. Celle-ci est une sorte de hangar qui occupe un côté de la cour. Il y a actuellement cent vingt tales, jeunes gens de vingt à trente ans. Ils payent pour les leçons de leurs maîtres et pour leur nourriture la modique somme de onze francs ; la zaouïa se soutient surtout par les dons que lui font les personnes pieuses et par les aumônes que quelques-uns de ses marabouts recueillent parmi les musulmans.
               Une cinquantaine d'élèves étaient dispersés dans le hangar et sur les dalles de la cour dans toutes les postures que peut prendre un homme couché ou assis … Ils tenaient devant eux une planchette en bois sur laquelle étaient écrits des textes arabes qu'ils lisent à haute voix et très vite, jusqu'à ce qu'ils les sachent par cœur. On eût dit un énorme essaim de bourdons. Ils apprennent ainsi le Coran et un peu de grammaire, après quoi ils en savent assez pour passer eux-mêmes marabouts. Ces zaouïas sont généralement des foyers de fanatisme. Le gouvernement en a supprimé un grand nombre en Kabylie.

               Au-delà de Chellata, on commence à redescendre et le sentier serpente le long de la montagne ; il nous a fait descendre jusqu'au fond d'un vallon. En remontant l'autre pente on atteint en quelques minutes le village de Tifilkount. Les oliviers ont, en effet, des allures de chênes ; les frênes, les ormes sont d'une vigueur extraordinaire. Des vignes exubérantes mêlent à leur feuillage leurs pampres que l'automne a rougis.

               A notre approche les femmes s'écartent un peu ; on dit que leurs maris leur font les contes les plus extraordinaires pour leur inspirer la terreur des Européens. Cependant elles ne s'éloignent pas, ce qui nous permet de les examiner de notre côté. Dans toute la Kabylie elles ont le visage découvert, contrairement à l'usage presque général parmi les peuples musulmans, et elles auraient bien tort de le cacher, car elles m'ont paru mieux loties que toutes les femmes indigènes que nous avions vues jusque-là. Elles ont les joues pleines, le nez rond et sans finesse, les yeux et la bouche bien découpés, le menton rond également. Cela ne constitue pas une physionomie bien distinguée, mais elles ont l'air doux et aimable, et les jeunes filles sont d'une fraîcheur et d'une santé qui me faisaient songer à nos montagnardes auvergnates. Celles qui sont mariées et qui ont eu un garçon ont sur le front une espèce de large broche d'argent garnie de boutons de corail.

               Autant de garçons, autant de boutons m'a-t-on dit. Elles ont un mouchoir de couleur autour de la tête, et une robe, presque toujours bleue, serrée à la taille par une large ceinture rouge. Nous en avons rencontré beaucoup allant à l'eau, ou, revenant, tantôt avec des outres noires et luisantes, tantôt avec de grandes cruches rougeâtres historiées de dessins géométriques assez jolis. Elles portent ces cruches sur la tête, sur l'épaule ou sur la hanche.

               Les hommes, au contraire, viennent nous voir passer, mais sans curiosité importune. Ils nous crient avec un sourire, bonjour, bonjour, ou selon l'heure de la journée, bonsoir. C'est probablement tout ce qu'ils savent de français. Je leur réponds par tout ce que je sais de leur langue, encore est-ce un mot qu'ils ont emprunté à l'arabe, " s'lam ", et cela paraît les amuser autant que moi. Ils n'ont, généralement, pour tout vêtement qu'une chemise retenue à la ceinture et une petite calotte plaquée sur le sommet de la tête. Ils ont les épaules trapues, la poitrine développée, les muscles saillants, le teint rouge.

               Tifilkount est sur un dos d'âne, des jardins l'entourent, et la déclivité est si forte de chaque côté qu'il nous semblait que, si nous avions détaché de sa tige une des innombrables courges que nous apercevions dans les potagers, elle aurait roulé jusqu'au fond du ravin. La plupart des villages kabyles sont bâtis dans des sites pareils. A une courte distance, ceux que nous avons visités étaient encore jolis ; les murs étaient blancs ; sur les toits rouges des figues séchaient sur des claies de roseaux ; les jardins, avec leurs courges, leur maïs, leurs tomates, leurs bosquets de grenadiers, de pruniers, d'abricotiers, leurs haies vertes, avaient un air d'aisance qui faisait plaisir.

               Nous traversons trois de ces villages avant d'arriver à Summeur. Je n'ose en transcrire les noms, notre spahi les désignant d'une façon, et d'autres personnes d'une autre. Souvent en effet, je crois remarquer que ce qu'on nous donne pour le nom d'un village est simplement celui d'une tribu. Ils sont comme Tifilkount charmants à l'extérieur. Les habitants ont toujours le même air de bonhomie.

               Les Européens qui fréquentent un peu le pays et que j'ai consultés sont du reste tous d'accord pour reconnaître qu'ils sont foncièrement obligeants. La crainte suffirait à les rendre empressés, mais ils mettent quelque chose de plus dans les services qu'ils ont l'occasion de rendre.

               En route, tout nous dit la vie kabyle. Nous ne rencontrons que quatre espèces d'arbres, des oliviers hauts comme des arbres de futaie, des figuiers dont les rameaux bleuâtres font de loin l'effet de ces vapeurs matinales où se complaisait Corot, des chênes à glands doux dont les indigènes les plus économes se nourrissent afin de pouvoir vendre leurs figues, et des frênes qui constituent à proprement parler les prairies du pays. Dans ces montagnes où le général Hanoteau assure " qu'il n'est pas rare de voir des gens se suspendre par la ceinture à des cordes, pour cultiver ainsi des terrains d'un accès difficile ou dangereux ", il n'y a en effet aucun pacage. Les frênes y suppléent. Nous voyons les Kabyles grimpés dans leurs branches, enlever les feuilles qu'ils mettent dans un filet de corde pour les rapporter à leurs bestiaux ; les feuilles du figuier s'emploient du reste de même. Tous ces arbres admirablement soignés parviennent à une grande vieillesse, et les plus gros bâillent aux passants par de larges crevasses. On a peine à croire qu'il soit possible de labourer des pentes qui ont souvent 40 degrés d'inclinaison, cependant on nous l'a affirmé de toutes parts et j'ai assisté à une fantasia d'un genre inédit qui m'a aidé à m'en convaincre.

               Nous venions de dépasser le village d'Aït-Azis, qui est situé entre Chellata et Tifilkount, lorsque nous vîmes un troupeau de bœufs qui semblaient pris de folie. C'étaient des bêtes de petites tailles, le garrot court, les jambes courtes, très trapues et de formes lourdes. Elles descendaient avec une vitesse vertigineuse un ravin escarpé, bondissaient au milieu des tourbillons de poussière, s'arrêtaient brusquement sans même qu'on vît fléchir leurs jarrets, puis reprenaient leur élan. C'était à la fois effrayant et superbe. Nous étions tout haletants, nous attendant à les voir rouler vingt fois dans l'abîme. Mais quand ils se furent assez étiré les membres dans des exercices qui eussent intimidé des chèvres, ils se mirent à paître paisiblement.

               Il faisait nuit noire quand nous arrivâmes à Summeur. De grands arbres épaississaient encore l'ombre autour de nous, et je ne sais quand nous serions jamais arrivés, si heureusement le frère de Mohammed-Saïd Ben Tahar, auquel nous étions annoncés, ne fût venu à notre rencontre. Mohammed-Saïd était à Fort-National pour le règlement de quelques affaires, et son frère, qui parlait passablement le français, nous fit les honneurs de sa maison.

               Sitôt qu'on vit clair, nous fûmes sur pied et nous fîmes autour du village une petite promenade dans l'air frissonnant du matin. Déjà les figuiers étaient pleins de bruissements ; des Kabyles en calotte rouge, des femmes, les cheveux ébouriffés sur les yeux, de jolis enfants cueillaient des feuilles pour les bêtes. Comme tout ce monde paraissait actif ! Dans une cour, un tourneur était à l'ouvrage et tournait de grosses coupes en bois d'aune sur lesquelles on dresse les plats de couscoussou ; des mulets chargés sortaient du village allant au marché ; des hommes, des femmes passaient affairés avec le pas alourdi des paysans ; d'autres sortaient pour nous voir et causaient vivement de nous sans qu'aucune trace de malignité se montrât sur leurs figures ; des femmes nous montraient comme des personnages extraordinaires aux enfants qu'elles portaient sur les bras.

               Nous partîmes au milieu des bonjours d'apparence fort cordiale d'une vingtaine d'habitants de Summeur. A quelques kilomètres du village, nous gagnâmes la grande route du col de Tirourda qui doit relier un jour Fort National à Beni-Mansour.

               On sait que Fort National a été fondé en 1857 pendant l'expédition qui mit fin à l'indépendance de la grande Kabylie. C'est un poste purement militaire, nullement une colonie. Les habitants civils qui sont venus s'y fixer au nombre de 257 sont obligés de résider dans l'enceinte. Tout est sacrifié aux nécessités de la défense et les constructions militaires occupent les deux tiers de l'emplacement. Rien de particulièrement curieux à signaler si ce n'est l'abondance des arbres et les bibelots indigènes que l'on trouve à acheter. Ce sont des sabres aux lames de fer et aux manches en bois, des couteaux de même fabrique, des fusils incrustés d'argent, des poteries et des objets en bois sculpté, tels que des couteaux à papier, des cuillers et des fourchettes, des pupitres, des matraques. Tout cela est un peu barbare. Il est vrai que c'est également bon marché.

               Une anecdote qui nous amusa montre quels petits sacrifices la vie coloniale peut imposer aux Algériens qui sont éloignés des grands centres. L'un des habitants de Fort-National, homme instruit et aimable, auquel nous étions recommandés, voulut absolument que nous passions une soirée chez lui.

               Nous n'avions point de valises, ni linge ni vêtements de rechange, mais l'excuse ne parut pas sérieuse. On ne lâche pas ainsi des étrangers de passage à Fort-National et bien que nous fussions faits comme des voleurs, il fallut nous rendre à l'invitation.

               La jeune fille de la maison se mit au piano. Aux premières notes nous nous regardâmes avec effroi, l'instrument désaccordé sonnait horriblement faux. La musicienne n'en exécuta pas moins un morceau, puis un second, puis un troisième. La pauvre enfant n'avait pas tous les jours l'occasion de montrer son talent. Les assistants souriaient d'aise… Pour moi, je ne savais que dire, ayant peur qu'on ne crût que je me moquais si je louais autant que l'aurait exigé la politesse. David, plus hardi, enveloppa la vérité dans un compliment :
               - Vous devez bien souffrir, Mademoiselle, étant si bonne musicienne, d'avoir un instrument si faux.
               - Ah ! dit le père, il nous est impossible de le faire accorder. Il n'y a que deux pianos ici. Nous sommes à cent quarante kilomètres d'Alger. Ce serait un voyage de quatre ou cinq jours pour l'accordeur, et il nous demande deux cents francs. Nous reculons devant la dépense.
               - Bah ! dit la mère, on s'y fait.
               Et la jeune fille se remit à jouer.
A TRAVERS L'ALGERIE
Souvenir de l'excursion parlementaire
(septembre-octobre 1879)
Paul Bourde Edition 1880



La conquête.
Envoi de M. Christian Graille
Les Africains
Nous étions au fond de l'Afrique
Gardiens jaloux de nos couleurs
Quand sous un ciel magnifique
Retentissait ce cri vainqueur : En avant (ter)
C'est nous les Africains
Qui arrivons de loin,
Venant des colonies
Pour sauver le pays,
Nous avons tout quitté,
Parents, gourbis, foyers,
Et nous gardons au cœur
Une invincible ardeur.
Car nous voulons porter haut et fier
Le beau drapeau de notre France entière.
Et si quelqu'un voulait nous séparer
Nous saurions tous mourir jusqu'au dernier.
Battez tambour ! A nos amours !
Pour le pays, pour la patrie, mourir au loin,
C'est nous les Africains !

Les principaux responsables militaires.

               - Louis-Auguste-Victor de Bourmont (1773-1846), commandant de l'expédition d'Alger ce qui lui valut le bâton de Maréchal.
               - Anne-Jean-Marie-René Savary (1774-1833) commandant en chef en Algérie de 1831 à 1833.
               - Armand de Saint Arnaud (1800-1854), officier d'ordonnance de Bugeaud, général en 1847.
               - Louis Cavaignac (1802-1857) envoyé en Algérie en 1832, devint gouverneur général en 1848.
               - Marie-Alphonse Bedeau (1804-1863) envoyé en Algérie en 1836, gouverneur général en 1847.
               - Christophe-Louis Lamoricière (1806-1865) participe à la prise de Constantine en 1837, à la bataille d'Isly en 1844, soumet Abd El Kader en 1847.

Abd Al-Qadir ou Abd El-Kader.

               Par son éducation religieuse, Abd-el-Kader est devenu théologien. Par les quinze années de guerre sainte livrée contre les Français, il est devenu guerrier.
               C'est un chef que voient en lui les tribus de l'Oranie qui, en 1832 le proclament sultan. Grave et recueilli il a tout du marabout.
               - Il ne sépare jamais de son gros chapelet de musulman,
               - respecte et
               - fait respecter la prière et le jeune.

               Il évite :
               - le tabac,
               - le café et
               - rejette toute forme de luxe.


               Son mode de vie est celui de ses soldats, c'est-à-dire le plus simple possible.
               En temps de guerre, il se bat aux côtés de ses hommes et ramène lui-même les blessés.
               La légende veut que les balles aient troué ses burnous tout en l'épargnant lui… Il est de fait que le sultan exerce une grande fascination sur sa smala et qu'un fanatisme certain auréole cette " capitale ambulante " selon l'expression du Duc d'Aumale.

               Alors qu'Abd-El-Kader a fait de Tagdempt sa capitale et se bat, à partir de 1839, pour conquérir la Mitidja, Aumale met un terme aux combats en mai 1843.
               Le Duc décrit la prise de la smala dans son journal : " Ce n'était pas une smala ordinaire, la réunion de quelques serviteurs fidèles autour de la famille et des richesses d'un chef :
               - C'était une capitale ambulante,
               - un centre d'où partait tous les ordres,
               - où se traitaient toutes les affaires importantes,
               - où toutes les grandes familles trouvaient un refuge sans pour échapper ensuite à l'inquiète surveillance qui les y retenait et autour de ces grandes familles, se groupaient des populations immenses dont les éléments hétérogènes étaient incapables d'agir seuls mais qui, dans leur ensemble obéissant à une seule impulsion, présentait une masse compacte et imposante à tous les yeux.


               Je ne crois pas être taxé d'exagération en disant qu'il y avait près de 20.000 âmes autour du douar d'Abd-El Kader le jour où nous l'avons attaqué ; et, là-dedans il y avait un bataillon régulier de :
               - 800 hommes,
               - 2.200 cavaliers et
               - 2.000 fantassins armés.

               Ces hommes de guerre appartenaient :
               - aux Hachem,
               - aux Ouled-Khéliff,
               - aux Sahari etc.


               Ils étaient retenus par la présence de leurs familles.
               Depuis plusieurs jours ils s'attendaient à une attaque des chrétiens et ne dressaient plus leurs tentes ; mais arrivés à Taguin, ils se croyaient hors de notre portée.

               Le 16 au matin la tente d'Abd-El-Kader était dressée, et cet exemple avait été suivi par tous les autres. C'est au moment :
               - où cette opération s'achevait et
               - où les hommes menaient pâturer les troupeaux dans le marais,
               - où les femmes préparaient les aliments,
               - que notre cavalerie survint et, par brusques attaques, ne laissa pas à l'ennemi le temps de s'entendre et de se compter. "


               Cette défaite est un coup de frein au projet de l'Émir d'islamiser l'Algérie dont il souhaite faire un État arabe. En vain recherche-t-il le Maroc pour allié.
               Mais l'échec de l'armée marocaine face aux troupes françaises en août 1844 ne fait qu'aggraver la situation.
               Abd-El-Kader se voit rejeté du Maroc et contraint de se rendre aux Français en décembre 1847.
               L'homme revient alors à ses premières amours, la théologie, et passe le reste de sa vie au Proche-Orient.
               Damas, il se consacre, de 1855 à sa mort, à la méditation religieuse et à l'écriture d'œuvres mystiques.

As-tu vu la casquette ?

               Une étrange casquette à double visière en cuir bouilli, celle de devant couvrant le front, celle de derrière protégeant la nuque… Tel était le couvre-chef du général Bugeaud.
               Une nuit son camp est attaqué. Réveillé en sursaut, le général sort de sa tente… en bonnet de nuit. Il repousse les Arabes et ses soldats se mettent alors, en riant, à improviser des paroles sur un air de clairon.
               Le général s'en réjouit et par la suite, il disait lui-même : "Sonnez la casquette !"

La Légion étrangère.

               Paris le 10 mars 1831.
               Louis Philippe, Roi des Français
               A tous, présents et avenir, salut,
               Vu la loi du 9 mars 1831.

               Vu le rapport de notre ministre ,
               Secrétaire d'État au département de la guerre
               Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

               Il sera formé une Légion composée d'étrangers. Cette Légion prendra, La dénomination de : Légion Etrangère.
               Mais la Légion Étrangère ne pourra pas être employée sur le territoire continental du royaume.

L'antique cité : Orléansville.

               " Cette ville comme la plupart de celles d'Afrique fût brûlée et détruite de fond en comble, une ou plusieurs fois.
               La destruction de la nôtre dut être instantanée, comme le prouvent certains indices. Ainsi l'existence de ce four à briques dont la cuisson a subitement été interrompue.
               On a trouvé dans les fondations de l'hôpital un plat de terre placé sur du charbon ; ce plat contenait quelques légumes qu'on a reconnus pour être une espèce de haricots, le tout était recouvert d'un autre plat.
               Enfin la couche de charbon règne d'une manière continue sous la ville actuelle " note le lieutenant Prévost.
               Et d'évoquer :
               - les invasions successives,
               - les guerres civiles,
               - les fureurs religieuses,
               - les campagnes dévastées à la chute de l'empire romain…


               En relisant l'itinéraire d'Antonin, les deux officiers Prévost et Tripier déduisent qu'à cette cité ravagée correspondrait Castellum Tingitanum une forteresse des légions romaines qui aurait prospéré et serait devenue un important centre urbain. Mais les traces écrites demeurent rares.
               On découvre dans la basilique exhumée une pierre attestant de sa fondation en 324 : De fait il s'agit de la plus ancienne basilique chrétienne d'Afrique du Nord.
               Au milieu de l'hémicycle se trouve la pierre tombale de Saint Reparatus, l'évêque de la cité, qui serait mort vers 403.
               " Plus heureux que Saint Augustin, Reparatus ne vit pas les hordes barbares traînant à leur suite l'hérésie d'Arius (théologien) assiéger sa ville épiscopale ; mais ses cendres étaient à peine refroidies que les villes d'Afrique ne présentaient plus qu'un monceau de ruines et que probablement, celle qui nous occupe était incendiée et détruite de fond en comble ", pense Prévost.

               Cependant les légendes locales proposent une autre version : la cité aurait été victime de catastrophes naturelles (un vent violent ayant entraîné un incendie) et la terre se serait mise à trembler.
               En creusant le sol, les sapeurs découvrent une grande mosaïque aux dominantes rouges, blanches et noires, occupant toute la nef et les bas-côtés.
               Le commandant Tripier en trace un relevé avant de la faire recouvrir de terre. Il y a plus urgent à faire que de s'occuper uniquement de restauration !
               Aussi les pièces intéressantes :
               - médailles, cruches, inscriptions… sont-elles rassemblées dans un musée provisoire, la basilique et sa mosaïque reposent-elles de nouveau sous une couche de terre protectrice…
               - Quant aux pierres ordinaires, elles serviront pour une large part à la " résurrection " d'Orléansville..
Jean-Louis Donnadieu.

Le bilan de la colonisation ouvrière.

               Les " colons agricoles " restent la plus grande entreprise de colonisation officielle que la France mit en œuvre en Algérie : 17 convois (16 au départ de Paris, 1 de Lyon), plus de 12.000 personnes transportées la première année pour aller créer d'un seul coup 42 nouveaux centres de peuplement.
               Cette entreprise fut purement conjoncturelle, ce qui explique le manque de suivi et le peu de moyens mis en œuvre pour faciliter le succès du projet : la République songeait avant tout à se débarrasser d'un prolétariat toujours susceptible d'agitation.
               Entre temps le gouverneur général de l'Algérie, le général Charon recevait des instructions pour déterminer, au plus vite, l'emplacement des villages.
               Le génie militaire n'eut dans la plupart des cas que le temps de déterminer le périmètre des futures colonies au milieu de champs :
               - de broussailles, de jujubiers ou de palmiers nains.


               La construction de baraques, comme à Pontéba ou à la ferme demeure un fait exceptionnel.
               Le montant de l'opération s'éleva, à l'origine à 50 millions de francs, mais il est difficile d'établir le coût des gaspillages dus à l'incompétence de l'encadrement et des colons, des détournements de fonds au profit de certains officiers-directeurs ou d'entrepreneurs peu scrupuleux qui livraient des maisons lézardées.
               La responsabilité de l'administration est également importante : en faisant l'économie de moniteurs de culture, la première année, en accordant son aide avec parcimonie, elle retarda la réussite de l'entreprise. Aucun engagement, que ce soit :
               - la livraison du bétail
               - du matériel des terres ou
               - la construction des maisons ne fut respecté dans les délais.

               Le coût humain fut considérable :
               - les maladies, le découragement, la chaleur,

               La sévérité de l'encadrement militaire eurent raison de beaucoup ; mais de nouveaux candidats, eux aussi attirés par l'espoir d'une vie meilleure, venaient prendre le relais des premiers, trouvant des champs déjà travaillés.
               Ceux qui réussirent à construire leur maison et à cultiver leurs champs allaient transmettre à leurs enfants cet esprit pionnier dont ils étaient légitimement fiers.
               Car à l'actif d'une telle entreprise, il faut souligner que les 42 centres créés :
               - 21 dans l'Oranais,
               - 12 dans l'Algérois,
               - 9 dans le Constantinois devinrent autant de villages solidement implantés.

               Malgré les souffrances et les incohérences, le bilan était positif.
Jean-Louis Donnadieu.

Algérie : 1852 à 1870.

               
               1852 : Les bureaux arabes sont devenus totalement impopulaires auprès des colons. 1858 : devant cet état de fait, l'Empereur Napoléon III crée un ministère de l'Algérie et des Colonies occupé d'abord par le prince Jérôme Napoléon puis par le comte Chasseloup-Laubat.
               1860 : L'Algérie tombe de nouveau sous un régime militaire.
               - Un gouverneur général est nommé,
               - la liberté de presse supprimée,
               - les bureaux arabes restaurés.

               8 mars 1870 :
               - Devant le mécontentement grandissant, le parlement décide qu'un régime civil remplacera désormais les militaires en Algérie.

Le sénatus-consulte de 1863.

               Dès les premières années de la conquête de l'Algérie le gouvernement français s'appropria :
               - les terres du Bey,
               - les biens vacants des Turcs,
               - le domaine des tribus rebelles.


               Puis, en 1844, Bugeaud fit procéder à des expropriations pour inculture : 66.000 hectares.
               Par ailleurs, autour des villages de colonisation, les Domaines obligèrent bien souvent les Indigènes à vendre ou à échanger leurs terres avec les colons, ce qui entraîna, bien entendu, des contestations et des mécontentements.
               Ainsi de 1851 à 1861, les Indigènes perdirent 250.000 hectares et de 1861 à 1871 400.000 hectares.
               Le sénatus-consulte de 1863 correspondit à la politique arabophile de Napoléon III : il stipulait que les tribus étaient propriétaires des terres dont elles avaient jusque-là la jouissance permanente et traditionnelle.
               L'avènement de la IIIéme République fut un désastre pour la propriété indigène :
               - Spoliations, expropriations,
               - dépossessions ruinèrent presque totalement la paysannerie arabe.

Les grandes compagnies.

               Napoléon III préféra à la colonisation individuelle et privée l'action des grandes compagnies financières
               En 1853, il autorisa une association de banquiers suisses, la compagnie genevoise, à coloniser les environs de Sétif.
               Présidée par le comte Sauter de Beauregard, elle se vit attribuer 20.000 hectares de terres cultivables.

               En 1864, une seconde compagnie se réservait les plaines de l'Habra et de la Mecta. Baptisée société de l'Habra et de la Mecta, elle recevait 24.100 hectares et s'engageait à construire :
               - un barrage de 30.000.000 m3,
               - un réseau d'irrigation et
               - envisageait l'assèchement de la plaine de la Mecta .


               En 1868, enfin la société générale algérienne décidait de financer des travaux de colonisation et achetait 100.000 hectares situés dans les trois provinces de l'Algérie au prix de 1 franc de tente par hectare, payable pendant 50 années.
               Mais les résultats ne furent pas une réussite, les compagnies se bornant à louer leurs terres à des Indigènes et non à y établir des colons.

Chanson du colon.

               Une tradition familiale a transmis un couplet d'une chanson (avec tous les risques de déformation que cela comporte) chantée, peut-être dans les années 1860, à coup sûr recueillie vers 1915.
Le diable emporte l'Afrique !
Et même les arbicos (1) !
Les chacals, les panthères,
Et même les bourriquots !
Aussi les vieilles mouquères
Plus noires que des corbeaux !
Aye, aye, aye …

               (1) contraction des mots " Arabes " et " bicots " ; le terme " arbicos " était couramment employé dans les chansons militaires.

Discours de La Moricière prononcé lors du départ
du 1er convoi le 8 octobre 1848.

               Chers concitoyens,
               Au moment où vous quittez Paris pour aller chercher par-delà les mers cette France nouvelle qui vous attend, je viens vous apporter le vœu du Gouvernement de la République pour le succès de cette entreprise qu'est celle de la patrie toute entière.
               La colonisation de l'Algérie est la grande chose, la plus grande chose peut-être que la France ait à entreprendre de nos jours.
               C'est l'entreprise du pays tout entier car vous êtes ses enfants et il vous suivra d'un œil plein d'intérêt et de sollicitude au milieu de ces plaines qu'on va vous partager ; c'est l'entreprise du pays tout entier car les millions qui doivent assurer votre bien-être et celui de vos familles ce sont les représentants de toute la France qui les ont votés ; ils les ont fournis par l'impôt que paient tous vos concitoyens ; c'est le sacrifice de ceux qui possèdent à ceux qui ne possèdent pas pour assurer leur avenir par la propriété.

               Le gouvernement de la République connaissait :
               - toutes vos souffrances,
               - toutes vos douleurs,
               - permettez-moi de dire toutes vos misères.

               Depuis longtemps il est fermement décidé à y porter remède, mais ce qu'il veut c'est un remède :
               - efficace, durable, définitif
               - pour ceux-là du moins qui voudront chercher l'aisance par les seules voies qui puissent y conduire,
               - le travail et
               - la moralité.


               Ce n'est point un remède ces travaux factices auxquels un grand nombre d'entre vous ont peut-être été employés. Ils épuisaient le trésor, sans qu'on put apercevoir une limite aux sacrifices qu'ils imposaient.
               L'activité reviendra sans doute à la plupart de ces industries qui vous donnaient jadis un salaire ; mais croyez-moi, le luxe de la monarchie et tout ce qui gravitait autour d'elle ne reviendra pas de longtemps, s'il doit jamais revenir.
               C'est à la terre aujourd'hui qu'il faut aller demander une existence moins incertaine et qui soit assurée contre les fluctuations du commerce de luxe et les excès de la concurrence. Les travaux que vous allez entreprendre seront durs et pénibles ; ils seront pour vous une rude épreuve. Les champs que vous allez défricher sont fertiles ; ils seront à vous. Les fruits qu'ils produiront vous n'aurez pas à les partager et vous avez la certitude d'arriver à vivre dans l'aisance avec vos familles.

               Fraternité.
               Dans cette vie de labeur et d'épreuves aidez-vous les uns, les autres ; n'oubliez pas que la Patrie a fait inscrire sur le drapeau que je vous apporte en son nom le mot fraternité.
               N'oubliez pas ce mot sublime que tant de gens ont à la bouche et que si peu ont dans le cœur ; qu'il ne soit pas pour vous qu'un vain symbole.
               Pratiquez-là cette fraternité ; qu'elle passe dans votre vie, dans vos œuvres de tous les jours.
               C'est une belle et grande mission que celle qui vous est réservée car en arrivant à l'aisance et peut-être à la fortune, vous travaillerez encore pour la Patrie.
               Vous travaillerez pour elle car c'est à vous qu'il est réservé de lui assurer à jamais la possession de la conquête qui a coûté tant d'or et de sang.
               C'est au travail intelligent et civilisateur d'achever ce que la force a commencé.
               La poudre et la baïonnette ont fait en Algérie ce qu'elles pouvaient y faire. C'est à la bêche et à la charrue d'accomplir leur tâche.

               Sueur et sang.
               Vous vous associerez à cette grande pensée patriotique ; elle soutiendra votre courage et votre persévérance ; ils ne faibliront pas et s'il était besoin de les soutenir rappelez-vous que ces plaines que vous allez féconder de vos sueurs ont été longtemps arrosées du sang de vos frères de l'armée qui l'on versé pour vous et sans espoir de récompense.

               Avant de vous quitter, permettez à un ancien soldat d'Afrique de vous dire que si jamais en défrichant vos champs vous trouvez dans les broussailles une croix de bois entourée de quelques pierres, il vous demande une larme ou une prière pour ce pauvre enfants du peuple, votre frère qui est mort là en combattant pour la Patrie et qui s'est sacrifié tout entier pour que vous puissiez un jour sans même savoir son nom, recueillir le fruit de son courage et de son dévouement. "

Août.

               - Si tu as fini les fenaisons, prends la charrue et retourne celles de tes terres qui étaient en céréales et que tu veux encore semer à l'automne.
               - Ne te laisse pas dire que la terre est trop sèche ou trop dure, ce labour sera difficile, mais il vaudra de l'engrais.
               - Voici le moment de sécher ton tabac.
               - Ne le cueille que bien mûr, sans cela tu perdrais en poids et en qualité.
               - Si ta maison n'est pas assez grande, sèche-le sous des arbres ou même au soleil, par terre, en ayant soin de le surveiller tous les jours et de ne pas le laisser trop longtemps.
               - Fais la récolte de maïs et achève d'écimer celui qui ne le serait pas encore.
               - La saison des fièvres est venue.
               - Ecoute bien ici quelques conseils d'hygiène que tu devras suivre toute l'année.
               - Ne sors pas à jeun.
Extraits du musée de la Batellerie.
Émile et Simone Martin-Larras.


Maison mauresque.
Envoi de M. Christian Graille
Nos maisons sont nos prisons, dit un vieux proverbe.

               Il ne serait être mieux appliqué qu'aux habitations des Algériens. Avec leur aspect sévère et claustral, leurs murailles percées de rares et étroites lucarnes, on les prendrait pour de vastes cachots et non de belles demeures.
               Quand elles sont isolées, au milieu de bosquets de verdure, suspendues au flanc des montagnes, elles font plaisir à voir, avec leur masse blanche que dominent les palmiers ; mais dans l'intérieur des cités, quand on ne se place pas au point de vue du pittoresque et de la perspective, quand on les considère séparément, elles ne représentent aucun attrait.

               En Europe nous aimons les grandes lignes architecturales. Cédant à ce besoin de paraître qui caractérise les civilisations avancées, nous sacrifions trop souvent au luxe du dehors le bien-être du dedans. Il n'est pas nécessaire qu'une maison soit commode et arrangée, il suffit qu'elle attire l'œil par :
               - ses sculptures,
               - ses balcons,
               - ses proportions imposantes et savamment réglées.


               Ici, tout est le contraire. L'Arabe est égoïste, il veut jouir seul de ses biens et il tient à ce que sa demeure soit indifférente au passant et n'éveille pas son attention. Opulentes ou modestes, toutes les maisons mauresques sont construites d'après le même plan et la même méthode :
               " Ce n'est au fond, dit M. Piesse, que la maison antique du vieux Midi et du vieil Orient, ne portant que dans l'arc en fer à cheval, cintré en tiers-point, l'empreinte de sa nationalité. "
               C'est toujours, c'est partout, chez le plus riche Pacha comme chez le plus humble pauvre artisan, un quadrilatère dont les côtés, à un ou plusieurs étages, sont surmontés d'une terrasse.
               Vues de haut et de loin, ces maisons ressemblent à de grands puits carrés bordés de margelles énormes. Il n'y a pas de façade :
               - Des murs élevés, nus, blanchis à la chaux,
               - de petites fenêtres, garnies de solides grillages et irrégulièrement placées,
               - une porte massive, munie de clous à grosse tête, encadrée dans des montants de marbre ou de pierre, voilà pour l'extérieur.

               Aucun luxe, aucun autre ornement que les rosaces de la porte. Il y en a qui sont de vrais bijoux de ciselure. De larges auvents en bois de cèdre ou de thuya les protègent comme les marquises des demeures européennes.

               Vivant d'une vie retirée, cachant leur existence et leurs richesses, les Maures ont réservé pour l'ornementation intérieure de leurs maisons tout leur goût et tout leur art :
               - Colonnes de marbre aux délicates cannelures,
               - arceaux à ogives élégamment dessinés,
               - balustrades en bois précieux,
               - grandes portes aux riches panneaux,
               - plafonds aux fines arabesques ou aux éclatantes peintures,
               - fontaines jaillissantes,
               - tout se trouve réuni pour faire de ces habitations, à l'apparence si modeste, un séjour commode, agréable et admirablement approprié aux habitudes du pays et aux exigences du climat.

               Autant le dehors est simple et commun, autant le dedans est riche et bien orné.

               La porte qui donne sur la rue ne communique jamais avec les appartements. On entre d'abord dans un vestibule plus ou moins spacieux, selon l'importance de la demeure et la richesse du propriétaire. C'est la skiffa.
               Des deux côtés, sous de gracieux arceaux soutenus par de charmantes colonnettes, se montrent des bancs de marbre, destinés aux visiteurs, aux amis ou aux clients. L'Arabe ne permet à aucun étranger d'aller plus loin, si ce n'est dans les grandes occasions.
               Seuls, les parents très rapprochés sont autorisés à entrer plus avant.
               C'est dans la skiffa que se traitent les affaires ; elle tient place à la fois de cabinet et de salle d'attente.
               On arrive ensuite dans une cour, bordée sur ses quatre façades de larges galeries. Si la skiffa sert de salle d'attente, la cour est utilisée pour les cérémonies, pour un mariage, comme salle de réception.
               Les pavés sont couverts de nattes et de tapis et pour protéger les assistants contre la pluie ou les ardeurs du soleil, on déploie un vaste velum (pièce de tissu simulant un plafond et servant à protéger un lieu du soleil).
               Autour des galeries du bas sont les pièces qu'on n'habite pas ordinairement, cuisines, salles de bain, et quelque fois la citerne qui sous la domination turque était de rigueur dans toutes les maisons d'Alger.
               - Les pavés du vestibule et de la cour,
               - les marches des escaliers,
               - les colonnes,
               - les jambages des portes tout est en marbre.
               - Les murs sont décorés de faïences de toutes couleurs habilement mélangées.


               Le premier étage reproduit exactement les dispositions du rez-de-chaussée. Là se trouvent les appartements.
               Des fenêtres carrées, peu élevées, munies de grillages en bronze, ne laissent pénétrer qu'une lumière douce et discrète.
               Il y a quelquefois un second étage. Au-dessus est la terrasse où les hommes se promènent le jour, où les femmes ne vont que la nuit pour respirer la brise marine.
               En somme, rien de mieux compris, sous un climat chaud, que la maison mauresque avec :
               - ses galeries, ses portiques,
               - ses ventilateurs finement évidés,
               - ses appartements oblongs, ouverts sur une cour intérieure rafraîchie par une fontaine.


               C'est un séjour de calme et de repos, bien propre à la méditation, à l'étude ou à la rêverie.
               Les bruits du dehors n'arrivent pas dans ces paisibles demeures ; on est isolé au milieu de la foule ; et c'est surtout par cette solitude, cette tranquillité, ces précautions de toutes sortes contre les regards indiscrets que se révèlent l'humeur jalouse et la nature indolente et contemplative des Orientaux.
               Une visite de quelques heures dans une maison mauresque en apprend plus sur le caractère et les habitudes des indigènes que les meilleures descriptions et les relations les plus étudiées.
Un an à Alger (excursions et souvenirs) M .J Baudel. Édition 1887


Les mariages.
Envoi de M. Christian Graille

               Le mariage chez les Maures comme chez les Arabes n'est point une cérémonie religieuse, c'est une espèce de marché qui se fait d'une manière extrêmement bizarre.
               Les hommes et les femmes ne peuvent point communiquer librement entre eux ; les demoiselles qui ont atteint l'âge de la puberté ne sortent jamais ou très rarement, les jeunes femmes non plus ; il n'y a que celles déjà d'un certain âge qui soient libres de sortir, le visage couvert de manière qu'on ne puisse voir que les yeux, et enveloppées de draperies.

               Les Maures ne laissent pas pénétrer leurs amis chez eux ; ils les reçoivent à l'entrée de la maison sous un vestibule où ils sont assis sur des tapis, les jambes croisées, en fumant leur pipe ou prenant un café. Cette manière de vivre s'oppose à ce que les jeunes gens puissent voir les demoiselles et leur faire la cour.
               Les mariages se font donc par arrangement entre les parents ou par commérage sans que les enfants ne se soient vus.
               Il arrive quelquefois qu'un jeune homme ayant beaucoup entendu parler de la beauté et des vertus d'une demoiselle se monte l'imagination et se prend de belle passion pour elle.
               Alors il emploie tous les moyens pour acquérir des renseignements sur l'objet de son amour : s'il ne peut décider sa mère à aller s'assurer elle-même de toutes les qualités qu'il a entendu prôner, il s'adresse à une vieille femme connue pour se charger de négocier les mariages, et il y en a beaucoup en Barbarie ; il lui promet des cadeaux et de l'argent si elle veut aller dans la maison de la jeune fille s'assurer de tout ce qu'il a ouï dire et venir lui en rendre compte.

               La messagère s'introduit dans la maison en prétextant une autre raison qui l'amène et, tout en causant avec les parents, elle ne manque pas de leur faire comprendre adroitement sa mission, surtout si le jeune homme est riche.
               Quand ceux-ci trouvent le parti avantageux ils font à cette femme des cadeaux et de belles promesses pour l'engager à vanter les qualités et la beauté de leur fille et la négociation se trouvent ainsi payée par les deux parties.
               De retour auprès de celui qui l'a envoyée la vieille fait un rapport, souvent moins dicté par les charmes de celle qu'elle est allée voir que par la manière dont elle a été traitée par ses parents : C'est là ce qui fait que beaucoup de maris trompés répudient leurs femmes peu de temps après les avoir épousées.

               Quand un jeune homme est satisfait des informations qu'il a fait prendre sur une demoiselle il engage son père ou son plus proche parent, s'il n'a pas de père, à la demander en mariage.
               De quelque manière que les préliminaires aient eu lieu, les pères qui sont tombés d'accord pour unir leurs enfants se rendent chez le cadi (juge) et, devant ce magistrat, ils déclarent leurs intentions et stipulent la somme que le futur est convenu de donner à son épouse.
               Après cette déclaration qui est inscrite sur un registre le cadi fait apporter de l'eau sucrée qu'il boit avec les contractants ; ensuite ils se prosternent tous les trois et adressent à Dieu une prière (feata) pour lui demander de bénir l'union qu'ils viennent de conclure.

               Avant de se séparer les parents fixent devant le cadi le jour où la jeune fille sera conduite chez son époux. En attendant ce moment elle travaille à faire une chemise et une culotte pour son mari qui doit s'en parer le jour des noces.
               Ce jour arrivé la jeune épouse prend un bain après lequel on la pare de ses plus beaux habits :
               - le dedans de ses mains et le dehors de ses pieds sont teints en orange avec du henné,
               - on lui dessine une fleur au milieu du front,
               - ses sourcils sont peints en noir,
               - on dessine avec un bouchon brûlé des lignes en forme de zigzag sur ses mains ; et assise très gravement sur un divan elle attend le coucher du soleil, époque à laquelle ses parents ainsi que ceux de son futur, hommes et femmes, avec ses meilleures amies qui ont ordinairement assisté à sa toilette, viennent la prendre pour la conduire chez son mari.

               Deux vieillards prennent alors la jeune épouse par la main et se mettent en marche vers sa nouvelle habitation, suivis de toutes les personnes réunies autour d'elle et font entendre de temps en temps le cri de joie des Algériens : You ! You ! You !
               Dans la maison du futur, une chambre superbement décorée et illuminée avec des bougies et des verres de couleur a été préparée à l'avance ; la jeune épouse y est conduite avec toutes les femmes qui l'ont accompagnée. Là on leur sert un souper et elles restent jusqu'à minuit à boire, manger et se divertir entre elles.

               Les hommes qui sont demeurés sous la galerie soupent ensemble dans une autre pièce. Le mari n'est point avec eux ; il mange tout seul dans une chambre à part, probablement pour que les convives ne l'excitent point à la débauche, et qu'à l'heure fixée il puisse se présenter d'une manière décente auprès de celle dont il s'est chargé de faire le bonheur.
               Cette heure c'est minuit époque à laquelle les mosquées sont rouvertes.
               Chacun se retire et les deux époux restent libres.

               Les Musulmans ne peuvent épouser que quatre femmes mais il leur est permis d'avoir chez eux autant de concubines qu'il leur plait.
               Les habitants des villes usent rarement de la permission que leur accorde le Coran ; ils n'ont presque tous qu'une femme légitime et la plupart n'ont point de concubines.
Voyage à travers l'Algérie :
notes et croquis par Georges Robert (1891)


AU PETIT BONHEUR
De Jacques Grieu

      
       Être " à l'heure " en tous lieux ne rend pas plus… heureux,
       Car l'heure et le " bon heur ", depuis toujours, font deux.
       La quête du bonheur n'est pas souvent heureuse,
       Et peut porter malheur si elle est trop fougueuse…
       Le bonheur est partout mais est toujours ailleurs,
       Et cent petits bonheurs ne font pas LE bonheur.

       L'heure exacte est un mythe : on en voit qui s'y vautrent ;
       Ces gens disent une heure et en sonnent une autre.
       " Vient la nuit, sonne l'heure " ; on s'amuse et l'on meurt ;
       Minuit sonnerait-il autrement qu'une autre heure ?
       Le bonheur est peut-être un rite à cultiver,
       Mais ne se trouve pas avec les yeux fermés…

       Qui de bonne heure est vieux, longtemps jeune demeure ?
       Les heures le regardent et il regarde l'heure !
       Bien remonter sa montre est-ce du temps en mieux ?
       De ses heures la fuite est un sauve-qui-peut.
       C'est à soixante à l'heure en minutes comptées,
       Que le futur accourt pour l'avenir dicter.

       Si l'heure c'est bien l'heure, après l'heure, il est… tard ;
       Être toujours à l'heure est donc une œuvre d'art.
       Les femmes et les montres à l'heure ne sont pas,
       Et parfois perdent l'heur de nous plaire en ces cas.
       Certains voient leur bonheur dans le malheur des autres ;
       Mais ceux-là sont en pleurs quand le bonheur est nôtre.

       Ce qu'une heure vous donne, un siècle ne l'avance.
L'heure est un lourd cargo sur la mer des urgences…
Si " au petit bonheur " craint les heurts du hasard,
C'est souvent pour l'aveugle un malheur sans regard.
Surdité du vieillard est pourtant un bonheur :
Ainsi n'entend-il pas sonner sa dernière heure !

Jacques Grieu                  



Alger. Une excursion
dans le département d'Alger
Envoi de M. Christian Graille

               Alger est une capitale de hasard. La nature n'avait pas, comme dans d'autres lieux, marqué sur le sol que là où s'élève la ville, là serait la capitale d'un empire qui a son plein développement embrassera des milliers de kilomètres de côtes, qui englobe déjà Tunis, qui absorbera le Maroc et qui s'en ira au Sud, loin, loin, par-delà le grand désert de sable, rejoindre Saint Louis du Sénégal, Tombouctou et les stations du Niger.

               Alger n'a pas de port naturel comme Oran à Mers-el-Kébir (on a dépensé 60 millions pour lui en créer un qui sera trop petit dans 10 ans), pas d'eau (les rues ont été asséchées, les plantes des squares couvertes de poussière).
               Un site joli, certes, une situation agréable au bord de la mer bleue sur les flancs charmants de la Bouzaréa, mais en somme rien de ce qui peut faire dire : c'est bien là que doit être située la Ville-tête d'un grand empire. Si, pourtant ! Pour un empire fondé par les Français, Alger a l'avantage d'être sur le méridien de Paris et en face de Marseille, à mi-chemin entre Tunis et le Maroc.
               - C'est une ville superbe,
               - monumentale,
               - avec des quais grandioses,
               - des maisons en pierres de taille et
               - des rues à arcades.


               Les quais voûtés servent de magasins. Près de la gare située au bord de la mer, il y a jusqu'à trois étages de voûtes. Les rues des quartiers neufs qui bordent le port et montent petit à petit vers la vieille ville arabe qu'ils finiront par détruire ressemblent aux belles voies de Paris ou de Marseille. N'était cette foule bariolée.
               - le Français au casque de moëlle ( ) de millet,
               - l'Espagnol au large feutre gris,
               - Les Maures jambes et bras nus, le visage jaune,
               - le Biskri venu de l'intérieur pour porter les fardeaux et servir de commissionnaire,
               - la Mauresque, paquet de mousseline dont on ne voit que le front et les yeux noirs agrandis par le koheul, on ne croirait jamais avoir traversé la mer.
               - Portefaix, commissionnaires,
               - marchands de fruits et de bibelots, toute cette population indigène grouille en quantité considérable.

               Le long des quais ils ont dressé de petites tentes en toile blanche et une partie longe dedans. D'autres dorment allongés en plein soleil ou à l'ombre de la gare.

               Quoique nous soyons au 20 juillet, il ne fait pas sensiblement plus chaud qu'à Paris, mais, et c'est une particularité du climat d'Alger, l'atmosphère est saturée de vapeur d'eau. Aussi transpire-t-on beaucoup. Dans l'intérieur des terres, au contraire, l'air est très sec.
               Flâner et errer à l'aventure, je ne connais pas, quand on a du temps devant soi de manière plus agréable de visiter une ville.
               Au préalable on a eu soin d'en bien étudier le plan et l'orientation générale ; au besoin on emporte une carte dans sa poche. Là, sous ce ciel pur,
               - avec le tabac si doux et si bon marché,
               - avec les cafés maures,
               - avec une population aussi bien française qu'indigène, d'une amabilité et d'une politesse exquises, la flânerie est tout à fait délicieuse.

               Les rues à arcades contribuent encore au charme des longues promenades. Il semble que dans les nouvelles voies qu'on ouvre, on tende à renoncer aux arcades. C'est un tort, car Alger sans les arcades, c'est comme Paris sans les boulevards, comme Marseille sans la Canebière.

               En plan géométral, la ville forme un trapèze dont trois des angles sont voisins de la mer. Le quatrième est sur la colline.
               Du fort Bab-Azzoun à la jetée de Kheir-ed-Dine, d'un bout du port à l'autre, s'allongent les quais. La voie qui les surmonte s'appelle boulevard de la République. De la jetée de Kheir-ed-Dine à l'arsenal d'artillerie, il n'y a plus de quai : le mur d'enceinte bastionné qui enserre la ville et qu'il est question de raser sur certains points, plonge de ce côté presque ses pieds dans la mer. Le boulevard des Palmiers en forme comme le chemin de ronde.

               Lorsque, sortant de la douane, vous avez grimpé l'escalier du quai qui se trouve à votre gauche, vous apercevez le long du boulevard de la République un carré de verdure : C'est le square Bresson, un très agréable square avec des palmiers et des bambous qui lui forment une voûte naturelle. Il y a toujours une foule de flâneurs qui rêvent sur les bancs, et comme cette race française née en Afrique est très liante et très aimable, on ne s'ennuie pas au square Bresson.
               Comme dans les autres squares d'Alger, ce square possède quelques palmiers. N'allez pas croire cependant que le palmier soit un arbre que l'on rencontre dans le Tell algérien. Les palmiers de rapport ne croissent que dans les oasis du Sahara. Le palmier du Tell n'est que pour l'ornement.

               Le côté du square Bresson qui regarde la ville donne sur la place de la République bordée elle-même par le Théâtre National. C'est là que s'amorce la rue Bab-Azoun, une rue commerçante avec des arcades dans le genre de la rue de Rivoli qu'elle ne vaut pas du reste.
               Tandis que vous cheminez sous les arcades sombres de la rue Bab-Azoun et que vous contemplez avec étonnement le flegmatique marchand Maure, les chairs débordantes et pâles, assis au fond de son échoppe, fumant la pipe ou la cigarette en attendant tranquillement le client, tout à coup un flot de lumière blanche vous aveugle.
               Vous êtes sur la place du Gouvernement. C'est là que le soir se fera entendre la musique militaire, c'est là que toute la ville viendra tourner en cercle, que se donneront les rendez-vous, que se noueront les intrigues amoureuses (elles sont fréquentes à Alger).

               C'est autour de cette place que se trouvent les cafés fréquentés par la haute société et qui ne le cèdent en rien à nos établissements à la mode des boulevards. Au milieu se dresse la statue du duc d'Orléans. Elle a été élevée en 1842. Le duc est à cheval et regarde la ville haute qu'il salue de l'épée.
               Alger possède une autre statue, celle du maréchal Bugeaud. Elle orne la place Bugeaud au milieu de la rue d'Isly. C'est un hommage qu'était bien dû au "Gouverneur " comme on dit là-bas.
               Depuis 1830 il y a eu déjà bien des Gouverneurs en Algérie. Ceux dont les Algériens (les Algériens sont les Français nés dans le pays) ne doivent pas laisser périr le souvenir sont, hélas bien rares. Bugeaud est resté comme le type d'un bon Gouverneur.

               N'ayant que quelques arbres, entourée des trois côtés par des galeries blanches, serrée sur moitié du quatrième par la blanche mosquée de la Pêcherie, et, sauf sur un coin de mer, n'ayant vue que sur des maisons blanches, la place du Gouvernement, partout pavée et bitumée manque de verdure.
               Il est agréable d'y passer la soirée, l'après-midi y est moins charmant.
               Le square Bresson n'est pas loin de la vérité, mais s'il donne de l'ombre la vue y est bornée.
               Si donc on veut jouir de beaux ombrages et en même temps laisser errer l'œil sur quelque paysage lointain il faut aller au bout de la ville, de l'autre côté de la rue Bab-el-Oued, continuation de la rue Bab-Azoun, de l'autre côté du lycée, jusqu'au jardin Marengo.

               Le jardin Marengo est superbe, c'est une de nos serres, mais cent fois, mille fois plus vaste et en plein air. Si Alger avait assez d'eau pour arroser le jardin Marengo comme nous arrosons nos jardins publics à Paris, ce serait un véritable paradis terrestre, plus beau certes que cette autre merveille qui s'appelle le Jardin d'Essai, parce qu'au parc Marengo, on a devant soi l'horizon infini de la mer et l'horizon majestueux de la terre.
               - Allées tortueuses,
               - esplanades,
               - escaliers menant à des terrasses, le jardin Marengo a tout pour lui.


               En bas se dresse un belvédère dédié " aux braves de la vieille et de la jeune armée par un vieux grognard, le colonel Marengo, créateur du jardin le 14 juin 1830. " Sur le socle d'une colonne corinthienne en marbre blanc sont inscrits les noms des principales victoires de l'empire.
               Un escalier enguirlandé de lierre et de volubilis conduit à un plateau circulaire planté de superbes caroubiers et de massifs d'arbustes. De là on aperçoit la courbe immense de la bais d'Alger et toutes les blanches agglomérations de la banlieue, l'Agha, Mustapha inférieur et supérieur, Hussein-Dey, qui, aujourd'hui se relient par leurs constructions à la ville et qui demain en feront officiellement partie.
               De l'autre côté la vue s'étend sur les hautes collines rougeâtres, les premières que l'on aperçoit en venant de Marseille et à mi-côte desquelles se détache la coupole de Notre Dame d'Afrique.

               Cependant tandis que les rayons de soleil se profilaient encore obliquement sur le dôme blanc de Notre Dame d'Afrique, au-dessus de la baie le ciel s'était pris peu à peu. De bleu pâle il était devenu gris avec de larges plaques d'un blanc jaunâtre.
               La mer dont la teinte azurée s'est ternie commence à s'agiter, de larges gouttes de pluie tombent sur sa surface, des éclairs déchirent la nue.
               Les lignes qui bordent la côte et dont tout à l'heure j'admirais les tonalité et la netteté contour s'effacent et n'apparaissent plus que comme des vapeurs vagues.
               On dirait qu'il y a un immense voile de fumée entre le ciel et la mer et qui les cache l'un et l'autre. L'air est lourd et chargé de poussières, et par moment, il passe des bouffées de siroco.

               Tout au fond de la baie un coin de hauteur bizarrement découpé s'éclaire comme des reflets d'incendie.
               Un voilier qui se couvrait de toile et s'apprêtait à prendre le large cargue ses voiles et rentre au port.
               La mer s'embrume de plus en plus. Puis il y a comme un moment d'attente, un frisson semble secouer toute la nature. L'eau se met à tomber avec violence. Et tout à coup pendant que vous regardez ce spectacle, par un coup de théâtre fréquent sous ces latitudes mais qui étonne le Parisien.
               - les nuées disparaissent,
               - la pluie cesse,
               - le soleil brille.

               La pluie avait duré cinq minutes et tout l'orage vingt minutes. Et magie de ce soleil de midi, en quelques secondes toutes traces de cette bouderie du ciel avait disparu et vous eussiez fort stupéfait celui qui n'eut pas été dehors un quart d'heure auparavant en lui racontant que la pluie cessait à peine de tomber.

               Le jardin Marengo est situé sur la zone qui sépare la ville basse de la ville haute.
               Il en est de même de la plupart des édifices civils et religieux.
               - la préfecture, grand rectangle sans ornements extérieurs,
               - le palais du Gouverneur,
               - l'Archevêché,
               - la Cathédrale Saint-Philippe, ancienne mosquée dont les transformations maladroites ont déjà coûté plus d'argent qu'un bâtiment neuf et qui, malgré tout, menace ruine. C'est dommage car dans cette cathédrale il y a des bas-côtés remarquables avec leurs dômes, leurs fines nervures, leurs arabesques.


               Mais voici devant nous la rue du Soudan. Si nous montions à la ville haute, à la Casbah comme on dit ici ? Européen aux chaussures ferrées préparez votre courage car les rues presque verticales de la Casbah, pavées souvent avec des degrés inclinés sont terriblement raides et glissantes.
               La Casbah est une chose fantastique.
               - Rues étranglées,
               - tortueuses,
               - culs de sac,
               - montant à pic,
               - avec des voûtes,
               - des passages sombres,
               - des maisons ventrues avançant les unes au-devant des autres et rejoignant parfois leurs terrasses, échoppes dont l'entrée est à peine assez large pour laisser passer les Maures obèses, recoins où dorment les Arabes, voilà la Casbah.


               Dans ces ruelles quelques Français, mais surtout des indigènes, de grands gaillards qui s'effacent pour vous laisser passer. On se sent chez soi, en pays conquis. Tous ces indigènes parlent français et sont polis. Mais comme l'ascension est rude et que l'on en finit pas de tourner dans ces passages, reposons-nous dans un café maure.

               Dès que vous entrez les indigènes vous souhaitent le bonjour. Répondez à leur salut par le salut militaire, en portant la main au casque, on vous croira soldat et on aura pour vous beaucoup d'égards. Le militaire c'est une des rares choses qu'ils respectent chez les Roumis.
               Le café maure est un des charmes de l'Algérie. Imaginez une salle généralement carrée avec des bancs et des nattes tout autour (dans quelques-uns il y a des tables, mais c'est l'exemption). Sur un des côtés un fourneau en faïence adhère au mur. Vous vous asseyez et le Kaouadji (cafetier) vous apporte une tasse avec une petite cafetière remplie d'un café exquis (le grain est broyé et la poudre mélangée à l'eau). Cela coûte un sou. Quand on a goûté au caoua maure on trouve détestable notre café français.
               Voulez-vous varier ? Vous vous faites servir une tasse de thé, toujours pour un sou. Bien des Français affectent de mépriser le café maure ; il est de meilleur ton d'absorber dans les cafés européens des drogues malsaines que l'on paie cher.

               Pour moi, entre le café européen et le café maure, je préfère le dernier.
               - On y coudoie l'indigène,
               - on y cause avec lui,
               - on y démêle le caractère de l'Arabe indolent qui reste de longues heures à rêver et à fumer.

               Quelques-uns jouent aux dominos ; le soir on décroche une sorte de mandoline pendue à la muraille et durant des heures, un de la compagnie récite une sorte de mélopée traînante avec des intonations gutturales et une ritournelle qui revient périodiquement, comme dans nos chansons de geste du moyen-âge.
               Tandis que nous sommes au café maure, voulez-vous que nous fassions sommairement connaissance avec les différentes populations indigènes de l'Algérie ?

               Les indigènes, quoique tous musulmans, ne forment pas une nation parlant la même langue.
               Deux races principales peuplent le pays : les Berbères, (les Berbères algériens sont appelés les Kabyles dans la langue courante), les Arabes :
               Les Kabyles sont sédentaires, les Arabes généralement nomades. Les Kabyles habitent les montagnes de l'Atlas et la plupart des oasis du désert. Ce sont les vieux maîtres du sol qui, devant les invasions successives :
               - des Carthaginois,
               - des Romains,
               - des Vandales,
               - des Byzantins,
               - des Arabes,


               Ils reculèrent peu à peu de la plaine aux collines, des collines aux montagnes.
               Si le nombre de leurs hommes augmente, leur langue dure et gutturale disparaît.
               Cependant devant la langue arabe. Avant l'invasion musulmane ils étaient chrétiens. Ils sont musulmans aujourd'hui. Quelquefois blonds, de teint blanc et d'yeux bleus, les traits gros, les Kabyles forment une race très mêlée, énergique et laborieuse, qui :
               - défriche, plante, sème, cultive,
               - moissonne pour notre compte avant de
               - planter, semer, cultiver, moissonner pour le sien.


               Nous ne labourons encore que la plaine basse et chaude où tout se sème et pousse bien avant les plantations de la montagne kabyle.
               Nos départements du Nord de la France connaissent quelque chose d'analogue.
               Chaque année, tandis que les blés brabançons achèvent de mûrir, des bandes de Belges moissonnent la Picardie et l'Ile de France.
               Aussi fanatiques que les Arabes, les Kabyles sont peut-être encore plus féroces. Ils raffinent dans les manières de donner la mort. Ils sont généralement monogames. Aujourd'hui parqués dans les montagnes ils sont isolés et sans force, toute la plaine, toutes les vallées étant occupées par les colons français. Ils ont d'ailleurs été désarmés depuis les dernières insurrections. Le Tell est définitivement pacifié.

               Les Arabes forment à peine un quart de la population indigène. Les femmes arabes sont très petites mais les hommes sont souvent grands, beaux quand ils sont maigres, affreux quand ils sont gras. Il n'y a pas d'esprit national chez eux, mais seulement un esprit religieux.
               Quelques Arabes vivent disséminés dans le Tell mais la masse de population campe sur les hauts plateaux, là où s'arrêtent aujourd'hui les agglomérations européennes.
               Nomades parce que la propriété n'est pas encore individualisée ils poussent devant eux des troupeaux de chèvres et de moutons et à époques fixes descendent dans le Tell échanger les moutons des Hauts Plateaux et les dattes des oasis du Sud contre du blé. Ce sont les conquérants du pays, et les Kabyles, qui les valent pourtant bien, cherchent toujours à se faire passer pour Arabes :
               " Moi, Sidi, macache kébaïle, arabe, arbi. "

               La langue française gagne étonnamment du terrain parmi les indigènes. Dans les villes tous la parlent, presque tous dans le Tell ; sur les Hauts-Plateaux, nombre la comprennent déjà. Mais il n'y a pas que les indigènes en Algérie ; il y a :
               - des Espagnols,
               - des Italiens,
               - des Maltais

               Et aux premiers temps de la conquête, avant la diffusion de notre langue, les Français ne sachant pas l'arabe ou l'espagnol ou l'italien, les Arabes, les Espagnols, les Italiens ne comprenant pas le Français, il s'est créé un patois informe, le sabir, langue sans genre ni nombre, sans temps ni modes. Mélange de mots français, de mots arabes, espagnols, italien, le sabir a vécu ses plus beaux jours ; on peut dès à présent compter le temps qui s'épare de la tombe.
               La phrase que je citais : " Moi, Sidi, macache Kébaïle , arabe arbi " (moi monsieur je ne suis pas kabyle mais arabe) est du sabir.

               A côté de ces deux grandes races, Arabes Kabyles, il existe dans les villes une population indigène spéciale, les Maures. Commerçants, âpres, rusés, avares, ce sont les Juifs moins la religion.
               Parlant tous le français, connaissant notre histoire, ayant dans les veines du sang de tous les pays les Maures devraient être francisés en masse.
               S'ils ne nous ont jamais aidés aux périodes difficiles de la conquête, ils ne nous ont jamais combattus. Bien qu'il y ait des Maures parmi nos officiers indigènes, ils n'ont pas grande vertu militaire pas plus d'ailleurs que les Juifs au moment du décret Crémieux ; mais l'entraînement leur donnerait l'énergie qui leur manque.
               Que de progrès les Juifs n'ont-ils pas faits depuis 20 ans qu'ils sont citoyens français !

               Quant aux quelques Koulouglis, c'est une honte de ne pas les avoir naturalisés car ceux-là ont maintes fois versé leur sang dans nos rangs et ont toujours été nos alliés. Il y a aussi un certain nombre de Noirs mais ils s'acclimatent difficilement.
               Il n'existe donc pas un peuple indigène en Algérie mais deux races différentes, sans idéal national, en revanche animées d'un même esprit : le fanatisme religieux.
               Mais ce fanatisme religieux nous pouvons le combattre en minant l'influence de la noblesse religieuse et civile chez les Kabyles et en fondant des écoles pour les enfants.

               Sans s'occuper des étrangers d'origine européenne, sans compter les Maures, le Koulouglis qui devraient être naturalisés en bloc, ce serait-ce que pour faire nombre devant le péril étranger, nous pourrions facilement trouver en Algérie 60.000 soldats indigènes.
               Actuellement les effectifs étant toujours au complet les bureaux de recrutement refusent les trois quarts des volontaires indigènes qui se présentent.
               Et ces soldats indigènes sont très disciplinés, braves. S'ils tirent mal, s'ils sont de médiocres soldats de ligne, quelques auxiliaires précieux comme éclaireurs, comme troupe avant-garde et de coups de main !

               Les Allemands n'ont pas oublié les charges des Turcos, charges à la baïonnette du 3e régiment de tirailleurs à Wissembourg, du deuxième à Woerth. Que serait-ce, quand sonnera l'heure de la grande guerre européenne, s'ils avaient devant eux, non les 5 ou 6.000 tirailleurs, de 1870, mais un nombre dix fois plus considérable ? 60.000 hommes à l'heure actuelle ne sont pas à dédaigner surtout si nous avons à combattre à la fois l'armée allemande et l'armée italienne. Ce serait d'ailleurs autant d'éléments d'insurrections enlevés à nos ennemis qui ne manqueront pas d'essayer de créer de l'agitation parmi nos sujets musulmans.
               Il faut le dire bien haut parce que le péril est grave ; à l'heure actuelle, l'Algérie compte de nombreux émissaires allemands et italiens. S'ils ne parviennent pas à créer de mouvement insurrectionnel, la faute ne leur incombe pas mais à la transformation de la contrée parce que le pays ayant maintenant des chemins de fer, des télégraphes, une population française de plus en plus considérable, toute insurrection est presque impossible dans le Tell et parce que la ligne des postes du Sud est solidement gardée.

               Au jour d'une guerre européenne, plus nous amènerons d'indigènes en France, moins nous en aurons à surveiller là-bas. Peut-être même pourrons-nous disposer d'une partie des troupes du 19e corps car les Français d'Algérie étaient soumis au service militaire, l'armée algérienne mobilisée suffira seule à garder la ligne des Hauts Plateaux.
               La population européenne est assez nombreuse aujourd'hui pour que le pays n'ait rien à redouter des indigènes. Le péril pour l'Algérie n'est plus au Sud, il est au Nord. Que par malheur la flotte française occupée ailleurs ne soit plus maîtresse de la Méditerranée, l'Algérie est à la merci d'un débarquement italien.
               La Corse aussi ! L'Assemblée de Bordeaux en 1871 a rendu l'Empire responsable " de la ruine, de l'invasion, du démembrement de la France. "
               Nous sommes en République aujourd'hui. Le Parlement est le maître, il contrôle tout. N'y aura-t-il pas un député un peu clairvoyant pour dénoncer le péril ?

               En Algérie, comme dans tous les pays neufs, la vie n'est pas aussi guindée que dans la vieille Europe. L'habit noir et le chapeau haut de forme ne règnent pas en maître.
               Je faisais ces réflexions en regardant le cortège bariolé qui suivait l'enterrement d'un enfant chrétien. En tête marchant d'un pas délibéré un vieux curé à barbe blanche (le Clergé algérien porte la barbe parce qu'aux yeux des indigènes des " marabouts " sans barbe ne seraient pas des marabouts sérieux.)
               Les croque morts portaient un large chapeau, une pèlerine avec des galons blancs autour d'une robe retroussée, également bordée de blanc. Un peu plus loin c'était l'enterrement d'une musulmane ; le drap mortuaire était rouge, vert, jaune avec des broderies. L'appareil n'avait rien de triste ni de funèbre, les gens riaient, causaient, faisaient tapage.

               Les catholiques mènent leurs morts à l'église avant de les enterrer, les musulmans ne passent pas par la mosquée.
               Intérieurement une mosquée ne diffère pas d'une église. Entrez pour vous en convaincre dans la mosquée la plus simple d'Alger, la mosquée de la Pêcherie.
               Les murs sont à peu près nus ; çà et là des versets du Coran peints en jaunes.
               Au milieu la chaire en bois surmontée d'un toit pointu terminé par le croissant de l'Islam. Des nattes sur lesquelles on ne marche point avec des chaussures couvrent le sol ; au fond cependant un assez large espace permet de circuler botté. Près des escaliers d'entrée, un jet d'eau où les croyants font leurs ablutions.
               - Ils arrivent graves,
               - jettent leurs guenilles,
               - s'avancent sur les nattes,
               - font des génuflexions,
               - se prosternent
               - se relèvent et
               - prient.

               Puis,
               - ils reprennent leurs guenilles,
               - les roulent en forme d'oreiller,
               - y reposent leur tête et
               - font un somme.


               Il fait si frais dans la mosquée, on y est si bien tandis que dehors le soleil chauffe et met un engourdissement dans toute la nature.
               On ne voit jamais de femmes dans les mosquées. Quant aux cérémonies elles sont toutes très simples ; les Marabouts psalmodient sur le même ton que nos curés et les croyants accompagnent de la voix. Et au moment où tous :
               - se prosternent,
               - s'agenouillent,
               - se relèvent, tous ont un chapelet à gros grains qu'ils égrènent non seulement dans la mosquée mais dehors.


               L'usage du chapelet chez les catholiques a du reste été emprunté aux musulmans. " Les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem et du temple dit Dulaure ( ) dans son Histoire de Paris, ne sachant pas lire, au lieu de l'office auquel ils étaient obligés, récitaient le chapelet à l'imitation des musulmans.
               Cette matière d'intercéder Dieu en répétant toujours la même prière était fort ancienne puisqu'on la trouve prohibée dans le chapitre VI de l'Évangile selon Saint-Mathieu. "

               La mosquée de la Pêcherie est à côté de la rampe de la Pêcherie où l'on mange.
               Les provinciaux d'Algérie, les colons arrivant de l'intérieur à Alger ne manquent jamais de déjeuner à la Pêcherie, de même que nos provinciaux de France venant à Paris dînent au Palais Royal.
               Dans leurs grandes lignes toutes les mosquées se ressemblent, aussi bien celles des croyants orthodoxes que celles des schismatiques. Tout en haut de la ville s'élève la mosquée des Mozabites qui sont schismatiques. Elle a été bâtie à leurs frais.
               Ces Mozabites qui viennent des oasis du M'zab sont, sans doute, proches parents des Berbères, mais non des Berbères purs. Ce sont des hommes énergiques qui ne craignent pas la fatigue. Les croyants orthodoxes les appellent non sans dédain Khammès (cinquième) parce qu'ils sont en dehors des quatre sectes officielles de l'Islam.
               Traqués et persécutés autrefois ils se sont réfugiés dans le M'zab, un pays d'une aridité et d'une sécheresse désespérantes et qu'avec des peines inouïes en creusant dans le sable et dans le roc des puits forés avec des outils rudimentaires, ils ont transformé en verger et en jardin. A Alger et dans les grandes villes ; ces Mozabites sont :
               - marchands de charbon,
               - fruitiers,
               - bouchers,
               - garçons de bain.


               Grâce à leur travail et à leur sobriété ils finissent par amasser un petit pécule et retournent alors, pour la plupart, finir leur vie dans leur pays.
               Les Mozabites sont surtout marchands, les Biskris sont portefaix et commissionnaires. Beaucoup de portefaix étant du pays de Biskra, on a désigné toute la corporation des portefaix sous le nom de Biskris. Ils arrivent à 10 ou 12 ans et restent généralement jusqu'à un âge assez avancé.
               Ce sont des Kabyles mais non de race pure ; ils sont fortement mélangés de sang arabe avec prédominance de sang berbère. Je les ai vu sur le port faire des travaux que bien peu de nos ouvriers européens auraient voulu faire. Une lourde barrique de pétrole ou d'huile sur les épaules, ils montaient un pied sur chaque timon ( ) déposer leur charges sur la plate-forme d'un camion.

               Quant à la population ouvrière européenne, elle offre une physionomie à part. A misère égale, la misère à Alger vaut mieux que la misère à Paris car elle n'est jamais triste ni répugnante. Comment ne pas rester gai sous ce beau ciel où l'on vit à si bon compte et de si peu de choses.
               Nul besoin d'habitation bien clause, de charbon, de ses mille riens qui dans nos climats du Nord augmentent la dépense d'une manière considérable.
               Les vêtements de couleur claire en été ne sont jamais maculés comme chez nous ceux de certaines catégories d'ouvriers de nos faubourgs.
               Le pantalon et la veste de laine coûtent si cher à Paris que les ouvriers des métiers rudes et salissants, les moins payés ne les remplacent qu'à leur dernière extrémité. Les habits de toile ou de flanelle de l'Algérien, outre que le prix n'en est pas élevé se nettoient facilement.

               Propre, joli, serviable l'ouvrier d'Alger serait parfait s'il n'avait pas un goût prononcé pour l'alcool. L'ouvrier français ou maltais se tue par l'absinthe, l'ouvrier espagnol par l'aguardiente ; le nom seul change, le résultat est le même.
               Le soir, toute la population :
               - ouvriers,
               - employés,
               - commerçants,
               - rentiers,
               - Européens et
               - Africains,

               Se répand par les rues. Les magasins ferment de bonne heure ; à 7 heures beaucoup ont mis leurs volets. A 8 heures, les cafés et les restaurants sont les seuls ouverts.

               Partout, mais surtout dans les voies de la ville basse,
               - se presse,
               - se heurte,
               - se coudoie la foule, une foule compacte, une foule de jour de fête à Paris ;

               Mais que de différence dans l'allure ? Le Français vif et toujours pressé, s'ouvre à coups d'épaules un chemin au milieu de la masse impossible et lente des burnous et des gandouras.

               On reconnaît vite un nouveau débarqué à son allure plus rapide, car, chose curieuse et cependant naturelle, les Franco-Algériens, nés dans le pays, ont pris de leurs longues flâneries sous les arcades, quelque peu de l'allure indolente des indigènes.

               Pour qui veut étudier l'Algérie, il existe à Alger un établissement incomparable qu'il faut visiter avant de s'enfoncer dans l'intérieur et qu'il faut visiter encore au retour. C'est l'exposition permanente des produits de l'Algérie. Un soldat, le commandant Loche en fut le fondateur.
               Vous descendez la rampe de la pêcherie, fameuse par ses restaurants, vous aspirez les âpres senteurs du marché aux poissons et sous une voûte des quais vous trouvez installée l'Exposition. Tout ce que produit l'Algérie :
               - chênes liège, oliviers, thuyas,
               - lentisques, myrtes, thérébinthes, cèdres,
               - sorgho, chanvre, alfa,

               Tout ce qu'elle renferme dans son sein,
               - cuivre et plomb argentifères, fer,
               - gypse, marbre,
               - onyx, porphyre, grès,
               - calcaires de toutes sortes,
               - pierres à chaux, plâtre,

               Tout ce que son industrie indigène a créé :
               - poteries,
               - armes,
               - vêtements,
               - chaussures,
               - ornements,

               Tout ce qui court, grimpe, saute, marche ou rampe, mammifères, oiseaux, reptiles, tout est classé étiqueté, rangé à l'exposition permanente.

               Aux portes d'Alger, comme le Jardin d'Acclimatation aux portes de Paris, le Jardin d'Essai élève vers le ciel les cimes de ses arbres géants.
               On ne trouve que des végétaux au Jardin d'Essai. Platanes hauts de vingt mètres, lataniers, bambous gigantesques, dattiers au tronc énormes, le Jardin d'Essai est une de ces choses qu'on voit, qu'on ne décrit pas.
               On se rend compte en parcourant le Jardin d'Essai de ce que pourra âtre l'Algérie, le jour où elle sera complètement aménagée.
               Pour arriver au Jardin d'Essai, on traverse la banlieue d'Alger le long de la baie, Mustapha, Hussein-Dey, vastes faubourgs dont les constructions se relient déjà à la ville et qui forment comme une rue continue sur la route de Constantine, le long des rails de chemin de fer. Et quand on longe ces grandes constructions blanches, en pierre ou en carreaux de plâtre, qu'on voit la population ouvrière, propre et aimable qui anime les rues, les omnibus et les tramways qui circulent au trot de leurs chevaux, on ne s'imagine pas avoir quitté la France d'Europe.

               Il semble que l'on traverse par une belle journée d'été, une petite ville de la banlieue Sud de Paris, Gentilly par exemple. Mais quand on se retourne et qu'on voit l'entassement prodigieux d'Alger, la couleur rouge plaquée de vert des collines, on sent l'étrangeté de ce pays et on reconnaît l'Afrique.

               Le long de la mer, infinie vers le Nord, mais nettement délimitée à l'Ouest par le promontoire du cap Matifou fermant la baie, de nombreuses usines profilent sur le bleu du ciel les hautes cheminées de briques cerclées de fer.
               Sur les eaux les voiles triangulaires des barques de pêcheurs glissent comme de blancs oiseaux, tandis que derrière le remblai du chemin de fer sur la plage marine, les feux de peloton des soldats à la manœuvre déchirent l'air de leurs craquements métalliques.
               Le champ de manœuvres de Mustapha est très vaste mais il doit être très fatigant d'y manœuvrer. Le sable fin de la plage s'étend en effet sur la grande partie et le pied entre jusqu'à la cheville dans un sol fuyant ; mais quel paysage splendide devant les yeux !

               Quelques cabanes de pêcheurs s'élèvent près du champ de manœuvres de Mustapha. Et le matin c'est un spectacle curieux de voir hommes et femmes dans l'eau jusqu'à mi-cuisses tirant sur les énormes filets lancés pendant la nuit tout au bord de la côte.
               Le poisson ramassé, des enfants nu-pieds et nu-jambes comme de petits indigènes partent le vendre à la ville, les tournettes qui le contiennent en équilibre sur leur tête. Dès que le sable finit, la culture maraîchère commence.
               Des norias fournissent l'eau en abondance et il pousse sur cette terre, dont l'humus atteint jusqu'à trois mètres d'épaisseur, de merveilleux produits.
               Les jardins sont entourés de haies de cannes de Provence dont la hauteur atteint 4 à 5 mètres. Tout en étant suffisamment clos, les propriétaires tirent encore un petit revenu de ces haies, car un beau pied de canne se vend 10 centimes.
               Des champs de bananiers, donnant deux récoltes de bananes chaque année, alternant avec des carrés de pommes de terre et de choux. Beaucoup de ces légumes approvisionnent le marché de Paris.
Alger : une excursion dans le département d'Alger de Camille Viré.
Édition 1888.


La misère.
Envoi de M. Christian Graille

               Ne voyez-vous donc pas dans ce vieux gourbi à moitié démoli par le temps, ce pauvre malheureux affublé d'effets en lambeaux à travers lesquels souffle la bise? Il n'a rien à se mettre sous la dent, pas de pain pour faire manger ses enfants, pas même un brin de bois pour se chauffer, enfin sa misère est complète !
               Ce père en songeant à son malheur entend gémir près de lui des voix défaillantes qui lui demandent du pain. Pendant la journée il est bien allé chercher du travail d'un côté, de l'autre, mais rien ; partout où il est passé, on lui a dit " il n'y en a pas ".

               Comment doit-il faire ce pauvre malheureux pour se tirer d'un si mauvais pas ?
               Doit-il aller voler ou assassiner ? Il ne sait à quoi se résoudre.
               Enfin il se décide à aller demander l'aumône malgré la répugnance et l'horreur qu'il a pour cette besogne là.
               Il demande d'un côté et d'autre mais à peine s'il acquiert pour la subsistance, car beaucoup de personnes lui ont fermé la porte au nez ou bien lui ont dit d'aller ailleurs en l'injuriant parfois.

               Mais ses enfants doivent-ils mourir de faim ? Non se dit-il.
               Le père qui a du cœur et qui aime les siens doit mourir pour eux.
               Eh bien ! Puisqu'il le faut de quelque façon que ce soit, je leur apporterai de quoi subsister.
               Le voilà donc, la nuit venue, sur les chemins arrêtant l'un et l'autre ou bien volant dans les fermes. Le lendemain on entend dire alors : " on a volé ici, on a arrêté telle personne là-bas ". Ce n'est pas étonnant !

               Lorsqu'un pauvre malheureux demande l'aumône au richard si, au lieu de tourner vers lui un regard dédaigneux il lui jetait quelques sous, bien des misères n'existeraient plus et notre sécurité seulement serait sans doute améliorée.
               Parmi les riches nous en avons qui sont forts charitables mais c'est exceptionnellement.
               C'est surtout dans la classe ouvrière et mi-bourgeoisee que la charité est pratiquée, car ceux-ci ont quelquefois connu ce que c'est que la souffrance pendant ces terribles hivers et ils s'en souviennent.
               Riches et ouvriers soyons donc charitables et donnons selon nos moyens ; secourons donc les pauvres qui manquent de tout, nous aurons par ce facile et peu coûteux moyen bien moins de misère, et nous apporterons une certaine amélioration à notre sécurité car la faim pousse à tout faire.
C. F Colon à Oued-Cerno.
Le messager de l'Ouest (09-02-1894)


Fêtes et danses.
Envoi de M. Christian Graille

               Aujourd'hui, autre spectacle, car l'Administration se met en quête chaque jour de nouveaux divertissements pour nous rendre le séjour d'Alger plus agréable.
               Au centre de l'exposition des produits de la colonie on a élevé une large estrade, entourée de gradins, sur laquelle nous prenons place ainsi qu'un grand nombre d'invités.

               Après quelques minutes d'attente, l'agitation et le bruit toujours croissant nous annoncent l'arrivée d'un cortège.
               En tête : M. le commissaire (le Deus ex machina), car en Algérie, comme chez Guignol, il n'y a pas de fêtes indigènes sans ce fonctionnaire.
               On tient les Arabes en tutelle, il leur faut un curateur.
               Il avance, majestueux, tout brodé des pieds à la tête.
               A sa suite une troupe de musiciens arabes drapés dans les plus beaux costumes et jouant de tous leurs instruments ; puis une cinquantaine d'almées et gavazées (chanteuses et danseuses) couvertes de riches vêtements ; elles ont toutes la tête voilée par le haïk ; leur démarche annonce des femmes jeunes.

               Lorsque tout ce monde a pris place sur l'estrade et s'est accroupi sur les nattes, trois mauresques se lèvent et s'avancent vers nous ; elles vont commencer une danse de caractère.
               Au moment où elles se découvrent le visage, un murmure flatteur circule dans l'assemblée. Elles sont en effet remarquablement belles, et la distinction de leur costume ajoute encore à l'élégance de leur taille et à la parfaite régularité de leurs traits. Elles portent :
               - le djebadoly, sorte de caftan recouvert de
               - la r'lilâ, tunique de soie brodée d'or,
               - une large pièce en soie rayée, appelée fouta est nouée à la hauteur des hanches et retombe jusqu'à terre, puis
               - une ceinture d'or et
               - des babouches de velours complètent ce costume d'une richesse inouïe.


               La gracieuse chachia placée sur le sommet de la tête laisse échapper des flots de cheveux noirs de jais sur lesquels brille un diadème d'or.
               A chaque pas ces superbes femmes, les you-you redoublés de leurs compagnes font vibrer l'air de leurs notes aiguës. Peu à peu les almées s'excitent, elles s'enivrent de leur propre succès.
               Le poème d'amour qu'elles ont mimé d'abord sur un rythme posé s'accentue à mesure qu'il approche de son dénouement ; la passion devient du délire.
               De provocants coups de mouchoir voilent et découvrent tour à tour leurs beaux yeux noirs ; une sorte de frémissement agite convulsivement leurs hanches où toute l'action se concentre, et leur corps entier s'anime d'un tel souffle de volupté que les Françaises pudiques se cachent la tête entre les mains ; quant aux Anglaises elles quittent précipitamment leur place et se dérobent dans la foule.
               Les hommes applaudissent avec frénésie.

               Cependant la musique a cessé ses bruyants accords. Les danseuses ont regagné les nattes et le commissaire se promène sur l'estrade, allant de l'une à l'autre, distribuant des compliments.
               Chez tous les peuples civilisés, un directeur reste caché dans la coulisse ; pourquoi ici l'obliger à parader sur une scène ?
               Après une pause de quelques instants, d'autres danseuses remplacent les mauresques ; elles sont arabes, de la tribu des Oulad-Naïls, ayant quitté leurs dacheras (maisons) de Bou-Saâda et des Zibans pour prendre part à la fête indigène.

               Grandes et belles comme les mauresques elles ont :
               - une teinte cuivrée contrastant avec la peau blanche et file de celles-ci,
               - de magnifiques yeux brillant sous d'épais sourcils réunis par une ligne noire de tatouage donnent à leur physionomie un caractère étrange,
               - de grosses nattes disposées sur les côtés de la tête en augmentent le volume dans une proportion bizarre, et
               - le diadème, relié par d'énormes boucles d'oreilles au collier de sequins et de perles suspendu à leur cou, enchâsse la figure comme dans un cercle d'or.
               - Des m'saïs, bracelets en argent massif, ornent les bras ainsi que les jambes au-dessus des chevilles ; l'attitude a quelque chose de sauvage et d'indompté qui révèle la femme du désert.


               La danse des Oulad-Naïls aussi expressive que celle des mauresques est également mimée sur un thème passionné et s'engage d'une façon discrète pleine de grâce et de réserve.
               Tout d'abord la femme arabe semble découvrir à regret son visage pâle ; la présence des hommes paraît l'intimider. Peu à peu elle s'enhardit et se risque à écouter avec une feinte pudeur, le langage d'un invisible séducteur. Surprise, hésitante,
               - elle lutte quelque temps,
               - se rapproche,
               - écoute encore,
               - puis s'éloigne cherchant dans une fuite simulée à éviter un entretien après lequel elle soupire avec ardeur.


               Bientôt l'almée se sent atteinte au cœur et y porte vivement la main ; elle est blessée et chancelle mais se relève aussitôt frémissante ; et dans un pas empreint d'un sentiment exquis, elle résume les différentes phases de ce combat dont le dénouement la pousse au dernier paroxysme de la passion aveugle. Alors :
               - haletante,
               - épuisée,
               - à bout de forces,
               - elle étend ses mains en avant et tombe entre les bras de ses compagnes voilées.


               De nouveaux et pus chaleureux you-you, soutenus par les accents précipités d'une musique en délire, la plongent dans les délices d'un succès qui l'enivre.
               De belles et grandes négresses viennent à leur tour exécuter les danses du Soudan ; des arabes leur succèdent et terminent le spectacle dont nous emportons tous le souvenir le plus agréable.

               En effet nous n'avons en Europe aucune idée de ces divertissements et il est à craindre que le progrès sans cesse croissant, n'enlève à l'Afrique française tous ces charmants tableaux des mœurs de l'Orient ; aussi nous réclamons à l'autorité locale la liberté dans l'exercice des anciennes cérémonies indigènes, tant qu'elles ne deviendront pas un prétexte à conspirations.
               Nous appelons également la bienveillante protection de l'édilité sur ces usages tendant tous les jours à disparaître parce que l'on est trop souvent disposé à les tourner en ridicule faute d'en comprendre la poésie.
               Nous en dirons autant pour les vieux monuments condamnés à la suppression, sacrifiés à de futiles alignements ; pour les costumes, déjà honteusement abandonnés par la classe la plus riche de la population juive, en un mot, pour tout ce qui touche :
               - à l'histoire,
               - à l'archéologie,
               - à la science,
               - à l'Art.

               Espérons que notre appel sera entendu.
Six semaines en Algérie par le vicomte de Pulligny,
chevalier de la Légion d'Honneur, officier de l'Instruction Publique,
membre correspondant des sociétés scientifiques de France
et de l'étranger. Édition 1884.


Les femmes arabes.
Envoi de M. Christian Graille

               En Algérie, l'instruction des filles est systématiquement négligée, même dans les familles aisées. On ne leur enseigne jamais à écrire et rarement à lire.
               Leurs connaissances se bornent à apprendre par cœur un certain nombre des principaux versets du Coran.
               Je possède cependant (ce qui montre qu'il y a des exceptions) un manuscrit pris dans une razzia et qui porte en tête de la première page : Ceci est un commentaire du Coran " écrit par le marabout pour sa femme ".
               Les musulmans ont pensé qu'il était infiniment plus prudent de ne pas trop développer l'intelligence et les facultés des femmes dont toute l'existence devait se passer entre les quatre murs de leur maison.

               L'ignorance est la conséquence nécessaire de la réclusion de la femme. Il semble en effet inutile de donner à des épouses et à des mères de familles destinées à vivre sous le soleil énervant de l'Algérie des goûts et des habitudes qui viendraient à la traverse des devoirs que l'on réclame d'elles et qu'elles trouveront à peine le temps d'accomplir au milieu des heures de la journée consacrées à un repos indispensable.
               Ceux qui soutiennent qu'il faudrait donner de l'instruction aux femmes de l'Orient oublient que, dans ce pays, la portion masculine de la population est souvent d'une grande ignorance.
               Il ne serait ni juste, ni sage que les femmes eussent la science quand la plupart des hommes la possèdent si peu. Les Européennes elles-mêmes, élevées en Algérie sont, en général, peu instruites.

               Rien ne peut, cependant, empêcher l'imagination des femmes arabes de travailler dans le vide, de se construire un monde imaginaire avec le peu qu'elles ont appris de ce qui se passe en dehors de ce cercle étroit.
               Elles font quelquefois de petits voyages pour se transporter de la ville à la campagne, ou de :
               - chez leurs parents,
               - chez leurs maris,
               - dans un bordj plus ou moins éloigné.

               A travers le haïk transparent qui les recouvre en entier lorsqu'elles sont assises sur la mule qui les porte, leurs yeux semblent dévorer le paysage qui se déroule le long du chemin, comme pour mettre à profit cette occasion, si rarement offerte, de voir quelque chose de nouveau.

               Les Noires qu'on laisse pénétrer dans les maisons de femmes, soit pour soigner les malades, soit pour apporter des provisions, amusent les recluses du récit de ce qu'elles ont observé dans la ville.
               Les fils ou les maris arabes daignent parfois raconter les différents voyages qu'ils ont pu faire, trouvant du plaisir à se voir si bien écoutés.
               De toutes ces bribes réunies, les femmes alimentent leur pensée.

               Douées, pour la plupart, d'une intelligence naturelle remarquable, elles suppléent à ce qu'elles ne savent pas par une rare finesse d'intuition.
               La conversation de la plupart des femmes des grandes familles arabes que j'ai eu l'occasion de voir est au niveau de celle de beaucoup de femmes françaises qui se trouveraient à causer avec une personne qui viendrait de leur être présentée.
               Elles sont généralement fort gaies lorsqu'elles sont jeunes.
               Je me souviens de la visite que nous fîmes un jour à la seule épouse d'un riche vieillard. Elle nous avait fait les honneurs de chez elle avec beaucoup d'aplomb.
               - Un peu forte,
               - le profil accentué,
               - les yeux vifs,


               Il était facile de voir qu'elle avait été belle. Elle semblait diriger son intérieur avec l'aisance d'un général habitué à commander.
               Pendant que nous étions assis autour d'une table ronde sur laquelle était posé un plateau couvert de jolies tasses bleues contenues dans des godets en argent, une des servantes vint réclamer la clef de l'armoire aux provisions afin de nous servir du sucre.
               Cette opulente vieille nous demanda, par l'entremise d'une juive qui servait d'interprète, si nous étions mariées et si nous aimions l'Algérie.
               Elle nous dit ensuite qu'elle regrettait de n'avoir pu faire le voyage de France avec son mari bien des années auparavant.
               " Est-il vrai, comme on me l'a raconté, que des femmes françaises soient allées, pendant la dernière guerre, soigner les blessés sur-le-champ de bataille ? ".…
               Sur notre affirmation, elle répondit qu'elle trouvait que c'était donner trop de liberté aux femmes ; puis elle ajouta avec un air légèrement dédaigneux, que les Françaises mettaient des robes en coton, mais que les dames arabes portaient des robes de soie.
               Pour nous relever à ses yeux, je l'assurai que, si nous ne pouvions nous habiller avec luxe pour marcher dans la rue, le soir nous mettions des robes de satin et de velours.

               Quand nous allions faire une visite à la partie féminine d'une famille arabe, le jour était convenu d'avance, afin que tout dans la maison fût préparé pour notre réception.
               Les sœurs et les cousines de la maîtresse de logis se réunissaient en grande toilette, curieuses qu'elles étaient de jouir de la vue de dames de Paris. Quelquefois un de leurs fils ou de leurs neveux servait d'interprète.
               J'ai vu ainsi les femmes des différentes castes qui habitaient Constantine ; celles qui faisaient partie, soit par leur naissance, soit par leur alliance, des grandes familles sahariennes ; celles qui tenaient à la riche bourgeoisie et celles dont l'origine est mêlée de sang turc.

               J'ai pu constater que la beauté des traits se rencontre en Algérie, à peu près dans la même proportion qu'en France.
               Les jeunes gens d'ailleurs, n'ont pas l'air d'y tenir extrêmement pour leurs épouses. En fait de qualités physiques, ils ne demandent que la jeunesse et la santé. Ils apprécient surtout, dans l'ordre moral, la douceur du caractère.

               Les familles purement arabes entretiennent tous les jours davantage des rapports avec nous et prennent un peu plus nos habitudes ; le soin du ménage et la propreté sont en l'honneur chez elles.
               Le mobilier de leurs maisons s'augmente de meubles français qui produisent un effet assez disparate mêlés à l'architecture indigène.
               Le cadeau le plus apprécié qu'un mari puisse faire à sa femme est une armoire à glace.

               Une jeune mère arabe n'est jamais plus à son avantage qu'entourée de ses petits-enfants. Il est facile de voir qu'elle concentre son bonheur sur ces êtres délicats, sur lesquels ses regards se posent avec une expression de tendresse tout à fait touchante.
               C'est dans le travail à l'aiguille, dans l'éducation des plus jeunes enfants et dans les soins du ménage que la femme arabe fait consister l'occupation de sa vie.
               Il n'en existe pas, quel que soit son rang, qui ne consacre plusieurs heures par jour à faire quelques broderies qui exigent une véritable habileté de main. Les mères en général nourrissent elles-mêmes leurs enfants, et c'est pour elles un violent chagrin que d'être obligées de confier ce soin à une autre femme. Jamais l'enfant n'est remis à une nourrice hors de la maison.

               Arrivés à l'âge de huit ans les garçons, dans les familles riches, apprennent à lire et à écrire par les soins d'un homme qui cumule les fonctions de serviteur et de précepteur et qui accompagne toujours son élève dans les promenades, aussi longtemps que l'âge ne l'oblige pas à prendre sa retraite.
               Un assez grand nombre de jeunes gens apprennent aujourd'hui le français dans les écoles communales.
               Quelques-uns poussent même le désir de s'instruire jusqu'à suivre, pendant plusieurs années les cours des collèges franco-arabes d'Alger ou de Constantine.
               Ils retiennent avec rapidité ce qu'on y enseigne et se montrent souvent plus intelligents que leurs camarades européens, mais, dans le farniente des années qui suivent, ils s'empressent d'oublier presque tout ce qu'ils avaient appris avec une étonnante facilité.

               Ce qui leur est enseigné dans la maison paternelle et ce qu'il ne leur est pas permis d'oublier, c'est le respect :
               - pour leur père,
               - pour leur mère et
               - pour les membres âgés de leur famille.


               A Constantine, nous étions parfois invités à dîner chez des Arabes avec quelques officiers supérieurs.
               Le repas qui nous était offert était alors servi à l'européenne.
               Le service était dirigé par un domestique français, loué dans la ville, et par les jeunes gens de la famille, qui ne se sentaient nullement humiliés de porter les plats pour un repas auquel leur père prenait part.
               Une multitude d'assiettes, contenant des crèmes et des gâteaux, étaient, à la fin du dîner, posées sur la table par les petites filles de la maison.
               Jusqu'à l'âge de dix à onze ans, ces petites personnes peuvent se laisser voir par les hommes. Leur costume, en tout semblable à celui de leur mère, leur donne un air de dignité dont on est étonné de les voir parfois se départir lorsqu'elles se livrent aux gambades naturelles de leur âge.

               Les femmes de bonne famille ne peuvent sortir au dehors sans être accompagnées par un serviteur et des servantes. Elles ne doivent pas, selon le précepte du Coran, passer le seuil de leurs maisons sans avoir le visage complètement voilé, à l'exception de la fente de l'œil.
               Il ne faut attribuer ni à la jalousie ni au mépris la réclusion que les maris imposent à leurs femmes.
               Le prophète, sous ce rapport, n'a fait que suivre les mœurs de sa nation, mœurs conformes à celles de tous les peuples orientaux et dont l'origine se perd dans la plus haute antiquité.
               Les femmes ne s'en trouvent pas plus malheureuses ; elles ne sentiraient l'infériorité de la position qui leur est faite que si elles pouvaient la comparer avec celle des Européennes.

               Un jeune chef arabe de mes amis me disait un jour, après avoir visité plusieurs contrées de l'Europe, qu'il croyait les femmes de son pays heureuses parce qu'elles ne connaissaient pas d'autre existence que celle à laquelle on les soumettait.
               Il ajoutait toutefois qu'un mari arabe ne pouvait avoir une grande considération pour sa femme, connaissant son ignorance et le peu de solidité d'un jugement qui ne repose sur aucune expérience du monde.
               A son avis, la condition qui réunirait le plus d'éléments de bonheur serait celle d'une épouse française de bonne famille qui aimerait son mari et qui en serait aimée.

               La femme arabe est, assurément, toute sa vie tenue dans une condition d'infériorité véritable ; elle ne s'en dégage que quand elle est douée d'un esprit supérieur et d'un caractère dominateur. On en cite quelques-unes qui ont su conquérir une place importante dans le sein de leur famille et une grande influence sur leurs maris.
               Si la femme arabe est trop ignorante et trop prisonnière, la femme française n'a-t-elle pas à son tour trop d'occupations multiples et surtout trop de responsabilités ? La plupart des maris européens confiants dans la capacité de leurs femmes, se déchargent trop volontiers sur elles des devoirs qui devraient leur incomber particulièrement et leur abandonnent non seulement la surveillance et l'éducation de leurs filles, mais encore celles de leurs fils et l'administration des biens de la famille.

               Lorsqu'à tant de charges viennent se joindre les mille obligations du monde, l'existence de ces femmes devient sans contredit un véritable esclavage.
               Leurs jeunes années se sont d'abord passées à acquérir des principes solides dont elles doivent être pourvues pour soutenir plus tard le lourd fardeau de la vie.
               Elles sont obligées, en outre, de s'armer de talents qui serviront à leur faire tenir avec agrément leur place dans la société.
               Peu de repos et peu de réjouissances, telle est la devise des épouses françaises. Trop de farniente voilà celle des femmes arabes.?

               Le juste milieu a toujours été si difficile à atteindre dans ce monde, qu'il faut y regarder de bien près avant d'enlever quelques pierres aux vieux édifices. Quand ils s'écroulent, on ne peut souvent rien faire des matériaux ni du terrain.

               Quelques Européennes bien inspirées ont introduit en Orient des ouvroirs où des petites filles des classes pauvres, tout en apprenant à coudre et à broder, se trouvent entendre des paroles de haute morale qui élèvent insensiblement leur âme.
               Elles deviennent ainsi non seulement capables de gagner matériellement leur vie, mais elles sont en même temps portées à régler leur conduite d'après les principes de la sainte vertu.
               C'est, il me semble, la juste limite des efforts qu'il est raisonnable de tenter pour améliorer l'existence de la femme arabe.

               Les femmes de tous les pays ont un fond de nature qui leur est commun. L'éducation, tout en les modifiant, laisse cependant subsister un certain nombre de qualités natives qui se retrouvent à un degré presque égal chez la femme ignorante et chez la femme cultivée.
               Chez les unes et chez les autres, la noblesse du cœur et, en particulier, le sentiment maternel se manifestent avec un égal éclat dans les grandes occasions.
               On en a vu surgir parfois, au milieu de la foule des femmes arabes, des exemples véritablement grands.

               Sans qu'il soit besoin de remonter plus haut, un de ces traits a été offert en 1874 à notre admiration par la mère de Bou-Mezrag, l'un des chefs révoltés de l'insurrection de 1870.
               Ayant appris que son fils avait été condamné à mort, elle en ressentit une affreuse douleur. Elle se tint quelques jours comme abîmée dans son désespoir ; mais, recueillant ses pensées, elle se dit qu'elle ne pouvait rester ainsi à pleurer sans rien essayer pour sauver son fils.
               Elle roula dans sa tête plusieurs projets tous impraticables. Enfin elle résolut, elle qui n'était jamais sortie de sa maison, d'aller se jeter aux pieds du gouverneur de l'Algérie.
               Une femme française, à laquelle elle soumit son destin, lui fit observer qu'il n'y avait que le président de la République qui eût le pouvoir de faire grâce aux coupables condamnés par jugement des tribunaux. " Eh bien je vais le trouver " fut la réponse de la mère de Bou-Mezrag.
               Son amie eut beau lui expliquer qu'il fallait, dans ce cas,
               - aller à Paris,
               - traverser la mer,
               - puis de grandes distances en chemin de fer,
               - séjourner dans une ville où elle serait comme perdue, où personne ne l'écouterait ni la comprendrait
               - et qu'il lui faudrait enfin se montrer à bien des hommes avant de parvenir jusqu'au président ; rien ne la rebuta. " Mon fils va mourir " était le seul cri qui s'échappait de ses lèvres.


               Devant une si ferme résolution il n'y avait qu'à céder et, en pleine commisération, la dame française prit le parti d'accompagner la malheureuse mère dont le courage ne faiblit pas un instant.
               Pendant les longs jours du voyage sa pensée n'était fixée que sur un objet : elle marchait comme dans un rêve, ne regardant rien et ne se laissant jamais distraire.

               Après certaines formalités qui prirent un assez long temps, le maréchal reçut enfin la femme arabe et n'eut pas la force de repousser sa requête.
               On peut aisément deviner les sentiments qui l'animèrent quand on lui expliqua qu'elle venait d'obtenir ce qu'elle avait souhaité avec tant d'ardeur.
               Pendant le retour en Algérie, elle ne cessait pas un instant de penser au bonheur qu'elle aurait à annoncer à son fils qu'elle lui avait donné une seconde fois la vie.
               La peine de Bou-Mezrag n'était toutefois que commuée, et, pendant plusieurs années encore, elle devait être privée de sa présence, peut-être même n'aurait-elle jamais le plaisir de le revoir ; mais qu'importait en comparaison de la douleur de lui voir subir une mort violente et ignominieuse ?

               Pour bien comprendre la vie recluse, et comme séparée de leurs maris, que mènent les femmes en Algérie, il faut savoir comment les maisons arabes sont construites et quelle apparence elles offrent aux regards.
               Les descriptions de l'Orient que les poètes nous donnent dans leurs chants et les tableaux que les peintres en tracent éveillent généralement l'idée d'un luxe magique qui rentre dans le domaine des contes de fées ; mais ces poètes et ces peintres choisissent à dessein ce qu'il y a de plus beau dans les pays particulièrement propres à frapper l'imagination.
               - La Syrie,
               - Constantinople,
               - les Indes fournissent des sujets d'une splendeur toute contraire aux préceptes et à la lettre du Coran.
               - L'Afrique, et même l'Algérie, sont loin de ressembler, pour la vie matérielle, à ces pays si riches de l'Orient dégénéré.


               Chez les Arabes, les enseignements du prophète sont conservés avec un soin plus scrupuleux que chez les autres peuples musulmans ; et ces enseignements portent tout d'abord sur l'observance d'habitudes :
               - sobres, simples et sévères.

               Dans un temps où il importait surtout de fonder la société arabe sur des bases nouvelles, cet habile législateur a senti qu'il était nécessaire, ou tout au moins prudent, de peser gravement la portée des choses.
               Il a compris que le goût des objets de luxe aurait pour effet d'incliner vers le lucre et le pillage les hommes qu'il était venu convertir, qu'il leur donnerait en outre des idées de gain illicite en élevant entre eux des germes de rivalité.
               Il commença donc par afficher la plus grande simplicité et par donner lui-même l'exemple d'une grande indifférence pour le bien-être de la vie.

               Les maisons arabes participent de ces principes du prophète. Elles ont, dès l'entrée, quelque chose de mystérieux qui prête aux conjectures romanesques chères aux Français.
               Celles-là mêmes qui appartiennent aux familles opulentes et dont l'intérieur est empreint d'une certaine élégance, n'offrent aux regards du passant que l'aspect le plus modeste.
               Souvent la porte, en vieux bois, est ornée de dessins tracés avec des clous taillés en pointe de diamant ; une forte poignée en fer sert de marteau.
               Quelquefois ce n'est qu'une longue voûte sombre qui forme l'entrée sous laquelle propriétaires et serviteurs s'asseyent au frais.

               Les Arabes pauvres qui passent dans la rue s'y reposent un moment s'ils en éprouvent l'envie, car ils savent que l'hospitalité de leurs compatriotes tolère cet usage. En avançant sous cette voûte, on arrive, quelques pas plus loin, dans une petite cour peuplée de pigeons blancs.
               Les musulmans ont une sorte de vénération pour ces oiseaux, en souvenir de deux pigeons sauvages qui déposèrent leurs œufs, dit la tradition, à l'entrée de la grotte dans laquelle le prophète s'était caché pour se dérober à la poursuite des Mecquois.

               Dans cette cour étroite se trouve la véritable porte de la maison : elle s'ouvre sur un vestibule fort resserré dans lequel donne un escalier en spirale dont les marches ont généralement une hauteur démesurée.
               A chaque étage s'ouvre une chambre, c'est la partie habitée par les hommes. Une seconde porte solidement fermée donne accès, au rez-de-chaussée, dans la portion réservée aux femmes.

               C'est généralement un vaste bâtiment à un ou deux étages. La construction orientale consiste en une cour carrée appelée oust-ed-dar, ou centre de la maison.
               Des galeries en font le tour à chaque étage, reliant les chambres entre elles. Ces chambres ont toujours une forme longue et étroite ; elles reçoivent le jour, soit par une petite lucarne placée très haut et qui donne sur la rue, soit par la porte.
               Dans le fond de la chambre, une alcôve, placée en face de l'entrée, contient un matelas recouvert de soie, qui sert alternativement de divan dans la journée, et de lit durant les nuits d'été.

               Mais cette vieille coutume a, dans beaucoup d'intérieurs, cédé la place à des lits français en bois d'acajou, et au mobilier de même genre, plus commodes, sans doute, mais qui paraissent fort dépaysés à côté des grands coffres en bois peint et dorés, ou en ébène incrusté de nacre, dont la forme et la manière sont en parfaite harmonie avec les costumes de ceux qui s'en servent.
               Les murs sont, à l'intérieur et à l'extérieur, blanchis à la chaux ; quelquefois les gens riches recouvrent les parois des galeries et des escaliers avec des faïences à dessins blancs et bleus qui donnent à la maison un aspect propre et gai.
               Des orangers ou des lauriers roses entretenus dans des caisses garnissent la cour, qui, l'été, vers le milieu du jour, est couverte d'un velum rattaché par les coins au-dessus des galeries du premier étage.
               Il sert à tamiser la lumière trop intense et les ardeurs d'un soleil trop brûlant.

               A l'heure de la sieste, des servantes, qu'autrefois on eût appelées des esclaves, se couchent avec les enfants sur les nattes ou sur les tapis posés sous les galeries ; des femmes passent et repassent, allant d'une chambre à l'autre avec cette grâce native qu'elles doivent sans doute à la recommandation que leur a faite le prophète de ne laisser produire aucun bruit aux anneaux d'or ou d'argent (appelés en arabe kholkhal) dont leurs chevilles sont toujours ornées ; ou peut-être faut-il aussi l'attribuer à l'usage de ces petites babouches sans quartier dans lesquelles les femmes glissent le bout de leurs jolis pieds.

               Il existe un véritable contraste entre la simplicité du costume porté par les hommes en Afrique et le luxe permis aux femmes chez les Arabes.
               Elles sont généralement, tant qu'elles sont jeunes, traitées dans leurs familles en enfants gâtés.
               On se plaît à les couvrir des bijoux et des vêtements de soie que les préceptes du prophète ont interdits aux croyants.
               Mahomet est entré dans tous les détails de la vie intime des musulmans ; il leur a particulièrement recommandé de porter des vêtements blancs ou noirs.
               Le plus souvent il portait lui-même des tuniques blanches, en souvenir, disait-il, des légions d'anges qui lui étaient apparues sous cette couleur lorsqu'ils l'assistèrent dans la fameuse bataille de Bedr-Auzma ; et le noir devait rappeler aux Arabes le burnous qu'il avait sur les épaules le jour de la conquête de la Mecque.

               Les femmes, comme pour faire contraste avec la sobriété des couleurs employées pour les vêtements des hommes, aiment à se couvrir d'habillements aux teintes les plus voyantes.
               Cependant, grâce au cadre qui les entoure, ou bien à la lumière qui les enveloppe, ces couleurs qui, en Europe, choqueraient notre goût par leur bizarre assemblage, semblent, au contraire, avoir été combinées par un habile artiste pour l'effet général du tableau.
               Parmi ces femmes, comme parmi leurs pareilles des autres pays, il s'en trouve quelques-unes qui ont le goût et les instincts artistiques, sachant combiner avec soin l'assemblage des couleurs dont elles se parent aux jours de fête.

               Les femmes de Constantine mettent un art véritable dans l'arrangement des plis de leurs haïks. C'est une pièce d'étoffe de cinq mètres de long et d'un mètre et demi de large, plus ou moins fine selon la fortune de celles qui la portent, blanche pour les femmes de condition supérieure, bleue pour les femmes du peuple.
               Les plus pauvres se contentent de cotonnade, les plus riches y mêlent de la soie.
               Tendu sur le front le bord du haïk est retenu ensuite derrière les oreilles ; les deux coins qui pendent à terre sont repris et rejetés sur la tête par un mouvement habile qui le tortille légèrement et forme une sorte de turban.
               La femme se trouve ainsi enveloppée dans un vaste cocon. Un voile en mousseline épaisse est attaché derrière la tête à la hauteur des cils inférieurs de l'œil, laissant passer le regard par un espace imperceptible. Avec leurs mains les femmes tiennent serrés les bords de devant du haïk sans laisser apercevoir le moindre détail du costume qu'elles portent en dessous ; au moyen de cette enveloppe hermétiquement fermée, on ne reconnaîtrait pas sa meilleure amie.

               Les maris arabes aiment à ce que leurs femmes se parent pour eux, parfument leurs cheveux avec des huiles à la rose ou au jasmin.
               Autour du cou elles portent souvent de longues chaînes en pastilles odorantes d'un prix fort élevé.
               Quelquefois les mots de mach' Allah (ce que Dieu veut) sont moulés sur cette pâte et constituent une amulette : les femmes mâchent aussi de l'écorce de noyer pour rafraîchir leur haleine et conserver la blancheur de leurs dents.
               Cette écorce très saine a cependant un grand inconvénient de brunir la langue et les gencives.

               Avec le miroued ou petit bâton effilé trempé dans la poudre appelée kohol et composée de benjoin mêlé à du noir de fumée, elles tracent un cercle autour de leurs paupières, donnant ainsi l'apparence d'une grande épaisseur à leurs cils.
               A Constantine elles font rejoindre leurs sourcils au moyen d'un trait noir. Au désert elles ont le bon goût de ne les allonger que sur les tempes.
               Le henné dont elles se teignent les doigts est en lui-même fort contraire au charme féminin.
               Cette feuille d'arbuste pilée, avec laquelle les Arabes font une décoction, prend, au bout de quelques heures une couleur jaune foncé.
               Parfois ils y mêlent du noir de fumée. Avec cette eau, les femmes tracent sur leurs mains des dessins imitant la dentelle.
               Que le henné dont elles se servent soit noir ou jaune, il est impossible de pouvoir se rendre compte de la propreté de leurs ongles.

               La plupart des femmes de Constantine, afin de conserver leurs belles chevelures que la chaleur de l'été pourrait faire tomber, se lavent avec une eau mêlée de henné jaune, qui donne à leurs cheveux cette couleur rousse si appréciée des peintres vénitiens d'autrefois
               Le prophète ayant prohibé les faux cheveux, les femmes qui habitent le Sahara, où la coiffure est composée de larges nattes, sont obligées, pour leur donner l'épaisseur voulue, d'y mêler de la laine qu'elles dissimulent avec soin.

               Le fard est d'un usage commun en Algérie. Les hommes se teignent la barbe lorsqu'elle commence à grisonner, trouvant, avec raison, que le beau noir ou le blanc parfait sont les seules couleurs qui siéent avec les costumes du pays. Ils emploient à cet effet des procédés d'une grande perfection.

               Le bain maure est le lieu le plus propice à ces opérations de la toilette.
               Les femmes surtout aiment à s'y rendre : c'est pour elles non seulement un principe d'hygiène, mais aussi une véritable distraction.
               - L'étuve, le massage et
               - les ablutions froides les délassent de leur inaction.

               Elles trouvent surtout agréable d'avoir ce prétexte pour sortir de leurs maisons et pour se rencontrer avec d'autres personnes de la ville.
               On les voit s'y transporter vers le milieu du jour, parfaitement cachées sous leurs haïks.
               Leurs servantes les accompagnent et les petites filles de la famille portent à la main les flacons à long col qui contiennent les essences colorantes.

               En dehors de la permission d'aller aux bains maures, les femmes de l'Algérie ont encore celle de se rendre au cimetière le vendredi. Dans les villes, elles sont tenues de rentrer avant que le mouvement et la foule aient envahi les rues.
               Les mosquées leur sont interdites, en raison sans doute de la distraction que leur présence donnerait aux croyants.
               Elles ont pourtant, dans certaines villes consacrées exclusivement aux pèlerinages, l'autorisation d'y faire des stations.
               Elles se dédommagent de cette prohibition en faisant des prières en commun dans leurs demeures, à certains jours de fête, comme par exemple le jour anniversaire de la naissance du prophète ; elles illuminent alors la maison avec des cierges verts ou jaunes.
               Les hommes prennent rarement leurs repas avec les femmes de leur famille ; leur faim satisfaite, ils vont les visiter dans leurs appartements.

               Parfois ils font la sieste dans la chambre de leurs femmes. Une épouse jeune et belle, dans une famille riche, n'a pour sa part que les agréments du mariage. Son mari ne se montre chez elle que dans les moments qu'il veut lui consacrer entièrement.
               La vie à peu près séparée qu'il a adoptée lui permet de se retirer dans la solitude quand des soucis ou des chagrins viennent assombrir son humeur, et ce n'est que le sourire aux lèvres qu'il se présente à elle.

               Grâce à cette organisation intérieure il conserve un véritable prestige aux yeux de sa jeune femme, qui le voit apparaître comme une sorte de demi-dieu.
               Elle n'a pas les moyens de connaître son genre d'existence en dehors de la maison, et, quoi qu'il arrive, elle conserve durant des années une grande quiétude d'esprit.
               Quel que puisse être l'agrément de sa vie domestique, l'Arabe n'a pas, comme dans les pays chrétiens, une compagne qui sympathise avec ses moindres inquiétudes, qui prend part à tous ses projets, charmant ses loisirs par les agréments de son intelligence.

               Parmi les parures des musulmanes, il en est une qu'elles doivent toujours porter, ce sont les boucles d'oreilles.
               Les historiens de l'Asie racontent que cet ornement est pour elles un signe religieux. Voici cette tradition qui ne diffère pas trop du récit de la Bible :

               Abraham, échappé à la persécution de Nemrod, épousa Sarah, sa cousine et s'enfuit avec elle en Égypte où régnait alors le cruel et voluptueux pharaon (Coutis Fer-Awn II).
               Ce prince, instruit de la beauté extraordinaire de Sarah, la fit amener dans son palais ; épris de ses charmes, il porta sur elle sa main criminelle, qui se sécha à l'instant, et il fut renversé à terre. Saisi de frayeur et frappé de la vertu qui rayonnait dans toute la personne de Sarah, il la conjura d'obtenir sa guérison en lui promettant de la remettre en liberté ; Sarah adressa alors ses vœux au ciel.
               Aussitôt la main guérie, Pharaon fit présent à Sarah d'une très belle esclave copte et la renvoya à son mari.
               Sarah ayant rejoint Abraham lui fit hommage de cette esclave qui s'appelait Hadjer (Agar), priant Dieu de la rendre féconde.
               Hadjer donna Ismaïl à Abraham qui, repassant dans la Palestine, s'établit près de Bemlé.
               Sarah elle-même, devenue miraculeusement mère, mit au monde Isaac, et ne tarda pas à concevoir de la jalousie contre Hadjer.

               Un jour, ayant vu Abraham prendre sur ses genoux Ismaïl et faire asseoir Isaac à ses côtés : " Quoi ! s'écria- t-elle, caresser l'enfant de l'esclave et rebuter celui de la femme légitime ! ".
               Dans l'excès de sa douleur elle jure de mutiler le visage d'Hadjer pour la défigurer ; mais bientôt, le calme succédant à ses transports, elle se repent du serment qu'elle a fait.
               Alors Abraham, pour lui épargner un parjure, l'engage à percer les oreilles d'Hadjer.
               C'est ainsi que cette opération est devenue une sorte de coutume légale qui sert d'initiation religieuse aux filles des musulmans.

Ce livre a été écrit par l'épouse de Louis Régis.
La publication a été faîte sous les nom et prénom de son mari.
(Note de la rédaction.)

Constantine
Voyages et séjours par Louis Régis. Édition 1880.



PHOTOS DE BÔNE
Envoi de Jean Pierre dAUBEZE

LE PORT



LA PREFECTURE ET LES SANTONS





CLINIQUE






STADE PANTALONI






LA GRANDE POSTE DES SANTONS





LA CATHEDRALE






DJEMILA
Brochure de 1950

Antique CUICUL
 

Louis LESCHI
Correspondant de l'Institut
Directeur des Antiquités de l'Algérie



3 - Vue Générale de Djemila



1 - Septime Sévère



2 - Temple Septimien


4 - Forum Sud et alentours de l'Arc de Caracalla

DJEMILA
HISTOIRE DE LA VILLE

                 La colonie romaine de Cuicul fut très probablement fondée par l'Empereur Nerva, en 96 ou 97 ap. J.C., pour des raisons stratégiques : il s'agissait d'occuper un carrefour où la grande voie qui assurait les communications d'Est en Ouest entre Cirta (Constantine) et Sitifis (Sétif) en Maurétanie, croisait une route Nord-Sud qui reliait le port d'Igilgili (Djidjelli) à Lambèse, centre administratif et militaire de la Numidie.

                 " Il y avait en ce point, avant l'arrivée des Romains, une localité berbère dont nous ignorons tout, sauf le nom, Cuicul, qui resta le nom de la ville romaine. L'Administration impériale y installa une colonie de vétérans, dont chacun reçu une concession de terres. Quel que fût leur pays d'origine - Italie, Gaule, Espagne, régions danubiennes, Afrique, Orient.

                 Ces vieux soldats, libérés après vingt-cinq ans de service, étaient profondément pénétrés d'esprit romain, de discipline et de loyalisme : " en même temps qu'une réserve aisément mobilisable de soldats exercés, leur groupement devait être, pour toute la contrée, un exemple et un foyer de romanisation " (1).
(1) E. Albertini, Djemila, dans l'Afrique du Nord illustrée, avril 1924.


5 - Quartier Nord

                 Ils jouaient un rôle de gendarmes en face des tribus belliqueuses de la Kabylie des Babors. Leur ville, bâtie sur un plateau étroit entre deux ravins, " dominait de haut ces ravins et le confluent des deux oueds ; elle était elle-même dominée de toutes parts, à des distances variables, par des croupes beaucoup plus élevées ; mais cela n'enlevait rien, dans l'antiquité, à la valeur militaire de la position et les vétérans de Cuicul étaient bien placés pour surveiller les chemins ou les pistes qui suivaient les vallées. La disposition du terrain n'avait point permis de réaliser à Cuicul le plan théorique des colonies romaines, l'enceinte carrée divisée elle-même en carrés par des rues Nord-Sud ou cardines et des rues Est-Ouest ou decumani " ( E. Albertin1, op. cit.) .


6 - Quartier Chrétien

                 L'enceinte fortifiée dessinait à peu près un triangle, beaucoup plus long du Nord au Sud que de l'Est à l'Ouest ; le cardo maximus était déporté vers l'Ouest ; les rues parallèles, artères essentielles de la ville, présentaient un tracé régulier, tandis que les voies Est-Ouest, beaucoup plus courtes, furent souvent coupées par la construction des monuments publics.

                 Les colons vivaient de l'agriculture et de l'élevage, favorisés par un sol assez fertile, des sources abondantes, un climat salubre. Ces ressources attirèrent à Cuicul de riches bourgeois venus de Cirta, de Carthage ou d'autres villes, qui occupèrent des terres aux environs ; d'autre immigrants s'adonnèrent au commerce qui ne pouvait manquer de se développer grâce à l'établissement de bonnes routes et au règne de la " paix romaine ". Riches propriétaires et négociants constituèrent l'oligarchie qui administrait la cité, soumise à la haute autorité du légat impérial, mais dotée, comme toutes les colonies romaines, d'une assemblée municipale et de magistrats élus chaque année. Ces notables jouissaient du pouvoir et des honneurs ; par contre ils dépensaient une partie de leur fortune au service de la collectivité : l'un faisait construire le marché à ses frais, un autre la basilique judiciaire.

                 Ces édifices utilitaires s'élevèrent, comme le Capitole, principal temple de la ville, et la Curie, siège de la municipalité, autour du Forum, centre de l'agglomération. Deux autres sanctuaires, la prison municipale, un établissement de bains se bâtirent dans le même quartier.
                 " Au cours du IIème siècle, dans cette période des Antonins qui fut la plus tranquille et la plus heureuse de l'antiquité, Cuicul s'enrichit et se développa. Aux maisons modestes qui durent être au début celles des vétérans, succédèrent des maisons beaucoup plus vastes, formées sans doute par la réunion de deux ou plusieurs habitations .primitives... Rogné par l'extension des maisons luxueuses et par la multiplication des monuments publics, l'espace manquait à l'intérieur des murs pour une population qui augmentait à chaque génération. Aussi l'enceinte fut-elle bientôt débordée... Quand les habitants purent s'offrir le luxe d'un théâtre, ils le construisirent à 150 mètres au-delà du rempart, en utilisant la pente qui descend au ravin de l'Est. En 161, un arc s'éleva, sur le chemin qui menait de la ville au théâtre ; vingt-deux ans après, un bel établissement de thermes était construit à 200 mètres en dehors de la porte Sud, sur le cardo prolongé. Ainsi tout un faubourg méridional s'édifiait et le centre de l'activité urbaine tendait à se déplacer vers le Sud " ( E. Albertini, op. cit.).

                 Dans le premier tiers du IIIème siècle, une nouvelle place publique fut dessinée au contact de la vieille ville et des quartiers neufs ; des monuments grandioses y célébrèrent la gloire de la dynastie des Sévères, dynastie africaine qui prodiguait ses faveurs aux cités d'Afrique : ce fut l'arc triomphal élevé en l'honneur de l'Empereur Caracalla et de ses parents en 216, puis le temple dédié en 229 à toute la famille impériale.

                 C'est à l'époque des Sévères que la prospérité de Cuicul atteignit son apogée et que la ville connut sa plus grande extension. L'aménagement du nouveau Forum fut complété par d'autres travaux édilitaires : construction de fontaines, de latrines publiques et d'un grand égout collecteur ; ouverture de rues nouvelles qui, escaladant la colline Sud, contrastaient par leur tracé sinueux avec l'aspect rectiligne du réseau primitif. Des temples, des établissements de bains, des salles de réunion s'édifièrent dans les nouveaux quartiers. La population comptait peut-être à cette époque une dizaine de milliers d'habitants ; elle s'était accrue de Berbères qui avaient adopté les mœurs romaines et reçu les droits de citoyens. Certains de ces provinciaux devenaient fonctionnaires de l'Empire ; ils étaient admis parfois dans la noblesse sénatoriale et atteignaient même les échelons les plus élevés de la hiérarchie administrative : tel Tiberius Claudius Subatianus Proculus qui après avoir parcouru tous les degrés de la " carrière des honneurs gouvernait en 208 la province de Numidie.

                 La longue crise qui affaiblit l'Empire après la mort de Sévère Alexandre (235) se répercuta en Afrique ; plusieurs années de mauvaises récoltes s'ajoutèrent à l'insécurité causée par les insurrections pour arrêter l'essor économique du pays. L'appauvrissement qui en résulta interrompit à Cuicul le développement urbain : aucune dédicace de monument n'a été retrouvée pour la période qui va de 230 à 280. Dans les dernières années du IIIP siècle et surtout au IVe se manifesta au contraire une véritable renaissance. Les travaux publics reprirent leur activité : la colonie fit réparer le dallage des rues, achever l'égout collecteur, remettre en état l'aqueduc qui alimentait la ville en eau potable, et restaurer plusieurs des monuments anciens. Des maisons particulières furent bâties non seulement sur la colline Sud, mais dans la vieille ville, se superposant aux habitations antérieures ; les demeures des bourgeois fortunés furent décorées, comme par le passé, de peintures murales et de pavements en mosaïque.

                 Sous le règne de Valentinien, entre 364 et 367, deux édifices importants une basilique civile et un marché aux étoffes - s'élevèrent au Nouveau Forum, sur les ruines de temples démolis par les chrétiens. Le triomphe du christianisme est le grand événement du IVe siècle. Une communauté chrétienne s'était formée à Cuicul dès le IIIéme siècle (l'évêque Pudentianus la représentait au concile de Carthage de 256) ; elle avait survécu aux persécutions, mais elle avait eu ses martyrs dont les inscriptions ont révélé quelques noms. Elle édifia au sommet de la colline Sud un remarquable ensemble de monuments : églises, baptistère, habitations de l'évêque et du clergé, locaux destinés à abriter les pèlerins. Divisée par le schisme donatiste pendant tout le IVème siècle, elle retrouva son unité au début du Ve, lors de la condamnation définitive du donatisme prononcée par la Conférence de Carthage de 411. L'évêque Cresconius, qui assistait à la conférence, célébra le rétablissement de l'unité religieuse par la construction d'une vaste basilique à cinq nefs où il fit transférer des tombes de martyrs et fut lui-même inhumé plus tard. Les dimensions imposantes de cette cathédrale témoignent de l'importance de la vie religieuse à laquelle contribuait l'affluence des pèlerins qui venaient visiter les tombeaux des saints.

                 Vers le milieu du Vème siècle, la conquête vandale ébranla la domination romaine. La ville ne fut pas détruite, car on y gravait encore correctement des épitaphes à l'époque vandale. Elle dut pourtant décliner, puisque les Byzantins, qui fortifièrent Sétif, n'y entreprirent pas de travaux, semble-t-il. Un évêque de Cuicul figure dans la liste des participants à un concile réuni à Constantinople en 553 : ce texte est le dernier qui mentionne la cité.

                 Aucun document n'apporte de renseignements sur sa disparition ; ce fut assurément une destruction violente : les traces d'incendie se retrouvent en effet dans tous les quartiers, les objets exhumés par les fouilles sont presque toujours brisés. On' peut supposer que les tribus des Babors, qui avaient échappé à l'influence civilisatrice de Rome et s'étaient révoltées à maintes reprises, vinrent massacrer, brûler et piller lorsqu'elles ne trouvèrent plus devant elles ni autorité politique solide ni force militaire organisée.
YVONNE ALLAIS.
Directrice des Fouilles de Djemila.


Scènes de chasse

A SUIVRE


COTES
Par M. Bernard Donville
   
            Chers amis,
            La suite de notre histoire "Comment c'était N°3" devrait vous replonger auprès de notre mer tant à l'époque de vos ancêtres qu'au temps de vos traversées en bateau.

            Avec le N°4, je vous propose de découvrir la croissance du port d'Alger au cours de notre présence. Bien sûr cela motive plus les algérois mais nous avons bati un des plus important complexe portuaire de la Méditerranée et nous tous pouvons en être fiers.

            Le feuilleton continu avec le N°5. On aborde nos travaux pour créer un pays où l'on puisse accéder en tout point dans le confort d'un pays développé. Il s'agit donc de prime abord de l'évolution de notre réseau routier .Vous découvrirez à l'occasion les ouvrages d'art nécessaires et l'exemple de Constantine (que m'avait soufflé M.Crétot) est démonstratif. Nous avions terminé par un réseau équivalent aux pays européens!!!

            On finit le mois avec le N°6. Quand on a fait des routes il faut faire circuler des engins, comme en métropole, mais avec parfois un peu plus d'humour. Ne vous étonnez pas si mes commentaires se font parfois au "présent" comme si j'étais encore la bas !!!

            Bonnes lectures
            Amitiés, Bernard

Cliquer CI-DESSOUS pour voir les fichiers

Comment-c'était 3-bateau

Comment-c'était 4-port

Comment-c'était 5-routes

Comment-c'était 6-autos

A SUIVRE

POTAGE
De Jacques Grieu

DANS LA SOUPE
              Même dans mon enfance, encore pas bien grand,
       Je posais des questions sans cesse à mes parents :
       " Grandis, bois donc ta soupe, on verra ça plus tard ! "
       Après beaucoup de soupe, et voyant mon retard,
       Mes questions repartaient. Dégoûté du potage,
       J'entendais les réponses : " attends ! Et reste sage ! "
       J'ai donc laissé mûrir mais n'ai toujours rien vu.
       " Attends donc la retraite, il faut avoir vécu ! "
       Maintenant retraité, je suis toujours déçu ;
       Personne n'est plus là, qui m'aurait répondu.

       J'ai soupé de la soupe et ne veut plus l'aimer ;
       Que ce soit du bouillon, le meilleur consommé,
       Garbure ou velouté, goulasch ou minestrone,
       Me donnent l'impression que quelqu'un m'empoisonne.
       La bisque ou le pistou, le brouet de bécasse,
       Sont devenus pour moi, des soupes à la grimace.
       " Vous crachez dans la soupe ", ont dit certains quidams
       Sans voir que dès l'enfance, il y avait ce drame.
       Sur la tête, un cheveu ne se remarque pas ;
       Mais s'il est dans la soupe, on en fait tout un plat.

       Pourtant, la soupe aux choux, je ne peux m'en passer.
       D'ailleurs, Molière aussi nous a bien énoncé :
       " On vit de bonne soupe et non de beau langage ".
       " Qui soupe bien dort bien ", a ajouté le sage.
       Et puis, dans un vieux pot, on fait de bonne soupe :
       Quand on a moins de dents, la soupe a vent en poupe …
       Plutôt que " pas de soupe ", ôtons donc la cuillère :
       La soupe on peut servir sans verser la soupière !
       " Par ici bonne soupe " aurait dit Henri IV
       Goûtant sa poule au pot sans se laisser abattre.

       Ce qu'hostie est à messe, arme l'est à la troupe,
       Les légumes au potage et le chou à la soupe.
       Une vie sans danger n'est que soupe sans sel ;
       Le pleutre, à la goûter, se dit qu'elle est mortelle.
       A se lever trop tard, on trouve soupe froide :
       L'indécis, hésitant, mange de la panade,
       Et donc, pour tout potage, il n'aura que des restes,
       Pestant contre la vie au brouet indigeste…
       Comme on fera la soupe, on boira le bouillon ;
       Ne chauffons pas la mer pour cuire le poisson !

Jacques Grieu                  


27 juin 1962 :
De M. M. Gomez,
Envoi de Mme A. Bouhier
Deux navires espagnols sauvent des milliers d’Oranais  

                Ils attendaient là, assis sur des caisses, entourés de vieilles valises, de ballots, de couffins, quelquefois de petits cadres de bois faits à la main, étouffants dans la chaleur de l’été, espérant un signe, un ordre de dernière minute, quelqu’un qui leur dirait : «Embarquez».
                De Gaulle avait donné l’ordre au gouvernement français de ne pas utiliser les navires de guerre pour abréger leur attente et sur son ordre le gouvernement avait refusé l’offre de compagnies de navigation étrangères qui souhaitaient apporter leur aide.

                IL ÉTAIT ALLÉ BIEN PLUS LOIN EN DEMANDANT AUX COMPAGNIES DE NAVIGATION, LA TRANSAT, LA COMPAGNIE DE NAVIGATION MIXTE ET LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DES TRANSPORTS MARITIMES, DE RÉDUIRE LE NOMBRE DE ROTATIONS HEBDOMADAIRES (IL Y EN EU 16 EN FÉVRIER, 7 EN MARS ET SEULEMENT 3 EN AVRIL) AFIN DE RALENTIR LE RAPATRIEMENT ET D’EMPÊCHER UNE ARRIVÉE MASSIVE DE FRANÇAIS D’ALGÉRIE.
                Les vols d’Air France et Air Algérie étaient également réduits de moitié. Cette politique d’abandon, totalement programmée par le chef de l’État, a coûté des centaines de vies humaines.

                Peu lui importait qu’ils soient massacrés sur place, sur les quais.
                Fort heureusement et très courageusement, contre les ordres reçus, les commandants de quelques bateaux acceptèrent beaucoup plus de passagers que la limite maximale autorisée. Ainsi le «Jean Laborde» des Messageries Maritimes, quittait les quais d’Oran en direction de Marseille avec 1430 passagers au lieu des 420 autorisés.
                Ce fut le cas dans tous les ports d’Algérie avec les «Ville de Bordeaux», «Ville de Tunis», «El Djezair» et surtout le «Kairouan» qui battait tous les records avec plus de 1900 passagers sur une capacité de 1172 places.
                Le « Cambodge » avait lui une capacité de 440 passagers. Alors qu’une fusillade éclatait sur les quais, faisant plusieurs victimes, le capitaine permettait à 1233 personnes d’embarquer.

                **Le mardi 17 juillet 1962, 3400 personnes, qui attendaient sur les quais depuis dix jours, avaient pu enfin embarquer et échapper ainsi à un massacre certain.
                Le «Lafayette» en avait pris 1200 et le «Kairouan» 2200.

                Les commandants et les équipages de ces bateaux ont eu une conduite exemplaire et patriote, contre les ordres du gouvernement et du chef de l’État, et ils ont sauvé des centaines de vies humaines.
                Alors que la France abandonnait à la furie sanguinaire du FLN et de l’ALN des milliers de citoyens français, l’Espagne envoyait plusieurs navires civils et deux navires de guerre pour aider le départ des Oranais. (Il est vrai qu’en 1962 les Martinez, Gomez, Fernandez, Lopez et autres Segura n’étaient que des français…d’origine espagnole. Ce qui n’était pas le cas lorsqu’ils versaient leur sang pour libérer la France lors de la première et la seconde guerre mondiale)

                Le 27 juin, deux navires de guerre espagnols se présentaient à l’entrée du port d’Oran dans le but de transporter le maximum de français d’origine espagnole vers la péninsule ainsi que les derniers partisans de l’OAS.
                Le général Katz, responsable militaire, sur ordre du gouvernement français, leur interdisait de pénétrer dans le port sous le prétexte absurde «que l’on n’avait pas besoin d’eux».
                Ces deux navires de guerre ont récupéré plus d’un millier de personnes qui avaient réussi à se rendre « par leur propre moyen » à la limite des eaux territoriales.

                Des CRS ont voulu monter à bord afin de contrôler les identités mais les capitaines de ces deux navires de guerre leur en ont interdit l’accès : «Vous êtes ici en territoire espagnol.»
                Plusieurs centaines d’oranais n’ont pas eu la chance de quitter leur ville entre ce 27 juin et le 5 juillet 1962 et ils ont été massacrés dans des circonstances abominables.

                L’Algérie française c’était fini, De Gaulle l’avait finalement liquidé mais dans quelles conditions ?

                Voici l’appréciation que l’ancien ministre résidant de l’Algérie, Robert Lacoste, gouverneur général jusqu’au 13 mai 1958 et député socialiste, donc pas très favorable à la colonisation, a porté sur De Gaulle : « De Gaulle a fini la guerre d’Algérie comme un charcutier ».
                Il estimait donc, à juste titre d’ailleurs, que De Gaulle avait du sang sur les mains.
                C’est en tous les cas l’interprétation que je me fais de sa déclaration.
                Il est vrai qu’il aurait pu tout aussi bien dire : « comme un boucher ».
                Cela aurait été plus approprié !

M. Publié par Manuel Gomez le 30 juin 2021

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour riposte laique.
https://ripostelaique.com/27-juin-1962-deux-navires-espagnols-sauvent-des-milliers-doranais.html


PHOTOS DE BÔNE
Envoi de Jean Pierre dAUBEZE

LE JARDIN DE LA MAIRIE




LE JARDIN DE LA MAIRIE





LA GARE




LA DIANE DU JARDIN DE LA MAIRIE






KABOUL
Par M. Robert Charles PUIG

       Afghanistan ? Un nouveau désastre qui implique une fois de plus ce monde des élites occidentales et des puissances mondiales.


       Kaboul est entre les griffes des djinns islamistes, les " étudiants du Coran ", les extrémistes de la religion de Mahomet. Ils vivent au temps du Moyen-âge mais avec les armes modernes, celles que les américains dans leur honteux abandon du pays ont laissées.
       Puissants de leur idéologie ancestrale et tribale, maîtres du pays, ils imposeront leurs lois, créeront l'ignorance, ramèneront la femme au temps de la soumission et feront des jeunes enfants les futurs hommes de main aptes à toutes les basses besognes.

       Pourquoi évoquer cette triste histoire ? Parce que je souhaite faire un parallèle et une remarque avec mon Algérie française abandonnée par le pouvoir gaulliste et souligner combien dans les images T.V. actuelles de la désespérance afghane, j'ai le sentiment d'un retour en arrière, lointain, dans le siècle passé, en 1962, lorsqu'à partir des " accords d'Évian " de mars, le pouvoir gaulliste et parisien, sans état d'âme, abandonna son peuple pied-noir et musulman à la rage, la hargne et la fureur d'un FLN implacable et assassin.
       Faut-il oublier les villes où les terroristes enlevaient des gens au nez et à la barbe des militaires qui restaient l'arme au pied ? Faut-il oublier le Bled, les campagnes ou le FLN venait réclamer les victimes réfugiées dans les gendarmeries, sans que la moindre opposition ne se fasse ? Tous, répondant à l'ordre gaulliste, abdiquaient en laissant les terroristes maîtres du territoire. Faut-il enfin rappeler Oran martyrisée deux jours après l'indépendance d'une terre bradée sans contrepartie par De Gaulle et qui n'existait pas avant la France ?

       Les images T.V. montrent en ce mois d'août 2021 la peur du peuple afghan, sa crainte de la torture, du viol des femmes et des enfants, la mort par le couteau qui tranche la gorge ou par la lapidation. Cependant, lorsque vous observez ces films, ces images récentes des exactions commises par les talibans en Afghanistan, souvenez-vous qu'il y a eu une semblable terreur en Algérie. Un peuple effrayé, affolé, qui a connu le kidnapping, le viol et la torture puis la mort...
       Aujourd'hui cependant, je note une grande différence. Elle est importante et inédite. En 1962, les Pieds-Noirs et les Musulmans fidèles à la France n'ont pu s'enfuir, quitter la terre de leurs ancêtres que par leurs propres moyens, sans aucun secours du gouvernement français et de ses sbires qui se lavaient des mains tâchées du drame de leurs ressortissants pris au piège d'une indépendance sans garde-fous. Cette fois là, aucun pays n'est intervenu sauf l'Espagne, empêchée par le pouvoir parisien, au nom d'une indépendance à peine acquise et ternie par ses crimes.

       Ne l'oublions pas. De ce drame, beaucoup ne sont pas revenus, disparus... d'autres innocemment ont rejoint la " Mère-Patrie ", la France, mais leur sort n'était pas encore réglé ! A l'Assemblée Nationale un ministre, un homme sans foi ni honneur proclamait qu'il fallait nous renvoyer dans les pays de nos ancêtres italiens, espagnols, allemands ou russes et consorts. Voilà comment notre sort était décidé et voilà la grande différence avec l'Afghanistan aujourd'hui.

       En effet ! Sitôt apprise cet envahissement taliban du pays, que déjà des missions, des organisations d'État ou d'associations essayèrent de compenser la bêtise USA de Joe Biden. Il faut tout faire pour sauver des vies. Elles ne sont pas chrétiennes, mais il faut les sauver. Les pays d'Occident se sentent tout à coup honteux de leur lâcheté et remuent ciel et terre pour faire l'amende et paraître les sauveurs d'un peuple en détresse.
       En vérité, ils croyaient l'armée afghane plus prompte à se défendre. Ce fut un fiasco. complet. Il semble que personne ne croyait à la fureur et la rapidité des talibans à investir Kaboul. Personne ne souhaitait se rendre compte de la puissance de ce mouvement poussé par sa foi religieuse et sa rage d'effacer de son histoire 20 ans d'affronts et tout ce qui n'est pas leur religion et leurs lois sauvages.

       Nous, c'était hier.. Le souvenir demeure. Pourtant, nous pouvons aujourd'hui plaindre ce peuple plongé dans l'effroi d'une situation dramatique. Peut-on espérer que les talibans se montreront magnanimes et respectueux de la vie des afghans ? Je ne le crois pas. L'obscurantisme, la dictature, va frapper ce peuple. La loi du talion va trancher des têtes et faire de la femme l'asservie qu'elle était, il y a mille ans.
       Triste époque.
Robert Charles PUIG / Août 2021       
      


PENSÉE DU JOUR
Envoyé Par M. J. Castano

COURAGE, FUYONS !

          Ce qui me choque et m'indispose dans la retransmission de ces vidéos montrant ces milliers d'Afghans envahir le tarmac de l'aéroport de Kaboul et prendre d'assaut les avions, c'est que cela ne concerne que les hommes... jeunes pour la plupart pour courir aussi vite.
          Mais où sont donc les femmes ? On n'en voit aucune ! Cloîtrées dans leurs gourbis, abandonnées par les pères, maris et frères qui fuient lâchement, elles sont désormais livrées à la vindicte des vainqueurs...
          Et ce sont ces gens là (je leur dénie le nom "d'hommes") que l'Occident s'apprête à recevoir sous le doux euphémisme de "réfugiés"? Comment nos politiques peuvent-ils s'accommoder d'une telle forfaiture ? Honte à ceux qui accepteront de telles complaisances !
José CASTANO
18 août 2021





Algérie et le « Système »
Par M. Bernard Lugan
Paru sur : https://bernardlugan.blogspot.com/2021/06/algerie-le-systeme-touche-en-plein-cur.html
Le « Système » touché en plein cœur
de sa pseudo « légitimité » historique

        Une furieuse polémique divise actuellement l’Algérie. Elle est d’autant plus vive qu’elle a fait remonter à la surface l’artificialité de la nation algérienne et l’opposition entre la berbérité et l’arabo-islamisme. Et cela, à travers la mise en lumière du coup d’Etat par lequel, en 1962 les « planqués » de l’ALN (Armée de libération nationale) ont évincé les combattants de l’intérieur.

         Tout est parti des déclarations de Noureddine Aït Hamouda à une chaîne de télévision privée au sujet d’Abd el-Kader, de Messali Hadj, de Ben Bella, ainsi que des présidents Boumediene et Bouteflika qu’il qualifia de « traîtres ». Ce faisant, Amrane (dit Nouredine) Aït Hamouda, ancien député du parti kabyle RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie), fils du colonel Amirouche Aït Hamouda, chef emblématique du maquis kabyle de la willaya III, tué au combat le 29 mars 1959, visait le cœur même du « Système » algérien à travers son histoire fabriquée. La réaction de ce dernier a été immédiate : Noureddine Aït Hamouda a été jeté en prison…

        En 2008, Nouredine Aït Hamouda avait déjà provoqué un tumulte quand il avait dénoncé les faux moudjahidine légitimés par l’ONM (Office national des Moujahidine, le Ministère des anciens combattants), socle du « Système » algérien dont la « légitimité » repose sur le mythe de 1,5 million de morts de la guerre d’indépendance, chiffre surréaliste permettant de justifier ces deux millions de porteurs de la carte de moudjahidine et d’ayants-droit qui forment sa clientèle. Pour le « Système », la dénonciation des faux moudjahidine représentait donc déjà un danger mortel. Or, l’actuelle polémique est encore plus dangereuse pour ceux qui dirigent et qui pillent l’Algérie depuis 1962 car, ceux que Noureddine Aït Hamouda accuse de « traitrise » sont les chefs de la tendance arabo-islamiste du courant nationaliste algérien actuellement au pouvoir.
        Je laisse de côté le cas historique de l’émir Abd el-Kader qui sera traité dans le numéro de juillet de l’Afrique Réelle, pour m’en tenir aux accusations portées par Nouredine Aït Hamouda contre des personnages contemporains.

        Un retour en arrière s’impose. Dès le lendemain du second conflit mondial, la question berbère divisa le courant nationaliste algérien. En 1948, dans son appel à l’ONU, le PPA/MTLD (Parti du peuple algérien-Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) dirigé par Messali Hadj, inscrivit la phrase suivante : « La nation algérienne, arabe et musulmane existe depuis le VIIe siècle », ce qui provoqua la fureur de la composante kabyle du mouvement.

        Puis, en 1949, au sein du PPA-MTLD, éclata la « crise berbériste » qui opposa les Kabyles voulant faire reconnaître la « berbérité » comme partie intégrante du nationalisme algérien, à la direction arabo-islamique du mouvement laquelle s’y opposait farouchement. Ce fut alors que fut posée la question de l’identité algérienne : est-elle exclusivement arabo-islamique ou berbère et arabo-islamique ? (Voir à ce sujet mon livre Algérie l’histoire à l’endroit).
        Pour la direction du mouvement et pour Messali Hadj, arabisme et islamisme étaient les éléments constitutifs sans lesquels l’Algérie algérienne ne pourrait pas faire « coaguler » des populations qui n’avaient jamais formé un tout commun. Tout était donc clair : l’Algérie était une composante de la nation arabe, sa religion était l’islam et le berbérisme un moyen pour le colonisateur de diviser les Algériens.

        Les berbéristes furent donc écartés de la direction du PPA/MTLD, et ce fut alors que le Kabyle Hocine Aït-Ahmed perdit la direction de l’OS (Organisation Spéciale) au profit de l’Arabe Ben Bella.
        L’opposition entre berbéristes et arabo-islamistes se prolongea durant toute la guerre d’indépendance algérienne qui, sur le terrain, fut essentiellement menée par des Berbères dont les chefs étaient Abane Ramdane, Amirouche Aït Hamouda, Krim Belkacem ou Hocine Aït Hamed, etc. Or, les dirigeants du FLN, notamment Ben Bella, Boussouf, Bentobbal, Boumediene et Bouteflika, qui se réclamaient de la ligne arabo-islamique, même quand à l’image de Boumediene, ils n’étaient pas Arabes, firent tout pour marginaliser les chefs politiques et militaires kabyles à leurs yeux suspects de berbérisme. La liquidation physique d'Abane Ramdane et la mort d’Amirouche, illustrent cette lutte à mort.

        Durant plusieurs années après l’indépendance, les souvenirs de l’éviction des Berbères par les tenants de la ligne de l’arabo-islamisme furent enfouis sous forme de non-dit. Mais, en 2010, ils resurgirent avec une grande intensité avec la parution du livre « Amirouche, une vie, deux morts, un testament », que Saïd Sadi consacra à Amirouche Aït Hamouda, le père de Nouredine Aït Hamouda.
        La thèse du livre qui est au cœur du contentieux qui divise actuellement l’Algérie, est que le colonel Amirouche Aït Hamouda, chef du maquis kabyle et de la willaya III, tué dans une embuscade, aurait été donné aux Français par ses rivaux arabo-islamistes du MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales, le service de renseignement de l’ALN), notamment par Abdelhafid Boussouf et Houari Boumediene, afin d’éliminer un dangereux rival, ce qui a permis de coup d’Etat de l’ALN durant l’été 1962.

        Or, les héritiers de ceux qui livrèrent Amirouche forment aujourd’hui le « Système » algérien…
Bernard Lugan

[1] Planqués parce que, réfugiés au Maroc et en Tunisie, ils n’ont pas véritablement combattu l’armée française et cela, à différence des maquisards de l’intérieur auxquels ils volèrent l’indépendance.
Plus d'informations sur le blog de Bernard Lugan.
https://bernardlugan.blogspot.com/



Lettres d'information - été 2021
www.asafrance.fr
Envoi de l'ASAF
      
*******************
SOCIETE : L'assimilation est au cœur de la résilience de la nation.

L'assimilation est au coeur de la resilience de la nation
«Chaque jour, je mesure la chance d'avoir été adopté par cette grande et belle nation qu'est la France»

       Né en Algérie, Rafik Smati est arrivé en France à l'âge de deux ans. Il témoigne de son amour pour la patrie qui l'a adopté.

       Pour certains, la France est une vulgaire figure géométrique en forme d'hexagone. Pour d'autres, elle est une nation d'influence moyenne qui ne pourra survivre qu'en se fondant dans un ensemble géopolitique plus grand qui s'appelle l'Union européenne. Pour d'autres, enfin, la France porte le fardeau d'un passé tourmenté pour lequel il faudrait perpétuellement s'excuser.

       Tant de doutes et d'incertitudes traversent aujourd'hui la société française. La France doute. Elle doute d'elle-même, de ses valeurs, de ses racines, et de son futur. Nombreux sont ceux qui se sont d'ailleurs rangés à l'idée selon laquelle la France était désormais un petit pays qui n'avait guère sa place parmi les États puissances qui désormais façonnent l'histoire du monde.

       J'affirme que ce renoncement est suicidaire et coupable. Faut-il être né ailleurs pour avoir conscience du privilège que nous avons de vivre dans ce merveilleux pays?
      Faut-il avoir vu la France de loin pour savoir l'apprécier de près?

       J'avais deux ans quand la France m'a pris dans ses bras. Mes parents, ma sœur et moi arrivions de l'autre rive de la Méditerranée. Pendant toute mon enfance, mes parents me disaient la chance que nous avions d'avoir été accueillis sur cette terre de liberté et d'audace. La France m'a ouvert son école. Elle m'a soigné. Elle m'a permis de m'accomplir dans l'entrepreneuriat et de m'élever socialement. Chaque jour qui passe, je mesure la chance d'avoir été adopté par cette grande et belle famille qui s'appelle la nation française. Aujourd'hui encore, malgré toutes les crises que nous traversons, je reste habité par l'idée de la grandeur de la France, et par la mission universaliste que porte notre pays.

       Hélas, une partie de notre classe dirigeante semble avoir perdu foi en la France, entraînant le peuple français dans un tourbillon d'inquiétude et de désespoir. Je comprends que nos compatriotes soient désabusés. Mais je les appelle à se ressaisir et à se battre. Je leur demande de prendre conscience que la France est bien plus qu'un pays: elle est une idée, un projet, une espérance. Mieux encore, la France est une civilisation. Une civilisation dont la puissance symbolique supplante à mes yeux largement la civilisation dite «occidentale». Être Français, c'est être garant de cette civilisation, et c'est par-dessus tout la faire vivre.

       La civilisation française se fonde sur une profondeur historique et culturelle inouïe, sur une géographie bénie des cieux, sur une langue que nous partageons avec des centaines de millions d'humains partout sur la planète, sur un drapeau qui flotte sur tous les océans et tous les continents grâce à nos outre-mer…

       La civilisation française repose sur un génie qui a marqué l'histoire du monde de son empreinte. Un génie français qui a engendré une littérature hors norme, qui suscite le rêve et l'admiration pour sa musique, son architecture, sa gastronomie… Un génie français qui a permis d'offrir à l'humanité l'automobile, la photographie, le cinéma, la bicyclette, la machine à calculer, le vaccin, ou la médecine nucléaire. Un génie français qui a traversé les siècles, et répandu partout sur la planète un vent de liberté et d'audace qui a de tout temps suscité l'admiration des peuples étrangers.

       La civilisation française est le fruit d'une alchimie unique entre de multiples racines qui se sont conjuguées, et qui se sont nourries les unes des autres. Des racines préhistoriques, d'abord, qui nous ont légué en héritage les figures pariétales du Paléolithique et les grands mégalithes du Néolithique ; des racines celtes et gauloises, qui nous ont apporté la force et la bravoure ; des racines phéniciennes et romaines, qui ont insufflé une dynamique de civilisation ; et des racines chrétiennes, qui ont apporté à la France une filiation spirituelle.

       Et parce que la France n'est pas un pays figé, mais une nation en mouvement, d'autres racines sont venues s'additionner au fil du temps. Je pense notamment aux racines polynésiennes, kanakes ou antillaises que nous apportent nos territoires ultramarins. Je pense aussi à tous les Français qui possèdent dans leurs gènes des racines africaines, arabes, berbères, hébraïques, et qui aiment charnellement, intimement la France comme leur mère patrie. Tous ensemble, nous formons un peuple.

       Si la France est le fruit de multiples racines, elle n'est pas pour autant une nation multiculturelle dans laquelle plusieurs racines coexistent parallèlement. La magie de la France réside dans le fait que nos nombreuses racines s'entremêlent pour former un tout. Tel un arbre, profondément enraciné, mais dont le tronc, solide et ferme, permet de monter jusqu'au ciel.

       Telle est l'idée que je me fais de l'assimilation. S'assimiler n'est pas se couper de ses racines et de ses ancêtres. C'est conserver sa propre histoire, tout en faisant siens les deux mille ans d'histoire de France. S'assimiler, ce n'est pas regarder dans le rétroviseur et promouvoir la culture de l'excuse: c'est assumer l'histoire, toute l'histoire, et regarder tous ensemble vers l'avenir.

       En ce qui me concerne, je ne renie rien de mes origines. Comme tout un chacun, je respecte mes ancêtres et ma terre de naissance, et j'en suis fier. Cela ne m'a pas empêché d'embrasser la France, et de faire corps avec son peuple et son histoire. Histoire que non seulement j'admire, mais que surtout j'assume totalement, dans ses moments de grandeur comme dans ses quelques errements. De Vercingétorix à l'époque contemporaine. De l'homme des cavernes à l'homme connecté.

       Bien sûr, je n'ignore rien de la situation catastrophique dans laquelle notre pays se trouve aujourd'hui, conséquence de 40 ans de désarmement intellectuel, moral, philosophique, et spirituel. Un désarmement qui s'est accompagné d'une lâcheté décadente.

       Cette lâcheté n'a eu de cesse de vouloir effacer l'histoire de France pour la réécrire ; elle a fait de la France un pays multiculturel alors que la force de notre nation réside dans l'unité de sa communauté nationale ; elle a renoncé à faire appliquer l'ordre, jusqu'à abandonner des quartiers entiers de la République à des mafias et à des ennemis de la France ; elle a cassé le génie français en bridant les initiatives et l'esprit d'entreprise.

       Si je me bats aujourd'hui, c'est parce que je me refuse de faire grandir mes enfants sur les vestiges d'une nation déconstruite. Je veux au contraire leur permettre d'accéder, à eux comme à tous les autres enfants de France, au meilleur de ce que notre nation peut offrir: l'ordre, l'audace, le génie, l'esprit de conquête, la grandeur, la prospérité, la puissance, la civilisation.

       Par-delà nos origines et nos croyances, la France est notre bien commun. Nous devons la protéger. Nous devons l'aimer. Assumons son histoire et faisons corps avec elle. Faisons régner l'ordre, valorisons les devoirs au même titre que les droits. Regardons l'avenir, en élevant la France au niveau où elle doit l'être, à savoir celui d'une grande puissance culturelle, scientifique et industrielle.

       Et la France redeviendra cette grande et belle civilisation qui marquera à nouveau l'histoire du monde.
Rafik SMATI
Posté le vendredi 04 juin 2021 Source : Figarovox
Entrepreneur et président d'Objectif France.

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

La RÉDACTION de l’ASAF
www.asafrance.fr
*******************
Lettre asaf du mois de juillet 2021.

Complimenter l’armée française…"
Tandis que la brutale contraction de 8 % du PIB en 2020 fait peser une très lourde menace sur la remontée de nos dépenses militaires en termes réels selon les objectifs de la LPM, la tentation existe bien, malgré toutes les dénégations, d’écarter la pensée stratégique, qui voit large et loin, au profit d’une pensée, spontanée, de court terme et reportant toujours à demain l’effort qu’il faudrait conduire dès aujourd’hui.
« Gais et contents, nous marchions triomphants,
En allant à Longchamp le cœur à l’aise
Sans hésiter car nous allions fêter,
Voir et complimenter l’armée française »

      Le couplet de cette chanson de Paulus, datant de 1886, semble encore caractériser l’atmosphère entourant le défilé parisien du 14 juillet, à la fois parade et démonstration de force amplement médiatisées dont on ne trouve pas un réel équivalent chez nos alliés. Seul le défilé de la Victoire, à Moscou, peut lui être comparé. Au-delà de leur légèreté, voire de leur frivolité, ces mots expriment quelque chose du lien singulier et antique entre la Nation française et son armée. Quant au spectacle rituel qu’ils recouvrent, il nous offre chaque année, dans une superbe unité de temps et de lieu, l’occasion d’observer in concreto tous les symboles de la relation Politique-Militaire, d’apprécier la panoplie des armes de la France et de goûter, ne fût-ce qu’un instant, l’esthétique si prenante de la force maîtrisée au service de la communauté.

       Sans bouder ce que peut procurer cette liturgie, le citoyen ne peut s’arrêter à elle et se rassurer à bon compte sur l’assurance-vie dont elle serait l’illustration : songeons au défilé, magnifique, du 14 juillet 1939... En effet, alors que les menaces ne cessent de noircir notre horizon proche et lointain, il importe que les chefs militaires soient écoutés, au sens plein du terme, tant par la représentation nationale que par le pouvoir exécutif. Les moyens qui leur sont consentis doivent être à la hauteur des dangers recélés par un monde de plus en plus hétérogène et multipolaire.

       À cet égard, nous pourrions être, en première approche, globalement satisfaits des conditions de mise en œuvre des trois premières annuités de la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2019-2025. Toutefois, les récents travaux de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat relatifs à l’actualisation de cette loi font apparaître notamment que les objectifs fixés en matière d’entretien programmé des matériels n’ont pas été respectés, que des ajustements estimés à 3 Md€ en faveur de programmes ou opérations d’intérêt incontestable (numérique, cyber, renseignement, condition militaire…) auront des conséquences négatives sur d’autres programmes et que les cibles 2025 pour ce qui concerne le Rafale, les blindés légers ou la guerre des mines ne seront pas atteintes. En outre, les exercices 2019 et 2020 ont vu un surcoût des OPEX, d’environ 600 M€, resté à charge du budget des armées contrairement aux dispositions de la LPM.

       Enfin, alors que les risques de conflits à haute intensité ont été évoqués fin 2020 par les plus hauts responsables des armées, les sénateurs soulignent que la remontée de l’activité opérationnelle des armées à 100 % des standards de l’OTAN n’est prévue que pour 2025 et que, surtout, il n’y a pas à l’heure actuelle d’évaluation sérieuse de l’effort budgétaire que supposerait la préparation opérationnelle des armées à la haute intensité.

       Tandis que la brutale contraction de 8 % du PIB en 2020 fait peser une très lourde menace sur la remontée de nos dépenses militaires en termes réels selon les objectifs de la LPM, la tentation existe bien, malgré toutes les dénégations, d’écarter la pensée stratégique, qui voit large et loin, au profit d’une pensée, spontanée, de court terme et reportant toujours à demain l’effort qu’il faudrait conduire dès aujourd’hui.

       Pour conclure, complimenter les armées ne suffit pas, les passer en revue est utile, leur donner les moyens de leurs missions l’est encore plus …

      

La RÉDACTION de l’ASAF
www.asafrance.fr


Diviser pour régner, un mauvais calcul
Par le Général (2s) Antoine Martinez
Envoyé par M. H. Jolivet

         L'intervention du président de la République le 12 juillet, par les annonces présentées et le ton utilisé révèle une dérive autocratique dans la conduite des affaires du pays. Elle permet, en outre, de mettre en lumière ses véritables intentions pour les mois à venir. En réalité, M. Emmanuel Macron, grisé par le pouvoir après son élection en 2017, mais ayant perdu toute capacité d'action et de réforme du pays dès le début de l'année 2019 avec la situation insurrectionnelle des Gilets jaunes qu'il avait lui-même créée, n'a de cesse de vouloir montrer que c'est lui le chef, d'autant plus qu'il a l'intention de se représenter en 2022.

         Pour cela, il n'a pas l'intention de traiter les vrais problèmes et en particulier les menaces évoquées dans la tribune dite des généraux. Cela veut dire que le président de la République, non seulement n'entreprendra pas la grande réforme promise des retraites, suicidaire aujourd'hui pour lui, mais qu'il n'a pas l'intention de lutter, ni contre l'immigration de peuplement, ni contre l'islamisme et l'islamisation du pays, ni contre le séparatisme, ni contre le communautarisme qui mènent la France vers le chaos. Ce renoncement devrait être un motif sérieux de rejet d'un président qui ne veut pas protéger le peuple français.
         Mais l'aubaine pour lui, c'est la crise sanitaire qui dure et qu'il veut faire durer car elle constitue un outil entre ses mains qui doit occulter tous les autres sujets pour préparer sa réélection en se présentant dans quelques mois comme le sauveur de la France.

         On a pu constater comment il a verrouillé le débat politique avec une gestion de cette crise sanitaire axée sur l'instillation de la peur, voire de la panique dans les esprits qui peu à peu se soumettent. Il n'hésite pas, d'ailleurs, à ne pas respecter notre Constitution dont il est en principe le garant mais qu'il utilise en fonction de son propre intérêt. En effet, l'instauration de ce conseil de défense à répétition n'est-ce pas l'application complètement dévoyée de l'article 16 de la Constitution lui donnant les pleins pouvoirs, dans le cas présent sans aucun contrôle ? Il l'a bien compris et, pour occuper l'espace médiatique avec l'épidémie du covid 19, il est prêt à tout notamment avec l'annonce de mesures tyranniques en contradiction totale avec ses propres déclarations précédentes. De surcroît, il sait que les mesures annoncées ne peuvent que diviser les Français. C'est pour cela qu'il les prend, appliquant ainsi de façon machiavélique la formule « diviser pour régner », son objectif étant de gagner du temps. Il est prêt à manquer à son premier des devoirs, celui d'assurer la cohésion de la nation. Mais en procédant ainsi, en provoquant, il faut bien l'admettre, une déchirure perverse au sein du peuple français, avec une telle arrogance et un tel mépris, ne prend-il pas un risque inconsidéré qui l'empêcherait finalement d'être réélu, voire l'empêcherait de se représenter comme son prédécesseur ?

         Eh bien, nous allons l'aider à quitter le pouvoir en 2022 pour le bien de la France et des Français ! En début d'année, un an après le début de la pandémie, je concluais mon intervention en disant : nos dirigeants auraient tort de penser que le peuple continuera de tout accepter sans réagir. Je crois que le signal vient d'être donné par un président de la République clivant, provocateur et complètement déconnecté de toute humanité. Alors, ne le décevons pas. Il faut lui montrer que nous ne sommes pas dupes de sa manœuvre, qu'il a juridiquement tort et qu'il devra donc reculer face au droit qu'il se doit de respecter. Sauf à sortir de la légalité ce qui justifierait la mise en œuvre d'une procédure de destitution (article 68 de la Constitution). Pourquoi sera-t-il obligé de faire marche arrière ?

         Tout d'abord, prenant acte du travail accompli dans la mise au point des vaccins contre le Covid 19 par les scientifiques, l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, dans son texte adopté le 27 janvier 2021 (cf. pace.coe.int/fr/files/29004/html), demande aux Etats membres et à l'Union européenne de respecter et de garantir un certains nombre demesures.

         Parmi celles-ci, il faut noter l'obligation d'informer les citoyens que la vaccination n'est pas obligatoire et que personne ne doit subir des pressions pour se faire vacciner s'il ne le souhaite pas. Par ailleurs, personne ne doit être victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné en raison de risques potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner (articles 7.3.1 et 7.3.2). En voulant imposer le pass sanitaire, le président de la République exerce bien un chantage et donc des pressions inacceptables rendant, de fait, la vaccination obligatoire. Il établit ainsi une discrimination entre les vaccinés et les non-vaccinés. Il ne respecte donc pas le droit qu'il doit lui-même appliquer.

         Ensuite, il faut rappeler que le code civil dans son chapitre II (Du respect du corps humain) précise en son article 16 (16.1 à 16.9) que notre corps est inviolable. Personne ne peut donc nous imposer une vaccination sans notre accord. Mais le président de la République, dans son délire totalitaire, ne semble pas vouloir tenir compte du code civil.

         Enfin, en analysant les autorisations de mise sur le marché délivrées pour les vaccins et le droit positif appliqué, il n'est pas possible juridiquement de rendre la vaccination anti-covid obligatoire car, malgré le caractère exceptionnel de la situation sanitaire créée par le covid 19, on ne peut pas occulter le caractère inédit des procédés vaccinaux utilisés.

         En conséquence, l'autorisation de mise sur le marché donnée en procédure accélérée par l'Agence européenne des médicaments (EMA) est conditionnelle en raison de l'absence de données cliniques suffisantes qui doivent être complétées. Il n'y a donc aucun doute sur la nature expérimentale de la vaccination en cours. D'ailleurs, la formule « essai clinique » utilisée par l'EMA confirme bien le caractère expérimental de la vaccination qui oblige à recontextualiser son usage. Et dans ce domaine, le droit interne comme le droit international ont depuis longtemps construit le principe de consentement du sujet comme garde-fou pour empêcher toute dérive (consentement libre et éclairé recueilli par écrit après délivrance de l'information prévue – code de la santé, article 112-1-1).

         Ainsi, ce principe du consentement du sujet établi constitue un obstacle à l'obligation vaccinale aussi longtemps que les phases de tests cliniques ne seront pas terminées (le rapport final de l'étude clinique de Pfizer sera remis en 2023, celui de Moderna fin 2022, celui d'AstraZeneca mi-2022, celui de Johnson & Johnson fin 2023). Pour résumer, une obligation vaccinale dans un contexte d'expérimentation se heurtera assurément à la sanction du juge d'autant plus que le droit français est fondé sur le principe de l'inviolabilité du corps humain.

         Le président de la République est bien conscient de l'impossibilité d'imposer l'obligation vaccinale. C'est la raison pour laquelle il veut – pour mener son dessein à terme – mettre en place le pass sanitaire, un instrument liberticide, un moyen de pression contraire au droit et aux obligations pour l'Etat de respecter les règles édictées par l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, un moyen de chantage infâme pour forcer les non-vaccinés à se soumettre pour pouvoir vivre et circuler, comme les vaccinés, à présent en semi-liberté, tous contrôlés par un système de surveillance des masses qui se met en place.

         C'est la liberté et les droits de l'homme et du citoyen qui sont niés par un président de la République déconnecté de la vie quotidienne et des souffrances des Français et dorénavant engagé dans une dérive tyrannique contraire au bien commun et à l'intérêt de l'Etat et de la nation. Il serait bien avisé d'évaluer les conséquences de sa démarche anti-démocratique. Il n'a probablement pas pris la mesure de la colère d'une grande partie des Français qu'il néglige avec arrogance et mépris. Attention à l'effet boomerang ! Comme me l'écrivait, en 2017, Jean Raspail dans un échange de courrier dans lequel nous évoquions la situation de la France : « Tout cela finira très mal, c'est à dire bien ».

Général (2s) Antoine MARTINEZ
Président des Volontaires Pour la France
Le 15 juillet 2021



Avoir toujours raison,
envers et contre tous [Vu ailleurs]

Envoyé par M.G. Lemaitre

https://www.breizh-info.com/2021/08/09/168768/avoir-toujours-raison-envers-et-contre-tous-vu-ailleurs/

Ci-dessous un texte trouvé sur les réseaux sociaux,
criant de vérité. A lire et à méditer.
Un auteur anonyme qui crie ses réflexions et son désespoir,
peut-on sincèrement le blâmer ?

        On a eu raison sur les dangers du monde moderne, société transformant l'homme en machine.
        On a eu raison sur la guerre où la technologie à pris le pas sur l'honneur et le courage.
        On a eu raison sur le communisme, utopie meurtrière de bourgeois révolutionnaires.
        On a eu raison sur le libéralisme, père des ploutocrates et mère de toutes les injustices.
        On a eu raison sur l'Europe des technocrates, fossoyeur des identités nationales et régionales asservis aux lobby de l'industrie et de la finance.
        On a eu raison sur l'immigration, colonisation programmée de nouveaux esclaves.
        On a eu raison sur l'avortement, moyen de contraception facile et génocidaire.
        On a eu raison sur l'Eglise devenue une coquille vide qui se préoccupe plus de dialogue interreligieux et de débarquement de clandestins que du salut des âmes.

        On a eu raison sur De Gaulle le faux patriote mais vrai traître, sur Pompidou et Giscard, bourgeois échangistes et amateurs de diamants, sur Mitterrand avec ses amis pédophiles, ses responsables mais pas coupables et ses architectes francs-maçons vivants au crochet d'une République exsangue, sur Chirac, le coureur buveur de Corona qui a tant retourné sa veste, sur Sarkozy, le nain coca….. prêt à détruire la Libye pour cacher ses malversations, sur Hollande patapouf marionnette débile arrivé là faute de combattants, on aura raison sur Macron, banquier fidèle à ses clients, usant de son ton mielleux de curé pour tranquillement nous faire passer des vessies pour des lanternes.

        On a eu raison sur les lois liberticides, réduisant toujours à plus de personne, le droit de penser, d'étudier l'histoire, de parler ou d'écrire, de se déplacer et un jour de voter ou d'avoir un compte en banque.
        On a eu raison sur la télé qui est passée de la révolution du savoir pour tous à celle de la bêtise et la pensée unique.
        On a toujours eu raison même si au fond de notre cœur nous espérions avoir tort.

        On a raison, encore aujourd'hui, de ne pas faire confiance à ces gouvernements vendus à l'industrie pharmaceutique. Nos dirigeants sont d'anciens ou de futurs collaborateurs de grands groupes qui profitent de cette crise pour engranger des bénéfices colossaux.

        On a raison de questionner l'utilité d'un vaccin pour toute la population y compris des enfants.

        On a raison de se méfier des médias qui censurent sans même s'en cacher les opposants à la doxa gouvernementale même si ils sont médecins ou chercheurs de renommée internationale.
        On a raison de refuser le Pass sanitaire, divisant la population, transformant les commerçants en auxiliaires de police.

Malheureusement nous avons toujours raison…

Auteur Inconnu le 09/08/2021



Hommages au Général Salan
Envoyé par plusieurs lecteurs
           Bonjour, chers amis,

            Le Général Salan a été honoré dans sa ville natale, Roquecourbe, située dans le Tarn : en effet, Michel Petit, le Maire courageux de cette commune, a souhaité faire poser sur la maison natale du Général, "Militaire le plus décoré de France", une plaque rappelant qu'il y était né le 10 Juin 1899.
            Une cérémonie était organisée le 13 Juillet dernier pour inaugurer et poser cette plaque : le Maire accueillait Hervé Pignel-Dupont, président de l'ARS et l'arrière-petit-fils du Général, Gautier Delort qui a également rappelé qui était son arrière-grand-père.
           Vous trouverez, ci-dessous, le discours du Maire, Michel Petit, suivi de celui que notre Président a fait avant de passer la parole à Gautier Delort.

           Nous joignons en plus des photos de cette belle initiative, deux articles sur cet évènement :
           - l'un reprend les échanges avec la fille du Général Dominique Salan : "Le putsch, une année de sa vie".
           - le second: Raoul Salan, un héros effacé".
           Une boutique proposait des livres du Général et sur sa carrière, dont l'album de Max Schiavon, Salan, défenseur de l'empire" offert par l'ARS à Monsieur le Maire.
Fidélité et Vérité
Avec nos amitiés
Hervé PIGNEL-DUPONT Président ARS
Henri BACLET Secrétaire général ARS


==================
Discours de Michel PETIT, Maire de Roquecourbe

           Mes chers concitoyens,`

           Nous sommes réunis aujourd'hui devant cette plaque commémorative pour RECONNAÎTRE sereinement et humblement.
           - Reconnaître le courage d'un homme exceptionnel dont les actes de bravoure commencèrent dès 1917 par un engagement à l'âge de 18 ans dans la 1ère guerre mondiale. Il risqua sa vie ensuite en SYRIE où il fut gravement blessé en 1921, puis lors de la 2ème guerre mondiale et bien sûr enfin, en Indochine et en Algérie.
           - Reconnaître un grand soldat qui servit la patrie durant 4 conflits. Son courage, sa détermination, sa valeur militaire firent de lui le soldat le plus décoré de France.
           - Reconnaître un homme qui aima les peuples qu'il découvrit et qui s'appropria leurs cultures.
           - Reconnaître aussi un homme bafoué par des paroles reniées, des engagements piétinés, des faits falsifiés qui lui valurent d'échapper de peu à l'attentat au bazooka de 1957.
           - Reconnaître un homme dont la parole donnée était inébranlable.
           - Reconnaître un homme réhabilité mais qui n'usa pas de rétorsion et ne désigna personne à la vindicte populaire.
           - Reconnaître un homme auquel il est juste que les honneurs militaires soient rendus.
           - Reconnaître enfin un enfant de notre village.
Musique finale " non je ne regrette rien "
Musique du 1er REP dissout


================
Discours du Président de l'ARS, Hervé PIGNEL-DUPONT

           Monsieur le Maire,
           Mesdames et Messieurs les Elus,
           Mesdames et Messieurs,
           En ce jour d'hommage au Général Raoul Salan, enfant de votre commune, il faut remercier Monsieur le Maire, M. Michel PETIT, de nous permettre de continuer à honorer la vie et la personnalité hors du commun du Général.
           Afin de passer la parole à Gautier DELORT, arrière-petit-fils du Général, je tiens à souligner une constance de sa carrière :
           - Une parfaite connaissance de l'Indochine
           - Et ce fut son premier départ pour l'Indochine en 1924.
           - Il n'en revint que 13 ans plus tard, en 1937.
           - Cette connaissance, cette expertise lui furent reconnues par les Généraux les plus célèbres.
           - La guerre finie en Europe, il fallait libérer l'Indochine occupée par les Japonais.
           - de Gaulle désigna le Général Leclerc pour cette mission ; il ne l'accepta qu'à condition que Raoul Salan fut son adjoint.
           - Après la capitulation des Japonais, Leclerc et Raoul Salan préconisent à de Gaulle une négociation politique avec Ho Chi Minh.
           - de Gaulle s'y opposa totalement et ce fut une guerre de 8 ans et Dien Bien Phu…
           - Quand de Lattre prit le commandement en Indochine fin 1950, il ne l'accepta qu'à condition que Raoul Salan parte avec lui comme adjoint.
           - de Lattre enlevé par la maladie en 1952, Raoul Salan le remplaça et prit le Commandement en chef en Indochine.
           - Ce fut la victoire de Nasan, un Dien Bien Phu réussi ! Une victoire du Général Raoul Salan.
           - Quand après Dien Bien Phu, le Général Ely, Chef d'État Major des Armées, est nommé pour appliquer les accords de Genève, il demande à Raoul Salan de l'accompagner.
           - Présence précieuse, car Raoul Salan va négocier directement avec Giap, en septembre 1954, la libération de plusieurs centaines de prisonniers retenus par le Viet Minh ; ils réchappèrent, ainsi, d'une mort certaine.
           - Raoul Salan avait bien connu, dès 1946, Ho Chi Minh et Giap.

           Il eut, toujours, la confiance des plus grands.
           Nous devons continuer à honorer la mémoire du Général Raoul Salan, et de ses hauts faits.
           Je vous remercie.
           Et laisse la parole à Gautier Delort, membre du bureau de l'ARS, représentant la nouvelle génération 60 ans après.
           Et arrière-petit-fils du Général Raoul Salan.
Ce 13 Juillet 2021
Hervé Pignel-Dupont
Président de l'ARS

 
          
           

Décès d'Armand Belvisi
Présent - Mardi 22 juin 2021
Envoyé par plusieurs correspondants

         LA NOUVELLE est tombée jeudi 22 juillet, Armand Belvisi, une des dernières figures de l'OAS, est décédé à l'âge de 96 ans. Né à Tunis (alors protectorat français) en 1925, Armand Belvisi combattit tout d'abord dans les Forces Françaises Libres dirigées par le général de Gaulle, avant de rejoindre le général Giraud qui commandait l'Armée d'Afrique et avec laquelle il participa à la campagne de France. Après la traîtrise du général de Gaulle qui offrait l'Algérie Française au FLN, il rencontre le colonel de l'armée de l'air Jean-Bastien Thiry, partisan comme lui de sauver ce territoire français.

         Afin de tenter d'arrêter le processus d'abandon, Armand Belvisi (nom de code JCB) participe à l'attentat de Pont-sur-Seine (Aube) contre le général de Gaulle le 8 septembre 1961. Comme il l'écrit dans son livre L'Attentat : " Je suis autorisé à dire, aujourd'hui, que jamais les hautes instances de la Résistance Algérie-Française n'ont donné d'ordre d'enlever le président de la République, il fallait l'abattre. C'est le colonel Bastien-Thiry qui avait reçu mission de préparer et de mettre à exécution l'attentat. "

         L'attaque ayant échoué, Armand Belvisi rentra dans la clandestinité. Il participa également aux préparatifs de l'attentat du Petit-Clamart qui eut lieu le 22 août 1962.
         Arrêté sur dénonciation, il fut condamné à 15 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de l'Aube le 7 septembre 1962, et à 12 ans de réclusion criminelle par la cour de sûreté de l'Etat le 16 novembre 1963, et à 15 ans de réclusion criminelle par cette même cour le 16 novembre 1963.

         Les peines furent confondues. Armand Belvisi bénéficia comme les autres résistants Algérie-Française d'une amnistie en 1968. " J'avais cru aux serments et aux promesses d'un général français et à l'honneur, le jour du reniement et du parjure, j'ai dit "non" ". Il paiera cet engagement de sa liberté au pénitencier de l'Ile de Ré.

         Armand Belvisi rendant hommage au lieutenant Roger Degueldre.
Claude Louis
redaction@present.fr

         Le Président de l'ARS et les membres de son Conseil d’Administration transmettent leurs amicales condoléances à son épouse et à sa famille.
         Les obsèques religieuses ont eu lieu demain, le 27 juillet, à 14h30, église de Croissy sur Seine, et l'inhumation au cimetière municipal.
Fidélité et Vérité
Avec nos amitiés
Hervé Pignel-Dupont


Annonce du décès de Jean Zerbib
aux " Bônois à Caissargues "
Et à tous les Bônois


"Chers(es) amis (es),

        Décidément cette année 2021 sera aussi triste que la dernière, car je dois vous annoncer cette fois le décès de notre cher ami Jean Zerbib. Il s'est éteint cette nuit à l'issue de ce qu'il est convenu d'appeler une longue maladie dont par discrétion, il n'avait pas voulu parler.

        Cette discrétion d'ailleurs était un trait majeur de sa personnalité. Au cours de nos réunions, tout en étant jovial et plein d'humour, il ne se mettait jamais en avant. Et pourtant, lorsque nous avions envisagé ensemble notre rassemblement des Bônois à Caissargues, l'idée du méchoui du dimanche c'était lui, l'aide logistique considérable de la mairie de Caissargues comme l'accueil au Bolchet dans la propriété de l'ancien maire, c'était lui; et même le choix de l'hôtel à Nîmes, c'est à lui et à son épouse Claude qu'on le doit. Pourtant, il n'en a jamais fait état.
        En plus de sa modestie, nous garderons de lui, le souvenir de sa gentillesse, de sa disponibilité, de son humour, de sa générosité, de son affabilité et de ses bons mots, ses "Zerbibades" comme il disait...

        Jean est né en 1943, à l'Hospice Coll !!! Pendant la guerre cet hospice pour vieillards avait servi de maternité.
        *Ses parents avaient habité la maison Marchetti près du Tennis Club, puis avaient acquis une villa rue de Madrid dans le quartier Sainte Thérèse.
        *Tenant un magasin " le Baby Parisien " sous les arcades, ils avaient inscrit Jean en primaire au Lycée Mercier.
        *Ensuite il ira au Lycée St Augustin.
        *Comme dit sa sœur Colette Attard, " il était passionné par les rencontres avec les copains, il avait déjà ce goût du contact et d'aller vers les autres." ;
        *Ses parents l'inscriront par la suite au Collège d'Alzon pendant quelques années.

        * Il quitte l'Algérie en 1962 pour la France.
        *Passe son bac au Lycée Mistral à Avignon puis sera pion à Troyes pendant quelques temps.
        *Service militaire

        En France, il a d'abord habité Avignon, puis Nîmes, avant de s'installer en 1978, à Caissargues, avec son épouse Claude, originaire du village.
        Responsable d'une agence de transport international, basée sur l'aéroport de Nîmes Garons, il s'est également investi dans la vie de la commune en devenant conseiller municipal en 1989. Poste qu'il a occupé durant trente et un ans, jusqu'en 2020, sous les mandats respectifs de Jean-Paul Cicorelli. Jacques Bécamel et Christian Schoepfer. "Jean avait la fibre", il tenait cela de son père qui avait été adjoint aux sports à Bône.
        II était le beau-frère de René Attard, ancien journaliste à L'Aurore et au Figaro.
        Jean avait un lien très fort avec sa fille, tous les deux étaient fusionnels.

        *On s'est retrouvé avec Jean en 2009 à Nîmes et on a très vite eu l'idée d'un rassemblement des anciens du quartier Sainte Thérèse.
        La 1ère réunion a eu lieu à Aix en Provence en 2010, pour un repas en commun au restaurant.
        Les retrouvailles ont été merveilleuses mais un peu courtes, aussi l'année d'après nous avons retenu l'idée d'une réunion dans un hôtel à Garons le samedi, suivie le dimanche d'un méchoui dans la propriété du Maire de Caissargues.
        Ensuite le groupe s'est élargi bien au-delà de Sainte Thérèse et nous avons reçu l'aide appréciable de l'AEB d'Aix en Provence.

        Les obsèques de Jean ont eu lieu dans l'intimité Jeudi 5 Août à 17h au cimetière de Caissargues. Il n'y aura ni fleur ni couronne.
        Nous adressons à sa famille - son épouse Claude, sa fille Lalitha, sa sœur Colette, sa cousine Claudine et son cousin Marc - nos très sincères condoléances.

        Ceux qui désirent témoigner leur amitié peuvent le faire à l'adresse suivante:
        Madame Claude Zerbib, 99, ancien Chemin des Canaux, 30132 Caissargues.
        Au moment de signer ce message, l'absence de Jean se fait déjà cruellement sentir. En effet tous les mails que nous vous avons adressés jusqu'à présent étaient signés de nos 2 noms.
        Je ne puis que mettre le mien aujourd'hui au bas de cette page et j'en suis doublement malheureux.
        Recevez Chers Amis mes tristes mais très sincères salutations Bônoises.
              Bernard Palomba



LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


                            Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.
             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il continu. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous et je viens de faire des mises à jour et d'ajouter Oued-Zenati, des pages qui seront complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir.
             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.

             Ce travail fait pour Bône, Aïn-Mokra, Bugeaud, Clauzel, Duvivier, Duzerville, Guelaat-Bou-Sba, Guelma, Helliopolis, Herbillon, Kellermann, Millesimo, Mondovi, Morris, Nechmeya, Oued-Zenati, Penthièvre, Petit et Randon, va être fait pour d'autres communes de la région de Bône.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et ceux des villages alentours :

 LA VILLE DE BÔNE A SUBI UNE MISE A JOUR TRES IMPORTANTE
AU MOIS D'AOUT 2020   

CLIQUER sur ces adresses : Pour Bône:
http://www.livredor-bonois.net

             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
                         J.C. Stella et J.P.Bartolini.
 


NOUVELLES de LÁ-BAS
Envois divers


Augmentation du nombre de vols vers l’étranger

Envoyé par Grégoire
http://www.lestrepublicain.com/index.php/actualite/item/9030185-tebboune-donne-son-feu-vert-officiel-a-air-algerie


Par Est-Républicain - l le 23 Août 2021

Tebboune donne son feu vert officiel à Air Algérie

         La délivrance, enfin, pour les Algériens de l’étranger ? Près de trois mois après la réouverture partielle des frontières, les autorités algériennes ont décidé d’autoriser davantage de vols internationaux.

         La décision a été prise, ce dimanche 22 août, par le Conseil des ministres. Le président de la République a ordonné « l’ouverture de nouveaux vols vers des destinations ouvertes et d’autres vers de nouveaux pays », a annoncé le communiqué du conseil des ministres.
         Le communiqué de la présidence de la République ne fournit pas les détails des vols et des destinations concernées. Actuellement, seuls une quinzaine de vols commerciaux (aller-retour) sont autorisées chaque semaine avec sept pays, à savoir la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Turquie, la Tunisie et la Russie (ajoutée depuis début août).
         Près de la moitié des vols est opéré avec la France. Neuf compagnies aériennes se partagent les quinze vols hebdomadaires : Air Algérie, Air France, Transavia, ASL Airlines, Vueling, Lufthansa, Alitalia, Turkish Airlines et Tunisair.
         La hausse du nombre de vols internationaux de et vers l’Algérie était attendue depuis la fin du mois de juillet. Mais la dégradation de la situation sanitaire en Algérie rendait une telle décision difficile à prendre.

         Depuis quelques jours, le contexte est redevenu favorable pour une hausse du nombre de vols internationaux de et vers l’Algérie. Actuellement, la situation sanitaire connaît une nette amélioration, avec une forte baisse des contaminations (412 nouveaux cas ce dimanche) et la campagne de vaccination s’accélère, avec plus de six millions de personnes déjà vaccinées, selon le ministre algérien de la santé.

         L’Algérie a réceptionné, hier, 2 millions de doses supplémentaires du vaccin Sinovac. De quoi donner un nouveau coup d’accélérateur à la campagne de vaccination.
          


L’Algérie aux JO de Tokyo

Envoyé par Bertrand
https://www.tsa-algerie.com/lalgerie-aux-jo-de-tokyo-chronique-dune-debacle-annoncee/

Par TSA-Algérie - Par: Rafik Tadjer —08 Août 2021

Chronique d’une débâcle annoncée

          Le brin d’espoir qui restait pour l’Algérie de ne pas sortir avec un zéro pointé des Jeux olympiques de Tokyo, s’est envolé 24 heures avant la clôture du rendez-vous planétaire.

           La karatéka Lamia Matoub a été éliminée le samedi 7 août après trois défaites et un nul sans gloire contre la représentante de l’Egypte. La délégation algérienne, forte de 44 athlètes (43 après le forfait de Makhloufi) revient donc bredouille, sans la moindre médaille.

           Une première depuis Athènes-2004. Il est même arrivé par le passé que l’Algérie remporte des médailles d’or pendant trois éditions consécutives (Barcelone-1992, Atlanta-1996 et Sydney-2000).

           A Tokyo, c’est la débâcle totale. Pour un pays habitué de monter sur les podiums olympiques (3 médailles en 1996 et 5 en 2000 par exemple), c’est la désillusion et la frustration.
           Ces jeux auront au moins servi à nous rappeler que les performances de l’équipe nationale de football n’est que l’arbre qui cache la forêt de l’anarchie qui règne dans le sport algérien.
           Sur les réseaux sociaux, on crie au scandale, à la dilapidation, à la mauvaise gestion, au favoritisme, au manque d’assiduité, bref à la déliquescence du sport national.
           Tous les griefs qui peuvent être retenus contre les athlètes, leurs entraîneurs, les fédérations, le Comité olympique et les autorités politiques sont dans une certaine mesure fondés. La responsabilité d’un échec national, dans des disciplines aussi variées, ne peut être que collective.

           S’il est légitime de s’en offusquer, il ne faut cependant pas perdre de vue que les performances sportives d’une nation sont généralement le reflet de sa situation interne et de son degré de développement.
           Au tableau final des médailles des jeux de Tokyo, on trouve d’abord les grandes nations, les plus avancées sur les plans technologique et économique. Puis viennent celles de taille moyenne. Il en est ainsi pendant toutes les éditions passées. La hiérarchie a toujours été respectée.

           Si cette fois l’Algérie ne figure même pas parmi la centaine de nations qui ont arraché au moins une médaille de bronze, c’est que la déliquescence du sport national a atteint un niveau jamais égalé.
           La débâcle était même attendue avec tout ce qu’on a vu ces dernières années : tiraillements au sein des fédérations ou entre celles-ci et le gouvernement (ministère de la Jeunesse et des Sports), athlètes qui se plaignent publiquement du manque d’infrastructures et de financements.

           Le football, rien que le football…

           En termes d’infrastructures, l’Algérie est très en retard malgré les investissements consentis ces dernières années. Même à Alger, le nombre de piscines se compte sur les doigts. Les pistes d’athlétisme aussi et les stades homologués. Le sport de proximité est négligé, se limitant au seul football, vecteur de paix sociale.
           Pour le financement, ce n’est pas que l’Etat ne met pas la main à la poche, il le fait même avec beaucoup de générosité mais pour soutenir toujours le football, pour des résultats tout aussi décevants.
           Car il ne faut pas perdre de vue que le niveau atteint par l’équipe nationale n’est pas le résultat de la formation de l’école algérienne ou des clubs algériens.
           Il ne faut pas se voiler la face, sans les binationaux formés en France essentiellement, l’un des meilleurs modèles de formation au monde, l’équipe nationale ne serait pas ce qu’elle est en ce moment. La preuve, les clubs algériens n’ont même pas droit de cité parmi le gotha continental.
           Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les disciplines qui n’ont rien ramené de Tokyo qui ont le plus déçu, mais surtout le football. Cette discipline n’y a même pas été représentée malgré les milliards qu’elle engloutit chaque année.

           Presque la totalité des aides publiques au sport vont au football pour qu’à la fin le pays se trouve dépendant du produit de l’école française, des sommes qui partent en salaires immérités et en malversations.
           Au moment où les athlètes se faisaient éliminer à tour de rôle à Tokyo et criaient au manque de considération, un club de foot algérien proposait à un de ses joueurs un salaire mirobolant pour le retenir, en vain.
           On parle de 700 millions le mois. Il y a manifestement une mauvaise gestion et une répartition inéquitable des ressources. Au risque de se répéter, les Jeux olympiques sont le miroir de tout le pays, pas seulement de son sport.
Rafik Tadjer                   



Nouveau stade d’Oran

Envoyé par Mathieu
https://www.tsa-algerie.com/nouveau-stade-doran-un-scandale-peut-en-cacher-un-autre/


 TSA-Algérie - Par : Rafik Tadjer —20 Juin 2021

Un scandale peut en cacher un autre

           Les Algériens ont été choqués par les images d’un barbecue organisé dans l’enceinte même du nouveau stade d’Oran, quelques heures seulement après que ce joyau ait abrité sa première compétition jeudi soir, un match amical entre l’équipe nationale des locaux et son homologue du Liberia (5-1).

           Les images ont fait le tour des réseaux sociaux et ont été largement commentées. Beaucoup ont crié à « l’irresponsabilité », sachant qu’un incendie pouvait facilement se déclencher et réduire en fumée une partie d’un investissement colossal, d’autres à l’utilisation d’un bien public à des fins personnelles, et d’autres encore au gaspillage.

           Les autorités ont vite réagi et l’affaire semble prise très au sérieux puisque le ministère de la Jeunesse et des Sports a diligenté une enquête. Selon Yacine Siaffi, directeur de la Jeunesse et des sports (DJS) d’Oran, une commission a été mise en place par le wali et un rapport sera établi par l’inspecteur général du ministère de la Jeunesse et des Sports. La commission va « faire son travail » pour déterminer les responsabilités d’ « une façon précise » et que « chacun assume ses responsabilités », a-t-il assuré.
           En attendant les résultats de l’enquête, le responsable a démenti les accusations et soupçons proférés sur les réseaux sociaux à l’égard des autorités locales.
           Mais en fait, les explications apportées ont dévoilé un autre scandale : le stade est toujours en travaux et n’a pas encore été livré par la société de réalisation, mais cela n’a pas empêché le début de son exploitation en programmant un match de football international. « L’entrée au stade est toujours soumise à l’autorisation de la société chinoise », révèle-t-il.
           Voilà ce qui s’est passé, selon le même responsable : « Ce barbecue a été organisé sans autorisation de la part de l’administration locale et centrale. Des employés appartenant à la société de réalisation (MCC) et au bureau d’études ont voulu fêter la livraison du projet qui a eu lieu sans grandes contraintes. Ils ont voulu faire une fête, mais d’une façon inacceptable ».
           Que les travailleurs fassent la fête sur les lieux de leur travail, cela n’a rien d’anormal ni de scandaleux tant que l’infrastructure n’est pas livrée et est toujours sous la responsabilité de la société en charge des travaux.

           Mais c’est cette légèreté des responsables dans la gestion des grandes infrastructures sportives qui pose problème. Pourquoi programmer un match dans un stade qui n’est pas encore officiellement terminé ? N’y a-t-il pas d’autres infrastructures pour accueillir un match de football, amical de surcroît ?

           La gestion des infrastructures sportives en question

           C’est d’autant plus inacceptable que l’infrastructure en question est un immense complexe moderne qui a coûté les yeux de la tête à l’État. Il est vrai que le match s’est joué sans la présence du public qui pouvait causer des dégradations, mais pour une infrastructure de cette importance, il aurait mieux fallu suivre les procédures jusqu’au bout et attendre la livraison finale pour entamer l’exploitation, ne serait-ce que pour éviter les litiges.
           Avant même son inauguration, le stade d’Oran en est déjà à son deuxième scandale. Le premier c’est la dégradation de la pelouse immédiatement après sa réalisation. C’était en septembre dernier. Les images diffusées avaient choqué l’opinion publique.
           D’un vert flamboyant, la couleur de la pelouse a viré au jaune, rappelant un champ de blé moissonné. Pourtant la société qui l’a posée, Natural Gass Africa, est la même qui a pris en charge la pelouse du stade du Real Madrid, selon la FAF. La société a été mise hors de cause et l’explication donnée démontre le laisser-aller dans la gestion des infrastructures sportives.
           La pelouse s’est dégradée à cause de coupures d’eau. « La belle pelouse du nouveau stade olympique d’Oran a connu, ces derniers jours, quelques problèmes en raison de fréquentes coupures d’eau qui ont engendré une forte charge en chlorure au niveau de le bâche utilisée pour l’arrosage, avec comme conséquence un jaunissement de l’herbe », avait expliqué la Fédération.

           Le cas du stade d’Oran est loin d’être un cas isolé. L’Algérie grand pays d’Afrique, ne dispose presque pas de stades modernes répondant aux normes internationales.
           Si l’équipe nationale s’est « exilée » à Blida depuis plus de dix ans, c’est, entre autres, à cause de la pelouse du stade du 5-Juillet, le plus grand du pays, qui ne tenait pas à l’époque plus de quelques mois après chaque rénovation. Les scandales ont été nombreux mais les leçons n’ont jamais été retenues.
           L’Algérie dispose de grands et beaux stades aux quatre coins du pays, mais rares sont ceux qui sont dotés de pelouses naturelles aux normes mondiales. Des sommes colossales ont été débloquées mais le problème de l’entretien, de la maintenance et de la gestion s’est toujours posé.

           L’exemple du complexe olympique du 5-Juillet est édifiant : ses équipements sont vétustes et peu entretenus.
           Pour rester dans les nouvelles infrastructures, le stade de Tizi-Ouzou, plus grand (50 000 places) que celui d’Oran (40 000) constitue peut-être le plus gros scandale en la matière.
           Ayant nécessité plusieurs avenants et rallonges, le projet a coûté, selon plusieurs estimations, près de 400 millions d’euros, soit plus que le nouveau stade de la Juventus de Turin.
           Et alors que l’avancement des travaux a atteint 85 %, le projet s’est arrêté à cause semble-t-il des tracasseries juridiques induites par la faillite de la société des Haddad, l’ETRHB, qui a pris en charge sa réalisation en consortium avec une société espagnole puis turque. Aujourd’hui, le chantier est à l’abandon.
Rafik Tadjer                      


Protestations sociales

Envoyé par Jérome
https://www.tsa-algerie.com/protestations-sociales-letrange-silence-du-gouvernement/

Par TSA-Algérie - Par: Rédaction —15 Juil. 2021

L’étrange silence du gouvernement

           On ne peut pas dire que les choses commencent bien pour le gouvernement d’Aïmene Benabderrahmane qui fait face à une vague de protestations sociales.

           Deux semaines après la nomination du nouveau premier ministre et une semaine après la composition de son équipe, le pays fait face à une vague de mouvements de protestation portant des revendications sociales, l’emploi et l’amélioration des conditions de vie dans le sud, et l’eau potable dans certaines villes du nord.

           Même la capitale n’est pas épargnée. Le phénomène de fermeture de routes y est devenu fréquent, touchant parfois des axes névralgiques. Ce jeudi 15 juillet, le trafic routier vers l’aéroport international d’Alger est perturbé pour la quatrième fois.
           Cette fois, c’est carrément la rocade autoroutière Sud qui a été fermée à la circulation au niveau de Dar el Beida par les habitants d’au moins trois cités (les cités Conor, Bouchkir, et la cité des Travailleurs) qui se plaignant d’une pénurie aigüe d’eau potable. Les protestataires ont mis fin à leur action et l’autoroute a été rouverte à la circulation après quelques heures de fermeture.

           Pour le même motif, les habitants de la cité de la « Réconciliation », à Bab Ezzouar, ont fermé un autre axe menant vers l’aéroport à trois reprises la semaine dernière.

           Un autre axe important a été bloqué ce jeudi à Alger. Il s’agit de la route reliant Chéraga à Aïn Benian, bloquée par des habitants des cités environnantes, toujours pour réclamer de l’eau.

           Le non-respect du planning de rationnement tracé pour la capitale semble être à l’origine d’une grande partie des mouvements de protestations enregistrés ces derniers jours.

           La protestation prend de l’ampleur

           Une autre action spectaculaire a eu lieu ce jeudi au cœur de la capitale avec le blocage de la RN 41 au niveau de Chevalley, l’un des carrefours les plus importants d’Alger, desservant toute la côte ouest et plusieurs grands quartiers de la ville comme El Biar, Bab El Oued et Ben Aknoun.

           À l’est d’Alger, où les blocages de routes sont fréquents ces derniers jours, c’est l’axe Rouiba-Bordj El Kiffan qui a été fermé au niveau du lieudit Kahouet Chergui. Le motif est le même, la pénurie d’eau potable qui affecte l’Algérie cet été.

           Le programme de distribution du précieux liquide dans la capitale, qui a été annoncé fin juin, n’est pas respecté pour des raisons que les autorités n’expliquent pas. Des cités entières sont privées d’eau pendant plusieurs jours, selon les témoignages des habitants.

           En dehors d’Alger, il y a lieu de signaler la fermeture ce jeudi d’un très important axe routier en Kabylie. Il s’agit de l’autoroute Tizi-Ouzou-Azzazga, bloquée par des protestataires au niveau de Fréha. À Ain Oussera dans la wilaya de Djelfa, des habitants sont sortis sur la voie publique pour réclamer de l’eau et le ramassage des ordures qui s’amoncellent dans leurs cités.

           À noter que ces actions, même si elles causent d’énormes désagréments aux usagers de la route, n’ont pas connu de débordements, mis à part dans certaines villes du sud où des affrontements entre protestataires et forces de l’ordre sont signalés.

           Les autorités privilégient, semble-t-il, la prudence pour ne pas envenimer la situation. Le gouvernement, qui garde jusque-là le silence, est appelé à s’exprimer sur ce qui se passe et tenter de désamorcer la crise qui prend de l’ampleur et se complique chaque jour davantage.

           Dans le sud du pays, le mouvement des chômeurs de Ouargla a vite fait tache d’huile pour atteindre certaines localités des wilayas environnantes.
Rédaction                    


La Banque mondiale énumère les quatre principaux risques pour l’Algérie

Envoyé par Edith
https://www.algeriepatriotique.com/2021/08/03/les-quatre-principales-sources-de-risques-pour-lalgerie-selon-la-banque-mondiale/


  - Par Algérie-éco - par Mohamed K. août 3, 2021

Chômage Banque mondiale
La crise du chômage reste persistante en 2021. New Press

           – «Les perspectives économiques laissent présager une reprise fragile en 2021», indique le dernier Bulletin de conjoncture de la Banque mondiale, qui prône une accélération du rythme des réformes pour protéger l’économie algérienne. «En 2020, un double choc est venu s’ajouter aux difficultés économiques de l’Algérie, causé à la fois par la pandémie de Covid-19 et une forte chute des recettes issues des hydrocarbures», note le rapport de l’institution financière mondiale. «Si l’Algérie a montré des signes de reprise sur la seconde moitié de 2020, entreprises comme travailleurs ont été profondément touchés par la récession économique», relève le rapport.

           «La baisse temporaire des prix internationaux du pétrole a détérioré plus encore le solde budgétaire, la disponibilité de la liquidité bancaire et le solde extérieur, malgré la dépréciation du dinar algérien. Le déficit budgétaire global s’est considérablement creusé en 2020, dans un contexte de forte baisse des recettes pétrolières et fiscales, et d’augmentation des dépenses budgétaires. La liquidité bancaire a diminué et la croissance du crédit s’est ralentie malgré des politiques d’assouplissement monétaire fortes de la part des autorités, sous l’effet de la chute des recettes extérieures, de la mobilisation des dépôts bancaires pour financer le déficit budgétaire global et du retrait de l’épargne bancaire par les particuliers», diagnostique la Banque mondiale.

           «Les besoins de financement externe se sont accrus, conséquence du creusement du déficit de la balance courante. Les importations d’équipements et d’intrants dans la production nationale ont considérablement diminué avec la poursuite des politiques de réduction des importations visant à protéger les réserves en devises, qui sont tombées fin 2020 à environ 12,8 mois d’importations de biens et services», soulignent encore les auteurs du rapport, selon lesquels la durabilité de la «reprise fragile» prévue en 2021 «dépendra de l’accélération des réformes permettant de favoriser la croissance du secteur privé et de rétablir les équilibres macroéconomiques».

           «Alors que l’économie algérienne devrait bénéficier du rebond de la production de gaz en 2021, la reprise dans les secteurs hors hydrocarbures devrait être lente et progressive», prévoit la Banque mondiale, qui estime que «les besoins de financements budgétaires et extérieurs resteront importants» et que ceux-ci «risquent de provoquer un retour au financement par la Banque d’Algérie afin de combler le déficit budgétaire, ainsi que la poursuite des politiques de réduction des importations, tandis que la dépréciation du taux de change devrait se poursuivre».

           «Comme la hausse des dépenses publiques en 2021 devrait être de courte durée, et que les réserves en devises couvrent désormais moins d’un an d’importations, l’accélération des réformes visant à encourager le développement du secteur privé sera essentielle pour conduire la transformation structurelle de l’Algérie vers son indépendance des recettes provenant des hydrocarbures, et pour qu’elle s’engage sur la voie d’une croissance économique durable et inclusive», conseille l’institution de Bretton Woods. «Les principales sources de risque pour les perspectives économiques incluent la détérioration de la situation sanitaire, la reprise de la mobilisation sociale à grande échelle, des recettes en devises moins importantes que prévu et une réponse insuffisante du secteur privé au programme de réformes».
M. K.                    


MESSAGES
S.V.P., Lorsqu'une réponse aux messages ci-dessous peut, être susceptible de profiter à la Communauté, n'hésitez pas à informer le site. Merci d'avance, J.P. Bartolini

Notre Ami Jean Louis Ventura créateur d'un autre site de Bône a créé une rubrique d'ANNONCES et d'AVIS de RECHERCHE qui est liée avec les numéros de la Seybouse.
Pour prendre connaissance de cette rubrique,

cliquez ICI pour d'autres messages.
sur le site de notre Ami Jean Louis Ventura

Mme N. Marquet

         A propos du 13 mai 1958 à Alger, Nicole M., fille et petite-fille de pieds-noirs, recherche le nom de celui qui devait être appelé par le Comité de salut public, créé le 13 mai, avant que Salan ne crie "Vive De Gaulle", le 15 mai.
         Elle a vu passer ce nom dans un article, mais elle n'a pas réagi et ne l'a pas noté..

         De mémoire, l'article disait : un ancien Gouverneur général de l'Algérie (ou un adjoint), prof d'histoire-géo, prénom (peut-être) Olivier..
         Vous pouvez envoyer vos réponses ou vos commentaires à nm.allsoc@yahoo.fr
         Merci d'avance
         Mon adresse est, (cliquez sur) : nm.allsoc@yahoo.fr

De M. Pierre Jarrige

Chers Amis
Voici les derniers Diaporamas sur les Aéronefs d'Algérie. A vous de les faire connaître.
    PDF 147                                                  N° 148
    PDF 148                                                  N° 149
    N° 150                                                N° 151
    PDF 149                                           N° 152
    PDF 150                                                     N° 153
     N° 154 Pierre Jarrige
Site Web:http://www.aviation-algerie.com/
Mon adresse : jarrige31@orange.fr

Conte de Idries Shah
Envoyé par Fabien
La viande d’éléphant

    Impossible de quitter cet énorme sujet sans conter une dernière histoire soufie, celle de la viande d’éléphant : elle contient un « secret sans prix ».

     Un boutre affronte une violente tempête en traversant l’Océan Indien. Son mât brisé par la fureur des éléments, le gouvernail rompu, l’esquif dérive en perdition. L’équipage implore Allah. « Pour notre vie, mes amis, faisons chacun un voeu, dit le capitaine. Si Allah nous accorde la vie sauve, nous tiendrons cette promesse, quoi qu’il nous en coûte »

     Tous comprennent que le vœu doit être à la hauteur du cadeau. Et chacun prend un engagement qui, pour lui, représente un lourd sacrifice. « Quant à moi, dit le dernier, je promets de ne jamais manger de viande d’éléphant ! » Stupeur des matelots : « Tous, nous avons fait un voeu pénible, tandis que toi… »

     « J’avais préparé une promesse sévère, comme vous tous. Mais quand j’ai voulu parler, c’est ce voeu qui est venu. Je dois le respecter. » Contre toute attente, au moment où une vague scélérate va les couler bas, le ressac les pousse sur une grève. Ils sont sauvés. Mais derrière la plage vide, une jungle inextricable les empêche d’explorer l’endroit. « Allah nous tire d’un péril pour nous plonger dans un autre, gémissent-ils. Nous allons mourir de faim sur cette île déserte ! » A cet instant, une bête apeurée sort de la jungle : c’est un éléphanteau. Il est vite capturé, égorgé, cuit et mangé. Tous se félicitent d’avoir échappé à la faim.
     Tous sauf un, qui avait promis de ne pas manger d’éléphant.

     Tandis que ronflent ses compagnons, repus et satisfaits, il se retourne sur le sable froid. Un barrissement formidable, un vacarme de branches brisées, la mère éléphant déboule des profondeurs de la jungle. Prompte, elle renifle la carcasse de son fils qui rissole encore sur la braise, puis vient humer chacun des matelots, avant de leur écraser la tête.

     Arrive le tour de l’abstinent, qui ne sent rien, car il a refusé la viande d’éléphant. D’une trompe délicate, la bête se saisit de lui et le pose sur son dos.

     Puis elle se lance à travers la jungle. Bientôt ils atteignent des champs cultivés, et l’éléphante dépose l’homme auprès des siens.
Idries Shah



Si vous avez des documents ou photos à partager,
n'hésitez-pas à nous les envoyer. D'avance, Merci.

                 EN CLIQUANT. ===> ICI

Notre liberté de penser, de diffuser et d’informer est grandement menacée, et c’est pourquoi je suis obligé de suivre l’exemple de nombre de Webmasters Amis et de diffuser ce petit paragraphe sur mes envois.
« La liberté d’information (FOI) ... est inhérente au droit fondamental à la liberté d’expression, tel qu’il est reconnu par la Résolution 59 de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946, ainsi que par les Articles 19 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), qui déclarent que le droit fondamental à la liberté d’expression englobe la liberté de « chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».
Numéro Précédent RETOUR Numéro Suivant